mercredi 30 décembre 2015

"Après la nuit" (Elsa Ferini)

                                                             Après la nuit       
A 45 ans, l'auteur belge Elsa Ferini vient de sortir son cinquième roman policier :  "Après la nuit" aux éditions Edilivre (www.edilivre.com). Il raconte l'enquête menée par un policier devenu aveugle.


Elsa Ferini s'est confiée au journal "La Province" :


"J'ai toujours été passionnée de romans policiers. Et puis, j'ai une imagination débordante, très fertile. A force de lire les romans policiers des autres, je me suis dit : pourquoi pas moi? J'ai lu aussi pas mal de biographies d'auteurs. Pas mal sont enseignants ou avocats, mais Mary Higgins Clark est une femme ordinaire. Cela m'a boostée! Je n'avais pas de formation littéraire. Cela m'a pris deux ans entre 2004 et 2006 pour écrire mon premier roman policier. Le temps de trouver une maison d'édition et il a été publié seulement en 2009. Les autres ont évidemment suivi. Mon deuxième a très bien marché car il a été repris dans la sélection officielle au concours de la Plume de Cristal 2010 pour le meilleur roman policier dans le cadre du festival international du film policier à Liège. Ce jour-là, j'ai pris conscience que je pouvais écrire des romans policiers et qu'ils plaisaient.


C'est dans le train (trajets aller et retour) que j'écris le plus souvent. Mes collègues de travail ont découvert petit à petit mon univers du roman policier. Ils ne s'attendaient pas à ce profil car ils me décrivent comme une femme souriante et gentille, loin des clichés établis sur les auteurs des romans policiers. J'ai lu et je lis beaucoup de romans policiers, et j'ai une imagination très fertile. Quant aux faits divers, ils peuvent m'inspirer, mais cela doit s'arrêter là car il faut respecter l'intimité des familles des victimes. Et puis, je demande des infos un peu partout. J'ai ainsi pu rencontrer un membre de la police boraine qui m'a donné diverses infos. Autre exemple : comme mon dernier roman évoque la cécité, j'ai demandé à consulter divers bouquins sur le sujet à la bibliothèque de l'AWIPH à Charleroi. Avec "Après la nuit", il y a un côté réel. J'ai voulu montrer le côté réel des aveugles. Ici, j'ai choisi un anti-héros et ce côté inattendu intensifie l'action".


A noter qu'Elsa Ferini sera présente le samedi 20 février 2016 à la Foire du Livre de Bruxelles.

mercredi 16 décembre 2015

Prix Rossel 2015 pour Eugène Savitzkaya

Le jury du Prix Victor Rossel 2015 (l'une des plus importantes récompenses littéraires en Belgique francophone) a couronné le roman "Fraudeur" d'Eugène Savitzkaya, paru aux éditions de Minuit. Le choix était complexe car certains auteurs en lice étaient des valeurs confirmées.


Né en 1955 à Liège, l'écrivain belge Eugène Savitzkaya a d'abord été poète. Il a été pensionnaire de la Villa Médicis à Rome de 1987 à 1989. En 1994, il remporte le prix triennal du roman de la Communauté Française avec "Marin mon cœur", tandis qu'en 2005, il rate de peu le Prix Victor Rossel avec "Fou trop poli", paru aux éditions de Minuit.

mercredi 18 novembre 2015

"L'autre Simenon" (Patrick Roegiers)

Le dernier roman de Patrick Roegiers paru aux éditions Grasset tourne autour de Christian Simenon, le jeune frère du célèbre écrivain belge. Sa démarche a fait grincer des dents :  certains estiment qu'il a le droit d'écrire une histoire - avec un petit h - autour de la famille Simenon, et d'autres qu'il n'a pas à porter atteinte à la vérité historique - avec un grand H - pour faire un coup médiatique. Et vous, qu'en pensez-vous?


Voilà le point de vue de Patrick Roegiers qui a confié à la presse :  "On n'a pas à demander d'autorisation quand on écrit une fiction. Je sais que John Simenon est furieux : c'est son problème, pas le mien!  Georges et Christian Simenon n'ont pas la même histoire mais ils sont les deux faces d'une même médaille. J'ai été fasciné par l'histoire du frère inconnu d'une personnalité célèbre. J'ai trouvé étonnant le parcours de cet homme qui bascule dans la collaboration, devient rexiste, est entraîné dans la tuerie de Courcelles, puis finalement s'engage dans la Légion sous un faux nom et disparaît totalement. Tout cela alors qu'il est le frère d'un écrivain connu.


S'intéresser à Christian Simenon implique de s'intéresser à Léon Degrelle, une personnalité extravagante, un mussolinien qui devient un nazi. Et puis, je veux aussi mettre en lumière la position de la Wallonie à cette époque où les bourgmestres des grandes villes sont rexistes. Quand le bourgmestre de Charleroi Oswald Englebin est tué en août 1944, il est le 33ème bourgmestre rexiste assassiné par la Résistance. Christian Simenon participera alors à la tuerie de Courcelles le lendemain. Il est complètement mêlé à l'histoire du rexisme. Je suis moi-même issu de ce même type de milieu social (la petite bourgeoisie). Cette histoire me parle, me touche, me constitue. Elle me tendait les bras, même si elle n'était pas agréable à écrire. C'était parfois à gerber. D'autant que le discours d'un Degrelle, on le retrouve aujourd'hui...


On ne peut pas parler de Christian Simenon sans parler de Georges, sinon on fait le portrait d'un fasciste ordinaire. Et je me pose la question : que fait-il pendant la guerre? Il est en France, il écrit, il vend les droits cinématographiques de ses livres à la Continental, contrôlée par les Allemands. Il apprend même l'allemand en 1942. Il pose pour "La Legia", un journal rexiste. J'estime que Georges Simenon a agi par opportunisme, sans état d'âme. Il va complètement effacer son frère, le faire disparaître. Dans "Je me souviens", il évoque son frère. Dans "Pedigree", roman autobiographique, il n'a plus de frère. Christian a disparu : c'est le crime parfait!".

mercredi 4 novembre 2015

L'écrivain belge Stefaan van den Bremt

                                                        Stefaan van den Bremt


Né à Alost en 1941, Stefaan van den Bremt confie :  "Je crois que je suis d'abord poète. A l'âge de 16 ans, j'ai eu un professeur merveilleux qui m'a initié à la poésie et m'a inspiré l'envie d'écrire mes premiers poèmes qui ne furent pas de grandes réussites. Je me rappelle un poème sur l'automne dans un style romantique quelque peu boursouflé : une catastrophe! J'ai montré ces vers à mon professeur et j'ai deviné qu'il était déçu...".


Il se fixe à Bruxelles en 1966. Professeur de français dans le réseau néerlandophone à Bruxelles, puis de littérature au Conservatoire et à l'Académie des Beaux-Arts d'Anvers, il collabore longtemps à la revue littéraire "Kreatief". Il a présidé le centre flamand du Pen Club, ainsi que l'Académie Royale de Langue et de Littérature Néerlandophones de Belgique. Il est membre depuis douze ans de la Société de Littérature Néerlandaise établie à Leyde. Sans compter sa participation à de nombreux festivals littéraires aux quatre coins du monde.


Quels sont ses poètes compagnons?  "Apollinaire, Reverdy, Max Jacob qui ont été pour moi les éveilleurs. Plus tard, j'ai été marqué par Verhaeren, Brecht et Neruda. Hugo Claus aussi, mais davantage par le poète hollandais Martinus Nijhoff. Sur l'île déserte, je voudrais emporter toute une bibliothèque :  les poésies complètes de Baudelaire, Apollinaire, Rilke, Nijhoff. Je ne peux pas oublier un Borges. Je déborde? Bien sûr! Mais laissez-moi ajouter Proust dont la prose est particulièrement poétique".


Son premier recueil de poèmes, "Sextant", est publié en 1968 sous le pseudonyme de Stevi Braem :  "C'était par pudeur. Je n'imaginais pas un instant recevoir un prix, être interviewé et devoir livrer mon vrai nom! La page pseudonyme a donc été d'emblée tournée.. Ce premier livre est celui de la recherche de moi-même. Ensuite, j'ai écrit de la poésie engagée, de 1972 à 1980 environ :  une critique satirique de la société qui démasquait l'hypocrisie sociale très présente dans la vie politique. Je me suis aussi impliqué résolument dans la défense de la cause palestinienne qui représente une des grandes injustices de notre temps : c'était une protection contre l'indifférence massive du monde occidental. Je me sens toujours proche de cet activiste de trente ans. C'est le recueil "Andere gedichten" qui exprime le mieux cette veine engagée, combative. Ensuite, je me suis orienté vers une poésie plus intériorisée, dans des recueils tels "Het onpare paar" ou, au printemps dernier, "Kromzang". Mais dès le début, j'écrivais des poèmes d'amour. D'ailleurs, l'amour, n'est-ce pas aussi un engagement?".


Ses premières traductions du néerlandais en français, Stefaan van den Bremt les a réalisées à partir de ses propres poèmes :  "Toast" (1995), "Racines d'un nuage" (2002) et "Temps et lieux" (2006). Il s'attaque aussi à l'œuvre du poète belge Emile Verhaeren traduite en néerlandais  :  "Les heures claires", "Les campagnes hallucinées", "Les villes tentaculaires" et  la trilogie des "Heures" :  "Très importante. C'est presque le meilleur Verhaeren, à placer en tout cas à côté du poète visionnaire, chantre du pays natal meurtri par les grandes transformations industrielles et sociales de l'époque".


Verhaeren est-il notre plus grand poète?  "Certainement un des plus grands... Oui, peut-être le plus grand..." (Cliquez ci-dessous sur "Verhaeren Emile" pour plus d'infos sur ce poète belge).

mercredi 28 octobre 2015

Bilan de Charles Ducal, Poète National 2014-2015

                                               


Poète National 2014-2015, Charles Ducal a dressé le bilan de ces deux années. Son texte a été traduit en français par Katelijne De Vuyst pour la revue "Le Carnet et les Instants" que vous pouvez recevoir gratuitement sur simple demande auprès du Service de Promotion des Lettres de la Fédération Wallonie-Bruxelles (secretariat.promolettres@cfwb.be) :


"C'est avant tout dans les écoles, du Westhoek jusqu'au Luxembourg, que j'ai rencontré un enthousiasme encourageant vis-à-vis de la poésie. Si la lecture et, par conséquent, la compétence à lire et interpréter des poèmes ont désormais beaucoup diminué dans l'enseignement, ce n'est certainement pas la faute aux élèves qui ne s'y intéresseraient plus.


Poète National! Le titre faisait effet de formule magique. Quand, en décembre 2013, au terme de plusieurs conciliabules conjugaux, je me suis décidé enfin à écarter mes doutes et accepter le boulot, je n'avais aucune idée de ce qui m'attendait. Le jour de mon discours d'inauguration à Passa Porta, je fus totalement pris au dépourvu. Des journalistes et reporters de radio ont défilé dès le matin jusque tard dans la nuit, venus même de France et des Pays-Bas. A sept heures du soir, ma belle-mère est restée bouche bée devant le petit écran : son beau-fils au journal télévisé!  C'était comme si, dès le premier jour, le projet faisait son apparition aux Champs Elysées, vêtu du maillot jaune. Les semaines suivantes, les médias, du journal de qualité et de l'émission culturelle télévisée jusqu'au quotidien publicitaire gratuit, continuaient à suivre le projet. Des amis et des connaissances bombardaient ma boîte mail avec des félicitations comme si le Roi m'avait donné la Croix d'Honneur. A mon bar pitta habituel, le patron, en préparant un dürüm poulet sauce andalouse, m'a scruté comme s'il se demandait si oui ou non, j'étais le suspect de l'avis de recherche. Jusqu'au moment où soudain, il a compris et a tonné d'une voix enthousiaste : "Mais c'est vous qui allez nous écrire le concert pour la patrie!". Sur quoi il m'a offert le dürüm.


