mercredi 26 juillet 2017

Les librairies labellisées

Depuis 2007,  un label des librairies contribue à valoriser ce métier essentiel à la vie culturelle en Fédération Wallonie-Bruxelles. Actuellement, 54 librairies sont labellisées en régions wallonne et bruxelloise, selon onze critères ayant fait l'objet d'un arrêté ministériel. Vous les identifierez grâce au logo du label qu'elles affichent. Comment sont-elles choisies? En résumé : primauté du livre, accueil par des libraires professionnels bien outillés et formés, acceptant la commande à l'unité et proposant un assortiment de nouveautés, d'ouvrages de fonds et de titres d'auteurs belges sans restriction de distributeur ou de maison d'édition.

Qui sont ces librairies?  Citons Tropismes et Quartiers Latins (à Bruxelles), Molière (à Charleroi), Librairie de la Reine (à Binche), Scientia et André Leto (à Mons), Le Point Virgule (à Arlon), Decallone et Siloe (à Tournai), L'Oiseau-Lire (à Visé), DLivre (à Dinant), Chapitre et Papyrus (à Namur), Graffiti (à Waterloo), Antigone (à Gembloux), Parenthèse (à Liège), etc.

Ce label donne accès aux aides de la Fédération Wallonie-Bruxelles pour l'organisation de rencontres littéraires, pour des prêts sans intérêts pour l'aménagement et l'équipement des lieux, pour des abonnements à des outils bibliographiques professionnels. En 2016, la Fédération Wallonie-Bruxelles a financé 314 librairies labellisées afin d'aider ces librairies indépendantes qui doivent faire face à la concurrence des grandes surfaces et d'Internet. Un projet vise aussi à supprimer la "tabelle" afin de diminuer le prix payé par les consommateurs pour l'achat de livres édités en France (soit 70% des livres achetés en Belgique francophone).

Depuis 2014, le Syndicat des librairies francophones s'est vue confier par la Fédération Wallonie-Bruxelles la mission de développer un outil mutualisé devant permettre la commercialisation de livres numériques. Une trentaine de librairies indépendantes participent actuellement à Librel, le portail numérique des librairies francophones de Belgique qui propose aujourd'hui aux particuliers plus de 400.000 titres en français, 200.000 en anglais, 40.000 en néerlandais, et aux bibliothèques plus de 140.000 titres émanant de près de 3.000 éditeurs.

mercredi 19 juillet 2017

Prix littéraires

Au Théâtre Royal du Parc à Bruxelles, la ministre de la Culture en Fédération Wallonie-Bruxelles Alda Greoli a remis, il y a quelques semaines, différents prix littéraires.

Prix triennal de poésie en langue régionale endogène
Tous les trois ans, ce prix récompense un recueil de poèmes rédigé dans l'une des langues régionale de la Fédération Wallonie-Bruxelles, sur proposition du Conseil des langues endogènes. Le lauréat 2017 est Dominique Heymans. Né en 1958 dans un milieu populaire, il apprend le wallon par imprégnation. Fonctionnaire communal à Manage, il habite à Gottignies dans la commune du Roeulx. Il ressent rapidement l'envie de défendre ce patrimoine et d'écrire dans cette langue. En 1982, il rejoint les "Scriveus du Cente", association dont il deviendra le président en 2016. Il est récompensé pour son recueil "Pleuves", écrit en wallon du Centre. Il y évoque le quotidien, la vieillesse, l'ailleurs, sur un ton où la mélancolie alterne avec la légèreté et l'humour.

Prix de la première oeuvre
Remis pour la première fois en 1998, ce prix récompense chaque année un premier ouvrage d'un auteur belge ou vivant en Belgique, écrivant en langue française, tous genres littéraires confondus, sur proposition de la Commission des Lettres. La lauréate est Charline Lambert, née en 1989 à Rocourt. Diplômée en langues et littératures françaises et romanes, elle est, depuis 2015, aspirante FNRS à l'Université Catholique de Louvain. En 2016, elle publie deux recueils de poésies :  "Chanvre et lierre" (éditions Le Taillis Pré) et "Sous Dialyses" (éditions L'Age d'Homme). Son premier recueil a déjà été récompensé du Prix Georges Lockem de l'Académie Royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique et du Prix Geneviève Grand'Ry de l'Association des Ecrivains Belges.

Prix triennal de la poésie
Remis tous les trois ans, ce prix récompense un auteur pour un recueil poétique publié à compte d'éditeur, sur proposition d'un jury indépendant composé cette année de Rony Demaeseneer, Sami El-Hage, Vanessa Herzet, Mélanie Godin, Daniel Laroche et Colette Nys-Mazure. La lauréate est Françoise Lison-Leroy (née en 1951 en Hainaut Occidental) pour son recueil "Le silence a grandi", dédié à la mémoire de Paul André. Outre la lauréate, le jury a décerné une mention à trois autres ouvrages :  "Trèfle incarnat" de Rose-Marie François,  "La traversée des habitudes" de Karel Logist et "Sylvia" d'Antoine Wauters.

Prix quinquennal de l'essai
La lauréate 2017 est Christine Aventin, née en 1971, licenciée en philologie romane de l'Université de Liège. Elle a connu un succès littéraire inattendu et précoce avec un roman écrit à quinze ans, "Le cœur en poche". Après plusieurs années d'anonymat, elle revient à l'écriture en 2005 avec "Portrait nu". Elle est récompensée pour son livre "Breillat des yeux le ventre", publié dans la maison d'édition belge Le somnambule équivoque en 2013. Le livre de Christine Aventin est un essai au sens premier du terme :  l'auteure s'y lance dans une expérience littéraire qui dynamite les limites des genres littéraires, à la frontière entre fiction, l'autobiographie et l'analyse cinématographique. Sur ce chemin, elle semble avoir trouvé son alter ego en Catherine Breillat, dont elle analyse le cinéma, le rapport au corps et au féminin.

mercredi 12 juillet 2017

Laurent Demoulin à Passa Porta

A l'occasion d'une soirée "Read and Meet", l'écrivain belge Laurent Demoulin était l'invité d'Adrienne Nizet, la vice-directrice de Passa Porta (Maison internationale des littératures de Bruxelles). Ils se sont ensuite confiés à la revue "Le Carnet et les Instants" que vous pouvez recevoir gratuitement sur simple demande auprès du Service de Promotion des Lettres de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Adrienne Nizet :  "Qui pourrait mieux que l'auteur parler de son livre? L'idée est que les participants puissent poser directement leurs questions à l'auteur, lors d'une soirée en comité restreint. Ils sont invités à lire le livre choisi avant la soirée, afin de pouvoir aller en profondeur dans les thématiques, le style, les développements de l'intrigue. Comme les autres auteurs, traducteurs littéraires, acteurs du secteur, les auteurs belges francophones sont chez eux à Passa Porta. Ils sont présents dans les toutes les facettes de la maison".

Laurent Demoulin :   "Chaque rencontre est particulière, en fonction des différents lieux, du nombre de personnes présentes, et de la personnalité individuelle des participants ayant pris la parole. Je me suis rendu dans des librairies, dans une bibliothèque, dans des institutions communales liées à la problématique de la littérature et de la santé, dans des écoles supérieures, au Centre Wallonie-Bruxelles à Paris, Toutes ces rencontres m'ont nourri et m'ont fait réfléchir, en fonction des questions qui m'ont été posées et des réactions du public. De manière générale, j'aime rencontrer les lecteurs et les lectrices. Qu'ils aient un visage, une voix, une histoire, des pensées, etc. J'aime les petits échanges au moment des dédicaces. L'écrivain est seul quand il écrit : cela fait du bien de sortir de la solitude grâce aux fruits de celle-ci. La rencontre à Passa Porta présente plusieurs particularités intéressantes. D'une part, un aspect convivial. J'étais assis autour d'une table avec une dizaine de personnes, et non pas devant un public, ce qui favorise l'échange, l'intervention spontanée des participants (et de telles interventions ont d'ailleurs eu lieu). La disposition des personnes ainsi que leur petit nombre jouent tous deux le même rôle incitatif. Ensuite, les personnes sont censées avoir déjà lu le livre, même si ce n'était pas tout à fait le cas. Mais on a fonctionné comme si tous connaissaient le livre, ce qui fait gagner du temps et qui va aussi dans le sens de la liberté de parole (pas de peur de spoiler, comme disent les jeunes, c'est-à-dire de déflorer l'intrigue). Autre implication : il ne s'agit pas de vendre le livre puisque je suis en principe devant des lecteurs déjà conquis. Sans doute cela change-t-il aussi quelque chose dans le contact (voire dans mon propos) mais je ne m'en rends pas bien compte, car en librairie non plus je n'avais pas l'impression d'être là pour vendre mon livre. Mais peut-être ai-je refoulé cet aspect inavouable, qui sait? Partout, il s'est agi d'une conversation. Dernière spécificité de Passa Porta : la présence de lecteurs néerlandophones, ce qui fait vraiment très plaisir. Ces lecteurs portent un regard particulier sur la langue du texte.

