mercredi 29 novembre 2017

Un album de St-Nicolas réalisé par des Belges

                                                 Saint Nicolas, c'est qui celui-là ?

Ce joli album sur Saint-Nicolas est un projet collectif réalisé par des compatriotes : l'auteur, l'illustrateur et la maison d'édition Alice sont belges!  Le texte a été écrit par Charlotte Bellière, une enseignante bruxelloise née en 1981. Les dessins ont été réalisés par Ian De Haes, artiste peintre et libraire spécialisé en littérature de jeunesse.

Pour avoir un compte-rendu plus détaillé de cet album :  http://histoiresdenlire.blogspot.be/2017/11/saint-nicolas-cest-qui-celui-la.html

Bonne fête de Saint-Nicolas à tous les enfants, étudiants, enseignants et employés !

mercredi 15 novembre 2017

Prix Mallarmé 2017 pour Philippe Mathy

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L'Académie Mallarmé vient de décerner son prix de poésie 2017 au poète belge Philippe Mathy pour son recueil "Veilleurs d'instants", publié cette année par les éditions L'Herbe qui tremble. L'auteur invite le lecteur à un itinéraire lié à la nature, à la contemplation, à une sagesse puissante et spontanée. En prose poétique, en vers libres, il épingle des moments cueillis au vif d'une promenade, au cœur d'une halte propice à la réflexion. Le recueil est illustré de peintures végétales de Pascale Nectoux.

Né en 1956 au Congo belge, Philippe Mathy rentre en Belgique à l'âge de quatre ans. Il grandit dans le village de Saint-Denis. Dans les années 80, il s'installe avec son épouse et leurs trois filles à Guignies, petit village de la commune de Brunehaut en Hainaut Occidental. Pendant une vingtaine d'années, il anime une galerie d'art associant peinture, sculpture, musique et poésie. Il est aussi professeur de français au Collège Notre-Dame de Tournai jusqu'en 2011. Auteur de nombreux livres, Philippe Mathy est actuellement rédacteur en chef du Journal des Poètes.

mercredi 1 novembre 2017

La collection Belgiques des éditions Ker

Installée dans le Brabant wallon, la maison d'édition belge Ker vient de lancer une nouvelle collection intitulée "Belgiques" au pluriel. Les trois premiers auteurs de cette collection sont Vincent Engel, Luc Baba et Alain Dartevelle.

Le patron des éditions Ker Xavier Vanvaerenbergh a confié aux quotidiens du groupe Vers l'Avenir :  "L'idée est née d'une rencontre avec Marc Bailly. Il est lui-même auteur et éditeur, et a organisé beaucoup de rencontres littéraires. Il est venu avec un projet d'une collection dans laquelle des auteurs exprimeraient, à travers des nouvelles, leur "belgitude". Ca rejoignait des projets que je mène chez Ker où je demande à plusieurs écrivains de réagir à travers une courte fiction sur un sujet d'actualité. Je ne voulais pas m'enfermer dans le belgo-belge, et si les trois premiers recueils sont écrits par des écrivains de chez nous, comme le seront aussi les trois publiés l'année prochaine, pourquoi ne pas imaginer un Québecois ou un Français écrivant quelques nouvelles sur ce thème? Stratégiquement, quand on lance une nouvelle collection, on cherche plutôt un auteur connu. On sait que pour faire connaître un nouvel auteur, il faut un an ou deux. Ici, j'ai limité les risques, entre autres grâce à Vincent Engel avec qui je travaille depuis douze ans.

Je vis avec l'espoir que le modèle économique français qui est de surproduire va finir par s'effondrer. Ce n'est plus tenable à long terme. Ce jour-là, je pense que les petits éditeurs sortiront leur épingle du jeu. C'est un mythe de dire qu'être édité à Paris est gage de succès pour un auteur belge. Oui mais pour quelques-uns, mais c'est très limité".

Plus d'infos :  www.kereditions.eu/librairie/belgiques

mercredi 25 octobre 2017

Amélie Nothomb et la Belgique

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Dans la longue interview accordée à la revue "Le Carnet et les Instants" du Service de Promotion des Lettres de la Fédération Wallonie-Bruxelles, la baronne Amélie Nothomb répond à plusieurs questions sur la Belgique :

"Accordez-vous une attention particulière aux livres d'écrivains belges francophones?
- Il n'est pas primordial pour moi qu'un auteur soit belge ou non. Mais ça me fait plaisir quand je lis un auteur belge. Ces dernières années, j'ai, par exemple, vu émerger Caroline De Mulder. Je trouve qu'elle a beaucoup de talent. C'est une belle personne dans tous les sens du terme.

- On sait aussi votre admiration pour Simon Leys.
- Oui, pour Simon Leys, pour Jacqueline Harpman, pour Simenon, pour tous les grands surréalistes. Nous ne manquons pas de gloires en Belgique, c'est certain.

- Y a-t-il pour vous quelque chose qui définirait la littérature belge?
- Ca me paraît évident :  le surréalisme. Le surréalisme belge précédait sa nomination et lui succède. Je trouve qu'il y a toujours quelque chose de surréaliste dans ce que nous écrivons en Belgique. Je pense qu'on peut qualifier ce que j'écris de surréaliste. C'est plus fort que moi : à aucun moment, je ne me dis "Soyons surréaliste!",  ça vient tout seul. C'est certainement une des manières principales que j'ai d'être belge.

- Vous vous définissez vous-même comme auteur belge?
- Oh oui!

- L'identité belge est-elle plus importante pour vous que la francophone?
- Je ne peux pas dire que francophone n'a aucune importance. J'écris en français et ce n'est pas anodin. Mais l'identité belge est plus importante, parce qu'elle différencie des Français, des Suisses, des Canadiens, et c'est quelque chose qui a du sens.

- Vous êtes une Belge publiée en France :  votre éditeur est-il ouvert à une langue qui n'est pas forcément toujours conforme au français de France?
- Ca a donné lieu à une paranoïa de la part de mon éditeur. Quand il s'est aperçu du style très particulier d' "Hygiène de l'assassin", il a cru que c'était du belge! Le texte était presque entièrement raturé par les correctrices avec la mention "belge". J'ai entièrement raturé les corrections en mettant "Non, ce n'est pas du belge, c'est du Amélie Nothomb!". Il m'a fallu quelques années pour le leur faire comprendre. Par ailleurs, si je me permettais cette liberté, c'était probablement dû au fait que j'étais belge. Donc, finalement, c'est du belge, mais pas de la façon dont ils l'imaginaient!

- Vous vivez en France depuis plusieurs années. Votre écriture est-elle néanmoins toujours marquée par le français de Belgique?
- En arrivant en France, j'ai découvert le français de France et il ne m'a pas déplu. Mais pourquoi ne pas montrer qu'en Belgique, nous avons une autre façon de parler? Ceci dit sans aucun désir revanchard. Mais jamais je n'ai été obsédée par l'idée de ne pas paraître belge. Au contraire, je ne supporte pas qu'on dise que je ne suis pas belge. Je ne sais pas pourquoi les Français disent toujours de moi que je suis "d'origine belge". Je suis belge, pas "d'origine belge"!

- Dans plusieurs interviews, vous avez pourtant évoqué votre sentiment d'apatridie, de ne venir de nulle part. Dans "Biographie de la faim", vous expliquez vous sentir ressortissante de l' "Etat de Jamais".
- Ce sentiment existe toujours mais c'est quelque chose qui a beaucoup évolué en moi suite à la crise de 2010-2011. A la profondeur de mon angoisse lorsqu'on a évoqué la possibilité que la Belgique n'existe plus, j'ai vraiment senti que j'étais de là. A l'impression d'apatridie s'est ajouté le sentiment de quand même être belge. Mon grand sentiment de vague est après tout une manière d'être belge.

- L'accueil de vos livres en Belgique est-il différent de l'accueil que vous recevez en France?
- L'accueil des lecteurs est sensiblement le même en Belgique et en France. L'accueil des journalistes est, lui, différent. D'une manière générale, j'ai constaté plus de vacheries à mon encontre de la part de journalistes belges.

- Vous écrivez vous-même des articles sur les livres des autres. Avez-vous eu récemment des coups de cœur littéraires (belges ou autres)?
- Oui, j'en ai eu un pour le manuscrit de Stefan Liberski qui va paraître en 2018 chez Albin Michel : ça s'appelle "La cité des femmes" et c'est formidable".

Retrouvez la suite de cette longue et intéressante interview dans la revue "Le Carnet et les Instants" que vous pouvez recevoir gratuitement par courrier sur simple demande auprès du Service de Promotion des Lettres de la Fédération Wallonie-Bruxelles. 

mercredi 18 octobre 2017

Interview d'Amélie Nothomb

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A l'occasion de la sortie de son roman "Frappe-toi le cœur" et de ses 25 ans de carrière littéraire, la baronne Amélie Nothomb (membre de l'Académie Royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique depuis 2015) a répondu aux questions de la revue "Le Carnet et les Instants" que vous pouvez recevoir gratuitement par courrier sur simple demande auprès du Service de Promotion des Lettres de la Fédération Wallonie-Bruxelles :

""Frappe-toi le cœur" a pour titre un extrait d'un vers de Musset. L'écriture du roman vous a-t-elle été inspirée par ces mots ou le titre est-il venu par la suite?
- La phrase de Musset ne m'a pas inspiré le livre. Je connaissais ce vers depuis longtemps, mais il était dormant en moi. Puis, je suis tombée enceinte de ce livre. Je l'ai écrit et en cours d'écriture, j'ai senti resurgir en moi ce vers. Il est arrivé dans la scène du dialogue, c'est-à-dire à l'endroit où il est cité dans le livre. Et tout à coup, de le voir écrit, j'ai eu un choc, comme une épiphanie : le premier hémistiche du vers était mon titre.

- Plusieurs de vos titres sont des hommages à la littérature du passé. Avant "Frappe-toi le cœur", il y avait déjà eu "Barbe bleue", "Riquet à la houppe" ou encore "Le crime du comte Neville".
- Tant mieux si c'est un hommage, mais ce n'est pas le but. Le but de tout titre, c'est qu'il entretienne avec le livre dont il est censé être le prénom un rapport très fort. C'est ce qui compte pour moi au moment de choisir. Je prétends nommer mes livres de façon platonicienne. Platon écrit que pour nommer les choses, il les fait cogner contre une espèce de tuyau et au son qu'ils rendent, il va choisir le mot qui conviendra. C'est ce que je prétends faire avec mes titres : c'est toujours une opération très mystérieuse de sentir qu'il y a un lien profond entre tel ou tel mot, quelle que soit son origine, et une oeuvre littéraire.

- Et au cœur du titre de votre dernier livre, il y a précisément...le cœur. Musset, que vous citez, l'associe non pas au sentiment amoureux mais au génie.
- Oui, c'est ce qui est très fort. Alors que Musset était un être d'une cruauté amoureuse assez exceptionnelle, on a l'impression qu'il aggrave son cas parce qu'il montre par ce vers sublime qu'il sait parfaitement ce qu'est le cœur : le siège du génie. Donc si on veut vraiment nuire à quelqu'un, si on veut l'assassiner, rien de tel que le cœur.