D'autre part, le titre sans doute a fait froncer pas mal de sourcils. La poésie associée à une patrie, une nation : quelle idée!  La poésie est tout de même universelle et cosmopolite, non? Bien sûr, mais nous sommes en Belgique. Dans ce contexte, mon titre se réfère non pas à un nationalisme borné mais bien au contraire au désir d'aller à l'encontre d'un certain esprit de suffisance. Et par là, il correspond exactement à ma mission :  devoir publier six poèmes par année sur des sujets touchant tous les Belges, au-delà des frontières linguistiques, afin d'établir ainsi un rapprochement entre les trois communautés culturelles du pays.


Dans mon discours du 29 janvier 2014, cette mission, je lui ai forcé un peu la main : j'avais surtout l'intention de rendre la poésie plus visible dans la société, non pas comme un passe-temps élitiste, mais dans une approche différente, s'adressant à tous. Tout cela dans un esprit de solidarité, non seulement au niveau linguistique, mais aussi sur le plan social. Je ne voulais pas être le chanteur d'une médiocrité commune, le poète de messages clichés, acceptables pour tout un chacun. Je n'avais pas l'intention de cacher ma vision du monde ou de mettre mon engagement au frigo. Durant toute la période de ma fonction, mon cœur a continué de battre à gauche.


Sur le fil ténu entre art et engagement, il faut faire attention de ne pas tomber dans le vide. Voilà pourquoi je n'ai pas voulu suivre l'actualité comme un âne poursuivant sa carotte. Pour chaque poème, j'ai voulu prendre le temps nécessaire, bien qu'en même temps il m'ait fallu écrire des vers connectés à la réalité sociale d'aujourd'hui. Une ambition qui ne pouvait mener qu'à l'échec, selon l'avis d'un de mes collègues, qui, poussé par un honnête souci de ma carrière, a insisté sur la priorité de mon nombril :   "Tous ces poètes attitrés d'une ville, d'un village ou pays, franchement, Charles, est-ce qu'ils ont jamais produit un seul poème de qualité?".


Et en effet, n'est-ce pas une sottise de vouloir pénétrer au cœur de la réalité sociale par des poèmes? N'est-ce pas de l'affectation de vouloir stimuler à travers la poésie la solidarité entre des communautés linguistiques, et ceci à l'encontre de puissants instruments de propagande? Cela ne revient-il  pas à une trahison de la poésie de la délier de l'expérience et de l'inspiration la plus individuelle, et d'écrire sur des thèmes généraux?  J'aurais pu chercher la réponse chez Bertolt Brecht mais voici ma conviction personnelle : je suis persuadé que la poésie ne doit tolérer aucune contrainte extérieure, aucune motivation commandée par un idéal, un engagement ou une idéologie.


 Je ne sais pas écrire sur commande, même pas si j'y souscris à 100%. L'essence d'un poème pour moi reste toujours l'émotion la plus individuelle. C'est pourquoi j'ai voulu absolument choisir moi-même mes sujets. Si je n'avais pas pu le faire, j'aurais refusé la mission. Tous les sujets que j'ai abordés ont au cœur une forte émotion. Il y a des poètes qui détestent les manifestations de masse. Pas moi, j'y participe le cœur ému et les yeux humides. Marcher ensemble pour une cause juste fait vibrer en moi une corde sensible, qu'il m'est difficile d'expliquer.  Elle est connectée à des sentiments d'espoir, de solidarité et au refus de céder au pessimisme, au cynisme et à l'impuissance. Au centre de plusieurs poèmes se trouve une grande colère contre la folie néo-libérale qui empoisonne les cerveaux, monte les gens les uns contre les autres et détruit des vies humaines. La couche profonde de tous ces poèmes est toujours "moi", même si ce mot ne paraît pas dans le texte.


Est-ce que la poésie peut sauver le monde? Il est évident que dans la guerre globale du riche contre le pauvre, du profit contre l'environnement, de l'agresseur contre la victime, la poésie n'a aucun poids au sens matériel ou pratique. Je ne fais pas partie de l'élite au pouvoir qui commande des leviers sociaux puissants, je ne suis qu'un être parmi les nombreux qui n'ont d'autre puissance que leur nombre. Ma poésie, à mes yeux, n'a pas plus de pouvoir qu'elle n'en a en réalité. Je la considère comme une voix originale (du moins je l'espère), mais petite, qui doit atteindre le maximum possible d'oreilles, pour s'amplifier et retenir finalement dans une voix commune. Ni plus, ni moins.


Car c'est çà que j'ai essayé tout au long de ces deux années : donner aux poèmes une portée au-delà de la publication dans les journaux partenaires ou sur le site web du poète national. J'ai dû me battre et parfois j'ai dû insister, mais souvent, j'ai été agréablement surpris par les réactions enthousiastes de la part du champ social. La découverte du poème "Consigne de vote", installé sur une place publique à Louvain, à l'initiative de la FGTB du Brabant flamand, et celle de "Réfugiés", exposé au Jardin de la Mémoire à Westouter, sont des moments qui m'ont fort marqué. J'ai écrit à propos du travail, de l'école, de l'inégalité et - évidence même dans cette année de commémoration - à propos de la guerre.  "Soldat 1914" m'a emmené à Visé, première ville martyre de notre pays, pour une commémoration émouvante et aussi au Schoon Verdiep de l'hôtel de ville à Anvers, pour l'inauguration du ponton sur l'Escaut. En présence du Roi sur le visage duquel un profond étonnement était lisible :  un Poète National? Et moi, je n'en sais rien?


Commémorer les guerres du passé et se taire sur les guerres d'aujourd'hui, ce serait assez hypocrite. Au moment où tout le pays brûlait d'indignation à cause de la terreur sioniste contre la population de Gaza, j'ai publié  "De la cendre dans la bouche". Le poème s'est heurté à des réactions extrêmement violentes de la part du camp pro-israélien, meilleure preuve évidemment que la flèche avait atteint sa cible. Par contre, aucun autre poème ne m'a valu autant de félicitations, mais ce qui m'a encouragé le plus, je l'ai trouvé un soir dans ma boîte aux lettres :  il s'agit du texte d'une messe où le poème a servi comme première lecture et ensuite a été le sujet du sermon. Ce qui a renforcé ma conviction que non, la religion n'est pas toujours de l'opium pour le peuple.


J'ai beaucoup appris ces deux dernières années. Sur le travail fort sous-estimé des traducteurs de poésie, par exemple. J'ai eu le plaisir de pouvoir assister aux réunions de travail du collectif des traducteurs de Passa Porta, et je suis plein d'admiration devant les belles traductions qu'ils ont réalisées pour nos partenaires de la presse francophone et germanophone. Les vrais auteurs de la poésie européenne, ce sont les traducteurs. C'est une boutade, mais je la répète volontiers. J'ai aussi appris beaucoup de français.


Avant que je ne devienne Poète National, je ne savais pratiquement rien au sujet de la poésie francophone de Belgique. Grâce au projet, j'ai fait la connaissance de plusieurs collègues excellents d'au-delà de la frontière linguistique que, par après, j'ai pu inviter en Flandre. Avec l'actrice Dominique de Coster, j'ai animé chaque mois une "Minute flamande", présentation d'un poète flamand, sur Actu Tv, une chaîne francophone sur Internet. Toujours avec Dominique, j'ai présenté des poèmes de Gezelle et Claus, entre autres, aux Midis de la Poésie à Bruxelles.  A Roisin, j'ai été accueilli de façon très généreuse par l'Association Emile Verhaeren, rencontre qui m'a incité à redécouvrir l'œuvre de ce grand prédécesseur. A l'Intime Festival de Namur, j'ai fait la plus touchante de mes rencontres. Une femme inconnue est venue me trouver dans la foule que je traversais avant d'entrer dans la salle. Elle m'a remercié de ma lecture à Visé, deux semaines plus tôt, à l'occasion de la commémoration de la guerre :  "On n'a même pas eu l'occasion de vous applaudir, monsieur". Les larmes aux yeux. J'en suis resté interdit.


Toutefois, Charles Ducal est resté un illustre inconnu en Belgique francophone. Il m'a fallu presque une année avant d'en saisir les implications. Les invitations ne venaient qu'au compte-gouttes. Je me suis heurté à un fossé culturel que j'ai voulu franchir. A ce moment est né l'idée d'une ambassadrice francophone : cela ne pouvait être que Laurence Vielle, à qui les organisateurs s'étaient déjà adressés pour ma succession en janvier 2016. Une alliance féconde car les contacts se sont multipliés, de nouvelles organisations ont adhéré au projet et, petit à petit, le compte-gouttes s'est transformé en petit filet. Mais il reste du travail à faire. Dans le monde culturel, les contacts se nouent facilement, mais le contexte actuel est peu favorable. Dans la Belgique d'aujourd'hui, avec ses structures politiques et sociales de plus en plus séparées, la seconde langue de moins en moins maîtrisée et les médias s'intéressant très peu à la culture de l'autre, il est difficile de trouver un public pour les initiatives impliquant l'autre communauté.


Quarante ans de fédéralisation laissent des traces, évidemment. Néanmoins, jusqu'à ce jour, on n'a pas réussi à intoxiquer les gens au point qu'ils voudraient en finir avec ce beau pays. C'est ce que j'ai éprouvé moi-même. Jamais, je n'ai vu la moindre trace d'indifférence ou d'hostilité, ce que j'ai vu par contre, c'est plutôt le regret, voire la honte d'avoir accepté si bêtement cette division artificielle de nos richesses linguistiques et culturelles. Ces deux années m'ont convaincu du fait qu'une collaboration au-delà des frontières linguistiques s'avérera bien plus riche que prévu.


Le Poète National est avant tout poète. La dernière chose qu'il peut trahir, c'est la poésie. Ces deux années, j'ai eu pleinement l'occasion de constater qu'en effet, l'intérêt des gens pour la poésie a quasiment disparu. Après l'école, sauf à l'occasion d'une naissance, un mariage ou un enterrement, la plupart des gens n'entrent plus du tout en contact avec la poésie. Est-ce que cela est inévitable? Je n'en suis pas sûr. Maintes fois, j'ai été surpris par une attitude beaucoup plus ouverte que je ne l'avais imaginé. A part quelques rares personnages grincheux qui ont fait pas de bruit, en général, le monde culturel a accueilli le projet de façon très positive. Par ailleurs, j'ai reçu beaucoup de mails de gens qui ne lisent pas ou très peu de poèmes, mais qui réagissaient à tel ou tel poème paru dans le journal, qui me demandaient de le lire à une conférence ou à la présentation d'un livre.


A ma grande joie, je n'ai pas uniquement visité des salles de théâtre, des festivals ou des centres culturels, mais aussi des écoles et des maisons de retraite. Je suis heureux de ne pas avoir seulement lu mes poèmes lors des commémorations officielles de la Grande Guerre, mais aussi devant l'église du Béguinage à Bruxelles à la mémoire de tous ces réfugiés morts en mer, à l'ouverture de l'exposition "Comment je suis devenu sans abri" à Anvers ou à Manifesta, la fête de la solidarité à Bredene. Et surtout : je suis content de ne pas avoir seulement lu en néerlandais, mais aussi en français (et même une fois en allemand!), pas seulement à la Banque Nationale mais aussi dans la rue à Schaerbeek devant le monument pour les soldats congolais morts dans les deux guerres mondiales, à l'invitation du MRAX.