Je me suis déjà rendu à plusieurs reprises à des rencontres de Passa Porta avec d'autres auteurs. C'étaient des rencontres plus traditionnelles, dans la librairie, les auteurs étant sur une estrade. Chaque fois, j'ai été très intéressé, mais comme je le suis lors de la plupart des rencontres en librairie. Il me semble que les rencontres stimulent mon désir de lire l'auteur, sauf exception. Ou en tout cas, telle est la question qui sous-tend ma présence :  la recherche d'indications pour savoir si tel livre me plaira ou m'intéressera. Notez qu'il m'arrive aussi d'aller à des rencontres alors que j'ai déjà lu le livre qui est présenté (dans ce cas, il s'agit toujours d'auteurs que j'apprécie). Peut-être y vais-je alors pour approfondir ma lecture. Ou pour remercier l'auteur du plaisir qu'il m'a procuré. En même temps, il y a un juste plaisir propre à la rencontre, qui est presque indépendant de la lecture.

Les questions très variées qui m'ont été posées m'ont fait réfléchir et m'ont permis d'approfondir ma vision de la littérature, notamment parce que Robinson a un statut ambigu à cet égard. Mais il m'est difficile d'isoler le phénomène des rencontres de l'ensemble de mon expérience. J'aimerais pouvoir vous dire que cela ne change rien à rien, que je suis seul face à la Littérature comme face au ciel étoilé, que seul compte le texte, la divine inspiration, etc. Mais si je suis honnête, je dois bien dire que le fait de publier chez Gallimard ou chez un petit éditeur belge, même de très grande qualité, cela change beaucoup de choses. J'avoue que, depuis lors, j'assume le fait d'être écrivain, ce qui est neuf (jusque là, je me récriais si on m'attribuait ce titre). Il s'agit à la fois d'une forme de libération et de soulagement profond (comme si j'étais enfin en paix avec moi-même) et de nouvelles responsabilités, assez intimidantes quant à la suite éventuelle. Les rencontres participent vivement de ce double sentiment. Je m'y sens heureux, comme un poisson dans l'eau. La sensation la plus forte, je l'ai ressentie lors de la première présentation, à Liège, dans la librairie que je fréquente, "Livre aux trésors", chez mes amis Olivier et Philippe. J'étais interrogé par Gérald Purnelle, un autre ami. Le public était nombreux, attentif, bienveillant. Je me sentais délicieusement entouré par cette bienveillance. Une expérience vraiment inoubliable. Les soirs de doute et d'angoisse, je pourrais y songer pour m'apaiser".

Plus d'infos :  www.passaporta.be

mercredi 28 juin 2017

"L'Enfance unique" (Frédéric Saenen)

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Présentation de l'auteur :
Né en 1973, diplômé en philologie romane de l'Université de Liège, Frédéric Saenen a déjà publié, dans la collection "Plumes du Coq" des éditions Weyrich, les deux premiers volets de "sa trilogie de la tension et du hasard" :  "La Danse de Pluton" en 2011 et "Stay Behind" en 2014. Il est également critique littéraire auprès de sites de référence (notamment "Le Carnet et les Instants" du Service de Promotion des Lettres en Fédération Wallonie-Bruxelles) et essayiste ("Dictionnaire du pamphlet" et "Pierre Drieu la Rochelle face à son oeuvre").

Vous pouvez le retrouver en interview via ce lien :  lacauselitteraire.fr/entretien-avec-frederic-saenen

Présentation de son dernier livre (quatrième de couverture) :
Quand? En 1973, et quelques années après. Où? A Grâce-Hollogne. Qui? Mamy, "Grand-Popa", leur fille Ginette, le petit Frédéric qui vient de lui naître, sans oublier l'inénarrable caniche Boy. Quoi? Le quotidien, mené au rythme des petites gens qui peuplent l'interminable rue de Ruy. Le quotidien, c'est-à-dire l'éternité quand on est enfant unique... Dans un style puissant et vibrant d'émotion, Frédéric Saenen rend hommage à ces figures essentielles que furent ses grands-parents maternels, mais aussi au wallon.



mercredi 14 juin 2017

Actualité du Musée Verhaeren à Sint-Amands

1° Exposition "Poésie Noire" (du 18 juin au 26 novembre)
Comme poète, Emile Verhaeren a su jouer sur différents registres, allant d'une poésie de la grande ville jusqu'à une poésie d'amour. Mais, dans les années 1888-1891, il a également pratiqué une poésie noire et tourmentée :  "Les Soirs", "Les Débâcles" et "Flambeaux Noirs". La mort et la folie sont assez présentes dans ces recueils. Cette exposition s'est focalisée sur cette poésie noire présentant les éditions originales assez rares et des oeuvres d'artistes contemporains (David Verstraete, Martha Verschaffel, Sanne De Wolf, p.ex.) qui se rapprochent de l'atmosphère de cette poésie noire.

2° Projet d'acquisition
Le développement de leur collection est une des priorités du Musée Verhaeren à Sint Amands. Chaque année, ils essaient d'acquérir quelques nouvelles pièces intéressantes dans la mesure de leurs moyens financiers. Récemment, un antiquaire parisien leur a proposé l'achat d'un buste d'Emile Verhaeren réalisée en 1921par l'artiste français René Pajot (1885-1966) pour le Salon des Indépendants à Paris en 1922. Ce buste représente le poète dans une pose dynamique, le regard pénétrant. Gravé dans le bas, on découvre un extrait du poème "Le Vent". Le prix demandé est de 4.000 euros. Le musée fait appel à la générosité de tous pour récolter les fonds nécessaires.

Plus d'infos :  www.emileverhaeren.be

Cliquez ci-dessous sur "Verhaeren Emile" pour retrouver mes autres articles consacrés à ce poète belge et à ce musée de Sint-Amands.

mercredi 7 juin 2017

5ème Intime Festival à Namur

Benoît Poelvoorde a donné une conférence de presse à l'occasion de la présentation du programme de son 5ème Intime Festival qui aura lieu du 25 au 27 août 2017 au théâtre de Namur (plus d'infos :  www.intimefestival.be) :

"Benoît, vous êtes de retour aux manettes de l'Intime Festival, alors que l'année dernière, le festival s'était fait sans vous?
- Oui, en effet. L'année dernière, j'ai eu un petit problème personnel qui s'appelle un déménagement. Et puis, deuxième problème, je ne lisais plus pour mon plaisir, je lisais pour le festival, de façon quasi professionnelle, et je perdais le goût de la lecture. Donc, j'ai pris un an de recul, et me revoilà.

- Ca se sent dans la programmation avec les cartes blanches à Philippe Katerine et au duo Nicolas&Bruno?
- Philippe Katerine, je viens de tourner cinq mois avec lui, il est incroyable. Quand il marche, c'est de la poésie. Quand il respire, c'est déjà une oeuvre d'art. Il est d'une telle richesse. Nicolas&Bruno, çà faisait longtemps que je les voulais. Ils vont présenter leur film "A la recherche de l'Ultrasex"", et çà va être un bain de jouvence. Ils ont maté 2.600 films de cul, ils en ont remonté et redoublé des extraits, c'est à pisser de rire. Je conseille quand même de ne pas venir avec les enfants : ça a beau être drôle, ça reste de la boule.

- A côté de cela, il y aussi des lectures tout à fait respectables. Quel est le symptôme d'une lecture réussie à l'Intime Festival?
- Tu le sens tout de suite à la salle. Moi, je me mets toujours tout dans le fond. Et là, tu sens le respect du public pour l'auteur ou le comédien : il n'y a pas un bruit, pas une toux. Pour moi, c'est le signe que le festival appartient aux spectateurs. Le deuxième signe, c'est qu'ils sont super durs! Ils te font des conseils de lecture, ils ont leurs exigences du genre "on aimerait plus de femmes", "que ce soit moins tragique, moins dépressif"... Le public s'est approprié le festival mais en même temps, on continue à faire exactement ce qu'on veut!

- On vit une époque troublée. Quel rôle peut jouer la littérature?
- C'est un outil essentiel. Je ne suis pas trop les médias mais quand même, il y a des matins, je reste interloqué devant l'énormité de ce qui se passe, devant cette violence terrible. Et là, les livres m'aident. Pas pour une évasion vers un imaginaire tout rose et tout fleuri, mais comme outil de compréhension de l'âme humaine. La littérature non comme refuge mais comme remède. A l'Intime Festival, on a cette année un livre qui s'appelle "Comment Baptiste est mort" sur la radicalisation d'un enfant. Le genre de bouquin qui t'aide à penser un problème, qui met des mots sur ce que tu ne peux pas formuler.

- "C'est arrivé près de chez vous", c'était il y a juste 25 ans. Vous y avez pensé?
- Non. C'était super, c'était une aventure, ça m'a fait naître au cinéma, mais les 25 ans, je m'en fous un peu. On peut croire que j'ai un cœur sec mais pas du tout. C'est juste que je n'ai pas de nostalgie ni des tournages, ni de mes anciennes maisons, de rien. Je vis au présent. Mes films, je ne les regarde même pas. Le dernier que j'ai vu, c'est "Rien à déclarer" parce que Dany Boon m'avait obligé. Ca passe pour du désintérêt ou de la grossièreté, mais ce n'est pas ça. Je fais mon boulot, point.

- Vous posez-vous la question de ce que vous allez laisser?
- Bof, non, je m'en fiche. Je ne suis pas dans cette réflexion-là. Peut-être mon fou rire sur les sushis sur un plateau télé, on m'en parle tout le temps!