- "Frappe-toi le cœur" explore les ressorts de la jalousie. C'est un sentiment qui n'apparaissait pas beaucoup dans vos précédents romans.
- La jalousie me passionne depuis toujours, mais je ne savais pas encore comment en parler parce que ce n'est pas un sentiment que je connais très bien. Il ne m'est pas étranger. Je suis un être humain, rien d'humain ne m'est étranger : j'ai été jalousée et il m'est arrivé d'éprouver de la jalousie. Mais la jalousie n'est pas la pulsion fondamentale de ma vie. Par ailleurs, c'est une pulsion qui me fascine, parce qu'elle n'obéit à aucune fonction biologique et elle ne sert strictement à rien. C'est un sentiment purement destructeur. Je savais que j'en parlerais, mais je ne savais pas comment. Je trouvais trop simple de parler de la jalousie amoureuse, qui ne me semble qu'un épiphénomène. Il y a une jalousie fondamentale, qui est celle qu'on éprouve à la naissance lorsque l'on s'aperçoit que sa maman a d'autres centres d'intérêt que soi. J'ai trouvé très intéressant d'inverser la problématique et d'explorer le cas peu connu, mais réellement existant, de la mère jalouse. Je pense que la jalousie trouve son explication dans la toute petite enfance. Mais dans le livre, le miroir est inversé : cette femme qui a toujours été jalouse le devient de manière paroxystique une fois qu'elle devient mère.

- Par le fait de cette jalousie, la relation entre mère et fille est au cœur du roman. Il y a une première mère Marie qui a trois enfants qu'elle traite de manière très différente :  la benjamine Célia qui est étouffée par l'amour maternel, le cadet Nicolas qui est traité de manière saine, et la fille aînée Diane qui fait l'objet de la jalousie.
- Diane est ignorée par sa mère. Ce sont des choses qui existent, même si je ne les ai pas du tout vécues. J'appartiens à une fratrie, mais j'ai cru comprendre que la jalousie arrive même en cas d'enfant unique ("Dis maman, est-ce que tu préfères papa ou moi?"). La question est finalement un peu moins grave dans le cas de fratries. J'ai des parents justes, qui aiment leurs trois enfants de manière équivalente. Pourtant, j'ai évidemment connu les tensions de tous les enfants. Je me suis déjà posé la question de savoir quelle place j'avais dans le cœur de mes parents par rapport à mon frère et ma sœur. Je pense que ce qui m'a sauvée, c'est que j'avais - et que j'ai toujours - une grande sœur merveilleuse, qui m'a permis de l'aimer. Grâce à cela, j'ai pu résoudre très tôt le problème en aimant celle pour qui j'aurais pu éprouver de la jalousie. Mais dans "Frappe-toi le cœur", j'aborde la question de gens qui n'ont justement pas pu s'en tirer et n'ont pas résolu cette crise de la petite enfance. Ils se retrouvent à l'âge adulte rattrapés par ce problème de la jalousie.

- Vous aviez déjà abordé les relations difficiles entre mère et fille dans "Robert des noms propres", où l'on trouvait une mère dangereuse pour sa fille adoptive. Les mères sont souvent monstrueuses dans vos livres.
- Beaucoup de gens en ont déduit que j'avais une mère monstrueuse. C'est tout à fait faux et très injuste. Dans "Le sabotage amoureux", on se rend compte que j'ai une mère merveilleuse. Et j'ai vraiment une mère merveilleuse. Mais évidemment, mes parents sont des gens normaux, ils ont fait des erreurs. Pas aussi tragiques que celles que je décris dans mes livres. Mais celles qu'ils ont pu commettre m'ont beaucoup marquée, surtout venant de ma mère. Il ne s'agit en aucun cas de régler mes comptes et je le répète : j'ai eu de bons parents et je leur dois beaucoup. Mais comme ça m'a marquée, j'en parle dans mes livres.

- Vous vous décrivez vous-même comme la mère de vos livres. Votre relation à votre oeuvre est-elle, elle aussi, de l'ordre de ces relations difficiles entre mère et fille?
- Ca n'a rien à voir! J'ai bien fait de ne pas avoir d'enfants parce que je pense que je n'aurais pas été une mère comme ma mère. J'aurais été une mère débordante d'amour. Pas comme Marie avec Célia, mais le genre de mère poule hyper-protectrice. A mon avis, ce n'est pas vraiment un cadeau pour un enfant. Ce côté mère poule, je l'ai pour mes livres. Ils sont mes œufs, vraiment, au sens propre du terme. Je les ponds, je les couve. Une fois qu'ils sont éclos, je les laisse voler de leurs propres ailes, mais je les accompagne autant que possible.

- Vous êtes traduite dans de nombreuses langues, adaptée au cinéma, au théâtre et à l'opéra. Ces nouvelles oeuvres qui naissent des vôtres laissent-elles à la mère poule un sentiment de dépossession?
- Non, c'est formidable. J'appelle ça mes petits-enfants. Je suis aujourd'hui en âge d'être grand-mère, c'est tout à fait normal. Mais c'est arrivé très tôt, puisque j'ai eu mon premier petit-enfant en 1994 avec la pièce de théâtre "Hygiène de l'assassin". Mes enfants sont adultes, ils se marient et ils font des enfants. Je suis donc aussi une belle-mère par rapport à d'innombrables gendres, réalisateurs ou hommes de théâtre. Ma politique est d'être d'abord une belle-mère odieuse :  lorsque le gendre ou la bru vient me demander la main de mon fils ou de ma fille, je me montre odieuse, histoire de voir ce que le gendre ou la bru a dans le ventre. Une fois qu'il ou elle m'a convaincue, je deviens une belle-mère idéale : il ou elle épouse mon enfant, et je ne me mêle pas de ce qu'ils font ensemble. Je fais confiance. Dans l'immense majorité des cas, je suis une grand-mère comblée parce que ce sont de très beaux petits-enfants. Et ce sont de vraies histoires d'amour : si quelqu'un aime votre enfant au point de vouloir lui faire un enfant, c'est pas mal.

- Il y a eu une seule adaptation vraiment ratée de vos livres :  celle d' "Hygiène de l'assassin", votre premier roman, porté par François Ruggieri en 1999, avec Jean Yanne dans le rôle principal.
- Une seule adaptation ratée :  statistiquement, je m'en tire bien!  Pour ce film, j'ai serré les dents pendant toute la projection, puis je suis allée voir le réalisateur et je l'ai félicité. Ensuite, je suis sortie de la salle et j'ai commencé à pleurer.

- Outre Marie, on trouve dans "Frappe-toi le cœur" une deuxième mère monstrueuse, Olivia. Celle-ci est tuée par sa fille qui trouve refuge chez Diane, la fille jalouse et maltraitée de Marie. Est-ce que ce meurtre-là est justifiable?
- Je n'irais pas jusqu'à dire que je donne raison à la petite, mais je la comprends. Olivia est un être horrible, c'est un être de pur mépris. Clairement, le mépris est des sentiments celui que j'exècre le plus. Je peux comprendre la haine (je l'éprouve). Je peux comprendre l'exécration (je l'éprouve). Mais le mépris est indéfendable. J'ai l'impression qu'il y a comme un cas de grâce concomittante dans le meurtre d'Olivia par sa fille. Mon intuition est que l'enfant ne sera pas arrêtée pour ce meurtre, mais qu'elle va trouver une sorte de résilience miraculeuse dans sa nouvelle vie avec son alter ego plus âgée, Diane.

- Face à ces mères monstrueuses, les pères sont des personnages assez effacés, assez veules.
- "Veules" n'est pas le mot qui me viendrait à l'esprit. Je dirais plutôt inconscients et pas forcément très courageux. Mes mères sont beaucoup plus fortes que mes pères, et mes pères ont tendance à abdiquer face à la mère et à vouer une confiance absolue et aveugle à leur épouse".

La suite de cette longue et intéressante interview se trouve dans la revue "Le Carnet et les Instants" que vous pouvez recevoir gratuitement par courrier sur simple demande auprès du Service de Promotion des Lettres de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Ce qui vous permettra de découvrir d'autres auteurs belges moins connus qu'Amélie Nothomb.

Et cliquez ci-dessous sur "Nothomb Amélie" pour retrouver mes autres articles consacrés à cet auteur.

mercredi 11 octobre 2017

La Reine à la Foire du Livre de Francfort

                                 

Un an après y avoir été encourager les auteurs belges néerlandophones, la Reine était de retour cette semaine à la Foire du Livre 2017 de Francfort dont la France était l'invitée d'honneur. Elle était accompagnée du ministre-président de la Fédération Wallonie-Bruxelles Rudy Demotte et de la ministre francophone de la Culture Alda Greoli.

Après avoir visité la foire, Mathilde a participé à un déjeuner de travail sur le rayonnement international des Lettres francophones de Belgique, au cours duquel elle a prononcé le discours suivant :

"Cette année, la Buchmesse de Francfort parle français, et tout le monde en parle... Mais Francfort parle aussi le belge, et nous sommes réunis aujourd'hui pour célébrer la belle langue de notre pays. Soyons fiers de notre présence active en cet endroit où se réunit la fine fleur du monde de l'édition, des lettres et de l'expression artistique. Il est normal et important que nous nous manifestions ici car la littérature belge francophone est depuis des générations reconnue comme un fleuron culturel qui porte la réputation de la Belgique bien au-delà de nos frontières. Et pas uniquement à Paris, mais également dans toute la francophonie et au-delà. La Buchmesse est comme une lentille qui concentre tous ces faisceaux en un seul endroit. Profitons-en pour briller.

Le français comme langue, mais aussi en tant que vecteur culturel, intellectuel, scientifique et pédagogique, soutient le rayonnement de notre pays. Mais il est fondamental également dans le développement personnel de tout un chacun. Je suis très attachée à la littérature en général. Comme la musique, les livres sont activement présents dans ma vie. Je dirais même qu'ils en sont indissociables. J'essaie donc de transmettre cette passion pour les livres à mes enfants. Dans le même ordre d'idées, j'encourage les jeunes à lire régulièrement. La lecture d'un livre est en effet bénéfique pour leur apprentissage et les stimule à accroître leurs connaissances, leur fantaisie et leur imaginaire.

Vous savez combien j'attache de l'importance à la stimulation de l'environnement cognitif de l'enfant et ce dès le plus jeune âge. De ma propre expérience, la lecture à haute voix est cruciale. Je sais aussi que cela demande un effort continu des parents et de l'école. Mais cela en vaut la peine. Pour y arriver et pour éveiller la curiosité de nos jeunes, il faut des supports illustrés, des livres pour enfants et des bandes dessinées. Cette richesse littéraire existe dans notre pays. Dans la conception et la réalisation de ces supports et de leur contenu, nos auteurs, illustrateurs et pédagogues peuvent se démarquer et offrir des produits ciblés sur les besoins de développement de l'enfant.

Nous tous, et en particulier nos enfants, sommes confrontés à l'omniprésence du monde digital. C'est un défi constant que nous devons tous relever. Lors de l'ouverture de la Buchmesse avant-hier, la chancelière Merkel a lancé un appel à tous les auteurs  "pour contribuer avec leur discernement et leurs émotions à infuser la globalisation de la force créatrice humaine". C'est plus qu'un appel, il me semble :  c'est une ambition, voire une nécessité.