Mais s'il y a une chose que cette expérience m'a apprise, c'est celle-ci :  si la poésie aborde les thèmes sociaux de façon accessible, elle s'adresse à beaucoup plus de gens qu'on ne le croirait. Bien sûr, pour les milieux syndicaux, les groupes d'action et les organisations sociales, la poésie n'est pas une priorité, d'autant plus qu'en sens inverse aussi, l'intérêt est plutôt mince. C'est la poésie qui doit sortir de sa niche et frapper à la porte, et qui doit refrapper si on n'ouvre pas immédiatement.


Si on avait suivi le conseil de donner à Stromae le titre de Poète National en janvier 2014, il est certain que ce dernier aurait été plus présent dans les médias. A part une exception à la télévision flamande, les gens ne m'ont pas vu à l'écran. Je n'ai pas attiré les médias vers des événements spectaculaires et télégéniques. J'ai essayé d'écrire mes poèmes dans une langue accessible pour la plupart des gens, mais je n'ai pas recherché une visibilité maximale au marché du succès individuel. Etant un personnage peu connu et étant plutôt discret de caractère, ce n'était pas vraiment ma tasse de thé. J'ai recherché autre chose.


Dans une société impitoyable et de plus en plus individualiste, obéissant de plus en plus aux lois du profit et cela aussi au niveau culturel, je suis parti à la recherche du contre-courant, je me suis adressé à ceux qui se battent pour un monde plus humain et plus solidaire :  aux syndicalistes engagés, aux organisations qui se battent contre la pauvreté et qui défendent les sans papiers, aux médias qui n'oublient pas leur tâche essentielle de critiquer, au mouvement citoyen Hart Boven Hard/Tout Autre Chose, aux défenseurs d'une école démocratique, etc. Si sur cette route, j'ai pu rencontrer un ambassadeur à gauche, un bourgmestre à droite, je me suis bien poliment entretenu avec eux, mais sans y attacher l'importance qu'avaient pour moi les rencontres dans les écoles ou les autres "petits" événements de ce genre dont on parle rarement dans les journaux ou à la télé.


Néanmoins, je me rends fort bien compte du fait que le premier Poète National manquait de visibilité auprès du grand public. Mon successeur, à la fois brillante poétesse et actrice flamboyante, réparera certainement ce défaut. A moi, son ambassadeur pour l'année 2016, de la soutenir de toutes mes forces. 
Charles Ducal".

mercredi 21 octobre 2015

Une fondation pour les jeunes auteurs

1° Qui fut Laure Nobels?
Laure Nobels, étudiante, jeune écrivaine, était lumineuse et aimait la vie. Le 9 mai 2012, elle est décédée dans des circonstances tragiques à l'âge de 16 ans. Elle nous a laissé un roman et trois nouvelles qui composent la première publication de la Fondation Laure Nobels. Suite à son décès, ses parents ont souhaité réserver une partie de leur patrimoine et organiser un appel aux dons pour aider les jeunes auteurs littéraires s'exprimant en français. Leur but est de stimuler l'écriture chez les jeunes, de faire connaître leurs œuvres auprès du grand public et de perpétuer le nom de leur fille à travers une initiative favorisant le potentiel créatif des adolescents et jeunes adultes.


2° Que fait la Fondation Laure Nobels?
Elle finance la publication et la promotion d'œuvres littéraires en français, écrites par de jeunes auteurs âgés de 14 à 18 ans et de 19 à 23 ans. A cette fin, la Fondation soumet les manuscrits proposés par les jeunes à la lecture critique d'un jury indépendant. Composé d'experts en littérature, il évalue l'originalité et les qualités littéraires des œuvres soumises. Chaque année, trois lauréats sont récompensés par le prix de la Fondation Laure Nobels (au printemps, celui issu du groupe des 14-18 ans et en automne, celui issu du groupe des 19-23 ans).Un troisième lauréat issu du groupe des 14-18 ans est récompensé par le Prix du Jeune Jury du Brabant wallon. Chaque prix consiste à introduire l'œuvre sur le marché de la littérature, selon toutes les normes professionnelles en vigueur dans le monde du livre. A cette fin, la Fondation Laure Nobels travaille en étroite collaboration avec les éditions Memory.


3° Le prix de la Fondation Laure Nobels
La Fondation offre aux lauréats la prise en charge des frais d'édition et de promotion de leur œuvre pour la placer sur le marché du livre. Elle fonctionne grâce au patrimoine de ses co-fondateurs mais aussi de dons de particuliers, d'associations, d'entreprises ou de pouvoirs publics. Afin de garantir aux donateurs et aux candidats une transparence totale, la Fondation s'est associée avec la Fondation Roi Baudouin pour mettre en place la structure permettant aux donateurs de recevoir les attestations fiscales souhaitées, et garantir l'accompagnement et la pérennité de la Fondation Laure Nobels.


4° Conditions de participation
- Etre de nationalité belge.
- S'exprimer en français dans le texte.
- Avoir entre 14 et 18 ans accomplis pour rentrer son manuscrit au plus tard le 15 septembre.
- Ou avoir entre 19 et 23 ans accomplis pour rentrer son manuscrit au plus tard le 15 mars.
- Certifier être l'auteur de l'œuvre originale.
- Comporter 100.000 signes minimum et 140.000 signes maximum (espaces compris).
- Ne pas avoir bénéficié d'un autre prix ou publication pour l'œuvre présentée.
- Participer en personne aux opérations de promotion de l'œuvre (conférences de presse, salons, festivals, etc.).
- Privilégier le roman ou la nouvelle, ou proposer une autre approche littéraire porteuse.


Plus d'infos sur www.fondationlaurenobels.be

mercredi 7 octobre 2015

Activités littéraires de Nathalie Wargnies

                                       
                                        


Le spectacle "Archipels" sera présenté le 7 novembre à 20h à Froyennes, le 15 novembre à 11h à Tournai, le 28 novembre à 20h à Tournai, le 5 février à 20h à Antoing et le 5 mars à 20h à Roubaix (infos pratiques :   www.nathaliewargnies.be).




Cliquez ci-dessous sur "Wargnies Nathalie" pour retrouver mes autres articles sur cet auteur belge très sympathique. A noter que Colette Nys-Mazure (dont je vous ai également déjà parlé) a écrit la préface du nouveau recueil de Nathalie Wargnies.

mercredi 30 septembre 2015

"Courrier des tranchées" (Stefan Brijs)

                                          Courrier des tranchées


Paru en néerlandais en 2011, "Courrier des tranchées" est le deuxième roman du Limbourgeois Stefan Brijs traduit en français. Le premier s'intitulait "Le faiseur d'anges", se passait dans les cantons germanophones et avait déjà été publié par la maison d'édition française Héloïse d'Ormesson.


Cet ample roman de plus de 500 pages prend le contre-pied de ce qui a été écrit sur la première guerre mondiale en portant un regard différent sur l'engagement patriotique : en août 1914, John Patterson, un étudiant anglais de 19 ans, refuse d'aller combattre, contrairement à son ami d'enfance Martin. Cet orphelin de mère qui vit seul avec son père facteur et collectionneur de livres, veut poursuivre ses études coûte que coûte. Mais il se retrouve bien vite ostracisé : en cette période d'effervescence guerrière, il doit affronter des réactions de plus en plus hostiles et violentes, tant de la part de la population que des recruteurs qui font du porte-à-porte et poursuivent les réfractaires jusque sur les campus universitaires.


Dans sa résistance, John s'est trouvé un allié en William, un autre étudiant qui, refusant de combattre les Allemands dont il admire la culture, écrit un féroce pamphlet contre le gouvernement britannique. Ensemble, il espère que la publication par les journaux des longues listes des soldats tombés au front et que les tragiques lettres envoyées aux familles vont calmer cette fureur patriotique. Mais c'est le contraire qui se produit et John, considéré comme un lâche, est rejeté par tous sauf par son père. La guerre finira pourtant par le rattraper :  parti à la recherche de son ami Martin, c'est à la Talbot House de Poperinge qu'il finit par échouer... A suivre dans le roman...


Stefan Brijs a expliqué ce qui l'a incité à écrire ce roman :   "Je connaissais la Porte de Menin à Ypres, recouverte de 60.000 noms qui sont autant d'histoires différentes, et je me suis mis à imaginer l'une d'elles. Le point de départ du roman a été un documentaire où l'on voyait un officier anglais lire le courrier des soldats et le censurer. Voire le manipuler...jusqu'à faire revivre un mort. En me documentant, j'ai découvert l'énorme pression exercée en Angleterre sur les jeunes qui ne s'engageaient pas. Comme je cherchais un anti-héros, cela me convenait parfaitement. De ces réfractaires, qui ont été assez nombreux, on n'en parle pas en Angleterre. Le gouvernement n'a jamais reconnu ce phénomène.  Le personnage de William me permet aussi de rappeler que la culture allemande était extrêmement riche et que la population allemande vivant en Angleterre a subi la violence de la population".

mercredi 23 septembre 2015

"La nuit de feu" (Eric-Emmanuel Schmitt)

                                                         La nuit de feu   
A l'occasion de la sortie de son nouveau livre, "La nuit de feu", l'écrivain belge Eric-Emmanuel Schmitt a répondu aux questions de la journaliste Catherine Ernens pour les quotidiens du groupe Vers l'Avenir :


"Dans un contexte ultrasensible au niveau des religions, vous osez un livre sur votre rencontre avec Dieu lorsque vous aviez 28 ans?
- C'est mon récit. Je rentre dans le désert. Je suis philosophe. Je m'étais résolu à ce que Dieu soit une question qui n'obtienne jamais de réponse parce que j'étais purement dans le champ de la raison. Et puis, ce que j'ignorais, c'est qu'il y avait l'épreuve, l'expérience, le vécu. Ce que nous dit Pascal : Dieu ne se prouve pas, il s'éprouve. Et Dieu que j'étais résolu à ne pas rejoindre, tout d'un coup, je l'ai touché, il m'a touché.


- Dans votre voyage, vous cheminez avec Ségolène, très croyante. Mais elle ne va pas vous convertir.
- Sa foi n'est pas la mienne. Elle voit Dieu partout. Moi, je ne le vois nulle part. Et puis, elle veut tout récupérer. Ce n'est pas ma façon de croire. Il y a d'ailleurs autant de façons d'habiter le mystère que de personnes sur terre. Deux personnes qui disent avoir la foi : elles ne vous parlent pas de la même chose. Deux personnes athées : pareil.


- Pourquoi avez-vous mis vingt ans à écrire cette expérience?
- Je suis très pudique. Je suis arrivé à quarante volumes sans dire "je". Ca veut dire aussi que j'ai beaucoup d'imagination. Et puis, j'ai longtemps cru que cette expérience, elle n'était que pour moi. Plus tard, je me suis rendu compte que la force que j'avais reçue, je devais en témoigner. Pour dire aux gens que la vie de l'esprit est toujours en chemin. Il y a toujours des rencontres : amicales, amoureuses, de Dieu. Tout peut changer. Après, je sais bien que je ne peux pas communiquer ma foi. Je voudrais bien à des amis que je vois dans une détresse existentielle, dans des angoisses. J'aimerais leur donner cette confiance, cette lumière qui ne me quitte pas. Mais je ne peux pas parce que ce n'est pas partageable comme argument philosophique.


- En racontant votre nuit de feu, vous n'avez pas peur d'être moqué?
- C'est fragile. C'est juste un témoignage et il peut être refusé, de manière complètement légitime. D'ailleurs, moi-même dans le livre, je dis "Qu'est-ce qui me prouve que ce n'était pas une expérience complètement inventée, une réaction chimique de mon corps, une idée psychanalytique d'un petit enfant perdu qui se cherchait un père tout puissant?". Il y a plein de réductions matérialistes possibles de cette expérience. Le confort aurait pu me pousser à mettre cette expérience dans ma poche. Parce qu'une révélation, c'est une révolution. Toutes les cartes tombent. Il faut tout reconstruire. On peut se refuser à ce travail. Et le discours dominant y incite parce qu'il est matérialiste.