- Que deviendra votre bibliothèque après votre mort?
- J'y tiens à mes bouquins. J'aime bien en être entouré, c'est un peu fétichiste et d'ailleurs c'est un fameux bordel car avec mon déménagement, il y en a partout. Après, j'ai la solution : tous mes livres partiront pour une oeuvre comme Les Petits Riens... Et je les paye, mes livres. Je pourrais me les faire envoyer mais je les paye. Choisir un livre, l'acheter, c'est un acte important".

mercredi 31 mai 2017

Actualité de David Van Reybrouck

Je vous avais déjà parlé de notre compatriote David Van Reybrouck (né à Bruges en 1971) lorsqu'il avait obtenu le Médicis 2012, prix du meilleur livre étranger, pour son essai "Congo. Une histoire" :  http://ecrivainsbelges.blogspot.be/2012/11/prix-medicis-de-lessai-2012-pour-david.html

Les Editions Actes Sud (dont une des responsables est devenue récemment ministre française de la Culture) ont publié le dernier livre de David Van Reybrouck :  "Zinc" (75 pages). Il y raconte la destinée d'une poignée d'habitants du village de La Calamine ballotés et balayés par la guerre. Le personnage principal changera cinq fois de nationalité. Pour son service militaire, il portera l'uniforme belge. Bien qu'âgé déjà de 40 ans, après Stalingrad, il fut embrigadé dans la Wehrmacht. Dans la revue "Les Cahiers de la Semaine", Luc Beyer de Ryke commente :  "Jamais, il n'avait franchi les frontières. Ce sont les frontières qui l'ont traversée. Souvent et à travers ce récit aussi bref que poignant, on ressent combien les destinées sont comme des fétus de paille emportés par l'Histoire".

Autre actualité de David Van Reybrouck :  suite aux attentats en Europe, il a co-écrit le livre "La paix, çà s'apprend" avec Thomas d'Ansembourg (né à Uccle en 1957), un juriste devenu thérapeute. Ils ont deux parcours de vie totalement différents, l'un vient de la noblesse et l'autre non, le premier est néerlandophone et le deuxième est francophone, mais ils démontrent l'importance du dialogue.



                 


                    

mercredi 17 mai 2017

Récompenses pour Françoise Lison-Leroy

                                            Portrait      

Grâce à son recueil "Le Silence a grandi" (dédié au poète Paul André, son voisin de Blandain, décédé en 2008), Françoise Lison-Leroy vient d'obtenir deux récompenses :  le Prix du Poème en Prose Louis Guillaume et le Prix triennal de poésie de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Françoise Lison-Leroy a confié à la presse :   "Il y a quelques semaines, j'ai eu un coup de téléphone d'une personne de la Fédération Wallonie-Bruxelles pour me signaler que j'avais été lauréate. J'ai été surprise et je pensais que c'était une erreur car je n'avais pas présenté ma candidature. Elle m'a alors expliqué qu'une sélection est opérée parmi les oeuvres publiées dans les trois dernières années. C'est une belle reconnaissance après ces nombreuses années d'écriture et, depuis l'annonce officielle, plusieurs personnes m'ont contactée pour me féliciter ; cela fait chaud au cœur.

Petite, je m'amusais à inventer des nouvelles définitions pour certains mots et j'y apportais déjà une petite touche de poésie. Ensuite, j'ai vraiment eu le déclic pour la poésie en écoutant à l'école Radio Scolaire sur laquelle Emile Verhaeren récitait l'un de ses poèmes. La poésie est ma langue première, ma langue natale. Je suis une amoureuse des mots. Dans la poésie, on est au plus juste, on a la volonté de se construire une langue et de faire passer un message par les mots choisis. J'ai écrit des nouvelles, un roman, du théâtre, mais je reviens toujours à la poésie....

Je peux passer deux à trois jours sur une phrase. Chaque mot doit avoir sa force, sa justesse, son sens mais aussi sa capacité d'union avec les autres mots qui l'entourent. Ca fait mal d'entendre une personne dire qu'elle ne comprend pas ce que vous avez écrit. Mais, au fil des années, j'ai relativisé et je ne cherche pas à ce que les lecteurs comprennent tout. Il faut qu'ils puissent puiser dans les mots ou dans la musicalité de l'écriture ce dont ils ont besoin et le sens qu'ils veulent en donner. Et puis, il ne faut pas chercher à tout comprendre, il faut se laisser porter et ressentir les émotions. Lorsqu'on écoute une chanson en langue étrangère, on ne cherche pas à comprendre les paroles, on se laisse guider par la musique.

Il m'a fallu du temps pour écrire "Le Silence a grandi". Par contre, une fois que j'ai commencé à mettre les mots sur papier, je savais où je voulais arriver. J'ai ainsi décliné ce poème en trois temps : la disparition d'un proche, les souvenirs partagés avec celui-ci, et la vie sans lui mais avec tout ce qu'ils nous a apporté. Ce n'est pas un poème sur la mort ; il s'agit plus d'une évocation de ce qu'on garde de lui en nous, de sa présence définitive. J'espère par ce livre avoir pu transmettre la puissance, la force, la générosité, l'amoureux des mots et de la vie que partageait Paul André".

Ajoutons que Françoise Lison-Leroy (née en 1951) a écrit une trentaine de recueils de poésie, et rédige également des articles pour les pages culturelles du journal "Le Courrier de l'Escaut". Cliquez ci-dessous sur "Lison-Leroy Françoise" pour retrouver mes autres articles consacrés à cet auteur belge.

mercredi 10 mai 2017

"Séraphin des dunes" (Maryline De Backer)

                                                   Séraphin des dunes

Née en 1959, Maryline De Backer est institutrice dans la région des Collines (province du Hainaut) où elle habite. Son premier roman, "L'étang aux carpes", est sorti en 1992, et racontait une saga familiale. Membre de l'Association des Ecrivains Belges de langue française et de l'Association Royale des Ecrivains Wallons, elle alterne romans, nouvelles et poésies.

Son nouveau roman, "Séraphin des dunes" se passe à Ostende à la Belle Epoque. Le personnage principal est Séraphin, un adolescent souffreteux, fils cadet d'une famille d'aristocrates. Il est confié aux soins de sa gouvernante Julie de Fontenoy, âgée de 20 ans. Elle privilégie la promenade au grand air et l'encourage dans ses activités artistiques. Mais au fil du récit, son quotidien est bouleversé :  Séraphin est amoureux d'elle, et le maître d'écurie Jean-Baptiste ne la laisse pas indifférente...

Maryline De Backer vient également de sortir un nouveau recueil de poèmes, intitulé "Ici, là-bas" et publié par les éditions Persée. Il sera prochainement traduit en italien par Dorothée Paulet et illustré de photographies de Francesco Pinocci.

mercredi 3 mai 2017

"Deux mères pour une fille" (Patricia Emsens)

                                           Patricia Emsens Deux mères pour une fille

Après "Retour à Patmos", la romancière belge Patricia Emsens nous propose "Deux mères pour une fille" (Editions des Busclats) qui aborde le thème de l'adoption. Greta est née de la rencontre entre la jeune Anke et un soldat américain rencontré dans le bar de ses parents. Plutôt que d'accoucher sous x, Anke a préféré être mère pendant deux mois, puis placer la fillette dans un couvent où elle est heureuse, protégée par Sœur Thérèse. En 1953, Lucie, une institutrice, et son mari médecin viennent la chercher pour l'adopter. Rebaptisée Anemie, Greta imagine que c'est temporaire et qu'après l'été, elle retrouvera ces religieuses qui lui manquent. Même si elle s'attache aussi à sa nouvelle maison et à sa nouvelle vie. Et puis, elle grandit...

Patricia Emsens a confié au groupe Vers l'Avenir :   "Beaucoup d'enfants d'Américains venus en Europe après la guerre, et qui sont ensuite rentrés chez eux, ont été adoptés. C'est un sursaut de vie, à la fois pour ces mères qui mettent les enfants sur la route et pour ces familles qui les adoptent. Le réseau catholique s'est beaucoup occupé de cela, mais c'est une histoire dont on ne parle pas. Même si j'ai découvert qu'il existe un site sur ces enfants, dont certains sont partis en Amérique.

Quant au côté bilingue, cela vient de ma propre expérience. C'est un univers dans lequel j'ai toujours vécu. Je viens d'une famille francophone de Flandre et, en plus, ma mère est argentine. Des mots flamands font ainsi partie de mon enfance. Aujourd'hui, c'est certainement beaucoup plus clivé. D'autre part, ce bilinguisme a du sens par rapport à cette petite aux deux mamans et prénoms.

Le roman a été réécrit sept ou huit fois. C'est le fruit d'un travail avec les éditrices. Au début, les phrases étaient beaucoup plus longues, descriptives, et puis c'est devenu trop sec, austère, presque squelettique, et çà n'allait toujours pas. J'ai tout repris à la main, j'y ai mis de la chair et, finalement, je suis arrivée à mon propre style".

mercredi 26 avril 2017

Dîners littéraires de la Maison de la Francité à Bruxelles

Il y a quarante ans, la Maison de la Francité a été créée par des Bruxellois francophones qui souhaitaient préserver la vivacité de leur langue face à l'anglais (suite à l'arrivée des fonctionnaires des institutions européennes et de l'Otan) et au néerlandais (suite aux problèmes communautaires de l'époque). Elle est installée dans un bâtiment de la rue Joseph II, construit au 19ème siècle et restauré à l'identique en 2013. Son style varie entre néoclassicisme et Art Nouveau. Ses activités sont nombreuses : conférences, débats littéraires, concours de textes, prêt de 250 jeux de langage, p.ex. Elle accueille aussi l'Espace Césaire de l'ONG Coopération Education Culture qui propose une bibliothèque de prêt d'environ 10.000 livres de littératures africaine, caribéennes et des diasporas.