Nous pouvons et devons apporter à cette communauté internationale réunie ici à Francfort ce que nous faisons de mieux :  notre créativité, notre inspiration, la mise en valeur de nos talents, l'originalité de notre approche, notre multiculturalité aussi, et notre ouverture au monde. Je vous félicite pour ce que vous faites et pour ce que vous êtes. Continuez surtout à nous étonner, nous former, nous élever, nous divertir. Le monde et notre pays ont besoin de vous. Parfois avec un regard rebelle mais toujours en créant du bonheur et de l'espérance".

mercredi 20 septembre 2017

"Les Reines de Brocéliande" (Abel D'Halluin)

L'écrivain belge Abel D'Halluin nous plonge dans l'univers fantastique médiéval. Au royaume des des deux Bretagne, le culte aux dieux celtes et le christianisme se partagent la ferveur des habitants. Douze ordres magiques sont réunis devant les fées Viviane et Morgause. Une énigme taraude les protagonistes : l'un des reliquaires a disparu. Commence alors une recherche pleine de turbulences et, de luttes et d'alliances inattendues...

Abel D'Halluin a confié au journal "Le Courrier de l'Escaut" :   "Depuis que j'ai un crayon en main, j'écris des histoires. J'aimais en raconter, mes parents m'y encourageaient car l'écriture les occupait également : une mère poète, un père historien. Comme lecteur, je me suis rapidement intéressé aux romans anglo-saxons. Les paysages, les mentalités, le folklore de ces pays-là m'attiraient, si bien que je me suis documenté sur le passé et les légendes des peuples. Un synopsis de quarante pages s'est construit, et puis j'ai développé cela dans un roman, le premier volet de quatre... Comment faire naître un ouvrage de plus de six cents pages? Je suis très inspiré, très décidé. J'écris au rythme de musiques de film ou classiques, toujours instrumentales. Comme je visualise aisément les choses, je n'ai pas de peine à décrire des horizons, des situations. Le réalisme confère de la vigueur au fantastique. Pas question d'imiter ni de reprendre ce qui a déjà été fait. Il y a d'ailleurs énormément d'éléments à apporter à une époque déjà dépeinte par des écrivains, puisque l'exploration demeure immense. Je crois que c'est la première fois que les histoires choisies sont rassemblées dans une seule oeuvre". 

"Avalon, Reliquaire premier : les Reines de Brocéliande", Abel D'Halluin, éditions Bergame

A noter que l'auteur sera en dédicace le 14 octobre au Carrefour de Froyennes et le 28 octobre au Club des Bastions à Tournai. 

mercredi 13 septembre 2017

"Rien n'arrête les oiseaux" (François Salmon)

Deux ans après le succès de "Rien n'est rouge", l'enseignant tournaisien François Salmon sort un nouveau recueil de huit nouvelles, intitulé "Rien n'arrête les oiseaux", publié par les éditions Luce Wilquin. C'est l'artiste Gordon War qui signe la couverture.

François Salmon s'est confié au journal "Le Courrier de l'Escaut" :   "Un jour que je surveillais un examen dans une classe de quatrième, je me suis donné une heure pour trouver dix idées. Sur les huit nouvelles publiées ici, cinq sont venues de ce moment-là, en regardant autour de moi :  la carte du monde au mur, une paire de chaussures, ce qui se passait derrière la fenêtre,... Je suis resté sur le plaisir de raconter une histoire, ce qui est mon principal moteur. Ce que je cherche avant tout, c'est la légèreté. Je voudrais que mes petites histoires soient comme des bulles de savon qui volent à la dérive dans notre quotidien. Je trouve super important de continuer à défendre ces histoires de rien, ces récits dérisoires, d'assumer la fantaisie et l'imaginaire quand l'actualité nous inciterait plutôt à la gravité et à la morosité. Tout en me disant qu'ils avaient pris du plaisir, quelques lecteurs ont critiqué la complexité du vocabulaire du premier recueil. C'est vrai que même si cela m'amuse, il ne faut pas qu'à un moment, un mot trop compliqué retarde la lecture".

Cliquez ci-dessous sur "Editions Luce Wilquin" pour trouver d'autres livres de cette maison d'édition belge qu'il faut soutenir et encourager. 

mercredi 6 septembre 2017

Spectacle "Le tour de Belgique"


       
















                                   
Après Charles Ducal en 2014 et 2015, Laurence Vielle est notre Poétesse Nationale 2016-2017. En janvier prochain, elle passera le relais à Els Moors, une poétesse belge d'expression néerlandophone.

L'association littéraire anversoise VONK&Zonen s'est joint à Laurence Vielle pour monter un spectacle poétique dans lequel elle fait part au public de son expérience en tant que Poétesse Nationale. Dans celui-ci, elle lit, chante, danse, chuchote, en abordant divers sujets tels que les attentats de Bruxelles, les réfugiés exilés dans notre pays, des rencontres dans le train, sa recherche du "centre poétique de Belgique". Els Moors sera son invitée durant ce spectacle. Accompagnées de deux musiciens, les deux poètes présenteront ce spectacle le 18 novembre 2017 à 20h aux Abattoirs de Bomel à Namur, ravies de pouvoir y suspendre le temps en poésie.

Plus d'infos auprès de la Maison de la Poésie de Namur (www.mplf.be)



mercredi 30 août 2017

"La vengeance du pardon" (Eric-Emmanuel Schmitt)

Ce 1er septembre sort le nouvel ouvrage d'Eric-Emmanuel Schmitt :  "La vengeance du pardon". Il est composé de quatre nouvelles ayant le pardon pour thème central :  "La vengeance du pardon", "Les sœurs Barbarin", "Mademoiselle Butterfly" et "Dessine-moi un avion".

Il a confié au groupe Vers l'Avenir :   "C'est comme une nécessité intérieure, l'envie d'explorer un thème. Ensuite, une histoire s'impose à moi et j'écris un roman. Ou alors plusieurs histoires et ça devient un recueil de nouvelles. La première histoire, je l'ai en tête depuis 25 ans! J'avais rencontré l'avocat d'un serial killer qui m'avait parlé de l'attitude très étrange d'une femme qui avait été déçue du manque d'empathie et de l'indifférence du tueur pendant son procès. Elle avait alors commencé à visiter l'homme en prison. Les autres parents de victimes étaient très choqués. Pourtant, quand on voit quelqu'un d'inhumain, on cherche à comprendre. Dans des centres de déradicalisation, j'ai rencontré beaucoup de gens qui sont confrontés à cette inhumanité. Comment ramener quelqu'un dans l'humain?

J'aime les quatre histoires autant les unes que les autres. Je voulais montrer la complexité du pardon. C'est un sentiment qui a une profonde dimension spirituelle qui n'est raccrochée à aucune religion en particulier. Il y a même des politiques du pardon qui permettent aux nations et aux humains de recommencer à vivre. Mais parfois, il y a aussi une dimension très égoïste. On pardonne pour avoir la paix en soi et pas nécessairement avec l'autre. En plus, c'est difficile d'être pardonné. On est doublement humilié face à quelqu'un de plus humain que nous".

Membre de l'Académie Goncourt, Eric-Emmanuel Schmitt est plongé dans la rentrée littéraire :  "Il y a encore plus de bons livres cette année que l'an dernier. Je suis épaté par le nombre de romancières accomplies qu'on y retrouve. Elles ont le sens du détail et une perception sensorielle du monde qui manquent parfois aux hommes". Verdict dans quelques semaines....


mercredi 9 août 2017

Récompenses pour Stefan Hertmans

                           Stefan Hertmans

En juillet, l'écrivain belge Stefan Hertmans (né à Gand en 1951) a reçu le Prix de littérature Spycher 2017 en Suisse. Et à l'occasion de la fête nationale, le roi Philippe a décider de le nommer Commandeur de l'Ordre de la Couronne.

Plus d'infos sur son site Internet :   www.stefanhertmans.be/fr

mercredi 26 juillet 2017

Les librairies labellisées

Depuis 2007,  un label des librairies contribue à valoriser ce métier essentiel à la vie culturelle en Fédération Wallonie-Bruxelles. Actuellement, 54 librairies sont labellisées en régions wallonne et bruxelloise, selon onze critères ayant fait l'objet d'un arrêté ministériel. Vous les identifierez grâce au logo du label qu'elles affichent. Comment sont-elles choisies? En résumé : primauté du livre, accueil par des libraires professionnels bien outillés et formés, acceptant la commande à l'unité et proposant un assortiment de nouveautés, d'ouvrages de fonds et de titres d'auteurs belges sans restriction de distributeur ou de maison d'édition.

Qui sont ces librairies?  Citons Tropismes et Quartiers Latins (à Bruxelles), Molière (à Charleroi), Librairie de la Reine (à Binche), Scientia et André Leto (à Mons), Le Point Virgule (à Arlon), Decallone et Siloe (à Tournai), L'Oiseau-Lire (à Visé), DLivre (à Dinant), Chapitre et Papyrus (à Namur), Graffiti (à Waterloo), Antigone (à Gembloux), Parenthèse (à Liège), etc.

Ce label donne accès aux aides de la Fédération Wallonie-Bruxelles pour l'organisation de rencontres littéraires, pour des prêts sans intérêts pour l'aménagement et l'équipement des lieux, pour des abonnements à des outils bibliographiques professionnels. En 2016, la Fédération Wallonie-Bruxelles a financé 314 librairies labellisées afin d'aider ces librairies indépendantes qui doivent faire face à la concurrence des grandes surfaces et d'Internet. Un projet vise aussi à supprimer la "tabelle" afin de diminuer le prix payé par les consommateurs pour l'achat de livres édités en France (soit 70% des livres achetés en Belgique francophone).

Depuis 2014, le Syndicat des librairies francophones s'est vue confier par la Fédération Wallonie-Bruxelles la mission de développer un outil mutualisé devant permettre la commercialisation de livres numériques. Une trentaine de librairies indépendantes participent actuellement à Librel, le portail numérique des librairies francophones de Belgique qui propose aujourd'hui aux particuliers plus de 400.000 titres en français, 200.000 en anglais, 40.000 en néerlandais, et aux bibliothèques plus de 140.000 titres émanant de près de 3.000 éditeurs.

mercredi 19 juillet 2017

Prix littéraires

Au Théâtre Royal du Parc à Bruxelles, la ministre de la Culture en Fédération Wallonie-Bruxelles Alda Greoli a remis, il y a quelques semaines, différents prix littéraires.

Prix triennal de poésie en langue régionale endogène
Tous les trois ans, ce prix récompense un recueil de poèmes rédigé dans l'une des langues régionale de la Fédération Wallonie-Bruxelles, sur proposition du Conseil des langues endogènes. Le lauréat 2017 est Dominique Heymans. Né en 1958 dans un milieu populaire, il apprend le wallon par imprégnation. Fonctionnaire communal à Manage, il habite à Gottignies dans la commune du Roeulx. Il ressent rapidement l'envie de défendre ce patrimoine et d'écrire dans cette langue. En 1982, il rejoint les "Scriveus du Cente", association dont il deviendra le président en 2016. Il est récompensé pour son recueil "Pleuves", écrit en wallon du Centre. Il y évoque le quotidien, la vieillesse, l'ailleurs, sur un ton où la mélancolie alterne avec la légèreté et l'humour.

