mercredi 22 avril 2015

Actualité d'Espace Nord

Responsable de la collection Espace Nord (dédiée à la littérature belge francophone), Tanguy Habrand a répondu aux questions de Nausicaa Dewez dans la revue "Le Carnet et les Instants" que vous pouvez recevoir gratuitement sur simple demande auprès du Service de Promotion des Lettres de la Fédération Wallonie-Bruxelles :


"Pourriez-vous tout d'abord nous retracer l'histoire de cette collection?
- La collection Espace Nord est née en 1983 dans un contexte où la littérature belge francophone n'allait pas de soi. Espace Nord prenait en quelque sorte la relève de la collection Passé Présent, développée quelques années auparavant par Jacques Antoine, en lui apportant le critère de l'accessibilité que permet le format de poche. La collection s'est d'emblée située, dans son organisation, à l'intersection des pouvoirs publics, des universités et du monde des Lettres et de l'édition. Ce sont les éditions Labor qui en ont assuré la conduite pendant plus de 20 ans, puis le groupe Luc Pire et La Renaissance du Livre. Après avoir longtemps soutenu la collection Espace Nord, la Fédération Wallonie-Bruxelles en est devenue propriétaire en 2010, et a confié sa gestion à des acteurs du monde de l'édition par voie de marché public. Cette gestion est assurée aujourd'hui à la fois par Les Impressions Nouvelles et par Cairn Info pour le numérique.


- La collection est donc à présent éditée par Les Impressions Nouvelles. Quelles inflexions ce nouvel éditeur a-t-il voulu donner à la collection?
- Je pense que ce qui a guidé nos actions dès le départ a été le respect du travail accompli. Nous n'avions pas l'intention de remettre en cause un modèle qui avait fait ses preuves et avons plutôt cherché à l'améliorer en gardant toujours cette question à l'esprit :  comment inscrire Espace Nord dans la société d'aujourd'hui, tant du point de vue de l'enseignement que du grand public? La solution de facilité consisterait à accoler l'adjectif "numérique" à nos moindres faits et gestes, ce qui serait tout à fait dans l'ère du temps. Nous développons évidemment le catalogue numérique de la collection, en collaboration étroite avec Cairn Info, au rythme d'une quinzaine de titres par an, mais ce n'est qu'un rouage parmi d'autres. Nos premières interventions ont porté aussi bien sur des aspects techniques (esthétique des couvertures, diffusion et distribution, actualité des contrats) que sur des choix éditoriaux avec un comité éditorial diversifié, de manière à couvrir le plus grand nombre d'époques et de sensibilités. En cela, notre travail relève avant tout de l'adaptation à une époque et du perfectionnement.


- Restez-vous fidèle au principe d'accompagner les textes d'une postface et d'une biobibliographie?
- Oui car l'appareil critique en fin de volume participe aussi de la spécificité de la collection. Il convient toutefois d'adapter le ton et les intentions de chaque postface aux volumes publiés. Les nouvelles éditions des "Villages illusoires" (Emile Verhaeren) et "Bruges-la-Morte" (Georges Rodenbach) que Christian Berg est en train de préparer, la refonte en terme de structure du recueil des "Nouvelles du Grand Possible" (Marcel Thiry) proposée par Pascal Durand, les postfaces d'Isabelle Ost à "Circuit" (Charly Delwart), de Daniel Laroche à "Mémoire d'un ange maladroit" (Francis Dannemark) ou de Rossano Rosi à "Madrid ne dort pas" (Grégoire Polet), portant sur des œuvres plus contemporaines : tous ces textes ont en commun leur dimension critique et répondent à un même critère d'accessibilité, mais ils se mettent avant tout au service des textes publiés. Or ces œuvres (plus ou moins récentes, plus ou moins inscrites dans une "Histoire" littéraire) ne nécessitent pas le même accent porté sur des questions d'ordre stylistique, thématique, philologique, sociologique. Nous avons donc cherché des postfaces plutôt issues de la recherche, sur le mode de la vulgarisation scientifique, et des postfaces plus ancrées dans la critique littéraire. Dans tous les cas, maintenir le principe des postfaces nous semble à la fois nécessaire et précieux, d'autant que les espaces réservés au discours sur la littérature se font rares.