Parmi les activités de la Maison de la Francité, attardons-nous sur ses dîners littéraires lancés en septembre 2015 :  une conférence de 45 minutes suivie d'un débat animé par Rony Demaeseneer se déroulant autour d'un petit repas concocté par un restaurateur bruxellois. Bibliothécaire-documentaliste à Saint-Josse, chargé de cours en histoire et techniques du livre, il est également auteur, publie régulièrement dans diverses revues, et a collaboré en 2014 au "Dictionnaire Rimbaud" publié par Laffont.

Les invités de cette saison 2016-2017 sont Joseph Ndwaniye, Kate Millie, Kenan Görgün, Rossano Rosi, Alain Berenboom, Pascale Bourgaux, Roel Jacobs et Benoît Peeters.

Rony Demaeseneer confie :   "Mon nom leur avait été soufflé par plusieurs personnes qui connaissaient mon parcours d'animateur et de modérateur, notamment Milady Renoir, directrice de l'asbl Kalame dont les bureaux sont hébergés dans le bâtiment de la Maison de la Francité. Depuis plus de quinze ans, j'anime des rencontres pour différents événements. Je l'ai fait pendant cinq ans pour les Jeudis Lire au palais des Beaux-Arts de Bruxelles pour le Service de Promotion des Lettres autour de l'actualité littéraire en Belgique francophone et trois années durant pour le festival Passa Porta, la Foire du Livre de Bruxelles et différents festivals comme Etonnants voyageurs à Saint-Malo ou encore pour le Marché de la Poésie de Paris. J'ai également mis sur pied "Embarquez lire" qui propose, durant l'été, des rencontres à bord d'une péniche sur le canal de Bruxelles.

Avec le directeur, nous avons opté pour une formule "Dîners littéraires bruxellois" qui correspondait aux nouvelles lignes directrices de la Maison de la Francité et au souhait de ré-ancrer l'institution au cœur de Bruxelles. D'où la volonté de centrer ces soirées-rencontres autour d'auteurs qui ont un rapport plus ou moins étroit avec Bruxelles parce qu'ils y habitent, y travaillent, écrivent sur la ville, ou tout cela à la fois! Cela dit, j'ai carte blanche pour adapter selon mes choix, goûts, affinités, ce qui est très motivant. Ma volonté était aussi d'inviter des auteurs issus non seulement d'univers différents mais aussi de cultures diverses de par leurs origines ou leurs parcours.

Mon rapport à la littérature belge n'est pas venu immédiatement. Les auteurs qui composent ma cartographie littéraire ne sont pas a priori d'origine belge, même si Michaux a longtemps été un de mes écrivains de chevet. La découverte de la littérature belge s'est faite par le biais justement des rencontres que j'ai pu animer, donc finalement par le biais de contemporains comme Verheggen, Cliff, Izoard, Delaive, Logist, Berenboom, Nicolas Marchal, etc. Il y a eu, surtout, la rencontre décisive avec André Blavier chez lui à Verviers deux ans avant sa mort, dans le cadre d'un mémoire que j'ai consacré aux bibliothécaires-écrivains dans la littérature belge et française depuis 1830 et la figure incontournable de Charles Nodier. Mon amitié avec Jean-Baptiste Baronian m'a aussi poussé à lire du belge. Au point de faire partie à présent du comité de lecture de la collection Espace Nord, patrimoine de la littérature belge. Au fil des lectures belges donc, de nombreuses découvertes essentielles :  Marcel Thiry, Werner Lambersy, Paul Emond, Guy Vaes, Louis Delattre, Pascal De Duve, les textes fulgurants de Rops, Gilkin, etc. Je m'intéresse, entre autres, aux minores de la littérature belge, comme Raymond Ceuppens, Louis Delattre, Max Deauville, André Blavier".

Plus d'infos :   www.maisondelafrancite.be

mercredi 19 avril 2017

Interview de l'auteur Laurent Demoulin

                   

L'écrivain belge Laurent Demoulin (plus d'infos : liege-lettres.be/laurent-demoulin) a accordé une interview à la revue "Le Carnet et les Instants" du Service de Promotion des Lettres de la Fédération Wallonie-Bruxelles :

"Votre premier recueil s'appelle "Filiation", un des thèmes constitutifs de votre oeuvre. Aviez-vous pensé ce titre comme un geste définitoire de vos textes à venir?
- La filiation n'est pas l'unique thème de mes livres. Mais, si je peux en être étonné, je dois le constater, il occupe une place centrale. Quand j'ai choisi le titre de mon premier recueil, j'ignorais ce que j'écrirais par la suite, je pensais qu'il serait un petit bout de quelque chose de très épars, disparate et différent. Même un livre comme "Ulysse Lumumba" est lié à la filiation, j'y parle de mes parents. Plus encore qu'on ne le pense. Ce que je ne dis pas dans le livre, c'est qu'au début de leur rencontre, mon père a emmené ma mère écouter une conférence sur l'assassinat de Patrice Lumumba. Mon grand-père maternel en a été furieux. Comme il était spécialiste d'Ulysse, par ce livre, je le réconcilie avec mon père, dans le seul conflit qu'ils ont vécu.

- Dans "Robinson", les parents du narrateur ont l'air d'être un ciment pour lui, alors que les personnes de sa maisonnée sont étrangement peu présentes?
- Je voulais resserrer le cadre sur le père et l'enfant, tout en élargissant un petit peu pour ne pas rendre le texte trop étouffant. Le thème secondaire de la famille recomposée devait être présent, mais je ne voulais pas déborder du cadre fixé. La focale sur les deux personnages donne une dimension particulière au livre : il n'est pas seulement un livre sur l'autisme mais aussi sur la paternité. Sur la nouvelle paternité dans son rapport à la maternité :  le père se demande s'il est un père ou une mère, ou une deuxième mère. Alors évidemment, il pense à son père et il pense à sa mère. Le rapport au fils appelle le rapport aux parents.

- Le motif de la filiation va se nicher jusque dans la forme :  dans des recueils comme "Même mort" ou "Palimpseste insistant", un texte peut donner naissance à un autre?
- On pourrait peut-être dire que la génération subsume la filiation. Les textes se génèrent les uns les autres. C'est présent, je suis d'accord avec vous, mais involontairement. L'idée des variations dans "Même mort" a plusieurs origines. J'ai été influencé par certains poètes comme Francis Ponge sur lequel j'ai fait ma thèse, ou Serge Delaive. J'ai été particulièrement marqué par son "Livre canoë, poèmes et autres récits", paru à La Différence en 2001. Il y écrit deux fois l'histoire du suicide de son père :  une fois de manière poétique, une fois de manière prosaïque. Pour "Même mort", je trouvais que le thème de la mort, lié au ressassement, appelait à redire les choses de différentes façons. Pour moi, on est davantage dans le ressassement que dans la génération. Mais je suis d'accord avec votre interprétation. Dans "Palimpseste insistant", recueil de pastiches, mélanges, parodies, réécritures à la gloire de la littérature, je suis à chaque fois le fils des écrivains ou des écrivaines que je réécris. Il ne s'agit pas d'un bras de fer, je ne me mesure pas à un tel ou un tel, je rends hommage.

- Vous semblez utiliser la littérature comme une boîte à outils : vous y glanez ce dont vous avez besoin pour écrire. Dans "Robinson", vous puisez à la poésie avec les mots valises, les allitérations.
- Je ne sais pas si vous avez remarqué que dans "Robinson", il y a des alexandrins cachés. Plus que d'être une boîte à outils, m'intéresse dans la littérature son immense variété. Je n'ai pas envie de choisir entre les baroques et les classiques, j'adore les uns et les autres. Quand je lis des auteurs romantiques, je suis avec eux. J'adore Victor Hugo, même Musset je l'aime beaucoup. Et pourtant j'adore Rimbaud aussi. Ce n'est pas exclusif. Le rêve un peu fou serait d'être tout cela à la fois : Musset et Rimbaud et Céline et Proust et et et. J'aime toutes les tendances, tous les partis pris, tous les mouvements littéraires, mais pas tous les auteurs de tous les mouvements. J'ai envie de les épouser tout en tournant autour. La littérature est toujours tellement différente. Chaque fois que je lis, je suis touché d'une autre façon. Je n'ai pas besoin d'attaquer le Nouveau Roman parce qu'il était pratiqué par nos grands aînés. Ce n'est pas pour autant que j'écris la même chose. Pourquoi refaire ce qu'ils ont tellement bien fait? Par contre, on peut apprendre beaucoup à leur lecture. Comme à la lecture de l'oeuvre de Zola, que Robbe-Grillet méprisait. A tort, si je puis me permettre. Je me demande aussi ce qui a pris à Claude Simon de dédaigner autant Stendhal. La littérature est bien sûr une boîte à outils, mais on pourrait aussi développer la métaphore du papillon qui, émerveillé par toutes les fleurs, va toutes les butiner pour fabriquer sa propre fleur, son bouquet avec toutes ces fleurs-là.