- Justement. Vous ne parlez pas de ce que çà a changé après : vous êtes devenu croyant et pratiquant?
- A ce moment-là, non. Ce sera peut-être l'objet d'un autre livre. Après, je me suis intéressé à tous les mystiques parce qu'ils étaient des frères et des sœurs. C'est par la porte des mystiques que je suis entré dans les jardins de toutes les religions. Parce que je me sentais en vibration fraternelle avec eux. Bien après, il se trouve que je me suis rapproché du christianisme. Mais c'est une autre histoire.


- Pourquoi le christianisme?
- Parce qu'il y avait dans le christianisme une notion qui n'existait nulle part ailleurs :  la notion d'amour comme valeur première. Mais çà n'était pas dans ma nuit au désert. Ma nuit de feu, c'était la confiance.


- Vous ne savez pas si Dieu existe mais vous croyez que oui?
- L'agnosticisme, le fait de ne pas savoir, est la base. Personne ne sait. Je suis un agnostique croyant, et il y a des agnostiques athées. Et puis, il y a l'indifférent qui ne sait pas et s'en fout. Tout est infiniment respectable. Ce que je dénonce, c'est celui qui dit "je sais", celui qui confond croire et savoir. Ca donne l'intégrisme et le fanatisme qui ont produit toutes ces horreurs au cours de l'histoire. Le fanatisme, c'est celui qui ne veut pas douter. Et je dénonce aussi ceux qui disent qu'ils savent que Dieu n'existe pas. Ils ont une intolérance totale. Le racine de la tolérance, c'est que nous sommes tous frères en ignorance. On est tous ignorants".

mercredi 2 septembre 2015

Agenda de la Maison de la Poésie de Namur

Jeudi 8 octobre 2015 à 19h :  rencontre avec Jean-Marie Klinkenberg
Ce nouveau livre de Jean-Marie Klinkenberg place nos langues - et spécialement le français - au cœur d'une réflexion sur les communications et les relations humaines dans le monde d'aujourd'hui. Il énonce avec brio et clarté les principes d'une politique linguistique visant la justice et l'équité en proclamant que la langue est faite pour le citoyen, et non le citoyen pour la langue.


Professeur émérité de l'Université de Liège, Jean-Marie Klinkenberg y a enseigné les sciences du langage. Ses livres ont été traduits dans une vingtaine de langues. Membre de l'Académie Royale de Belgique, il préside le Conseil de la langue française. Il est notamment l'auteur de "Précis de sémiotique générale" (éditions Le Seuil, 2000) et de "Petites mythologies belges" (éditions Les Impressions Nouvelles, 2009).


Lundi 12 octobre 2015 de 9h15 à 16h15 :  formation au slam
Objectifs :  découvrir avec Manza le slam, ses origines, ses objectifs et ses références ; prendre connaissance des techniques d'écriture du slam et produire de petits textes à l'aide d'outils abordables (rimes, jeux de mots, sons, images, métaphores) ; découvrir les différents aspects des ateliers slam, de la performance et des sessions slam ; mobiliser ses ressources et capacités créatrices ; imaginer des projets d'animations envers les différents publics en résonnance avec l'expérience d'animateur et d'éducateur de l'intervenant (Manza), le tout dans une ambiance conviviale.


Manza est un slameur belge qui, en tant qu'éducateur social pour la Ville de Bruxelles et en tant qu'artiste, anime de nombreux ateliers dans les écoles, les centres de jeunes et les écoles de devoirs. Il est également très actif au cœur de l'association Lezarts Urbains et l'auteur de deux receuils, dont le dernier, "Lis tes ratures" est paru en 2013.


Samedi 17 et dimanche 18 octobre 2015 de 10h à 18h :  marché de la Poésie à Namur
Au programme à l'Arsenal de Namur :   les collections et nouveautés de plusieurs dizaines d'éditeurs et de revues de poésie belge et étrangère, des animations pour petits et grands, des invités de choix, des podiums poétiques, des débats, des concerts...et des surprises.


Jeudi 19 novembre 2015 à 20h :  les nouveautés Tétras Lyre
Fondées par Marc Imberechts en 1988,  les éditions Tétras Lyre ont, pendant plus de 20 ans, développé un catalogue de plus d'une centaine de titres en associant la recherche des arts plastiques à la qualité du texte poétique et à l'exigence de son édition artisanale. Aujourd'hui reprises par Primaëlle Vertenoeil et Quentin Latour, le catalogue s'enrichit de nouvelles collections et de nouveaux poètes, tout en gardant la philosophie de ses débuts. La Maison de la Poésie de Namur propose donc une soirée avec quelques-uns de leurs auteurs des nouveaux titres parus en 2015 :   Luc Baba, Serge Delaive, Corinne Hoex, Timoteo Sergoï, Thomas Vandormael.


Né en 1970 à Liège, Luc Baba est l'auteur d'une douzaine de romans, de pièces de théâtre, de nouvelles, de poésies et de chansons. Egalement comédien, il a chanté Brassens, Ferré et Brel, et signé deux biographies pour enfants (l'une consacrée à Chaplin et l'autre à Brel). Il a été pré-sélectionné pour le Prix Rossel 2013 avec son roman "Le mystère Curtius". Son premier recueil de poésie, "Tango du nord de l'âme suivi de 30 vilains petits poèmes", a été publié aux éditions Meo en 2012 et le second, "La colère est une saison", vient de paraître aux éditions Tétras Lyre.


Serge Delaive est né en 1965 à Liège. Il a pratiqué plusieurs métiers (enseignant, formateur, logisticien en Afrique) avant de devenir le coordinateur d'une association. Poète, romancier et photographe, il a également été le fondateur et l'animateur, avec Karel Logist, des éditions et de la revue "Le Fram".


Corinne Hoex vit à Bruxelles. Licenciée en histoire de l'art et archéologie, elle a travaillé en tant qu'enseignante et documentaliste. Chargée de recherches, elle a publié plusieurs études relatives aux arts et traditions populaires, avant de se consacrer pleinement à son œuvre personnelle. Son dernier recueil poétique,  "Les mots arrachés", est paru aux éditions Tétras Lyre en 2015.


Après des études d'art dramatique et plastique, Timotéo Sergoï fonde, avec son épouse, la Compagnie des Chemins de Terre avec laquelle il va se produire dans une vingtaine de pays à travers le monde. Ses spectacles mêlent texte, grands thèmes littéraires, fantaisie, échasses et marionnettes. Depuis 1995, il est le rédacteur de la "Gazette des Chemins de Terre", unique périodique en Belgique francophone, qui traite des spectacles de rue. Depuis 2005, il publie dans diverses revues littéraires et a publié trois recueils de poésie.


Né en 1987, Thomas Vandormael vit en Hesbaye, écrit peu et depuis peu. Il s'est intéressé à la poésie et à l'écriture sur les bancs de l'Université de Liège.


Jeudi 26 novembre 2015 à 20h :  Charles Ducal (Poète National 2014-2015) invite...
Professeur de néerlandais à la retraite, Charles Ducal fait ses débuts en 1987 avec "Het huwelijk", un recueil remarqué pour son ton cynique, sa forme fixe et ses références bibliques. Durant les dix années suivantes, il fait paraître plusieurs recueils ayant pour thème central le conflit entre l'imagination et la réalité. Après une longue période de silence, Charles Ducal revient avec "In inkt gewassen" (2006) et "Toegedekt met een liedje" (2009). En 2010, il publie un plaidoyer visant à encourager la lecture de la poésie grâce à l'enseignement et en 2012, ses six premiers recueils poétiques sont rassemblés sous le titre "Alsof ik er haast ben". Charles Ducal a reçu plusieurs prix littéraires et depuis qu'il est Poète National 2014-2015, il nous offre, dans les trois langues nationales, des poèmes remarqués liés à l'histoire et à l'actualité de notre pays. 


Il organise également une tournée de rencontres poétiques intitulée "Charles Ducal invite...". Ces soirées ont pour objectif de faire se rencontrer des poètes belges issus des différentes communautés linguistiques de notre pays. Après Gand, Anvers, Watou et Eupen, c'est au tour de Namur de l'accueillir. Les auteurs invités par Charles Ducal à Namur :  Paul Bogaert, Véronique Daine et Laurence Vielle.


Né en 1968, Paul Bogaert vit à Louvain et travaille à Bruxelles. Il a publié cinq recueils de poésie, et a reçu différents prix, dont le Prix triennal de poésie de la communauté flamande pour son recueil "De Slalom soft". Ce dernier a été publié en français sous le titre "Le slalom soft" aux éditions Tétras Lyre en 2015. Quant à son dernier ouvrage en néerlandais, "Ons verlangen", il est paru en 2013 et a reçu le Prix Herman de Coninck pour le meilleur recueil de l'année.


Véronique Daine est née en 1964. Romaniste de formation, elle enseigne à l'Athénée Royal d'Arlon et à la Haute Ecole Robert Schuman. Elle anime également des ateliers d'écriture où elle tente de rendre aux adolescents une langue où vivre. Elle a publié plusieurs recueils de poésie, dont "R.B." (éditions L'herbe qui tremble) et "La division des choses" (éditions Taillis-pré).


Née en 1968 à Bruxelles, Laurence Vielle est actuellement l'ambassadrice francophone de Charles Ducal, et héritera, en janvier 2016, de son titre de Poète National.

mercredi 19 août 2015

Amélie Nothomb titrée baronne par le Roi

                 amelie-nothomb_portrait


Amélie Nothomb fait partie de la dizaine de Belges qui ont été anoblis par le roi Philippe à l'occasion de la fête nationale 2015. Elle a reçu le titre de baronne qui ne s'accompagne d'aucun privilège. Il est personnel et ne peut être transmis à sa descendance.


A chacune de mes visites à la Foire du Livre de Bruxelles, je suis fasciné par les dizaines et dizaines de personnes (en particulier des jeunes) qui font la file pendant des heures pour se faire dédicacer un roman par Amélie Nothomb. Cette dernière a toujours l'air disponible, agréable et simple. Qu'on aime ou qu'on déteste ce qu'elle écrit, elle mérite le respect car elle a redonné le goût de la lecture à de très nombreux jeunes.  Mais qui se cache sous son éternel chapeau noir?


Issue d'une famille très connue en Belgique et fille d'un diplomate, Amélie est née au Japon en 1967 et a vécu ensuite en Chine, aux Etats-Unis, au Laos, en Birmanie et au Bangladesh. A l'âge de 17 ans, elle vient en Europe et effectue des études de philologie romane à l'Université Libre de Bruxelles, où elle aura du mal à se faire intégrer à cause de son nom et de sa personnalité décalée. Elle consacre son mémoire à l'œuvre de Bernanos.


Son diplôme en poche, Amélie retourne au Japon où elle travaille dans une grande entreprise. Après cette expérience pénible qu'elle raconte dans "Stupeur et tremblements", elle rentre en Belgique et publie "Hygiène de l'assassin" aux éditions Albin Michel en 1992. C'est un succès. Désormais, elle peut vivre de sa passion pour l'écriture et publie chaque année un roman en septembre. Elle est également l'auteur de textes pour la chanteuse française Robert et a reçu divers prix.