Prix de la première oeuvre
Remis pour la première fois en 1998, ce prix récompense chaque année un premier ouvrage d'un auteur belge ou vivant en Belgique, écrivant en langue française, tous genres littéraires confondus, sur proposition de la Commission des Lettres. La lauréate est Charline Lambert, née en 1989 à Rocourt. Diplômée en langues et littératures françaises et romanes, elle est, depuis 2015, aspirante FNRS à l'Université Catholique de Louvain. En 2016, elle publie deux recueils de poésies :  "Chanvre et lierre" (éditions Le Taillis Pré) et "Sous Dialyses" (éditions L'Age d'Homme). Son premier recueil a déjà été récompensé du Prix Georges Lockem de l'Académie Royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique et du Prix Geneviève Grand'Ry de l'Association des Ecrivains Belges.

Prix triennal de la poésie
Remis tous les trois ans, ce prix récompense un auteur pour un recueil poétique publié à compte d'éditeur, sur proposition d'un jury indépendant composé cette année de Rony Demaeseneer, Sami El-Hage, Vanessa Herzet, Mélanie Godin, Daniel Laroche et Colette Nys-Mazure. La lauréate est Françoise Lison-Leroy (née en 1951 en Hainaut Occidental) pour son recueil "Le silence a grandi", dédié à la mémoire de Paul André. Outre la lauréate, le jury a décerné une mention à trois autres ouvrages :  "Trèfle incarnat" de Rose-Marie François,  "La traversée des habitudes" de Karel Logist et "Sylvia" d'Antoine Wauters.

Prix quinquennal de l'essai
La lauréate 2017 est Christine Aventin, née en 1971, licenciée en philologie romane de l'Université de Liège. Elle a connu un succès littéraire inattendu et précoce avec un roman écrit à quinze ans, "Le cœur en poche". Après plusieurs années d'anonymat, elle revient à l'écriture en 2005 avec "Portrait nu". Elle est récompensée pour son livre "Breillat des yeux le ventre", publié dans la maison d'édition belge Le somnambule équivoque en 2013. Le livre de Christine Aventin est un essai au sens premier du terme :  l'auteure s'y lance dans une expérience littéraire qui dynamite les limites des genres littéraires, à la frontière entre fiction, l'autobiographie et l'analyse cinématographique. Sur ce chemin, elle semble avoir trouvé son alter ego en Catherine Breillat, dont elle analyse le cinéma, le rapport au corps et au féminin.

mercredi 12 juillet 2017

Laurent Demoulin à Passa Porta

A l'occasion d'une soirée "Read and Meet", l'écrivain belge Laurent Demoulin était l'invité d'Adrienne Nizet, la vice-directrice de Passa Porta (Maison internationale des littératures de Bruxelles). Ils se sont ensuite confiés à la revue "Le Carnet et les Instants" que vous pouvez recevoir gratuitement sur simple demande auprès du Service de Promotion des Lettres de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Adrienne Nizet :  "Qui pourrait mieux que l'auteur parler de son livre? L'idée est que les participants puissent poser directement leurs questions à l'auteur, lors d'une soirée en comité restreint. Ils sont invités à lire le livre choisi avant la soirée, afin de pouvoir aller en profondeur dans les thématiques, le style, les développements de l'intrigue. Comme les autres auteurs, traducteurs littéraires, acteurs du secteur, les auteurs belges francophones sont chez eux à Passa Porta. Ils sont présents dans les toutes les facettes de la maison".

Laurent Demoulin :   "Chaque rencontre est particulière, en fonction des différents lieux, du nombre de personnes présentes, et de la personnalité individuelle des participants ayant pris la parole. Je me suis rendu dans des librairies, dans une bibliothèque, dans des institutions communales liées à la problématique de la littérature et de la santé, dans des écoles supérieures, au Centre Wallonie-Bruxelles à Paris, Toutes ces rencontres m'ont nourri et m'ont fait réfléchir, en fonction des questions qui m'ont été posées et des réactions du public. De manière générale, j'aime rencontrer les lecteurs et les lectrices. Qu'ils aient un visage, une voix, une histoire, des pensées, etc. J'aime les petits échanges au moment des dédicaces. L'écrivain est seul quand il écrit : cela fait du bien de sortir de la solitude grâce aux fruits de celle-ci. La rencontre à Passa Porta présente plusieurs particularités intéressantes. D'une part, un aspect convivial. J'étais assis autour d'une table avec une dizaine de personnes, et non pas devant un public, ce qui favorise l'échange, l'intervention spontanée des participants (et de telles interventions ont d'ailleurs eu lieu). La disposition des personnes ainsi que leur petit nombre jouent tous deux le même rôle incitatif. Ensuite, les personnes sont censées avoir déjà lu le livre, même si ce n'était pas tout à fait le cas. Mais on a fonctionné comme si tous connaissaient le livre, ce qui fait gagner du temps et qui va aussi dans le sens de la liberté de parole (pas de peur de spoiler, comme disent les jeunes, c'est-à-dire de déflorer l'intrigue). Autre implication : il ne s'agit pas de vendre le livre puisque je suis en principe devant des lecteurs déjà conquis. Sans doute cela change-t-il aussi quelque chose dans le contact (voire dans mon propos) mais je ne m'en rends pas bien compte, car en librairie non plus je n'avais pas l'impression d'être là pour vendre mon livre. Mais peut-être ai-je refoulé cet aspect inavouable, qui sait? Partout, il s'est agi d'une conversation. Dernière spécificité de Passa Porta : la présence de lecteurs néerlandophones, ce qui fait vraiment très plaisir. Ces lecteurs portent un regard particulier sur la langue du texte.

Je me suis déjà rendu à plusieurs reprises à des rencontres de Passa Porta avec d'autres auteurs. C'étaient des rencontres plus traditionnelles, dans la librairie, les auteurs étant sur une estrade. Chaque fois, j'ai été très intéressé, mais comme je le suis lors de la plupart des rencontres en librairie. Il me semble que les rencontres stimulent mon désir de lire l'auteur, sauf exception. Ou en tout cas, telle est la question qui sous-tend ma présence :  la recherche d'indications pour savoir si tel livre me plaira ou m'intéressera. Notez qu'il m'arrive aussi d'aller à des rencontres alors que j'ai déjà lu le livre qui est présenté (dans ce cas, il s'agit toujours d'auteurs que j'apprécie). Peut-être y vais-je alors pour approfondir ma lecture. Ou pour remercier l'auteur du plaisir qu'il m'a procuré. En même temps, il y a un juste plaisir propre à la rencontre, qui est presque indépendant de la lecture.

Les questions très variées qui m'ont été posées m'ont fait réfléchir et m'ont permis d'approfondir ma vision de la littérature, notamment parce que Robinson a un statut ambigu à cet égard. Mais il m'est difficile d'isoler le phénomène des rencontres de l'ensemble de mon expérience. J'aimerais pouvoir vous dire que cela ne change rien à rien, que je suis seul face à la Littérature comme face au ciel étoilé, que seul compte le texte, la divine inspiration, etc. Mais si je suis honnête, je dois bien dire que le fait de publier chez Gallimard ou chez un petit éditeur belge, même de très grande qualité, cela change beaucoup de choses. J'avoue que, depuis lors, j'assume le fait d'être écrivain, ce qui est neuf (jusque là, je me récriais si on m'attribuait ce titre). Il s'agit à la fois d'une forme de libération et de soulagement profond (comme si j'étais enfin en paix avec moi-même) et de nouvelles responsabilités, assez intimidantes quant à la suite éventuelle. Les rencontres participent vivement de ce double sentiment. Je m'y sens heureux, comme un poisson dans l'eau. La sensation la plus forte, je l'ai ressentie lors de la première présentation, à Liège, dans la librairie que je fréquente, "Livre aux trésors", chez mes amis Olivier et Philippe. J'étais interrogé par Gérald Purnelle, un autre ami. Le public était nombreux, attentif, bienveillant. Je me sentais délicieusement entouré par cette bienveillance. Une expérience vraiment inoubliable. Les soirs de doute et d'angoisse, je pourrais y songer pour m'apaiser".

Plus d'infos :  www.passaporta.be

mercredi 28 juin 2017

"L'Enfance unique" (Frédéric Saenen)

                                                      saenen.png    

Présentation de l'auteur :
Né en 1973, diplômé en philologie romane de l'Université de Liège, Frédéric Saenen a déjà publié, dans la collection "Plumes du Coq" des éditions Weyrich, les deux premiers volets de "sa trilogie de la tension et du hasard" :  "La Danse de Pluton" en 2011 et "Stay Behind" en 2014. Il est également critique littéraire auprès de sites de référence (notamment "Le Carnet et les Instants" du Service de Promotion des Lettres en Fédération Wallonie-Bruxelles) et essayiste ("Dictionnaire du pamphlet" et "Pierre Drieu la Rochelle face à son oeuvre").

Vous pouvez le retrouver en interview via ce lien :  lacauselitteraire.fr/entretien-avec-frederic-saenen

Présentation de son dernier livre (quatrième de couverture) :
Quand? En 1973, et quelques années après. Où? A Grâce-Hollogne. Qui? Mamy, "Grand-Popa", leur fille Ginette, le petit Frédéric qui vient de lui naître, sans oublier l'inénarrable caniche Boy. Quoi? Le quotidien, mené au rythme des petites gens qui peuplent l'interminable rue de Ruy. Le quotidien, c'est-à-dire l'éternité quand on est enfant unique... Dans un style puissant et vibrant d'émotion, Frédéric Saenen rend hommage à ces figures essentielles que furent ses grands-parents maternels, mais aussi au wallon.



mercredi 14 juin 2017

Actualité du Musée Verhaeren à Sint-Amands

1° Exposition "Poésie Noire" (du 18 juin au 26 novembre)
Comme poète, Emile Verhaeren a su jouer sur différents registres, allant d'une poésie de la grande ville jusqu'à une poésie d'amour. Mais, dans les années 1888-1891, il a également pratiqué une poésie noire et tourmentée :  "Les Soirs", "Les Débâcles" et "Flambeaux Noirs". La mort et la folie sont assez présentes dans ces recueils. Cette exposition s'est focalisée sur cette poésie noire présentant les éditions originales assez rares et des oeuvres d'artistes contemporains (David Verstraete, Martha Verschaffel, Sanne De Wolf, p.ex.) qui se rapprochent de l'atmosphère de cette poésie noire.

2° Projet d'acquisition
Le développement de leur collection est une des priorités du Musée Verhaeren à Sint Amands. Chaque année, ils essaient d'acquérir quelques nouvelles pièces intéressantes dans la mesure de leurs moyens financiers. Récemment, un antiquaire parisien leur a proposé l'achat d'un buste d'Emile Verhaeren réalisée en 1921par l'artiste français René Pajot (1885-1966) pour le Salon des Indépendants à Paris en 1922. Ce buste représente le poète dans une pose dynamique, le regard pénétrant. Gravé dans le bas, on découvre un extrait du poème "Le Vent". Le prix demandé est de 4.000 euros. Le musée fait appel à la générosité de tous pour récolter les fonds nécessaires.

Plus d'infos :  www.emileverhaeren.be

Cliquez ci-dessous sur "Verhaeren Emile" pour retrouver mes autres articles consacrés à ce poète belge et à ce musée de Sint-Amands.

mercredi 7 juin 2017

5ème Intime Festival à Namur

Benoît Poelvoorde a donné une conférence de presse à l'occasion de la présentation du programme de son 5ème Intime Festival qui aura lieu du 25 au 27 août 2017 au théâtre de Namur (plus d'infos :  www.intimefestival.be) :

"Benoît, vous êtes de retour aux manettes de l'Intime Festival, alors que l'année dernière, le festival s'était fait sans vous?
- Oui, en effet. L'année dernière, j'ai eu un petit problème personnel qui s'appelle un déménagement. Et puis, deuxième problème, je ne lisais plus pour mon plaisir, je lisais pour le festival, de façon quasi professionnelle, et je perdais le goût de la lecture. Donc, j'ai pris un an de recul, et me revoilà.