- Est-ce une façon d'aborder la littérature que l'on pourrait qualifier de postmoderne?
- Je me sens postmoderne dans le sens étymologique :  après les modernes. Les modernes étaient, en général, dans un rapport partisan à l'art, à la littérature en particulier. Les écrivains de la génération juste avant la mienne, celle d'Hervé Guibert, de Jean Echenoz ou Jean-Philippe Toussaint, sur lequel j'ai déjà beaucoup travaillé, est déjà sortie de cela. Toussaint a lu Beckett mais n'essaie pas de faire plus fort que lui. Et moi, je n'essaie pas de faire plus fort que Toussaint, ni de m'opposer à lui parce qu'il est mon glorieux aîné. Je l'ai lu, il m'a nourri, et cela continue. Il n'y a aucune raison d'y retourner.

- Est-ce que le jeu de massacre de la modernité a posé des interdits, des défis à votre écriture?
Je ne sais pas. En tous les cas, j'aime bien écrire en vers réguliers, en alexandrins. Mais je ne peux pas revendiquer d'écrire en alexandrins, William Cliff l'a déjà fait, bien que d'une manière différente. Nous qui avons cinquante ans aujourd'hui, avons entendu les interdits de la modernité, mais comme je viens de le dire, nous avons des aînés qui avaient déjà commencé à s'en défaire. Nous profitons de cette sorte de libération que nous ont offerte nos grands frères. Paradoxalement, il y a des petits frères qui sont toujours dans l'interdit d'écrire en vers, etc. Que des jeunes gens de 20 ans continuent à se revendiquer modernes m'étonne un peu. La sortie du moderne, de la terreur du moderne offre des pistes intéressantes. Mais l'interdit n'a pas disparu totalement. Il flotte toujours un peu dans l'air. Finalement, si William Cliff a déjà écrit en alexandrins, en écrire aujourd'hui continue d'être un geste intéressant.

- Le sens ne reste-t-il pas un des tabous majeurs de la poésie?
- En France, la poésie n'est pas assez postmoderne. Le sens reste l'interdit. Un bon poème serait un poème où l'on ne comprend rien. J'ai besoin que le sens de mes poèmes soit clair. Si j'ai envie d'écrire, c'est parce que j'ai l'impression d'avoir trouvé un "motif", c'est-à-dire à la fois une forme et un sens, une chose à dire qui me semble appeler une forme intéressante. Donc le sens est là d'emblée, dès le désir initial, dès la première intuition. Je pourrais l'évacuer en cours de route. Mais je n'y tiens pas :  un jour, une personne qui avait eu la gentillesse d'acheter mon recueil "Trop tard" m'a dit qu'elle n'avait rien compris à mes poèmes et je me suis senti très mal, comme si j'avais menti à cette personne. Dans le champ de la poésie, en France plus qu'en Belgique, on considère trop vite qu'un poème clair est prosaïque. Je ne suis pas pour autant militant de la clarté : je lis moi-même des recueils entiers sans savoir vraiment de quoi ils parlent car ils sont souvent très inventifs formellement, comme si l'absence de sens libérait la forme. Mais j'ai plus de plaisir à lire les poètes ambigus, paradoxaux, qui construisent un sens premier intelligible (la dénotation), puis le nuancent par des sens seconds (des connotations), que ceux qui détruisent purement et simplement le sens premier. J'aime Rimbaud et Mallarmé, mais je leur préfère cent fois Baudelaire. Bien plus : si les deux premiers sont plus radicaux que le troisième, je ne les trouve pas pour autant plus modernes que lui : le face-à-face entre les vers réguliers des "Fleurs du mal" et les poèmes en prose du "Spleen de Paris" me semble plus profondément moderne que la sauvagerie immédiate des "Illuminations". De même, je préfère la fausse simplicité du "Parti pris des choses" de Ponge aux envolées complexes des "Champs magnétiques" de Soupault et Breton. Cette problématique rejoint la question de la polysémie. D'un certain point de vue, on pourrait considérer que l'hermétisme est le comble de la polysémie, donc de la littérature : chaque lecteur mettant dans le poème le sens qu'il y voit, la signification générale est multipliée par le nombre de lecteurs. Mais je crains que l'analyse inverse soit plus juste :  à l'ouverture de la signification multiple, l'hermétisme substitue un sens unique et fermé, celui du non-sens, qui subsume les micro-significations recueillies (ou créées) çà et là par le lecteur. Le non-sens donne un sens unique et répétitif à l'absence de sens, comme le fait d'apparaître dans un rêve donne, à des événements qui seraient absurdes dans le monde réel, une signification simple et définitive : "J'ai rêvé!".

- Vous êtes plusieurs auteurs liégeois (Rossano Rosi, Serge Delaive et vous même, par exemples) à écrire à la fois de la poésie et du roman. D'autres Belges francophones (comme William Cliff et Guy Goffette) le font aussi. Il me semble que c'est moins fréquent en France?
- Si cela paraît bien une caractéristique de certains écrivains belges, je crois que c'est avant tout lié à des effets de structures éditoriales ou de diffusion de la poésie, mais cela n'est pas dû à une quelconque âme belge. Je dirais deux choses. Tout d'abord, ce fameux interdit moderne du sens est moins fort en Belgique qu'en France. Ensuite, les petites structures éditoriales magnifiques en Belgique, comme Tétras Lyre, qui se dévouent à publier de beaux livres, donnent envie d'écrire de la poésie. Les revues aussi comme "La bafouille incontinente" ou "Boustro". Des lieux se sont faits ou se font le relais de ce travail. Je pense à l'exemple fameux du Cirque Divers. Les soirées de poésie d'abord organisées par Jacques Izoard, puis pendant très longtemps par Carmelo Virone ont aidé à ce que la poésie se développe. Il y a eu Le Fram, Les Parlantes aussi. Il y a les librairies Pax et Livre aux trésors. Quand on est poète ou jeune poète à Liège, on n'est pas tout seul, on n'écrit pas dans le désert. Tout est très vivant, foisonnant, divers, désordonné et fragile. Est-ce qu'il existe quelque chose de semblable en France? Je ne sais pas. Cela ne suffit pourtant pas. Sinon, on n'écrirait que de la poésie. Le milieu de la poésie reste malgré tout un micro milieu. On écrit aussi des romans pour sortir du petit monde de la poésie. Quand j'ai écrit "Même mort", le livre auquel je tiens le plus avec "Robinson", j'ai l'impression d'avoir fait ce que je voulais faire. Cela faisait quinze ans que j'avais l'idée des variations, je n'y arrivais pas, je n'avais pas le matériel, le savoir-faire technique, le sujet qui le permettait. Ce livre, même s'il est basé sur une tragédie (la mort de mes deux parents en trois mois), est une sorte de miracle. Mais Le Fram a cessé d'exister après sa parution. Alors j'ai pensé, il faut que j'écrive des romans pour que ma poésie existe. Ce n'est pas cela qui s'est passé réellement, je n'ai pas écrit "Robinson" pour çà, mais je sais que je l'ai pensé...".

Retrouvez la suite de cette interview dans la revue "Le Carnet et les Instants" que vous pouvez recevoir gratuitement par courrier sur simple demande auprès du Service de Promotion des Lettres de la Fédération Wallonie-Bruxelles...

mercredi 12 avril 2017

"Le temps de passer" (Mimy Kinet)

                                                         

L'Arbre à Paroles vient de ré-éditer l'anthologie de la poétesse belge Mimy Kinet (1948-1996). Maman de trois enfants, elle a été directrice de la revue RegART et membre du comité de lecture de l'ancienne équipe de l'Arbre à Paroles de la Maison de la Poésie d'Amay. A 40 ans, elle a commencé à publier jusqu'à son décès. Un an plus tard, une première anthologie était sortie, mais elle était désormais épuisée. A l'initiative de son fils Olivier Rijckaert, une nouvelle anthologie (réalisée par Claude Donnay et Agnès Henrard) vient de ressortir, avec une série de textes inédits.

La revue "Le Carnet et les Instants" du Service de Promotion des Lettres de la Fédération Wallonie-Bruxelles commente :  

"La poésie de Mimy Kinet n'appartient à aucune école, à aucun groupe, à aucun courant précis. Le lecteur comprend instantanément qu'elle se sentait captive d'un monde trop étroit pour elle. C'est une poésie du réel, basée sur l'expérience même de la vie. Une poésie noire, autocentrée, mais pas narcissique, ni hermétique. Pas impudique non plus. Elle s'interroge en permanence sur le sens de la vie, de son début à sa fin. Elle l'expérimente, la ressent, essaie de donner un ordre, un sens grâce à la parole poétique. La vie est une errance qu'elle tente de matérialiser dans l'écriture. Pour elle, les racines de notre existence sont attachées au vide. Sa poésie questionne et se questionne sans cesse. Elle nous interroge sur notre provenance, nous associe à ses questions, tente de traduire en mots le monde que nous partageons tous".

mercredi 5 avril 2017

Nécrologie...

Marie Nicolaï :   née à Liège le 29 août 1923, elle est décédée le 11 décembre 2016. Auteure de nombreux livres (principalement des romans), elle a aussi été journaliste littéraire dans la revue "L'Eventail" pendant de nombreuses années. Elle a reçu le Prix triennal du roman en 1963 pour "L'ombre de l'autre".

René Swennen :  né en 1942, cet écrivain et avocat liégeois est décédé le 31 janvier des suites d'un cancer. Dramaturge, romancier et essayiste, il avait obtenu le Prix Rossel 1987 pour son roman "Les trois frères", paru aux éditions Grasset.