Construit sous forme d'abécédaire,  "Amélie Nothomb de A à Z : portrait d'un monstre littéraire"  de Michel Zumkir, contient des entretiens avec ses parents, sa sœur, son attachée de presse et des professionnels du monde de l'édition. On y apprend que ses livres sont traduits en 35 langues, qu'elle prend ses congés entre le 15 juillet et le 15 août, qu'elle est amoureuse mais ne souhaite pas avoir d'enfants. Elle aime, entre autres, la correspondance, l'art nouveau bruxellois, le Japon, la culture gréco-latine, le thé, la famille royale belge, Jacqueline Harpman et Mylène Farmer. Elle déteste être prise en photo et aller dans des cocktails mondains.


Une remarque de la mère d'Amélie m'a particulièrement surpris :   "Ce succès me prive de mon enfant. Je ne la vois que quelques jours par an. A part çà, j'ai droit à un coup de fil de trois minutes par jour. J'en sais moins sur sa vie privée que beaucoup de mères. J'ignore où elle vit et avec qui. Nous ne pouvons jamais aller la voir chez elle. Elle est terriblement secrète".


Enfin, il faut noter l'objectivité sans complaisance et sans préjugé de Michel Zumkir qui s'est consacré à l'œuvre d'Amélie Nothomb et n'a pas cherché à entrer dans sa vie privée. Il a également le mérite d'avoir écrit un livre accessible au grand public.


Cliquez ci-dessous sur "Nothomb Amélie" pour retrouver mes autres articles consacrés à cet auteur belge.

mercredi 15 juillet 2015

"Les ailes de l'espoir" (Pascal Comblez)

Passionné d'histoire militaire, Pascal Comblez plonge le lecteur au beau milieu de l'un des événéments les plus mystérieux de la première guerre mondiale. Ce roman, qu'il a souhaité aussi proche que possible de la réalité historique, retrace l'incroyable aventure d'un groupe d'hommes qui, plongés dans des combats atroces, se sont soudain retrouvés confrontés à l'inexplicable.


En effet, au début de la première guerre mondiale, le corps expéditionnaire britannique déployé en Belgique se trouve alors encerclé près de Mons (chef-lieu du Hainaut, non loin de la frontière française). Sa situation est catastrophique et seul un miracle semble en mesure d'inverser le cours de l'histoire...  Soudain, le 23 août 1914 peu avant minuit et alors que beaucoup ont perdu foi et espoir, à l'image du sergent James Gallagher (héros du roman), la terre se met à trembler et une intense lueur envahit la nuit, ce qui va permettre aux soldats britanniques de s'échapper et de rejoindre les troupes françaises.


Très vite, ce récit d'intervention naturelle se répand au cœur des champs de bataille. Les récits des témoins ont inspiré une nouvelle à succès d'Arthur Machen, "The Bowmen" (les Archers), publiée dans le London Evening News du 29 septembre 1914. La légende des Anges de Mons prenait corps dans l'engouement populaire...


Ce roman émouvant est bien écrit et agréable à lire. Il était déjà sorti il y a quelques années (voir interview de l'auteur :  http://ecrivainsbelges.blogspot.be/2013/09/les-ailes-de-lespoir-david-cockney.html), mais il a été republié par l'asbl Hainaut, Culture et Démocratie en 2014 pour le centenaire de la bataille de Mons qui a été commémoré en présence du roi Philippe, de la reine Mathilde, des princes William, Catherine et Harry de Grande-Bretagne.

mercredi 8 juillet 2015

"Dieu au vif" (Colette Nys-Mazure)

                                                 


La collection "Grands Témoins" a pour objectif d'accueillir des hommes et des femmes qui dévoilent leur itinéraire spirituel. La foi de Colette Nys-Mazure transparaît ici et là dans beaucoup de ses livres, mais elle ne s'était jamais autant confiée sur son itinéraire de chrétienne. Elle était d'ailleurs réticente au début :   "Ce qui se joue entre Dieu et chacun de nous ne relève du regard de personne (...) Je supporte mal notre ère d'  "intimité surexposée", selon l'expression du sociologue Serge Tisseron".


Colette Nys-Mazure revient d'abord sur son enfance, la deuxième guerre mondiale, le décès de ses parents et la rencontre avec Mère Marie-Tarcisius. Elle confie :  "La seule chose à ajouter à ce chapitre premier de l'aventure d'une vie, c'est le fait de n'avoir jamais imputé à Dieu le malheur qui nous était arrivé. Nous avons grandi tous trois dans une famille élargie, profondément chrétienne, ébranlée par ce double drame sans jamais se révolter :  c'était le malheur d'un accident de la route et celui d'une maladie aggravée par les circonstances tragiques. La spiritualité dont Mère Marie-Tarcisius m'a ouvert le chemin ne part pas de la rebellion. Elle puise dans une nappe phréatique préparée depuis des générations par des hommes et des femmes réellement croyants".


Dans la deuxième partie, Colette explique son amour de la lecture, de l'écriture et du partage autour de l'écrit ("Dieu n'est pas extérieur au parcours humain et artistique que je viens d'esquisser. Au contraire, il en est le sens et la source").  Elle confie ensuite :


"Etre d'église, c'est être de l'assemblée des croyants. Oui mais comme je suis mal à l'aise parmi les ors, les pompes et l'encens à volonté!  Et face à la hiérarchie résolument masculine, à l'exercice d'un pouvoir (...) Cependant, l'Eglise m'est simultanément apparue comme une famille élargie et, comme toute famille, dotée de personnes affectueuses, joyeuses, dont on recherche la présence, et d'autres dont on a secrètement honte, tout en se sachant soi-même peu recommandable".


L'auteur est proche de la communauté de Taizé dont son frère médecin fait partie :  "Sur la colline, je respire l'air de l'Evangile :  la simplicité du cœur et de la vie, le temps de la prière, du chant et du silence, la réconciliation, la beauté sous toutes ses formes. Lorsque m'accablent ma faiblesse et celle des autres, je vais y reprendre âme".


Elle donne aussi son avis sur les affaires de pédophilie :  "On fait à juste titre le procès des prêtres pédophiles. La question est trop grave pour qu'on la réduise à une seule catégorie de personnes ; elle doit être appréhendée dans son ampleur. Le premier terrain de l'inceste est souvent la famille elle-même ; certains milieux sportifs ou artistiques ont leur quota de déviants. L'anticléricalisme primaire cherche en l'Eglise un bouc émissaire et attribue naïvement l'attirance pédophile au seul célibat ecclésiastique".


Plus loin, elle revient sur le célibat :   "Si je désire que le célibat des prêtres relève d'un choix et non d'une obligation, ce n'est pas parce que je crois le célibat impossible à tenir, mais parce qu'il n'est pas donné à tous de pouvoir le vivre joyeusement. Pas plus que tous les êtres humains ne sont faits pour le mariage".


Colette conclut ce livre personnel, touchant et spirituel par ces mots :   "Je table sur une Eglise qui avoue ses erreurs tout en avançant sous le souffle de l'Esprit et je mets mon espoir en un pape François, résolu à la simplicité, à la fraternité. J'aspire à ce que les femmes soient reconnues selon leurs dons spécifiques dans une Eglise délivrée de son sexisme frileux. Je suis convaincue qu'elles métamorphoseront une assemblée cléricale en un espace convivial où l'inspiration de la jeunesse ne sera pas étouffée par la hiérarchie. J'espère en la Beauté, cet autre nom de Dieu. Dieu au vif".

mercredi 1 juillet 2015

"Journal d'une Verviétoise des Boulevards (1908-1943)" d'Edmée De Xhavée

                                                    


Déjà auteur de plusieurs romans et recueils de nouvelles, Edmée De Xhavée rend un très bel hommage à ses grands-parents paternels dans cet ouvrage très bien écrit et agréable à lire. Elle s'est aidée du journal intime tenu par sa grand-mère de 1908 à sa mort en 1943 :   "un témoignage parfois surprenant et touchant sur sa vie, une vie qui n'eût rien de vraiment extraordinaire et qui, justement, reflète ce que pouvait être le train-train sans histoire d'une jeune fille des Boulevards qui devient femme, mère et affronte, comme tout le monde, cette montagne russe qu'est la vie".


Née en 1893, l'enfance bourgeoise de Suzanne se partage entre Verviers, la maison de campagne à Nismes, le séjour annuel à la côte belge et des vacances dans les pays voisins. A 17 ans, elle part en pension à Bonn en Allemagne, puis quelques mois en Angleterre. Edmée conclut :   "La voici suffisamment cultivée et éduquée pour faire la fierté de tout époux normalement exigeant. Elle aura bon caractère, saura intervenir brillamment dans les conversations touchant à l'art de se divertir avec finesse, animera harmonieusement silences et réunions de son toucher allègre sur le piano et ne dira jamais à son mari qu'elle "s'ennuie" et qu'il devrait la distraire. Elle a ainsi le bagage pour une certaine autonomie intellectuelle et culturelle".  Mais son cœur bat déjà pour son voisin Albert.


L'année 1914 commence bien avec l'exposition des toiles de son oncle peintre Charles Houben. Suzanne est à la côte lorsque les Allemands envahissent la Belgique. Sa famille s'enfuit aux Pays-Bas. L'insouciance est terminée mais Albert et Suzanne se fiancent en secret en 1916 (leur famille ne sera au courant qu'un an plus tard). Leur mariage a lieu en 1919 et sera heureux. Un an plus tard, ils décident de partir en Uruguay où ils restent jusqu'en 1926. C'est là que naît leur fils unique Jack. Première voiture en 1937.


La deuxième guerre mondiale éclate. Pendant que Suzanne et son fils s'enfuient en France, Albert est rappelé à la caserne de Namur, puis prisonnier de guerre en Westphalie. Le journal intime de Suzanne et Albert, et les souvenirs de Jack permettent de restituer la vie quotidienne à Verviers sous l'Occupation. Libéré, Albert s'engage dans l'Armée Secrète de Belgique.


Suzanne décède d'un cancer en 1943. L'année suivante, Albert succombe d'une crise cardiaque, après avoir eu le bonheur de vivre la libération de notre pays. Ils reposent au cimetière de Heusy, rejoints récemment par leur fils Jack. Et leur souvenir est désormais bien vivant grâce à ce livre de leur petite-fille qui écrit :  "De l'argent de la famille, il ne reste que le souvenir, quelques babioles, beaucoup de photos et ces carnets. Mais surtout, surtout, il y a cette belle éducation qui continue de génétiquement se propager, l'amour des choses belles même si simples et sans coût, le plaisir de l'affection, le goût du juste. La joie du voyage, proche ou lointain, le retour aux lieux connus et aimés par plusieurs générations. L'argent passe, s'écoule, va aider ou empoisonner d'autres vies. Mais la faim de vivre est imprimée en nous".


"Journal d'une Verviétoise des boulevards", ce ne sont pas uniquement des souvenirs familiaux et verviétois. C'est aussi un livre qui plaira aux amateurs d'Histoire et d'histoires, et qui intéressera les historiens et sociologues sur la vie quotidienne durant les deux guerres mondiales, et sur la vie d'une famille bourgeoise de la première moitié du 20ème siècle.

mercredi 27 mai 2015

La promotion des Lettres Belges...en Tchéquie et Slovaquie

La revue "Le Carnet et les Instants" (le-carnet-et-les-instants.net) a interviewé Veronika Kleplova qui coordonne différentes initiatives de promotion des Lettres Belges francophones en Tchéquie et Slovaquie :


"En quoi consiste votre travail auprès de la Délégation Wallonie-Bruxelles de Prague?
- Notre délégation a pour mission principale d'assurer le relais entre les autorités des pays concernés, d'assurer la présence de la Fédération Wallonie-Bruxelles dans le maximum de domaines qui relèvent de nos compétences, de mieux faire connaître la Belgique francophone aux populations de notre juridiction, et d'aider les Wallons et les Bruxellois à établir les contacts nécessaires à la réalisation de leurs projets. Depuis 2008, je suis chargé de mission, responsable plus particulièrement des affaires culturelles (ma collègue Patricia Krobova travaille, quant à elle, surtout pour l'enseignement) en Tchéquie et en Slovaquie. Je suis la personne de contact pour la scène culturelle dans différents domaines, notamment pour les organisateurs de festivals en tous genres. Ma tâche est de présenter l'événement qui nous est proposé à mes supérieurs à Bruxelles et de leur donner un avis basé sur mes connaissances de la situation locale.