- Ca se sent dans la programmation avec les cartes blanches à Philippe Katerine et au duo Nicolas&Bruno?
- Philippe Katerine, je viens de tourner cinq mois avec lui, il est incroyable. Quand il marche, c'est de la poésie. Quand il respire, c'est déjà une oeuvre d'art. Il est d'une telle richesse. Nicolas&Bruno, çà faisait longtemps que je les voulais. Ils vont présenter leur film "A la recherche de l'Ultrasex"", et çà va être un bain de jouvence. Ils ont maté 2.600 films de cul, ils en ont remonté et redoublé des extraits, c'est à pisser de rire. Je conseille quand même de ne pas venir avec les enfants : ça a beau être drôle, ça reste de la boule.

- A côté de cela, il y aussi des lectures tout à fait respectables. Quel est le symptôme d'une lecture réussie à l'Intime Festival?
- Tu le sens tout de suite à la salle. Moi, je me mets toujours tout dans le fond. Et là, tu sens le respect du public pour l'auteur ou le comédien : il n'y a pas un bruit, pas une toux. Pour moi, c'est le signe que le festival appartient aux spectateurs. Le deuxième signe, c'est qu'ils sont super durs! Ils te font des conseils de lecture, ils ont leurs exigences du genre "on aimerait plus de femmes", "que ce soit moins tragique, moins dépressif"... Le public s'est approprié le festival mais en même temps, on continue à faire exactement ce qu'on veut!

- On vit une époque troublée. Quel rôle peut jouer la littérature?
- C'est un outil essentiel. Je ne suis pas trop les médias mais quand même, il y a des matins, je reste interloqué devant l'énormité de ce qui se passe, devant cette violence terrible. Et là, les livres m'aident. Pas pour une évasion vers un imaginaire tout rose et tout fleuri, mais comme outil de compréhension de l'âme humaine. La littérature non comme refuge mais comme remède. A l'Intime Festival, on a cette année un livre qui s'appelle "Comment Baptiste est mort" sur la radicalisation d'un enfant. Le genre de bouquin qui t'aide à penser un problème, qui met des mots sur ce que tu ne peux pas formuler.

- "C'est arrivé près de chez vous", c'était il y a juste 25 ans. Vous y avez pensé?
- Non. C'était super, c'était une aventure, ça m'a fait naître au cinéma, mais les 25 ans, je m'en fous un peu. On peut croire que j'ai un cœur sec mais pas du tout. C'est juste que je n'ai pas de nostalgie ni des tournages, ni de mes anciennes maisons, de rien. Je vis au présent. Mes films, je ne les regarde même pas. Le dernier que j'ai vu, c'est "Rien à déclarer" parce que Dany Boon m'avait obligé. Ca passe pour du désintérêt ou de la grossièreté, mais ce n'est pas ça. Je fais mon boulot, point.

- Vous posez-vous la question de ce que vous allez laisser?
- Bof, non, je m'en fiche. Je ne suis pas dans cette réflexion-là. Peut-être mon fou rire sur les sushis sur un plateau télé, on m'en parle tout le temps!

- Que deviendra votre bibliothèque après votre mort?
- J'y tiens à mes bouquins. J'aime bien en être entouré, c'est un peu fétichiste et d'ailleurs c'est un fameux bordel car avec mon déménagement, il y en a partout. Après, j'ai la solution : tous mes livres partiront pour une oeuvre comme Les Petits Riens... Et je les paye, mes livres. Je pourrais me les faire envoyer mais je les paye. Choisir un livre, l'acheter, c'est un acte important".

mercredi 31 mai 2017

Actualité de David Van Reybrouck

Je vous avais déjà parlé de notre compatriote David Van Reybrouck (né à Bruges en 1971) lorsqu'il avait obtenu le Médicis 2012, prix du meilleur livre étranger, pour son essai "Congo. Une histoire" :  http://ecrivainsbelges.blogspot.be/2012/11/prix-medicis-de-lessai-2012-pour-david.html

Les Editions Actes Sud (dont une des responsables est devenue récemment ministre française de la Culture) ont publié le dernier livre de David Van Reybrouck :  "Zinc" (75 pages). Il y raconte la destinée d'une poignée d'habitants du village de La Calamine ballotés et balayés par la guerre. Le personnage principal changera cinq fois de nationalité. Pour son service militaire, il portera l'uniforme belge. Bien qu'âgé déjà de 40 ans, après Stalingrad, il fut embrigadé dans la Wehrmacht. Dans la revue "Les Cahiers de la Semaine", Luc Beyer de Ryke commente :  "Jamais, il n'avait franchi les frontières. Ce sont les frontières qui l'ont traversée. Souvent et à travers ce récit aussi bref que poignant, on ressent combien les destinées sont comme des fétus de paille emportés par l'Histoire".

Autre actualité de David Van Reybrouck :  suite aux attentats en Europe, il a co-écrit le livre "La paix, çà s'apprend" avec Thomas d'Ansembourg (né à Uccle en 1957), un juriste devenu thérapeute. Ils ont deux parcours de vie totalement différents, l'un vient de la noblesse et l'autre non, le premier est néerlandophone et le deuxième est francophone, mais ils démontrent l'importance du dialogue.



                 


                    

mercredi 17 mai 2017

Récompenses pour Françoise Lison-Leroy

                                            Portrait      

Grâce à son recueil "Le Silence a grandi" (dédié au poète Paul André, son voisin de Blandain, décédé en 2008), Françoise Lison-Leroy vient d'obtenir deux récompenses :  le Prix du Poème en Prose Louis Guillaume et le Prix triennal de poésie de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Françoise Lison-Leroy a confié à la presse :   "Il y a quelques semaines, j'ai eu un coup de téléphone d'une personne de la Fédération Wallonie-Bruxelles pour me signaler que j'avais été lauréate. J'ai été surprise et je pensais que c'était une erreur car je n'avais pas présenté ma candidature. Elle m'a alors expliqué qu'une sélection est opérée parmi les oeuvres publiées dans les trois dernières années. C'est une belle reconnaissance après ces nombreuses années d'écriture et, depuis l'annonce officielle, plusieurs personnes m'ont contactée pour me féliciter ; cela fait chaud au cœur.

Petite, je m'amusais à inventer des nouvelles définitions pour certains mots et j'y apportais déjà une petite touche de poésie. Ensuite, j'ai vraiment eu le déclic pour la poésie en écoutant à l'école Radio Scolaire sur laquelle Emile Verhaeren récitait l'un de ses poèmes. La poésie est ma langue première, ma langue natale. Je suis une amoureuse des mots. Dans la poésie, on est au plus juste, on a la volonté de se construire une langue et de faire passer un message par les mots choisis. J'ai écrit des nouvelles, un roman, du théâtre, mais je reviens toujours à la poésie....

Je peux passer deux à trois jours sur une phrase. Chaque mot doit avoir sa force, sa justesse, son sens mais aussi sa capacité d'union avec les autres mots qui l'entourent. Ca fait mal d'entendre une personne dire qu'elle ne comprend pas ce que vous avez écrit. Mais, au fil des années, j'ai relativisé et je ne cherche pas à ce que les lecteurs comprennent tout. Il faut qu'ils puissent puiser dans les mots ou dans la musicalité de l'écriture ce dont ils ont besoin et le sens qu'ils veulent en donner. Et puis, il ne faut pas chercher à tout comprendre, il faut se laisser porter et ressentir les émotions. Lorsqu'on écoute une chanson en langue étrangère, on ne cherche pas à comprendre les paroles, on se laisse guider par la musique.

Il m'a fallu du temps pour écrire "Le Silence a grandi". Par contre, une fois que j'ai commencé à mettre les mots sur papier, je savais où je voulais arriver. J'ai ainsi décliné ce poème en trois temps : la disparition d'un proche, les souvenirs partagés avec celui-ci, et la vie sans lui mais avec tout ce qu'ils nous a apporté. Ce n'est pas un poème sur la mort ; il s'agit plus d'une évocation de ce qu'on garde de lui en nous, de sa présence définitive. J'espère par ce livre avoir pu transmettre la puissance, la force, la générosité, l'amoureux des mots et de la vie que partageait Paul André".

Ajoutons que Françoise Lison-Leroy (née en 1951) a écrit une trentaine de recueils de poésie, et rédige également des articles pour les pages culturelles du journal "Le Courrier de l'Escaut". Cliquez ci-dessous sur "Lison-Leroy Françoise" pour retrouver mes autres articles consacrés à cet auteur belge.

mercredi 10 mai 2017

"Séraphin des dunes" (Maryline De Backer)

                                                   Séraphin des dunes

Née en 1959, Maryline De Backer est institutrice dans la région des Collines (province du Hainaut) où elle habite. Son premier roman, "L'étang aux carpes", est sorti en 1992, et racontait une saga familiale. Membre de l'Association des Ecrivains Belges de langue française et de l'Association Royale des Ecrivains Wallons, elle alterne romans, nouvelles et poésies.

Son nouveau roman, "Séraphin des dunes" se passe à Ostende à la Belle Epoque. Le personnage principal est Séraphin, un adolescent souffreteux, fils cadet d'une famille d'aristocrates. Il est confié aux soins de sa gouvernante Julie de Fontenoy, âgée de 20 ans. Elle privilégie la promenade au grand air et l'encourage dans ses activités artistiques. Mais au fil du récit, son quotidien est bouleversé :  Séraphin est amoureux d'elle, et le maître d'écurie Jean-Baptiste ne la laisse pas indifférente...

Maryline De Backer vient également de sortir un nouveau recueil de poèmes, intitulé "Ici, là-bas" et publié par les éditions Persée. Il sera prochainement traduit en italien par Dorothée Paulet et illustré de photographies de Francesco Pinocci.

mercredi 3 mai 2017

"Deux mères pour une fille" (Patricia Emsens)

                                           Patricia Emsens Deux mères pour une fille

Après "Retour à Patmos", la romancière belge Patricia Emsens nous propose "Deux mères pour une fille" (Editions des Busclats) qui aborde le thème de l'adoption. Greta est née de la rencontre entre la jeune Anke et un soldat américain rencontré dans le bar de ses parents. Plutôt que d'accoucher sous x, Anke a préféré être mère pendant deux mois, puis placer la fillette dans un couvent où elle est heureuse, protégée par Sœur Thérèse. En 1953, Lucie, une institutrice, et son mari médecin viennent la chercher pour l'adopter. Rebaptisée Anemie, Greta imagine que c'est temporaire et qu'après l'été, elle retrouvera ces religieuses qui lui manquent. Même si elle s'attache aussi à sa nouvelle maison et à sa nouvelle vie. Et puis, elle grandit...

Patricia Emsens a confié au groupe Vers l'Avenir :   "Beaucoup d'enfants d'Américains venus en Europe après la guerre, et qui sont ensuite rentrés chez eux, ont été adoptés. C'est un sursaut de vie, à la fois pour ces mères qui mettent les enfants sur la route et pour ces familles qui les adoptent. Le réseau catholique s'est beaucoup occupé de cela, mais c'est une histoire dont on ne parle pas. Même si j'ai découvert qu'il existe un site sur ces enfants, dont certains sont partis en Amérique.