France Bastia :  cette femme de lettres était née en 1936 et est décédée le 27 février dernier. Auteure du best-seller pour la jeunesse "Le cri du hibou", elle a aussi été présidente de l'Association des Ecrivains Belges de 1994 à 2010, et était directrice de la "Revue Générale" depuis 1987.

source de ces infos :  la revue "Le Carnet et les Instants" du Service de Promotion des Lettres de la Fédération Wallonie-Bruxelles que vous pouvez recevoir gratuitement sur simple demande.

mercredi 29 mars 2017

"Stéphane" (Nicole Verschoore)

Présentation de ce nouveau roman :    Jeune homme brillant mais solitaire, Stéphane forme avec sa sœur une sorte d'équipe d'opposition en révolte contre les projets de son père, qui veut entraîner son fils vers une carrière juridique. Attiré par leur esprit de liberté et par le théâtre, Stéphane fréquente des personnes très différentes de son milieu famial. Nous sommes fin des années 50. Le professeur de grec et de latin l'initie au bonheur de rester chez soi pour disserter sur les choses de la vie en écoutant Béla Bartok. Par ailleurs, Nini, professeur de ballet et amie de sa mère, l'initie à l'ivresse de la performance scénique. L'étude le passionne dans l'absolu et, au-delà de ses rêves de ballet et de théâtre, Stéphane réussit brillamment ses humanités classiques.  Le père de Stéphane sera-t-il suffisamment conquis par l'estime sociale de son fils pour lâcher l'emprise qu'il continue d'exercer sur lui? Entre le silence du dialogue intérieur et les mystères de l'amitié, le hasard d'une rencontre verra Stéphane se rendre à Paris, et peut-être vers l'indépendance....

Présentation de l'auteur :   Née à Gand en 1939, Nicole Verschoore est docteur en philosophie et lettres. Au cours de sa carrière de journaliste, elle travaille pour le quotidien "Het Laatste Nieuws", "Le Nouveau Courrier" et "La Revue Générale". Son premier roman, "Le maître du bourg", est publié en 1994 et reçoit le Prix France-Belgique 1995. En 2008, elle obtient le Prix Michot de l'Académie Royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique pour sa trilogie "La passion et les hommes", parue aux éditions Le Cri. Plus d'infos sur son site Internet (français/néerlandais) :  www.nicoleverschoore.be

J'ai lu deux de ses romans :  "La charrette de Lapsceure" et "Les parchemins de la tour".

"La charrette de Lapsceure" (éditions Le Cri)
"La charrette de Lapsceure" est une grande fresque racontant l'histoire de la Flandre aux 19ème et 20ème siècles à travers  "tant d'existences parallèles tendues d'un siècle à l'autre comme les fils d'une dentellière attachés à son coussin",  pour reprendre les mots de l'auteur. La lecture des premiers chapitres n'est guère aisée avec le nombre élevé de personnages et l'absence d'un héros principal. J'ai eu un peu de mal à m'y retrouver au sein de cette grande famille. Le récit est régulièrement coupé par des rappels historiques sur l'extrême pauvreté de la Flandre au 19ème siècle ou l'évolution du droit de vote jusqu'au suffrage universel voté après la première guerre mondiale.

Après avoir évoqué la guerre scolaire entre les écoles officielles et catholiques qui atteint le petit village de Lapsceure où enseigne Théodore, le patriarche de la famille, Nicole Verschoore écrit un passage très engagé sur la religion :   "De nos jours, dans nos démocraties compliquées, les nouvelles générations qui ne s'intéressent plus au passé du pays ne peuvent tirer de l'Histoire les modèles qui, hélàs, se répètent sous d'autres cieux et dans d'autres couleurs. Il faut se méfier de l'attrait de la religion combattante. Ne lui accorder aucun droit. Dans toutes les populations, le même besoin d'absolu et de guidance pousse les âmes vers la foi, mais les éléments les moins émancipés ne perçoivent pas la différence entre la religion et l'armée d'un clergé qui craint de perdre son pouvoir absolu. La civilisation doit se munir contre ce que les armées de croyants imaginent devoir faire sous les ordres de leur clergé".

Au milieu du livre, l'histoire devient plus facile à comprendre et l'auteur donne l'explication du titre :  "La charrette de Lapsceure" évoque le départ en charrette en 1880 de l'instituteur Théodore, de son épouse Louise et de leurs enfants du village de Lapsceure vers Courtrai. Louise décède en 1893 à l'âge de 43 ans. Théodore se remarie six mois plus tard et devient archiviste de la ville et un historien reconnu. L'un de ses fils, Alphonse, est engagé dans le mouvement flamand, tandis qu'un autre, Renier, est curé aux Etats-Unis.

Nicole Verschoore place ses personnages au sein de la société belge de l'entre-deux guerres :   "Deux populations vivaient en Belgique dans deux univers totalement dissemblables :  le peuple et les nantis. Les intermédiaires qui ne plaisaient pas au gouvernement et qui commençaient à se faire représenter à la Chambre étaient les Théodore et les Alphonse, intellectuels issus du peuple, idéalistes qui désiraient l'émanciper et le sortir de son état d'esclave. Une quantité de nouveaux nantis comme Constant, issus de grandes écoles francophones, formaient une deuxième sorte d'intermédiaires. Ils appartenaient de cœur à leurs provinces natales, mais se distanciaent du mouvement d'émancipation flamand parce qu'ils avaient dépassé le stade de ceux qui avaient besoin d'aide".

On suit ensuite Grite et Castel au Congo. Nicole Verschoore défend l'action du roi Léopold II et des Belges dans ce pays :   "Qui connaît la pauvreté du 19ème siècle en Europe, le nombre de victimes de la famine et du choléra, qui se rappelle la misère des ouvriers textiles, des mineurs, des campagnes affamées des pays européens dits civilisés et compare ces données aux annales de l'histoire des pays colonisés d'Afrique, découvrira vite l'incongruité de certaines interprétations tardives concernant le colonisateur usurpateur maltraitant le colonisé. Les généralités en cours sont issues d'une absence totale de connaissance exacte et détaillée, et de l'incapacité du béotien de mettre en perspective la réflexion historique".

Très bien écrit, ce livre se termine par une touche de nostalgie avec le décès de Mamou, la veuve d'Alphonse, qui rappelle à chacun d'entre nous le départ d'un proche. Au-delà des nombreuses références historiques qui retracent l'histoire de notre pays, Nicole Verschoore nous montre que les défunts continuent de vivre tant qu'on parle d'eux, et nous incite à être curieux et à poser des questions sur nos familles :   "Les découvertes glissent doucement dans l'oubli mais l'histoire continue, explorée au hasard de la curiosité, par l'insaturable besoin de comprendre".

"Les parchemins de la tour" (éditions Le Cri)
Dans "Les parchemins de la tour", Nicole Verschoore raconte, à la première personne, la vie d'Edmond Beaucarne (1807-1895), le grand-oncle de son arrière-grand-mère, à partir de ses archives retrouvées. Après avoir grandi à Eename auprès de son vieux père, il entre dans un collège jésuite d'Alost, où ses professeurs l'initient à la politique :  "Quant au roi Guillaume que le Congrès de Vienne avait imposé aux Pays-Bas catholiques, ce mécréant était un homme nouveau, ses idées néfastes se propageraient, le désordre s'ensuivrait. Il fallait que l'Eglise reconquisse le pouvoir. Les élèves devraient aider leurs maîtres à renverser le gouvernement hollandais (...) Je suis bien placé pour savoir que Guillaume, ce roi sans grande allure, bien intentionné et maladroit, aurait été écouté et compris s'il n'avait pas été victime de l'opposition féroce et dûment inspirée à laquelle j'ai moi-même prêté l'ardeur de mes jeunes années".

Sur le conseil de ses maîtres, Edmond entre, à l'âge de 22 ans, à la rédaction gantoise du journal contestataire et antigouvernemental, "Le Catholique des Pays-Bas", qui joue un rôle non négligeable dans la révolution et l'indépendance de la Belgique en 1830. Un an plus tard, il quitte le journal et retourne dans son village natal. Le récit se concentre ensuite sur sa vie sentimentale qui se déroule en trois temps.

Lors d'un séjour à Vienne en 1832, Edmond tombe amoureux d'Hortense d'Hoogvorst :  "La femme qu'on rêve est la décalque exacte de nos désirs. Pour cette raison, le premier amour et le désir qui ne s'accomplit pas laissent le souvenir d'un bonheur complet".  Mais il ne chercha pas à la revoir et Hortense se maria...

De retour à Eename, Edmond en devient le bourgmestre. Il habite avec son frère Louis-Maur, sa belle-soeur Baudouine et ses neveux et nièces dans la maison familiale. Au fond du jardin, il aménage une vieille tour fortifiée pour y ranger ses livres et documents. Eudaxie, la femme de ménage, est aussi sa maîtresse :   "Le délice s'avérait être le contraire du pêché décrit par l'Eglise. Pouvoir honorer notre nature humaine comme nous le faisions, avec la fantaisie, la créativité, la légèreté ou la patience nécessaires, c'était faire oeuvre de vie, productrice d'énergie et de jeunesse".  Mais Eudaxie met fin à leur relation.

Quelques années plus tard, à la demande de ses amis, le célibataire solitaire Edmond accueille chez lui Isabelle, venue trouver à Eename le calme pour écrire ses traductions et articles. Après son décès accidentel, il se rend compte de la place qu'elle avait prise dans ses vieux jours :   "Je n'ai pas été bon pour Isabelle parce que je ne l'aimais pas assez. Je n'avais de sentiment pour elle qu'en son absence, je n'ai souffert que de ses départs. Le dernier départ, l'irrévocable, a éveillé les remords, le regret posthume, l'effroi de l'irréparable".