- D'où vous vient votre intérêt pour la culture et la littérature belges?
- Des hasards de la vie... J'ai fait mes études à l'Institut de Théâtre à Prague (je suis marionnettiste de formation ; j'ai exercé ce métier pendant 20 ans). Donc on peut dire que je connais la scène culturelle tchèque, et en particulier la scène théâtrale.


- Quels événements et activités organisez-vous pour la diffusion de la littérature belge?
- Les initiatives sont nombreuses. Nous avons tout d'abord une bibliothèque dans notre bureau :  de la littérature belge francophone, des œuvres sur la politique, l'histoire, les sciences humaines, des bandes dessinées, etc. La bibliothèque est fréquentée surtout par des étudiants de l'Université Charles, où enseigne une lectrice belge (une autre lectrice est affectée à l'Université de Brno), et une des missions de ces lectrices est de promouvoir la littérature belge. La Délégation Wallonie-Bruxelles participe aussi à la Foire du Livre de Prague depuis sa création en 1994 et y occupe son propre stand. C'est Léo Beeckman, chargé de mission du Service de Promotion des Lettres, qui a assuré la présence des éditeurs belges francophones à cette occasion. Nous y avons accueilli plusieurs écrivains belges :  Thomas Gunzig, Nicolas Ancion et Werner Lambersy, entre autres. Depuis 2011, nous participons régulièrement au festival Nuit de la Littérature (nous avons successivement mis à l'honneur "Kuru" de Thomas Gunzig, "Le frère du pendu" de Marianne Sluszny, "La salle de bain" de Jean-Philippe Toussaint, et cette année nous présenterons "Back up" de Paul Colize). Nous participons aussi depuis plusieurs années aux Journées de la Francophonie. Dans le cadre de Plzen 2015 (capitale culturelle européenne avec Mons), nous participons au projet "Meeting Littérature". Nous avons mis à disposition une trentaine de livres belges qui sont, avec les livres des treize autres pays représentés, installés dans des cafés ou lieux culturels où le public plzenois peut les lire au cours de l'année. Nous collaborons avec les organisateurs du Prague Writers Festival qui a invité quelques auteurs belges avec notre soutien (ce fut le cas par exemple de Werner Lambersy). Nous avons soutenu le troisième numéro de la revue littéraire TVAR, consacrée à la littérature belge francophone (Patrick Roegiers, Georges Rodenbach, Paul Nougé, Patrick Declerck, p.ex.).


- Le public répond-il favorablement aux invitations et événements que vous mettez en place?
- Nous participons à des événements d'une grande renommée où le public est donc assuré et nombreux. Notre système d'invitations électroniques fonctionne bien, lui aussi.


- Quels sont les auteurs belges francophones qui rencontrent le plus de succès en Tchéquie?
- La Tchéquie n'est pas un pays très francophone... Les Tchèques connaissent Simenon, Maeterlinck, Ghelderode, Amélie Nothomb, Jean-Philippe Toussaint...mais souvent ces auteurs sont considérés comme français!  Tous ces écrivains sont traduits en tchèque, de même que Nicolas Ancion, Henry Bauchau, Thomas Gunzig, Werner Lambersy, Henry Michaux, André Schmitz, Marcel Thiry ou encore Marguerite Yourcenar.

mercredi 20 mai 2015

Les éditions Diagonale

Créées en 2014, les éditions Diagonale (www.editionsdiagonale.com) se consacrent uniquement à la recherche de jeunes talents littéraires de qualité et à la publication, toujours à frais d'éditeur, de leur premier roman, tous genres confondus (à l'exception des recueils de nouvelles et des textes racistes ou pornographiques). Une heureuse initiative quand on sait les difficultés que rencontrent les nouveaux venus dans le monde littéraire qui ont souvent besoin du coup de pouce d'un parrainage pour être publié dans les maisons d'édition où affluent de nombreux manuscrits.


Diagonale, c'est l'association entre Pascaline David (philosophe de formation, scénariste, ayant déjà travaillé au sein des Editions Namuroises) et Ann-Gaëlle Dumont (professeur de français pendant plusieurs années dans le secondaire). Toutes deux assurent la lecture de tous les manuscrits et soumettent ceux qui qui leur paraissent sortir du lot à l'avis de conseillers littéraires. Tous les manuscrits refusés font l'objet d'une fiche de lecture permettant à l'auteur de progresser dans son travail d'écriture (un travail de base que les grandes maisons n'ont pas souvent le temps et l'envie de faire).


Le premier appel à manuscrits a suscité l'envoi en quelques semaines de 150 manuscrits venus de plusieurs pays francophones, mais beaucoup étaient loin d'être aboutis. Parmi ceux qui méritaient une publication :  "La vie en ville" de Damien Desamory et "Quand les ânes de la colline sont devenus barbus" de John Henry. Deux auteurs belges. Et c'est la Maison de la Poésie d'Amay qui imprime la production des éditions Diagonale.


La diffusion des livres est assurée par les deux fondatrices qui veulent chercher à créer une "chaîne de complicité" entre auteurs et libraires. Pour la promotion, elles bénéficient de l'aide du Service de Promotion des Lettres de la Fédération Wallonie-Bruxelles, de la Maison de la Poésie d'Amay, de la Fondation Roi Baudouin, de la Loterie Nationale, du journal "La Libre Belgique"....et de ce blog consacré aux écrivains belges! 


Autre idée intéressante :  chaque lecteur est invité à s'affilier au Book Club de Diagonale qui permet à ses membres de recevoir les publications à domicile dès leur parution, de disposer d'invitations aux différents événements, de bénéficier d'entrées ou de réductions.

mercredi 13 mai 2015

Interview de l'auteur belge Eugène Savitzkaya

A l'occasion de la sortie de "Fraudeur" (roman) et "A la cyprine" (poèmes) tous deux chez les éditions Minuit, l'auteur belge Eugène Savitzkaya a répondu aux questions d'Alain Delaunois pour la revue "Le Carnet et les Instants" (le-carnet-et-les-instants.net) que vous pouvez recevoir gratuitement sur simple demande auprès du Service de Promotion des Lettres de la Fédération Wallonie-Bruxelles :


"Quel sens donnez-vous au titre de ce nouveau roman, "Fraudeur"?
- Nous vivons dans une époque de fraude généralisée (grosses ou petites fraudes). Comment s'étonner qu'il existe de petits fraudeurs alors qu'il en existe tant d'autres qui sont énormes, qui détournent, eux, des milliards d'euros par les circuits suisses ou luxembourgeois? Et je me suis fait cette réflexion :  que puis-je frauder, moi, de ma vie? Quel produit pourrais-je frauder à la douane? Peu de choses... Juste une mémoire de la littérature. Dans un livre, il y a toujours ce qu'on écrit réellement. Mais j'espère toujours, dans mon cas, que quelque chose d'autre passe, contre mon gré. C'est çà qui fait un livre réussi : quelque chose apparaît sans que l'auteur le veuille absolument. Voilà ce que j'espère de ce livre : que quelque chose d'autre survienne, en fraude, pour le lecteur.


- La fraude peut aussi s'exercer sur les formes de l'écriture :  "Fraudeur" est sous-titré par votre éditeur "roman", mais on devine qu'il y a dans ce roman une part biographique importante?
- L'écriture, c'est déjà du détournement, en l'occurrence celle d'une langue. Quand on l'utilise, quand on agit dessus, il est évident qu'on la détourne. On ne peut pas se conformer à toutes les règles de la langue, sinon elle serait déjà comme une langue morte. Le détournement agit donc aussi sur la narration, sur ce qu'on appelle roman, récit, fiction...et je n'ai jamais souhaité me conformer à une seule forme de narration. Car il y a trente-six mille façons de narrer les choses ; qui en douterait?  Je me souviens de cette phrase de Varlam Chalamov :   "Notre époque n'a plus besoin de fictions ; elle a besoin de témoignages". Il est possible qu'un roman soit une manière de témoigner, en particulier ici du passage de l'enfance à l'âge adulte. C'est donc une forme de témoignage un peu voilé. Mais je n'invente rien, ou pratiquement. Je me sers de mon vécu, de celui d'autres personnes, de ce qu'on m'a raconté. Ma matière, ce sont les réalités diverses du monde. Celles que j'ai moi-même connues, celles que d'autres m'ont rapportées.


- Ce nouveau livre met en scène plusieurs personnages autour d'un jeune homme de quinze ans qui est appelé "le fou" par le narrateur. Vous aimez bien ce "fou" qui vous ressemble un peu, beaucoup, non?
- Il faut bien des protagonistes dans un roman : il y a donc un fou et on est vite un fou aux yeux des autres, il suffit de faire ou ne pas faire certaines choses. Ce livre est un peu la suite de "Fou trop poli" (2005). La dernière phrase de "Fou trop poli" dit ceci :  "Dans le ventre en accordéon de la travailleuse, il y avait un trésor". La travailleuse, c'est ce petit meuble d'autrefois monté sur pied, dans lequel se trouvent des casiers qui s'ouvrent et où l'on range toutes sortes de choses nécessaires à la couture. Donc allons voir quels trésors renferment ces petits casiers... Mais la travailleuse, c'est également la ménagère, l'ouvrière, la femme, celle qui porte l'enfant à naître. "Fraudeur" est né en parti de cela, aussi.


- Les notations sur les états physiques du corps, vivant et se métamorphosant, sont une constante dans ce livre-ci, peut-être davantage que dans les précédents?
- Disons qu'ici, le passage vers l'âge adulte, à travers toutes ces métamorphoses que connaît le corps adolescent, amplifie sans doute ces notations. Mais je ne vais pas vers la métaphysique, ou alors s'il y a métaphysique, c'est celle du corps, dont parle Sade. Je ne vois pas un "ailleurs", je ne vois pas de transcendance. J'observe un état de corps vivant qui, à un moment, sort du néant et puis à un autre moment, retourne vers le néant. Cela n'a rien de désespérant ou de négatif ; c'est ainsi que nous sommes faits.


- Vous évoquez également d'autres parcours : ceux qui se font entre les pays que traversent les personnages. Il est question des origines russes et polonaises de vos parents, avant qu'ils n'arrivent sur les terres de la Hesbaye en Belgique?
- En effet, il est beaucoup question de territoires. Il y a d'abord la Hesbaye de l'adolescent, celle que j'ai pu connaître et qui hélàs n'existe quasiment plus aujourd'hui, livrée à l'agriculture intensive. C'est la terre d'élection du livre, celle où tout se passe, d'où tout se déploie pour l'adolescent. Les autres pays qui se raccrochent à ce territoire sont ceux des autres personnages du livre (un père venu de Pologne, une mère originaire de Smolensk, chassée d'abord vers la Sibérie puis vers l'Ukraine, et qui ont eu une histoire à travers l'Europe, contraints de partir, de bouger). Poussés en fait par la guerre : elle est peu évoquée mais elle est présente en arrière-fond, hier et aujourd'hui. C'est une des préoccupations du livre : tous les personnages sont ou ont été concernés par la question de la guerre, du conflit, de la déportation et de l'exil. Les territoires sont ceux-là, et ce qu'il en advient, c'est aussi leur transformation sous les effets de la mercantilisation dominante. On ne peut pas faire l'impasse sur cette évolution qui passe par la géographie.