Quant au côté bilingue, cela vient de ma propre expérience. C'est un univers dans lequel j'ai toujours vécu. Je viens d'une famille francophone de Flandre et, en plus, ma mère est argentine. Des mots flamands font ainsi partie de mon enfance. Aujourd'hui, c'est certainement beaucoup plus clivé. D'autre part, ce bilinguisme a du sens par rapport à cette petite aux deux mamans et prénoms.

Le roman a été réécrit sept ou huit fois. C'est le fruit d'un travail avec les éditrices. Au début, les phrases étaient beaucoup plus longues, descriptives, et puis c'est devenu trop sec, austère, presque squelettique, et çà n'allait toujours pas. J'ai tout repris à la main, j'y ai mis de la chair et, finalement, je suis arrivée à mon propre style".

mercredi 26 avril 2017

Dîners littéraires de la Maison de la Francité à Bruxelles

Il y a quarante ans, la Maison de la Francité a été créée par des Bruxellois francophones qui souhaitaient préserver la vivacité de leur langue face à l'anglais (suite à l'arrivée des fonctionnaires des institutions européennes et de l'Otan) et au néerlandais (suite aux problèmes communautaires de l'époque). Elle est installée dans un bâtiment de la rue Joseph II, construit au 19ème siècle et restauré à l'identique en 2013. Son style varie entre néoclassicisme et Art Nouveau. Ses activités sont nombreuses : conférences, débats littéraires, concours de textes, prêt de 250 jeux de langage, p.ex. Elle accueille aussi l'Espace Césaire de l'ONG Coopération Education Culture qui propose une bibliothèque de prêt d'environ 10.000 livres de littératures africaine, caribéennes et des diasporas.

Parmi les activités de la Maison de la Francité, attardons-nous sur ses dîners littéraires lancés en septembre 2015 :  une conférence de 45 minutes suivie d'un débat animé par Rony Demaeseneer se déroulant autour d'un petit repas concocté par un restaurateur bruxellois. Bibliothécaire-documentaliste à Saint-Josse, chargé de cours en histoire et techniques du livre, il est également auteur, publie régulièrement dans diverses revues, et a collaboré en 2014 au "Dictionnaire Rimbaud" publié par Laffont.

Les invités de cette saison 2016-2017 sont Joseph Ndwaniye, Kate Millie, Kenan Görgün, Rossano Rosi, Alain Berenboom, Pascale Bourgaux, Roel Jacobs et Benoît Peeters.

Rony Demaeseneer confie :   "Mon nom leur avait été soufflé par plusieurs personnes qui connaissaient mon parcours d'animateur et de modérateur, notamment Milady Renoir, directrice de l'asbl Kalame dont les bureaux sont hébergés dans le bâtiment de la Maison de la Francité. Depuis plus de quinze ans, j'anime des rencontres pour différents événements. Je l'ai fait pendant cinq ans pour les Jeudis Lire au palais des Beaux-Arts de Bruxelles pour le Service de Promotion des Lettres autour de l'actualité littéraire en Belgique francophone et trois années durant pour le festival Passa Porta, la Foire du Livre de Bruxelles et différents festivals comme Etonnants voyageurs à Saint-Malo ou encore pour le Marché de la Poésie de Paris. J'ai également mis sur pied "Embarquez lire" qui propose, durant l'été, des rencontres à bord d'une péniche sur le canal de Bruxelles.

Avec le directeur, nous avons opté pour une formule "Dîners littéraires bruxellois" qui correspondait aux nouvelles lignes directrices de la Maison de la Francité et au souhait de ré-ancrer l'institution au cœur de Bruxelles. D'où la volonté de centrer ces soirées-rencontres autour d'auteurs qui ont un rapport plus ou moins étroit avec Bruxelles parce qu'ils y habitent, y travaillent, écrivent sur la ville, ou tout cela à la fois! Cela dit, j'ai carte blanche pour adapter selon mes choix, goûts, affinités, ce qui est très motivant. Ma volonté était aussi d'inviter des auteurs issus non seulement d'univers différents mais aussi de cultures diverses de par leurs origines ou leurs parcours.

Mon rapport à la littérature belge n'est pas venu immédiatement. Les auteurs qui composent ma cartographie littéraire ne sont pas a priori d'origine belge, même si Michaux a longtemps été un de mes écrivains de chevet. La découverte de la littérature belge s'est faite par le biais justement des rencontres que j'ai pu animer, donc finalement par le biais de contemporains comme Verheggen, Cliff, Izoard, Delaive, Logist, Berenboom, Nicolas Marchal, etc. Il y a eu, surtout, la rencontre décisive avec André Blavier chez lui à Verviers deux ans avant sa mort, dans le cadre d'un mémoire que j'ai consacré aux bibliothécaires-écrivains dans la littérature belge et française depuis 1830 et la figure incontournable de Charles Nodier. Mon amitié avec Jean-Baptiste Baronian m'a aussi poussé à lire du belge. Au point de faire partie à présent du comité de lecture de la collection Espace Nord, patrimoine de la littérature belge. Au fil des lectures belges donc, de nombreuses découvertes essentielles :  Marcel Thiry, Werner Lambersy, Paul Emond, Guy Vaes, Louis Delattre, Pascal De Duve, les textes fulgurants de Rops, Gilkin, etc. Je m'intéresse, entre autres, aux minores de la littérature belge, comme Raymond Ceuppens, Louis Delattre, Max Deauville, André Blavier".

Plus d'infos :   www.maisondelafrancite.be

mercredi 19 avril 2017

Interview de l'auteur Laurent Demoulin

                   

L'écrivain belge Laurent Demoulin (plus d'infos : liege-lettres.be/laurent-demoulin) a accordé une interview à la revue "Le Carnet et les Instants" du Service de Promotion des Lettres de la Fédération Wallonie-Bruxelles :

"Votre premier recueil s'appelle "Filiation", un des thèmes constitutifs de votre oeuvre. Aviez-vous pensé ce titre comme un geste définitoire de vos textes à venir?
- La filiation n'est pas l'unique thème de mes livres. Mais, si je peux en être étonné, je dois le constater, il occupe une place centrale. Quand j'ai choisi le titre de mon premier recueil, j'ignorais ce que j'écrirais par la suite, je pensais qu'il serait un petit bout de quelque chose de très épars, disparate et différent. Même un livre comme "Ulysse Lumumba" est lié à la filiation, j'y parle de mes parents. Plus encore qu'on ne le pense. Ce que je ne dis pas dans le livre, c'est qu'au début de leur rencontre, mon père a emmené ma mère écouter une conférence sur l'assassinat de Patrice Lumumba. Mon grand-père maternel en a été furieux. Comme il était spécialiste d'Ulysse, par ce livre, je le réconcilie avec mon père, dans le seul conflit qu'ils ont vécu.

- Dans "Robinson", les parents du narrateur ont l'air d'être un ciment pour lui, alors que les personnes de sa maisonnée sont étrangement peu présentes?
- Je voulais resserrer le cadre sur le père et l'enfant, tout en élargissant un petit peu pour ne pas rendre le texte trop étouffant. Le thème secondaire de la famille recomposée devait être présent, mais je ne voulais pas déborder du cadre fixé. La focale sur les deux personnages donne une dimension particulière au livre : il n'est pas seulement un livre sur l'autisme mais aussi sur la paternité. Sur la nouvelle paternité dans son rapport à la maternité :  le père se demande s'il est un père ou une mère, ou une deuxième mère. Alors évidemment, il pense à son père et il pense à sa mère. Le rapport au fils appelle le rapport aux parents.

- Le motif de la filiation va se nicher jusque dans la forme :  dans des recueils comme "Même mort" ou "Palimpseste insistant", un texte peut donner naissance à un autre?
- On pourrait peut-être dire que la génération subsume la filiation. Les textes se génèrent les uns les autres. C'est présent, je suis d'accord avec vous, mais involontairement. L'idée des variations dans "Même mort" a plusieurs origines. J'ai été influencé par certains poètes comme Francis Ponge sur lequel j'ai fait ma thèse, ou Serge Delaive. J'ai été particulièrement marqué par son "Livre canoë, poèmes et autres récits", paru à La Différence en 2001. Il y écrit deux fois l'histoire du suicide de son père :  une fois de manière poétique, une fois de manière prosaïque. Pour "Même mort", je trouvais que le thème de la mort, lié au ressassement, appelait à redire les choses de différentes façons. Pour moi, on est davantage dans le ressassement que dans la génération. Mais je suis d'accord avec votre interprétation. Dans "Palimpseste insistant", recueil de pastiches, mélanges, parodies, réécritures à la gloire de la littérature, je suis à chaque fois le fils des écrivains ou des écrivaines que je réécris. Il ne s'agit pas d'un bras de fer, je ne me mesure pas à un tel ou un tel, je rends hommage.

- Vous semblez utiliser la littérature comme une boîte à outils : vous y glanez ce dont vous avez besoin pour écrire. Dans "Robinson", vous puisez à la poésie avec les mots valises, les allitérations.
- Je ne sais pas si vous avez remarqué que dans "Robinson", il y a des alexandrins cachés. Plus que d'être une boîte à outils, m'intéresse dans la littérature son immense variété. Je n'ai pas envie de choisir entre les baroques et les classiques, j'adore les uns et les autres. Quand je lis des auteurs romantiques, je suis avec eux. J'adore Victor Hugo, même Musset je l'aime beaucoup. Et pourtant j'adore Rimbaud aussi. Ce n'est pas exclusif. Le rêve un peu fou serait d'être tout cela à la fois : Musset et Rimbaud et Céline et Proust et et et. J'aime toutes les tendances, tous les partis pris, tous les mouvements littéraires, mais pas tous les auteurs de tous les mouvements. J'ai envie de les épouser tout en tournant autour. La littérature est toujours tellement différente. Chaque fois que je lis, je suis touché d'une autre façon. Je n'ai pas besoin d'attaquer le Nouveau Roman parce qu'il était pratiqué par nos grands aînés. Ce n'est pas pour autant que j'écris la même chose. Pourquoi refaire ce qu'ils ont tellement bien fait? Par contre, on peut apprendre beaucoup à leur lecture. Comme à la lecture de l'oeuvre de Zola, que Robbe-Grillet méprisait. A tort, si je puis me permettre. Je me demande aussi ce qui a pris à Claude Simon de dédaigner autant Stendhal. La littérature est bien sûr une boîte à outils, mais on pourrait aussi développer la métaphore du papillon qui, émerveillé par toutes les fleurs, va toutes les butiner pour fabriquer sa propre fleur, son bouquet avec toutes ces fleurs-là.

- Est-ce une façon d'aborder la littérature que l'on pourrait qualifier de postmoderne?
- Je me sens postmoderne dans le sens étymologique :  après les modernes. Les modernes étaient, en général, dans un rapport partisan à l'art, à la littérature en particulier. Les écrivains de la génération juste avant la mienne, celle d'Hervé Guibert, de Jean Echenoz ou Jean-Philippe Toussaint, sur lequel j'ai déjà beaucoup travaillé, est déjà sortie de cela. Toussaint a lu Beckett mais n'essaie pas de faire plus fort que lui. Et moi, je n'essaie pas de faire plus fort que Toussaint, ni de m'opposer à lui parce qu'il est mon glorieux aîné. Je l'ai lu, il m'a nourri, et cela continue. Il n'y a aucune raison d'y retourner.