- Espace Nord est considéré comme une collection patrimoniale. Pourtant, dans les derniers numéros parus, Stéphane Lambert côtoie Robert Poulet. Qu'est-ce qui dicte les choix des œuvres et auteurs qui font leur apparition dans la collection?
- La notion de patrimoine ne renvoie pas forcément au passé, et s'étend à tout ce qui présente un intérêt culturel ou artistique, pour un public donné. Nous devons nous montrer attentifs aux grands classiques et préparer, dans la mesure du possible, les classiques de demain. La sélection des œuvres et des auteurs est effectuée en concertation avec le comité Espace Nord, mais il y a plusieurs modes de sélection. Les œuvres qui relèvent, tout d'abord, des titres précédemment publiés dans la collection et auxquels il convient de donner une nouvelle vie : les premiers titres publiés en Espace Nord ont une trentaine d'années ; il y a là comme un principe de mise en abyme, où la collection patrimoniale devient son propre "patrimoine". Nous avons commencé ce travail de réédition avec des auteurs tels que Maurice Maeterlinck, Camille Lemonnier ou André Baillon, et allons approfondir ce travail avec Charles de Coster, Georges Eekhoud, Neel Doff, Michel de Ghelderode, Conrad Detrez ou Georges Simenon. Une autre approche consiste à nourrir le catalogue de périodes peu représentées de l'histoire littéraire, que l'on pense au réalisme magique de l'entre-deux-guerres avec "Handji" de Robert Poulet ou au surréalisme avec une grande anthologie préparée en ce moment par Paul Aron et Jean-Pierre Bertrand. Sans oublier le dernier quart du XXème siècle :  "Histoires singulières" de Jean Muno, de grands textes de Jacqueline Harpman, de Nicole Malinconi, de Pierre Mertens, qui ont été contemporains des premières années d'Espace Nord. Pour les œuvres plus récentes, nous veillons tantôt à saluer une trajectoire littéraire, tantôt à privilégier des auteurs très appréciés dans les écoles. C'est ainsi que la collection Espace Nord a pu inscrire à son catalogue "Chants des gorges" de Patrick Delperdange, "La seconde vie d'Abram Potz" de Foulek Ringelheim, "Le jour du chien" de Caroline Lamarche, "Les ours n'ont pas de problèmes de parking" de Nicolas Ancion, "Café Europa" de Serge Delaive, "Charlot aime Monsieur" de Stéphane Lambert, et que nous suivons de très près les œuvres d'Armel Job, André-Marcel Adamek, Xavier Hanotte, François Emmanuel ou encore Michel Lambert.


- Une circulaire ministérielle récente incite les professeurs de français à l'étude de la littérature belge en classe. Comment la collection Espace Nord peut-elle aider les enseignants à rencontrer cet objectif?
- Parallèlement aux postfaces, nous avons développé un outil spécifiquement adressé aux enseignants : des dossiers pédagogiques. Il en existe près d'une dizaine à l'heure actuelle, sur des titres tels que "Pelléas et Mélisande" (Maeterlinck), "La salle des profs" (Wouters), "Chants des gorges" (Delperdange) ou "Malpertuis" (Ray). Le rythme de production de ces dossiers a été fixé à 12 par an, et nous avons tenu à ce qu'ils soient gratuits, dans un espace pédagogique sur le site web de la collection. Ils sont axés sur la pratique enseignante avec des rubriques que l'on retrouve dans chaque dossier :  présentation de l'auteur, de l'œuvre, inscription de l'œuvre dans une époque, thèmes abordés, etc. Dans une perspective plus large, il nous semble également indispensable de faciliter la circulation de tout un chacun au sein d'un catalogue très fourni. Nous réalisons à cet effet un catalogue sélectif de titres Espace Nord dans lequel les œuvres seront classées plus efficacement que par numéro au sein d'une collection. Y seront repris les grands mouvements de l'Histoire littéraire, les genres ou encore les thèmes.


- Quelles seront les grandes actualités de la collection en 2015?
- L'année 2015 est très éclectique. Plusieurs titres vont explorer différentes facettes de l'humour :  "La mort de Napoléon" de Simon Leys, "La constellation du chien" de Pierre Puttemans, "Hegel ou la vie en rose" d'Eric Duyckaerts. Dans la même veine, nous rééditerons "Le mariage de Melle Beulemans" de Fernand Wicheler et Frantz Fonson, qu'on ne présente plus, et publierons également "Jardin botanique", réflexions à la fois sentimentales et ironiques sur l'identité belge d'Alain Bertrand, qui nous a quittés trop tôt l'an dernier. Certains volumes auront valeur de grands ensembles : l'anthologie du surréalisme dont j'ai déjà parlé, une édition revue et complétée des "Nouvelles belges à l'usage de tous" établie par René Godenne, ainsi que l'anthologie d'une vie consacrée, parmi bien d'autres choses, à la critique : "Littérature belge d'aujourd'hui", le meilleur des chroniques littéraires de Jacques De Decker, une histoire de la littérature comme elle vient. Un texte injustement introuvable :  "Anvers ou les anges pervers" de Werner Lambersy. Ou un Adamek inédit dans la collection Espace Nord :  "Le plus grand sous-marin du monde". Bref, tout un programme!".


Plus d'infos sur www.espacenord.com

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