- Vous évoquez la puissance de l'argent à travers l'itinéraire et les conditions de vie difficiles qu'a connues votre mère. C'est un itinéraire que vous avez vous-même suivi, dans ses traces familiales?
- Oui. Il me fallait un fil conducteur pour que je puisse parler de ces terres belges où elle a fini par aboutir, venant de sa Russie natale. C'est une façon de narrer les choses, de pouvoir dire ce qui est insupportable aujourd'hui comme hier, dans ces populations chassées, ballottées d'un pays à l'autre. Tout cela pour le plus grand bénéfice des nouveaux propriétaires. Les calamités humaines ont toujours profité à d'autres humains, et c'est ce qu'on voit aujourd'hui encore mais cela a toujours existé :  les guerres appauvrissent et à côté de cela, on voit de grands commerces qui se développent de manière florissante, comme l'industrie des armes, la pharmacie. Comme si, bizarrement, il fallait pouvoir détruire, abîmer, blesser, pour pourvoir ensuite soigner et guérir avec des médicaments qui coûtent très cher dans les pays du tiers-monde notamment.


- En même temps que votre roman paraît un recueil de poèmes "A la cyprine" qui fait l'éloge du corps féminin et de la présence de la femme.
- Nous avons cette chance d'avoir deux sexes différents et intéressants. La curiosité s'éveille tôt et les enfants ont la curiosité immédiate du corps de l'autre et de ses magnifiques différences. Une passion simple, sans perversité. Et une passion de tout temps qui se développe avec l'âge, qui ne s'arrête jamais, si on a la chance d'être dans cette voie-là. C'est un souci, un tracas, et en même temps un émerveillement, toujours frais. Je l'évoque dans "Fraudeur" :  étant jeune garçon, j'ai découvert très tôt les petites filles du village. Nous avions la liberté de jouer ensemble dans les bois, les campagnes, là où les adultes ne nous tenaient pas à l'œil. J'ai découvert également l'univers féminin par un livre de Monique Wittig, "L'Opoponax". Ce livre a été pour moi d'une grande influence, notamment pour le respect qu'on doit à l'autre, à la jeune fille, à la femme. Avec ce livre, j'ai voulu fêter cette présence féminine, le dédier à une substance du bonheur, à travers ces courts poèmes, échelonnés sur presque vingt ans. Chacun des textes a mûri très longtemps. Je tenais à l'ensemble, et j'ai préféré patienter pour le publier chez Minuit. C'est une sorte de réflexion très lente, avec un lexique parfois plus léger, tantôt comme une ébauche ou une petite élégie, tantôt comme une chanson. C'est un coffret très précieux, contenant de petites choses, quelques-unes dédiées à des personnes qui ont été très importantes pour moi. C'est comme un réservoir de fleurs séchées qui n'existent plus en tant que fleur, mais qui ont conservé quelque chose de charnel, malgré le temps et le néant. Faire sécher les fleurs, c'est une très belle activité : quelque chose d'elles resplendira encore".

mercredi 6 mai 2015

La Maison de la Poésie d'Amay

Le projet de la Maison de la Poésie (www.maisondelapoesie.com) est né en 1964 de la rencontre des poètes Francis Chenot et Francis Tessa, avec ensuite Alain Gerbaut et Rio di Maria. Après un détour de sept ans à Flémalle, l'association revient en 1986 à Amay où elle rachète la maison entièrement rénovée qui abrite aujourd'hui l'ensemble des installations. C'est une structure complexe qui rassemble une section animation (comme CEC Plume et Pinceau), une imprimerie, une section édition et la partie administrative. Une maison largement ouverte sur le monde artistique et littéraire qui accueille des écrivains et artistes en résidence, expose et publie leurs œuvres, multiplie les animations, publie les petites éditions littéraires mais aussi sa propre production sous l'enseigne L'Arbre à Paroles.


Son responsable David Giannoni confiait récemment à la revue Le Carnet et les Instants (le-carnet-et-les-instants.net) :   "Francis Tessa entendait prendre sa retraite et l'a signifié au Ministère de la Culture qui, au courant de mes activités, m'a demandé de reprendre le projet qui s'endormait un peu. J'ai commencé par trois mois de bénévolat, tout en gardant un mi-temps chez les sans abris où j'organisais les espaces de parole. Comme il y avait beaucoup de réticences des anciens face aux changements, nous nous sommes donnés de deux à trois ans pour opérer les changements, pour dynamiser et pérenniser les éditions. Nouvelle avancée en 2011 lorsque nous avons pu engager Antoine Wauters, l'auteur de "Nos mères", comme assistant éditiorial et relancer vraiment les éditions. Avec notamment la collection "If", attentive surtout à la qualité du travail d'écriture. Aujourd'hui, nous sommes à un moment charnière. La structure exige qu'on l'amplifie et l'on n'est pas actuellement dans un contexte financier qui soit favorable aux subventions. Mais nous trouverons bien d'autres moyens pour y arriver...


L'édition de poésie, c'est une folie. Comme pour toute folie, on arrête ou on continue. Mais la poésie, c'est pour moi, non pas une seconde mais une première nature. Je ne peux pas imaginer que tout ce combat ne serve à rien. Donc, on est ouverts, on observe, on écoute, on multiplie les événements qui nous permettent des rencontres avec des passionnés ou des personnes qui nous découvrent.  Mais il faut bien savoir que l'édition de poésie ne pourra jamais donner en quantité de vente ce qu'on aimerait qu'elle donne. Par contre, je pense que la poésie est de plus en plus une source de nourriture pour tout un public de lecteurs passionnés, mais aussi d'auteurs, artistes, acteurs, hommes de théâtre ou de cinéma, universitaires".

mercredi 29 avril 2015

Interview de l'auteur belge France Bastia

France Bastia a répondu aux questions d'Anne-Françoise Counet pour la revue "Nouvelles de Flandre" (www.francophonie.be/ndf) :




"Si vous deviez vous présenter en quelques mots?
- Il est toujours difficile de se présenter. Quelqu'un comparaît un jour la vie à la musique :  nous nous présentons tous à la naissance comme un instrument, un violon, par exemple, bon ou moins bon, mais qui sera le nôtre toute notre vie : autrement dit, un instrument avec lequel "il faudra faire avec". La jeunesse, c'est le temps où l'on vous apprend à jouer de votre instrument, et votre vie, ce sera l'air qu'on entendra. J'ai toujours trouvé la comparaison très juste.  Personnellement, mes gênes m'ont dotée, je crois, non d'un stradivarius évidemment, mais pas non plus d'un bête crincrin. Cordes innées principales :  le goût de l'indépendance, la joie de vivre, la compassion. Mais c'est à mes parents que je dois de m'avoir merveilleusement permis d'en jouer sur toutes les cordes dans les jeux, les sports, les études, les mouvements de jeunesse, l'ouverture aux autres, et surtout, surtout, à travers les livres partout et toujours! Une éducation grâce à laquelle toute ma vie et jusqu'au milieu de l'hiver, j'ai découvert en moi un invincible été, comme écrivait Camus...


- Comment avez-vous été amenée à vous tourner vers l'écriture?
- Mais écriture et lecture ne font qu'un. De l'une dépend l'autre, l'une et l'autre s'ensuivent et presque fusionnent. Je ne savais pas encore lire que pour me faire tenir tranquille, ma mère me mettait un album entre les mains. A cinq ans, je savais par cœur les contes qu'elle me lisait le soir. Et je me souviens comme si c'était d'hier de ma première leçon d'écriture, du livre dans lequel j'ai appris les premières lettres, du cahier Le Semeur à deux lignes où j'écrivais p-a-p-a : un éblouissement! Je ne me souviens pas, enfant, avoir écrit moi-même de petites histoires, mais adolescente, j'aimais les rédactions que nous avions à faire chaque semaine et, en plus de la mienne, j'écrivais volontiers pour le plaisir celles d'autres élèves de ma classe!  J'ai aussi tenu très vite mon propre journal. Ecriture et lecture ont été les deux cordes essentielles de toute ma vie.


- Vous avez vécu en Afrique : cela a dû influencer votre parcours?
- Oui, mais moins sans doute que le Brabant wallon, que la petite Bruxelloise que j'étais découvrait à six ans dans des circonstances si exceptionnelles qu'elles allaient influencer toute sa vie future. Mais l'Afrique, oui, ce fut l'une des découvertes les plus extraordinaires de ma vie, surtout le premier voyage que j'y ai fait en traversant au Congo toute la province orientale et le Kivu, dans des circonstances là aussi exceptionnelles et que j'ai plus tard relatées sous forme romancée dans mon livre "L'herbe naïve".


- Le grammairien André Goosse a aussi croisé votre route?
- Ca, c'est une autre merveilleuse histoire. Jolie comme un conte, mais un conte vrai dont le fil rouge est l'amour de la langue française. A 13 ans, je le voyais de loin pour la première fois : il était le fiancé de mon professeur de français en 6ème latine, Marie-Thérèse Grévisse. A 16 ans, je le revoyais en rendant visite à Melle Grévisse devenue Mme Goosse, qui venait d'avoir son premier enfant, et je le saluais en tirant une révérence, ce dont il garde, amusé, le souvenir aujourd'hui encore!  Plus tard, le hasard nous fit nous établir dans deux villages voisins du Brabant wallon. En 1985, je me trouvai chargée par les éditions Duculot, éditeur de mes propres livres, du lancement dans la presse du "Bon usage 1986" de Grévisse et Goosse, dont hélàs Marie-Thérèse, décédée à la fin de l'année, n'eut pas la joie de voir paraître l'édition. Et en 1986, quand je suis allée, compatissante devant le deuil qui le frappait, dire bonjour à Mr Goosse, comment aurions-nous pu prévoir que nos routes qui depuis quarante ans amicalement se croisaient, allaient se rejoindre pour n'en faire plus qu'une?  Et nous voici, le grammairien, la romancière et la langue française, merveilleusement mariés depuis bientôt trente autres années et, de plus, dans cet invincible été dont parlait Camus!


- L'écriture a toujours tenu une place importante dans votre parcours ; c'est sans doute la raison pour laquelle vous avez été présidente de l'Association des Ecrivains Belges?
- En 1986, Duculot devenant l'éditeur de la "Revue Générale", me proposait de représenter la maison au sein du comité de rédaction présidé alors par Georges Sion. L'année suivante, le même Georges Sion me demandait de succéder à l'un des directeurs de la rédaction inopinément décédé. Et c'est le même Georges Sion qui, en 1993, me proposait à ma grande surprise d'entrer au conseil d'administration de l'Association des Ecrivains Belges et, en 1994, à ma surprise plus grande encore, de bien vouloir être candidate à la succession de Roger Foulon qui, pour des raisons de santé, souhaitait démissionner de son poste de président. J'ai dit oui, non sans quelque hésitation toutefois, vu le travail important que me demandait déjà la "Revue Générale". J'ai été élue et j'ai présidé l'Association des Ecrivains Belges pendant 16 ans pour en être nommée présidente d'honneur par l'assemblée générale lors de ma fin de mandat en 2010. Un merci qui m'a laissé penser que je n'avais pas trop mal fait le boulot...


