mercredi 20 novembre 2019

Interview de Patrick Delperdange

A l'occasion de la sortie de "Coup de cœur" (éditions Mijade),  l'auteur Patrick Delperdange a répondu aux questions de la revue "Le Carnet et les Instants" que vous pouvez recevoir gratuitement par courrier sur simple demande auprès du Service de Promotion des Lettres de la Fédération Wallonie-Bruxelles :

"Patrick, tu signes ton retour dans la littérature de jeunesse. Le plaisir reste-t-il ta principale motivation quand tu écris?
- Ce l'était en tout cas jusqu'il y a peu. Bien sûr, le plaisir que j'éprouve à écrire et le plaisir que j'essaie de faire éprouver à mes lecteurs restent essentiels à mes yeux. Pour moi, le plaisir, ce n'est pas juste être réjoui par ce qu'on lit. Ce qui m'intéresse, que j'écrive pour les adultes ou les jeunes, c'est procurer des sensations quasiment épidermiques. En tant que lecteur, avoir frissonné en lisant un livre me fait penser que l'auteur a réussi quelque chose d'assez rare, et c'est un peu ce que je cherche. Mais je vieillis, ce n'est pas très original, et avec le poids de l'âge, je me demande s'il ne faudrait pas lester un peu ce plaisir de dimensions différentes. En tant qu'écrivain, il commence à me manquer quelque chose. C'est une réflexion en cours, une évolution qui a lieu depuis quatre ou cinq ans peut-être. Mes derniers bouquins adultes sont des romans noirs, et les réactions des lecteurs m'ont fait sentir que, pratiquement à mon insu, j'avais écrit des choses qui ont touché des gens au-delà de cette idée de plaisir…  Cela tient surtout au fait qu'au cours des trois ou quatre dernières années, j'ai été invité dans de nombreux salons consacrés au polar, où on rencontre un public très mélangé. Je me suis rendu compte que les gens ont perçu dans mes livres des choses dont je n'étais pas tout à fait conscient, mais qui pour eux étaient essentielles. C'est curieux :  parfois, en tant qu'écrivain, ce n'est pas qu'on s'illusionne sur ce qu'on fait, mais on ne saisit pas nécessairement la portée de ce qu'on écrit et ce sont les lecteurs qui vous ouvrent les yeux. Voilà…  Plaisir, oui, mais avec quelque chose en plus. Une noirceur ou une gravité à laquelle tous les lecteurs n'ont pas envie d'être confrontés.

- Les rencontres avec les lecteurs sont donc importantes à tes yeux?
- En tout cas, cela demande de l'énergie. Jusqu'il y a trois ou quatre ans, la plupart des rencontres que j'effectuais se déroulaient en milieu scolaire. J'ai trouvé ça parfois un peu fastidieux. En un laps de temps très réduit, j'ai vu beaucoup de classes et j'ai eu l'impression de me répéter, d'avoir mis au point un répertoire de réponses pour des questions qui sont souvent les mêmes. Je récitais une sorte de texte, comme un vieil acteur de province qui ramène tout le temps le monologue d'Hamlet et qui finit par ne même plus comprendre ce qu'il déclame. Je me suis dit :  "Houlà, attention, tu n'y prends plus beaucoup de plaisir". Et je pense que du coup en face, le contact n'était plus le même. Depuis la parution de "Si tous les dieux nous abandonnent" dans la Série Noire, j'ai été invité à quantité de salons, et ça m'a permis d'échanger avec un public plus adulte :  l'éclairage est différent !

- Tu parles des relations avec tes lecteurs, mais qu'en est-il des relations entre auteurs?
- Les polardeux sont un peu plus destroy, mais les auteurs jeunesse ne sont pas en reste. Sans idéaliser ces deux communautés, leurs représentants s'apprécient la plupart du temps. Il y a des affinités et on ne se tire pas dans les pattes, ça reste bon enfant. L'ambiance est différente en littérature dite classique. En France, tout est fait pour ça :  quand vous dites que vous êtes auteur, on vous déroule le tapis rouge. Dans n'importe quel milieu, les gens sont impressionnés. Etre écrivain, cela fait partie du patrimoine national. On ne sent pas ça du tout en Belgique :  on n'est vraiment pas reconnu. Ici, quand on me demande ce que je fais dans la vie et que je dis que je suis écrivain, c'est à peine si on ne me tourne pas le dos. Mais ça nous permet justement de travailler dans les marges et de faire des choses que les écrivains français s'interdisent. Eux, c'est comme s'ils portaient une médaille, et ils sont tentés de s'autocensurer.

- Etre édité dans la Série Noire (pour "Si tous les dieux nous abandonnent") t'a ouvert des portes, et pourtant tu as décidé de suivre Aurélien Masson, ton directeur de collection, qui quittait Gallimard pour les Arène;
- J'ai dû prendre une décision très rapide, quasiment à brule-pourpoint. Le problème, c'était de quitter Gallimard et la Série Noire puisque dans le domaine où je travaille, c'était rouler en Rolls Royce, et là, il me demandait de rendre les clés de la Rolls pour partir à l'aventure. Mais rétrospectivement, je pense que j'ai fait le bon choix de suivre cet éditeur en particulier".

La suite de cette interview se trouve dans la revue "Le Carnet et les Instants"...
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