- Est-ce que le jeu de massacre de la modernité a posé des interdits, des défis à votre écriture?
Je ne sais pas. En tous les cas, j'aime bien écrire en vers réguliers, en alexandrins. Mais je ne peux pas revendiquer d'écrire en alexandrins, William Cliff l'a déjà fait, bien que d'une manière différente. Nous qui avons cinquante ans aujourd'hui, avons entendu les interdits de la modernité, mais comme je viens de le dire, nous avons des aînés qui avaient déjà commencé à s'en défaire. Nous profitons de cette sorte de libération que nous ont offerte nos grands frères. Paradoxalement, il y a des petits frères qui sont toujours dans l'interdit d'écrire en vers, etc. Que des jeunes gens de 20 ans continuent à se revendiquer modernes m'étonne un peu. La sortie du moderne, de la terreur du moderne offre des pistes intéressantes. Mais l'interdit n'a pas disparu totalement. Il flotte toujours un peu dans l'air. Finalement, si William Cliff a déjà écrit en alexandrins, en écrire aujourd'hui continue d'être un geste intéressant.

- Le sens ne reste-t-il pas un des tabous majeurs de la poésie?
- En France, la poésie n'est pas assez postmoderne. Le sens reste l'interdit. Un bon poème serait un poème où l'on ne comprend rien. J'ai besoin que le sens de mes poèmes soit clair. Si j'ai envie d'écrire, c'est parce que j'ai l'impression d'avoir trouvé un "motif", c'est-à-dire à la fois une forme et un sens, une chose à dire qui me semble appeler une forme intéressante. Donc le sens est là d'emblée, dès le désir initial, dès la première intuition. Je pourrais l'évacuer en cours de route. Mais je n'y tiens pas :  un jour, une personne qui avait eu la gentillesse d'acheter mon recueil "Trop tard" m'a dit qu'elle n'avait rien compris à mes poèmes et je me suis senti très mal, comme si j'avais menti à cette personne. Dans le champ de la poésie, en France plus qu'en Belgique, on considère trop vite qu'un poème clair est prosaïque. Je ne suis pas pour autant militant de la clarté : je lis moi-même des recueils entiers sans savoir vraiment de quoi ils parlent car ils sont souvent très inventifs formellement, comme si l'absence de sens libérait la forme. Mais j'ai plus de plaisir à lire les poètes ambigus, paradoxaux, qui construisent un sens premier intelligible (la dénotation), puis le nuancent par des sens seconds (des connotations), que ceux qui détruisent purement et simplement le sens premier. J'aime Rimbaud et Mallarmé, mais je leur préfère cent fois Baudelaire. Bien plus : si les deux premiers sont plus radicaux que le troisième, je ne les trouve pas pour autant plus modernes que lui : le face-à-face entre les vers réguliers des "Fleurs du mal" et les poèmes en prose du "Spleen de Paris" me semble plus profondément moderne que la sauvagerie immédiate des "Illuminations". De même, je préfère la fausse simplicité du "Parti pris des choses" de Ponge aux envolées complexes des "Champs magnétiques" de Soupault et Breton. Cette problématique rejoint la question de la polysémie. D'un certain point de vue, on pourrait considérer que l'hermétisme est le comble de la polysémie, donc de la littérature : chaque lecteur mettant dans le poème le sens qu'il y voit, la signification générale est multipliée par le nombre de lecteurs. Mais je crains que l'analyse inverse soit plus juste :  à l'ouverture de la signification multiple, l'hermétisme substitue un sens unique et fermé, celui du non-sens, qui subsume les micro-significations recueillies (ou créées) çà et là par le lecteur. Le non-sens donne un sens unique et répétitif à l'absence de sens, comme le fait d'apparaître dans un rêve donne, à des événements qui seraient absurdes dans le monde réel, une signification simple et définitive : "J'ai rêvé!".

- Vous êtes plusieurs auteurs liégeois (Rossano Rosi, Serge Delaive et vous même, par exemples) à écrire à la fois de la poésie et du roman. D'autres Belges francophones (comme William Cliff et Guy Goffette) le font aussi. Il me semble que c'est moins fréquent en France?
- Si cela paraît bien une caractéristique de certains écrivains belges, je crois que c'est avant tout lié à des effets de structures éditoriales ou de diffusion de la poésie, mais cela n'est pas dû à une quelconque âme belge. Je dirais deux choses. Tout d'abord, ce fameux interdit moderne du sens est moins fort en Belgique qu'en France. Ensuite, les petites structures éditoriales magnifiques en Belgique, comme Tétras Lyre, qui se dévouent à publier de beaux livres, donnent envie d'écrire de la poésie. Les revues aussi comme "La bafouille incontinente" ou "Boustro". Des lieux se sont faits ou se font le relais de ce travail. Je pense à l'exemple fameux du Cirque Divers. Les soirées de poésie d'abord organisées par Jacques Izoard, puis pendant très longtemps par Carmelo Virone ont aidé à ce que la poésie se développe. Il y a eu Le Fram, Les Parlantes aussi. Il y a les librairies Pax et Livre aux trésors. Quand on est poète ou jeune poète à Liège, on n'est pas tout seul, on n'écrit pas dans le désert. Tout est très vivant, foisonnant, divers, désordonné et fragile. Est-ce qu'il existe quelque chose de semblable en France? Je ne sais pas. Cela ne suffit pourtant pas. Sinon, on n'écrirait que de la poésie. Le milieu de la poésie reste malgré tout un micro milieu. On écrit aussi des romans pour sortir du petit monde de la poésie. Quand j'ai écrit "Même mort", le livre auquel je tiens le plus avec "Robinson", j'ai l'impression d'avoir fait ce que je voulais faire. Cela faisait quinze ans que j'avais l'idée des variations, je n'y arrivais pas, je n'avais pas le matériel, le savoir-faire technique, le sujet qui le permettait. Ce livre, même s'il est basé sur une tragédie (la mort de mes deux parents en trois mois), est une sorte de miracle. Mais Le Fram a cessé d'exister après sa parution. Alors j'ai pensé, il faut que j'écrive des romans pour que ma poésie existe. Ce n'est pas cela qui s'est passé réellement, je n'ai pas écrit "Robinson" pour çà, mais je sais que je l'ai pensé...".

Retrouvez la suite de cette interview dans la revue "Le Carnet et les Instants" que vous pouvez recevoir gratuitement par courrier sur simple demande auprès du Service de Promotion des Lettres de la Fédération Wallonie-Bruxelles...

mercredi 12 avril 2017

"Le temps de passer" (Mimy Kinet)

                                                         

L'Arbre à Paroles vient de ré-éditer l'anthologie de la poétesse belge Mimy Kinet (1948-1996). Maman de trois enfants, elle a été directrice de la revue RegART et membre du comité de lecture de l'ancienne équipe de l'Arbre à Paroles de la Maison de la Poésie d'Amay. A 40 ans, elle a commencé à publier jusqu'à son décès. Un an plus tard, une première anthologie était sortie, mais elle était désormais épuisée. A l'initiative de son fils Olivier Rijckaert, une nouvelle anthologie (réalisée par Claude Donnay et Agnès Henrard) vient de ressortir, avec une série de textes inédits.

La revue "Le Carnet et les Instants" du Service de Promotion des Lettres de la Fédération Wallonie-Bruxelles commente :  

"La poésie de Mimy Kinet n'appartient à aucune école, à aucun groupe, à aucun courant précis. Le lecteur comprend instantanément qu'elle se sentait captive d'un monde trop étroit pour elle. C'est une poésie du réel, basée sur l'expérience même de la vie. Une poésie noire, autocentrée, mais pas narcissique, ni hermétique. Pas impudique non plus. Elle s'interroge en permanence sur le sens de la vie, de son début à sa fin. Elle l'expérimente, la ressent, essaie de donner un ordre, un sens grâce à la parole poétique. La vie est une errance qu'elle tente de matérialiser dans l'écriture. Pour elle, les racines de notre existence sont attachées au vide. Sa poésie questionne et se questionne sans cesse. Elle nous interroge sur notre provenance, nous associe à ses questions, tente de traduire en mots le monde que nous partageons tous".

mercredi 5 avril 2017

Nécrologie...

Marie Nicolaï :   née à Liège le 29 août 1923, elle est décédée le 11 décembre 2016. Auteure de nombreux livres (principalement des romans), elle a aussi été journaliste littéraire dans la revue "L'Eventail" pendant de nombreuses années. Elle a reçu le Prix triennal du roman en 1963 pour "L'ombre de l'autre".

René Swennen :  né en 1942, cet écrivain et avocat liégeois est décédé le 31 janvier des suites d'un cancer. Dramaturge, romancier et essayiste, il avait obtenu le Prix Rossel 1987 pour son roman "Les trois frères", paru aux éditions Grasset.

France Bastia :  cette femme de lettres était née en 1936 et est décédée le 27 février dernier. Auteure du best-seller pour la jeunesse "Le cri du hibou", elle a aussi été présidente de l'Association des Ecrivains Belges de 1994 à 2010, et était directrice de la "Revue Générale" depuis 1987.

source de ces infos :  la revue "Le Carnet et les Instants" du Service de Promotion des Lettres de la Fédération Wallonie-Bruxelles que vous pouvez recevoir gratuitement sur simple demande.

mercredi 29 mars 2017

"Stéphane" (Nicole Verschoore)

Présentation de ce nouveau roman :    Jeune homme brillant mais solitaire, Stéphane forme avec sa sœur une sorte d'équipe d'opposition en révolte contre les projets de son père, qui veut entraîner son fils vers une carrière juridique. Attiré par leur esprit de liberté et par le théâtre, Stéphane fréquente des personnes très différentes de son milieu famial. Nous sommes fin des années 50. Le professeur de grec et de latin l'initie au bonheur de rester chez soi pour disserter sur les choses de la vie en écoutant Béla Bartok. Par ailleurs, Nini, professeur de ballet et amie de sa mère, l'initie à l'ivresse de la performance scénique. L'étude le passionne dans l'absolu et, au-delà de ses rêves de ballet et de théâtre, Stéphane réussit brillamment ses humanités classiques.  Le père de Stéphane sera-t-il suffisamment conquis par l'estime sociale de son fils pour lâcher l'emprise qu'il continue d'exercer sur lui? Entre le silence du dialogue intérieur et les mystères de l'amitié, le hasard d'une rencontre verra Stéphane se rendre à Paris, et peut-être vers l'indépendance....

Présentation de l'auteur :   Née à Gand en 1939, Nicole Verschoore est docteur en philosophie et lettres. Au cours de sa carrière de journaliste, elle travaille pour le quotidien "Het Laatste Nieuws", "Le Nouveau Courrier" et "La Revue Générale". Son premier roman, "Le maître du bourg", est publié en 1994 et reçoit le Prix France-Belgique 1995. En 2008, elle obtient le Prix Michot de l'Académie Royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique pour sa trilogie "La passion et les hommes", parue aux éditions Le Cri. Plus d'infos sur son site Internet (français/néerlandais) :  www.nicoleverschoore.be

J'ai lu deux de ses romans :  "La charrette de Lapsceure" et "Les parchemins de la tour".