Malgré ces rendez-vous manqués avec les femmes, les dernières pages de ce livre très bien écrit montrent un Edmond serein et apaisé qui vante les joies de la famille et des liens intergénérationnels :  "Grâce aux saisons qui se répètent, aux enfants qui naissent, à l'exaltation des parents et à l'instinct du vieil oncle, un jour, dans un élan incompréhensible d'éclatante allégresse, subitement, ce vieil oncle soulève de nouvelles pelotes vivantes qui hurlent de surprise et de joie, agitent des petits pieds aussi informes que les boutons de magnolias au bout de leurs tiges minuscules. Grâce à ces miracles du quotidien et à l'éternel recommencement, on finit par accepter que meurent ceux qu'on aime, comme s'étiolent les fleurs".

jeudi 23 mars 2017

Journée Mondiale de la Poésie

A l'occasion de la Journée Mondiale de la Poésie ce 21 mars, je vous propose de mettre à l'honneur deux poètes belges :

Charles Ducal, Poète National 2014-2015 :   http://ecrivainsbelges.blogspot.be/search/label/Ducal%20Charles

Laurence Vielle, Poétesse Nationale 2016-2017 :
http://ecrivainsbelges.blogspot.be/search/label/Vielle%20Laurence

Et on vient d'apprendre qu'en janvier 2018, ce serait Els Moors qui reprendrait le titre de Poétesse Nationale. Originaire de Poperinghe (Flandre Occidentale), elle a 41 ans et a déjà reçu plusieurs prix pour ses ouvrages sortis depuis 2006.

Mais j'aurais aussi pu vous parler de bien d'autres poètes belges, comme ceux signalés ci-dessous. Il vous suffit de cliquer sur leur nom pour retrouver mes articles qui les concernent.

mercredi 15 mars 2017

"En son absence" (Armel Job)

Dans son dernier roman intitulé "En son absence",  l'écrivain belge Armel Job évoque les réactions d'une petite communauté confrontée à une disparition inexpliquée. En 2005, dans un petit village des Ardennes belges, Bénédicte (15 ans) n'est pas montée dans le bus qu'elle prend chaque jour, et n'est jamais arrivée à l'école. Comme la plupart de ses romans, "En son absence" se déroule en vase clos dans un petit village où les langues se délient, où l'ami d'hier est le suspect de demain.

Armel Job a confié à la presse :   "Je n'ai pas eu l'impression d'écrire un polar, du moins pas au sens strict. Mais on peut utiliser la technique du polar pour pousser le lecteur à se plonger plus facilement dans la description des êtres humains. Cependant, contrairement à un "vrai" roman policier, l'enquête, ici, est totalement secondaire.

Les disparitions d'adolescents sont assez courantes. Le début de mon histoire fait d'ailleurs clairement penser à une affaire récente et dramatique qui s'est déroulée dans la région d'Arlon. Et l'attention des gens est alors très centrée sur le sort du ou de la disparu(e). Mais il me semble que très souvent, on oublie ce qu'il y a derrière. Des gens qui attendent, morts d'angoisse. Des parents qui doivent renouveler leurs relations avec leurs proches, montrer ce qu'ils ont au fond d'eux-mêmes. C'est çà qui m'intéressait plutôt que la disparition et l'enquête qu'elle entraîne.

J'évite de me laisser emporter par la documentation. J'ai simplement cherché quelques renseignements concernant la procédure judiciaire. J'ai essayé de reconstituer des moments dramatiques par la fiction, dans une démarche d'empathie vis-à-vis de ces affaires qui m'ont touché. Je travaille simplement comme un romancier, pas un journaliste. Sans dévoiler la fin, ce roman, c'est aussi la rencontre de deux mondes différents. Celui des adultes, des parents, un monde marqué par toutes les affaires de disparitions et celui des jeunes qui quittent un jour le nid familial. J'évoque beaucoup la filiation. Les relations père-fille, je connais car j'en ai trois. Mais les jeunes ne vivent pas cette relation de la même façon. Ils s'en vont. Il y a une rupture entre deux générations".

Cliquez ci-dessous sur "Job Armel" pour retrouver mes autres articles sur cet auteur belge.

mercredi 8 mars 2017

"Calcaire" (Caroline De Mulder)

Née en 1976 à Gand, Caroline De Mulder a grandi dans la région de Mouscron, avant de vivre à Paris, tout en enseignant aux Facultés Universitaires de Namur. Son premier roman, "Ego Tango", a reçu le Prix Rossel 2010.

Son dernier roman, "Calcaire", raconte l'histoire de Franck Doornen (un flic amoché par un AVC à la recherche de la jeune prostituée qu'il aime), et d'un entrepreneur véreux qui stocke des déchets dans les carrières calcaires qui truffent le sous-sol de la région entre Riemst et Maastricht.

Caroline De Mulder a confié à la presse :   "Je préfère qu'on parle de roman noir plutôt que de polar. J'avais envie d'écrire ce type de roman mais avec une attention particulière au style. Il y a 88 chapitres, nombre qui est un des symboles des néonazis. Je ne pense pas que ce soit réellement une histoire très noire. Finalement, c'est plutôt gentil et çà ne se termine pas si mal que çà... Je n'ai d'ailleurs pas travaillé ce texte différemment de mes précédents romans. La structure est importante, il faut que l'intrigue, quelle qu'elle soit, se tienne. Mon éditeur Actes Sud m'a d'ailleurs laissé le choix quant à la collection. J'aimais l'idée d'élargir ma palette en intégrant Actes Noirs.

La Belgique, je connais bien, même si ici, l'ancrage est plus frontalier que réellement belge ou flamand. Nous sommes dans une campagne assez rude, près de Maastricht, une plaque tournante de la drogue. Mes personnages sont aussi un peu aux frontières d'eux-mêmes. En Flandre, la droite correcte a repris le discours des extrémistes. Quant aux déchets, le problème existe, mon "roi des ordures" est calqué sur un personnage réel. J'ai beaucoup lu sur le sujet. Dans mon roman, on peut dire que le déchet est à la fois une réalité sociale, un décor et une image qui reflète la réalité intérieure des personnages, matérialise les secrets sales de leur âme".

Cliquez ci-dessous sur "De Mulder Caroline" pour retrouver mes autres articles consacrés à cet auteur belge.

mercredi 1 mars 2017

Activités du Musée et de l'Association Emile Verhaeren

En tant que membre de l'Association Emile Verhaeren (www.emileverhaeren.be), vous bénéficiez de l'entrée gratuite au Musée Emile Verhaeren de Sint-Amands, d'une réduction sur l'achat des catalogues, d'un dossier de presse et d'invitations personnelles pour les activités du musée. Prix : 20 euros pour une affiliation individuelle, 30 euros pour une affiliation familiale.

Exposition "Trésors inconnus" (du 12 mars au 11 juin 2017) :
Au cours des années, le Musée Emile Verhaeren a réussi à rassembler une belle collection. Il possède naturellement quelques portraits remarquables du poète, mais aussi quelques pièces surprenantes, relatives à sa figure ou à son oeuvre : des gravures de Julien Van Santen, des bois de Frans Masereel ou de George Minne, des lithographies de Théo Van Rysselberghe ou d'Armand Rassenfosse, des photos de Fernand Béguin, des livres bibliophiles, diverses traductions. C'est un monde en soi riche en trésors inconnus. Pour l'occasion, Chantal Nemery présente son hommage symboliste : une série de livres d'artiste, inspirée par la poésie de Verhaeren.

Journée du Patrimoine (23 avril 2017 à 15h) :
Cette année, la Journée du Patrimoine en Flandre est consacrée au thème du soin. Le soin pour la conservation du patrimoine est un souci constant pour un musée littéraire comme le Musée Emile Verhaeren. A l'occasion de la Journée du Patrimoine, une oeuvre d'art sera mise en évidence au musée :  "La maison du Caillou-qui-bique" (1909), une gouache sur carton de l'artiste franco-belge William Degouve de Nuncques, le beau-frère de Verhaeren. Avec les années, la moisissure s'était formée sur le carton de telle façon que les pigments en couleur étaient endommagés. Le tableau a été restauré en 2015 et encadré de nouveau. La restauratrice Veerle Vercammen nous donnera une présentation pour expliquer les différentes interventions effectuées lors de la restauration.

Film poétique "Le Monde d'hier" :
Après ses projets sur Rodenbach et Maeterlinck, le réalisateur Kévin D'Heedene a présenté en octobre 2016 son nouveau projet de film : "Le Monde d'hier", un film de 45 minutes conçu à travers l'univers poétique de Verhaeren. Le point de départ est une sorte de rêverie d'un personnage qui peut être associé avec la personne de Stefan Zweig. Avec beaucoup d'inventivité et de créativité, l'auteur  a créé des images qui se rapprochent de la poésie de Verhaeren. La façon expressive et pénétrante avec laquelle Luc Vandermaele déclame les poèmes mérite aussi d'être mentionné. Ce film sera projeté le mardi 21 mars à 20h au Musée Emile Verhaeren à Sint-Amands, le mercredi 29 mars à 19h30 à Courtrai, et le mercredi 26 avril à 19h30 à Louvain.