- La "Revue Générale" (www.revuegenerale.be) fête cette année ses 150 ans. En 1865, quelles étaient les motivations pour mettre sur pied une telle revue?
- En 1865, il n'existait pas de revue en Belgique, seulement des quotidiens se bornant le plus souvent à n'enregistrer qu'actualités politiques et faits divers. Une revue offrant un spectre d'informations et de réflexions plus larges couvrant, outre la politique, l'actualité économique, sociale, littéraire, scientifique, artistique, etc. comme il en existait déjà en France, en Angleterre, en Allemagne ou aux Etats-Unis, était donc nécessaire. Deux grands partis politiques se partageaient alors le pays : les libéraux (bien organisés déjà dans la presse) et les catholiques (plus conservateurs mais très ouverts déjà aux questions sociales). Ce sont eux qui, en janvier 1865, prirent l'initiative de la création de la "Revue Générale", en confiant la direction à un ancien journaliste et avocat, Edouard Ducpétiaux. Le premier numéro précisait toutefois dans son introduction que la "Revue Générale" n'entendait imposer aucun programme ni imprimer à la revue une direction unique. La "Revue Générale" de janvier 2015 reproduit en hommage à ses fondateurs le texte de cette enthousiaste première introduction et la ligne de conduite avec laquelle, 150 ans plus tard, elle reste fondamentalement attachée :  réflexion, culture, respect des droits de l'homme, souci d'évolution et liberté d'expression.


- Quel est votre meilleur et votre pire souvenir en tant que responsable de "La Revue Générale"?
- Difficile de choisir parmi les meilleurs souvenirs, tellement ils sont nombreux. Peut-être, parmi eux, ces réunions estivales où, sous les arbres de Hamme-Mille, se retrouvaient tous les auteurs et collaborateurs de l'année écoulée et les merveilleuses rencontres que, de façon très conviviale, ces champêtres réunions permettaient. Le pire souvenir?  En 2014, quand le Ministère de la Culture et la Promotion des Lettres, qui en avaient toujours assumé la charge jusque-là, ont supprimé des abonnements de la "Revue Générale" à un nombre important de bibliothèques publiques. Un coup très dur; Mais les temps certainement redeviendront meilleurs et nous gardons confiance en l'avenir...


 - Dans une société dominée par l'information quasi instantanée, comment voyez-vous l'avenir de la "Revue Générale"?
- Comme un outil de plus en plus indispensable pour continuer à prendre en toutes circonstances à la fois le recul et la hauteur nécessaires à la réflexion. De plus en plus conscients que nous ne vivons pas une crise, mais un changement profond de société, de garder l'œil attentif à l'actualité, au numérique, aux réseaux sociaux et à l'évolution nécessaire de la revue elle-même, mais en conservant la tête et le cap sans se laisser emporter par le flot!".

mercredi 22 avril 2015

Actualité d'Espace Nord

Responsable de la collection Espace Nord (dédiée à la littérature belge francophone), Tanguy Habrand a répondu aux questions de Nausicaa Dewez dans la revue "Le Carnet et les Instants" que vous pouvez recevoir gratuitement sur simple demande auprès du Service de Promotion des Lettres de la Fédération Wallonie-Bruxelles :


"Pourriez-vous tout d'abord nous retracer l'histoire de cette collection?
- La collection Espace Nord est née en 1983 dans un contexte où la littérature belge francophone n'allait pas de soi. Espace Nord prenait en quelque sorte la relève de la collection Passé Présent, développée quelques années auparavant par Jacques Antoine, en lui apportant le critère de l'accessibilité que permet le format de poche. La collection s'est d'emblée située, dans son organisation, à l'intersection des pouvoirs publics, des universités et du monde des Lettres et de l'édition. Ce sont les éditions Labor qui en ont assuré la conduite pendant plus de 20 ans, puis le groupe Luc Pire et La Renaissance du Livre. Après avoir longtemps soutenu la collection Espace Nord, la Fédération Wallonie-Bruxelles en est devenue propriétaire en 2010, et a confié sa gestion à des acteurs du monde de l'édition par voie de marché public. Cette gestion est assurée aujourd'hui à la fois par Les Impressions Nouvelles et par Cairn Info pour le numérique.


- La collection est donc à présent éditée par Les Impressions Nouvelles. Quelles inflexions ce nouvel éditeur a-t-il voulu donner à la collection?
- Je pense que ce qui a guidé nos actions dès le départ a été le respect du travail accompli. Nous n'avions pas l'intention de remettre en cause un modèle qui avait fait ses preuves et avons plutôt cherché à l'améliorer en gardant toujours cette question à l'esprit :  comment inscrire Espace Nord dans la société d'aujourd'hui, tant du point de vue de l'enseignement que du grand public? La solution de facilité consisterait à accoler l'adjectif "numérique" à nos moindres faits et gestes, ce qui serait tout à fait dans l'ère du temps. Nous développons évidemment le catalogue numérique de la collection, en collaboration étroite avec Cairn Info, au rythme d'une quinzaine de titres par an, mais ce n'est qu'un rouage parmi d'autres. Nos premières interventions ont porté aussi bien sur des aspects techniques (esthétique des couvertures, diffusion et distribution, actualité des contrats) que sur des choix éditoriaux avec un comité éditorial diversifié, de manière à couvrir le plus grand nombre d'époques et de sensibilités. En cela, notre travail relève avant tout de l'adaptation à une époque et du perfectionnement.


- Restez-vous fidèle au principe d'accompagner les textes d'une postface et d'une biobibliographie?
- Oui car l'appareil critique en fin de volume participe aussi de la spécificité de la collection. Il convient toutefois d'adapter le ton et les intentions de chaque postface aux volumes publiés. Les nouvelles éditions des "Villages illusoires" (Emile Verhaeren) et "Bruges-la-Morte" (Georges Rodenbach) que Christian Berg est en train de préparer, la refonte en terme de structure du recueil des "Nouvelles du Grand Possible" (Marcel Thiry) proposée par Pascal Durand, les postfaces d'Isabelle Ost à "Circuit" (Charly Delwart), de Daniel Laroche à "Mémoire d'un ange maladroit" (Francis Dannemark) ou de Rossano Rosi à "Madrid ne dort pas" (Grégoire Polet), portant sur des œuvres plus contemporaines : tous ces textes ont en commun leur dimension critique et répondent à un même critère d'accessibilité, mais ils se mettent avant tout au service des textes publiés. Or ces œuvres (plus ou moins récentes, plus ou moins inscrites dans une "Histoire" littéraire) ne nécessitent pas le même accent porté sur des questions d'ordre stylistique, thématique, philologique, sociologique. Nous avons donc cherché des postfaces plutôt issues de la recherche, sur le mode de la vulgarisation scientifique, et des postfaces plus ancrées dans la critique littéraire. Dans tous les cas, maintenir le principe des postfaces nous semble à la fois nécessaire et précieux, d'autant que les espaces réservés au discours sur la littérature se font rares.


- Espace Nord est considéré comme une collection patrimoniale. Pourtant, dans les derniers numéros parus, Stéphane Lambert côtoie Robert Poulet. Qu'est-ce qui dicte les choix des œuvres et auteurs qui font leur apparition dans la collection?
- La notion de patrimoine ne renvoie pas forcément au passé, et s'étend à tout ce qui présente un intérêt culturel ou artistique, pour un public donné. Nous devons nous montrer attentifs aux grands classiques et préparer, dans la mesure du possible, les classiques de demain. La sélection des œuvres et des auteurs est effectuée en concertation avec le comité Espace Nord, mais il y a plusieurs modes de sélection. Les œuvres qui relèvent, tout d'abord, des titres précédemment publiés dans la collection et auxquels il convient de donner une nouvelle vie : les premiers titres publiés en Espace Nord ont une trentaine d'années ; il y a là comme un principe de mise en abyme, où la collection patrimoniale devient son propre "patrimoine". Nous avons commencé ce travail de réédition avec des auteurs tels que Maurice Maeterlinck, Camille Lemonnier ou André Baillon, et allons approfondir ce travail avec Charles de Coster, Georges Eekhoud, Neel Doff, Michel de Ghelderode, Conrad Detrez ou Georges Simenon. Une autre approche consiste à nourrir le catalogue de périodes peu représentées de l'histoire littéraire, que l'on pense au réalisme magique de l'entre-deux-guerres avec "Handji" de Robert Poulet ou au surréalisme avec une grande anthologie préparée en ce moment par Paul Aron et Jean-Pierre Bertrand. Sans oublier le dernier quart du XXème siècle :  "Histoires singulières" de Jean Muno, de grands textes de Jacqueline Harpman, de Nicole Malinconi, de Pierre Mertens, qui ont été contemporains des premières années d'Espace Nord. Pour les œuvres plus récentes, nous veillons tantôt à saluer une trajectoire littéraire, tantôt à privilégier des auteurs très appréciés dans les écoles. C'est ainsi que la collection Espace Nord a pu inscrire à son catalogue "Chants des gorges" de Patrick Delperdange, "La seconde vie d'Abram Potz" de Foulek Ringelheim, "Le jour du chien" de Caroline Lamarche, "Les ours n'ont pas de problèmes de parking" de Nicolas Ancion, "Café Europa" de Serge Delaive, "Charlot aime Monsieur" de Stéphane Lambert, et que nous suivons de très près les œuvres d'Armel Job, André-Marcel Adamek, Xavier Hanotte, François Emmanuel ou encore Michel Lambert.


- Une circulaire ministérielle récente incite les professeurs de français à l'étude de la littérature belge en classe. Comment la collection Espace Nord peut-elle aider les enseignants à rencontrer cet objectif?
- Parallèlement aux postfaces, nous avons développé un outil spécifiquement adressé aux enseignants : des dossiers pédagogiques. Il en existe près d'une dizaine à l'heure actuelle, sur des titres tels que "Pelléas et Mélisande" (Maeterlinck), "La salle des profs" (Wouters), "Chants des gorges" (Delperdange) ou "Malpertuis" (Ray). Le rythme de production de ces dossiers a été fixé à 12 par an, et nous avons tenu à ce qu'ils soient gratuits, dans un espace pédagogique sur le site web de la collection. Ils sont axés sur la pratique enseignante avec des rubriques que l'on retrouve dans chaque dossier :  présentation de l'auteur, de l'œuvre, inscription de l'œuvre dans une époque, thèmes abordés, etc. Dans une perspective plus large, il nous semble également indispensable de faciliter la circulation de tout un chacun au sein d'un catalogue très fourni. Nous réalisons à cet effet un catalogue sélectif de titres Espace Nord dans lequel les œuvres seront classées plus efficacement que par numéro au sein d'une collection. Y seront repris les grands mouvements de l'Histoire littéraire, les genres ou encore les thèmes.


- Quelles seront les grandes actualités de la collection en 2015?
- L'année 2015 est très éclectique. Plusieurs titres vont explorer différentes facettes de l'humour :  "La mort de Napoléon" de Simon Leys, "La constellation du chien" de Pierre Puttemans, "Hegel ou la vie en rose" d'Eric Duyckaerts. Dans la même veine, nous rééditerons "Le mariage de Melle Beulemans" de Fernand Wicheler et Frantz Fonson, qu'on ne présente plus, et publierons également "Jardin botanique", réflexions à la fois sentimentales et ironiques sur l'identité belge d'Alain Bertrand, qui nous a quittés trop tôt l'an dernier. Certains volumes auront valeur de grands ensembles : l'anthologie du surréalisme dont j'ai déjà parlé, une édition revue et complétée des "Nouvelles belges à l'usage de tous" établie par René Godenne, ainsi que l'anthologie d'une vie consacrée, parmi bien d'autres choses, à la critique : "Littérature belge d'aujourd'hui", le meilleur des chroniques littéraires de Jacques De Decker, une histoire de la littérature comme elle vient. Un texte injustement introuvable :  "Anvers ou les anges pervers" de Werner Lambersy. Ou un Adamek inédit dans la collection Espace Nord :  "Le plus grand sous-marin du monde". Bref, tout un programme!".


Plus d'infos sur www.espacenord.com