"La charrette de Lapsceure" (éditions Le Cri)
"La charrette de Lapsceure" est une grande fresque racontant l'histoire de la Flandre aux 19ème et 20ème siècles à travers  "tant d'existences parallèles tendues d'un siècle à l'autre comme les fils d'une dentellière attachés à son coussin",  pour reprendre les mots de l'auteur. La lecture des premiers chapitres n'est guère aisée avec le nombre élevé de personnages et l'absence d'un héros principal. J'ai eu un peu de mal à m'y retrouver au sein de cette grande famille. Le récit est régulièrement coupé par des rappels historiques sur l'extrême pauvreté de la Flandre au 19ème siècle ou l'évolution du droit de vote jusqu'au suffrage universel voté après la première guerre mondiale.

Après avoir évoqué la guerre scolaire entre les écoles officielles et catholiques qui atteint le petit village de Lapsceure où enseigne Théodore, le patriarche de la famille, Nicole Verschoore écrit un passage très engagé sur la religion :   "De nos jours, dans nos démocraties compliquées, les nouvelles générations qui ne s'intéressent plus au passé du pays ne peuvent tirer de l'Histoire les modèles qui, hélàs, se répètent sous d'autres cieux et dans d'autres couleurs. Il faut se méfier de l'attrait de la religion combattante. Ne lui accorder aucun droit. Dans toutes les populations, le même besoin d'absolu et de guidance pousse les âmes vers la foi, mais les éléments les moins émancipés ne perçoivent pas la différence entre la religion et l'armée d'un clergé qui craint de perdre son pouvoir absolu. La civilisation doit se munir contre ce que les armées de croyants imaginent devoir faire sous les ordres de leur clergé".

Au milieu du livre, l'histoire devient plus facile à comprendre et l'auteur donne l'explication du titre :  "La charrette de Lapsceure" évoque le départ en charrette en 1880 de l'instituteur Théodore, de son épouse Louise et de leurs enfants du village de Lapsceure vers Courtrai. Louise décède en 1893 à l'âge de 43 ans. Théodore se remarie six mois plus tard et devient archiviste de la ville et un historien reconnu. L'un de ses fils, Alphonse, est engagé dans le mouvement flamand, tandis qu'un autre, Renier, est curé aux Etats-Unis.

Nicole Verschoore place ses personnages au sein de la société belge de l'entre-deux guerres :   "Deux populations vivaient en Belgique dans deux univers totalement dissemblables :  le peuple et les nantis. Les intermédiaires qui ne plaisaient pas au gouvernement et qui commençaient à se faire représenter à la Chambre étaient les Théodore et les Alphonse, intellectuels issus du peuple, idéalistes qui désiraient l'émanciper et le sortir de son état d'esclave. Une quantité de nouveaux nantis comme Constant, issus de grandes écoles francophones, formaient une deuxième sorte d'intermédiaires. Ils appartenaient de cœur à leurs provinces natales, mais se distanciaent du mouvement d'émancipation flamand parce qu'ils avaient dépassé le stade de ceux qui avaient besoin d'aide".

On suit ensuite Grite et Castel au Congo. Nicole Verschoore défend l'action du roi Léopold II et des Belges dans ce pays :   "Qui connaît la pauvreté du 19ème siècle en Europe, le nombre de victimes de la famine et du choléra, qui se rappelle la misère des ouvriers textiles, des mineurs, des campagnes affamées des pays européens dits civilisés et compare ces données aux annales de l'histoire des pays colonisés d'Afrique, découvrira vite l'incongruité de certaines interprétations tardives concernant le colonisateur usurpateur maltraitant le colonisé. Les généralités en cours sont issues d'une absence totale de connaissance exacte et détaillée, et de l'incapacité du béotien de mettre en perspective la réflexion historique".

Très bien écrit, ce livre se termine par une touche de nostalgie avec le décès de Mamou, la veuve d'Alphonse, qui rappelle à chacun d'entre nous le départ d'un proche. Au-delà des nombreuses références historiques qui retracent l'histoire de notre pays, Nicole Verschoore nous montre que les défunts continuent de vivre tant qu'on parle d'eux, et nous incite à être curieux et à poser des questions sur nos familles :   "Les découvertes glissent doucement dans l'oubli mais l'histoire continue, explorée au hasard de la curiosité, par l'insaturable besoin de comprendre".

"Les parchemins de la tour" (éditions Le Cri)
Dans "Les parchemins de la tour", Nicole Verschoore raconte, à la première personne, la vie d'Edmond Beaucarne (1807-1895), le grand-oncle de son arrière-grand-mère, à partir de ses archives retrouvées. Après avoir grandi à Eename auprès de son vieux père, il entre dans un collège jésuite d'Alost, où ses professeurs l'initient à la politique :  "Quant au roi Guillaume que le Congrès de Vienne avait imposé aux Pays-Bas catholiques, ce mécréant était un homme nouveau, ses idées néfastes se propageraient, le désordre s'ensuivrait. Il fallait que l'Eglise reconquisse le pouvoir. Les élèves devraient aider leurs maîtres à renverser le gouvernement hollandais (...) Je suis bien placé pour savoir que Guillaume, ce roi sans grande allure, bien intentionné et maladroit, aurait été écouté et compris s'il n'avait pas été victime de l'opposition féroce et dûment inspirée à laquelle j'ai moi-même prêté l'ardeur de mes jeunes années".

Sur le conseil de ses maîtres, Edmond entre, à l'âge de 22 ans, à la rédaction gantoise du journal contestataire et antigouvernemental, "Le Catholique des Pays-Bas", qui joue un rôle non négligeable dans la révolution et l'indépendance de la Belgique en 1830. Un an plus tard, il quitte le journal et retourne dans son village natal. Le récit se concentre ensuite sur sa vie sentimentale qui se déroule en trois temps.

Lors d'un séjour à Vienne en 1832, Edmond tombe amoureux d'Hortense d'Hoogvorst :  "La femme qu'on rêve est la décalque exacte de nos désirs. Pour cette raison, le premier amour et le désir qui ne s'accomplit pas laissent le souvenir d'un bonheur complet".  Mais il ne chercha pas à la revoir et Hortense se maria...

De retour à Eename, Edmond en devient le bourgmestre. Il habite avec son frère Louis-Maur, sa belle-soeur Baudouine et ses neveux et nièces dans la maison familiale. Au fond du jardin, il aménage une vieille tour fortifiée pour y ranger ses livres et documents. Eudaxie, la femme de ménage, est aussi sa maîtresse :   "Le délice s'avérait être le contraire du pêché décrit par l'Eglise. Pouvoir honorer notre nature humaine comme nous le faisions, avec la fantaisie, la créativité, la légèreté ou la patience nécessaires, c'était faire oeuvre de vie, productrice d'énergie et de jeunesse".  Mais Eudaxie met fin à leur relation.

Quelques années plus tard, à la demande de ses amis, le célibataire solitaire Edmond accueille chez lui Isabelle, venue trouver à Eename le calme pour écrire ses traductions et articles. Après son décès accidentel, il se rend compte de la place qu'elle avait prise dans ses vieux jours :   "Je n'ai pas été bon pour Isabelle parce que je ne l'aimais pas assez. Je n'avais de sentiment pour elle qu'en son absence, je n'ai souffert que de ses départs. Le dernier départ, l'irrévocable, a éveillé les remords, le regret posthume, l'effroi de l'irréparable".

Malgré ces rendez-vous manqués avec les femmes, les dernières pages de ce livre très bien écrit montrent un Edmond serein et apaisé qui vante les joies de la famille et des liens intergénérationnels :  "Grâce aux saisons qui se répètent, aux enfants qui naissent, à l'exaltation des parents et à l'instinct du vieil oncle, un jour, dans un élan incompréhensible d'éclatante allégresse, subitement, ce vieil oncle soulève de nouvelles pelotes vivantes qui hurlent de surprise et de joie, agitent des petits pieds aussi informes que les boutons de magnolias au bout de leurs tiges minuscules. Grâce à ces miracles du quotidien et à l'éternel recommencement, on finit par accepter que meurent ceux qu'on aime, comme s'étiolent les fleurs".

jeudi 23 mars 2017

Journée Mondiale de la Poésie

A l'occasion de la Journée Mondiale de la Poésie ce 21 mars, je vous propose de mettre à l'honneur deux poètes belges :

Charles Ducal, Poète National 2014-2015 :   http://ecrivainsbelges.blogspot.be/search/label/Ducal%20Charles

Laurence Vielle, Poétesse Nationale 2016-2017 :
http://ecrivainsbelges.blogspot.be/search/label/Vielle%20Laurence

Et on vient d'apprendre qu'en janvier 2018, ce serait Els Moors qui reprendrait le titre de Poétesse Nationale. Originaire de Poperinghe (Flandre Occidentale), elle a 41 ans et a déjà reçu plusieurs prix pour ses ouvrages sortis depuis 2006.

Mais j'aurais aussi pu vous parler de bien d'autres poètes belges, comme ceux signalés ci-dessous. Il vous suffit de cliquer sur leur nom pour retrouver mes articles qui les concernent.

mercredi 15 mars 2017

"En son absence" (Armel Job)

Dans son dernier roman intitulé "En son absence",  l'écrivain belge Armel Job évoque les réactions d'une petite communauté confrontée à une disparition inexpliquée. En 2005, dans un petit village des Ardennes belges, Bénédicte (15 ans) n'est pas montée dans le bus qu'elle prend chaque jour, et n'est jamais arrivée à l'école. Comme la plupart de ses romans, "En son absence" se déroule en vase clos dans un petit village où les langues se délient, où l'ami d'hier est le suspect de demain.

Armel Job a confié à la presse :   "Je n'ai pas eu l'impression d'écrire un polar, du moins pas au sens strict. Mais on peut utiliser la technique du polar pour pousser le lecteur à se plonger plus facilement dans la description des êtres humains. Cependant, contrairement à un "vrai" roman policier, l'enquête, ici, est totalement secondaire.

Les disparitions d'adolescents sont assez courantes. Le début de mon histoire fait d'ailleurs clairement penser à une affaire récente et dramatique qui s'est déroulée dans la région d'Arlon. Et l'attention des gens est alors très centrée sur le sort du ou de la disparu(e). Mais il me semble que très souvent, on oublie ce qu'il y a derrière. Des gens qui attendent, morts d'angoisse. Des parents qui doivent renouveler leurs relations avec leurs proches, montrer ce qu'ils ont au fond d'eux-mêmes. C'est çà qui m'intéressait plutôt que la disparition et l'enquête qu'elle entraîne.

J'évite de me laisser emporter par la documentation. J'ai simplement cherché quelques renseignements concernant la procédure judiciaire. J'ai essayé de reconstituer des moments dramatiques par la fiction, dans une démarche d'empathie vis-à-vis de ces affaires qui m'ont touché. Je travaille simplement comme un romancier, pas un journaliste. Sans dévoiler la fin, ce roman, c'est aussi la rencontre de deux mondes différents. Celui des adultes, des parents, un monde marqué par toutes les affaires de disparitions et celui des jeunes qui quittent un jour le nid familial. J'évoque beaucoup la filiation. Les relations père-fille, je connais car j'en ai trois. Mais les jeunes ne vivent pas cette relation de la même façon. Ils s'en vont. Il y a une rupture entre deux générations".

Cliquez ci-dessous sur "Job Armel" pour retrouver mes autres articles sur cet auteur belge.