Signalons enfin qu'à l'occasion du centenaire de la mort d'Emile Verhaeren en 2016, un collectionneur anonyme a légué au musée un tableau du peintre belge Constant Montald :  "Une lecture de Verhaeren au Caillou-qui-bique" (1908). Ami proche du poète, Constant Montald a réalisé plusieurs portraits du poète, mais celui-ci est impressionnant par ses dimensiosn et la façon dont Verhaeren est représenté. La donation s'est réalisée avec le soutien de la Librairie Pascal de Sadeleer et de la Galerie Eric Gillis à Bruxelles.

Bref, bravo à l'équipe dynamique de l'Association et du Musée Emile Verhaeren de Sint-Amands qui multiplie les projets en tous genres pour faire connaître l'oeuvre du poète belge ! 

Cliquez ci-dessous sur "Verhaeren Emile" pour retrouver mes autres articles qui lui sont consacrés.

mercredi 1 février 2017

Jacques De Decker et les biographies

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Dans la revue "Le Carnet et les Instants", l'écrivain et académicien Jacques De Decker répond aux questions de Michel Zumkir sur ses biographies :

"Comment en êtes-vous arrivé, dans votre carrière déjà bien remplie, à écrire des biographies?
- En 2005, Gallimard avait besoin, pour lancer le projet Folio Biographies, de plusieurs volumes. Gérard de Cortanze, responsable de collection, m'a contacté et m'a demandé si je voulais écrire une biographie et quels seraient mes souhaits particuliers. Quand il m'a précisé de quel genre d'ouvrages il s'agissait, je lui ai répondu que dans cette dimension, avec la connaissance insuffisante qui était la mienne, cela me paraissait possible.

- De quel type de biographies s'agit-il?
- Le cadre est assez modeste ; il s'agit de vulgarisation, dans un format assez réduit. Les auteurs de la collection ont des contraintes. Il faut écrire des livres éditables en poche, qui comptent trois cent pages, quatre cents tout au plus. Ma biographie d'Ibsen fait 240.000 signes et celle de Wagner 300.000. Personnellement, j'ai vu ces deux biographies comme une pédagogie pour moi-même. Je me suis lancé dans l'une comme dans l'autre, avec au départ une ignorance et une vraie curiosité. La phrase de Valéry, "L'inspiration, c'est la prise de conscience de la possibilité de faire quelque chose", m'a servi de moteur.

- Pourquoi avoir choisi Ibsen?
- J'ai proposé Ibsen tout à fait spontanément. Pour moi, c'est un auteur important et largement ignoré. Quand je l'enseignais, je disais ce qu'il fallait en dire, qu'il est le grand rénovateur du théâtre moderne. J'avais été longtemps un spectateur et un lecteur passionné de Strindberg, mais Ibsen me rebutait. C'est seulement vers l'âge de cinquante ans que j'ai vraiment pu accéder à son oeuvre et me représenter ce qu'elle était. J'ai reconstruit tout ce qu'Ibsen avait apporté et qui va bien au-delà du théâtre. Sa dramaturgie naturaliste a énormément nourri le cinéma américain et un réalisateur comme Ingmar Bergman. Le tempérament d'Ibsen s'est imposé à moi vers ce moment-là. Tout cela était confus dans mon esprit. J'ai vu dans la phrase de Valéry qu'il était possible que je réalise cet objet-là, la biographie d'Ibsen. J'en avais la capacité. Le travail allait m'aider à y voir clair. Par ailleurs, dans la zone francophone, il y avait assez peu de choses sur lui, bien qu'il soit beaucoup joué depuis les années 1990. Je me suis immergé dans ce travail tout en étant d'un total scepticisme. Je n'ai jamais cru aux biographies. Je m'explique : la lecture biographique est une simplification, mais surtout une sélection. La sélection dépend de l'observateur qui en toute bonne foi considère que tel ou tel biographème, comme disait Barthes, peut être pertinent et éclairant. C'est ainsi que j'ai construit le récit biographique, et par ordre chronologique bien sûr, avec des moments qui se détachent. La division en chapitres m'a paru une bonne grille, une bonne structure. Une narration, en réalité.

- Quel est votre rapport aux personnes que vous avez biographiées?
- Il faudrait un jour étudier les étranges rapports de couple biographe/modèle...  Ce genre de travail installe quelque chose entre eux, qui est chez moi un peu irrité, dans la mesure où mon père était portraitiste. Mon travail de biographe se rapproche de ce qu'il faisait. J'ai parfois l'impression de mettre mes pas dans ses traces. Il tâchait de représenter ce qui n'était pas immédiatement perceptible à l'œil nu, qui était davantage que la simple perception d'une image. Il voulait qu'y figure quelque chose de plus. Très logiquement, je dirais, cette préoccupation me hante. La relation qui s'installe entre le portraitiste et le portraituré relève d'une sorte d'amitié. Sans cette connivence, je ne peux faire le travail. J'ai ainsi abandonné la biographie de Rembrandt que j'avais commencée quand j'ai compris que je n'étais pas du tout en sympathie avec l'homme. Plus précisément, quand j'ai appris comment il avait traité celle qui aurait dû devenir sa seconde épouse, il m'est apparu infréquentable, j'ai été bloqué. Au bout d'un certain temps, on finit par savoir comment le personnage fonctionne. Le propre des grands personnages, contrairement à ce que l'on pourrait croire, c'est d'être très cohérents. On repère des choses très nettes dès le début. Quand on les a un peu identifiées, on arrive à développer des continuités. C'est un rapport de personne à personne.

- Comment en êtes-vous arrivé ensuite à travailler sur Wagner?
- C'est un coup de foudre. Un soir, j'étais d'une humeur assez passionnée et j'ai assisté à une représentation, assez médiocre il faut le dire, de "Tristan et Iseult" à La Monnaie. Au moment de la Liebestod, quelque chose m'a frappé, une interrogation :  de quel cerveau ce truc est-il sorti? Qui a pu générer une telle oeuvre? C'est aussi extraordinaire que la chapelle Sixtine. C'est là que tout a commencé. J'ai contacté Gérard de Cortanze et lui ai proposé d'écrire la biographie du dramaturge/compositeur. Toute cette aventure m'a mobilisé pendant trois ans. Il est impossible de lire tout ce qui a été écrit sur lui. Je me suis servi de la grande biographie écrite par Martin Gregor-Dellin, traduite de l'allemand chez Fayard. C'est l'essentiel de la matière mais elle est déjà beaucoup trop considérable. Dans ce type d'exercice, on devient maniaque, on ramasse tout. Juste avant la sortie du livre a paru "Le dictionnaire encyclopédique Wagner" chez Actes Sud, une oeuvre monumentale. Je me suis évidemment précipité pour la lire. J'ai été soulagé quand j'ai vu que l'aspect biographique n'était pas ce qui intéressait le plus les auteurs. A priori, je n'avais pas d'avis sur la personne Wagner, je n'étais jamais parvenu à synthétiser tout ce que j'en savais. Il me paraissait à la fois fascinant, révulsant, génial. Dans la littérature secondaire à son sujet, certains ouvrages sont très critiques. D'un point de vue idéologique, comme pour toutes les grandes oeuvres, on peut tout faire dire à Wagner. Des études marxistes sur son oeuvre ont été publiées à la fin du XIXème siècle. Plus tard, comme vous le savez, il a été récupéré par les nazis. J'étais très habité par cela. J'ai beaucoup travaillé mais avec l'impression de ne pas faire ce qu'il fallait. Je sentais ce travail comme un des rendez-vous de ma vie. Wagner était un monomane, capable de tout pour réaliser son idée. J'aime ces gens qui ont l'étoile au front, et qui suivent leur destin coûte que coûte".

mercredi 25 janvier 2017

Récompenses littéraires

Prix littéraire du Cercle Gaulois 2016
A été attribué à Hervé Hasquin pour son livre "Diplomate et espion autrichien dans la France de Marie-Antoinette, le comte de Mercy-Argenteau 1727-1794" (éditions Avant-Propos)

Prix Marcel Thiry 2016
Créé en 2000 par la Ville de Liège, le Prix Marcel Thiry récompense une publication récente écrite en langue française. Il est décerné en alternance, une année à un écrit de poésie, une année à un roman ou un recueil de nouvelles. Le lauréat se voit attribuer un prix d'un montant de 2.500 euros. C'est Kenan Görgün qui est le lauréat 2016 pour son roman "Delia on my mind" (éditions MaelstrÖm).

Prix littéraire Mon's Livre 2016
Remis pour la première fois dans le cadre du Salon du Livre de Mons, il a été attribué à l'auteur Jean-Pol Hecq pour son premier roman, "Georges et les dragons", publié par les éditions Luce Wilquin.

Prix Gauchez-Philippot
Prix annuel d'un montant de 620 euros, ce prix récompense alternativement un recueil de poésie et un roman ou recueil de nouvelles. Le lauréat 2016 est Luc Baba pour son roman "Elephant Island", publié aux éditions Belfond.

Prix triennal de littérature française de la Ville de Tournai
C'est Veronika Mabardi qui a obtenu ce prix pour son roman "Les Cerfs", publié aux éditions Esperluète.

Prix Fondation Martine Aublet
D'un montant de 20.000 euros, ce prix a été créé en 2012 en collaboration avec le Musée du Quai Branly - Jacques Chirac. Il récompense un ouvrage, publié en France, ayant contribué de façon marquante à la connaissance des cultures et des civilisations non-occidentales dans les domaines de l'ethnologie, de l'histoire extra-européenne et de l'histoire de l'art. Philippe Paquet a reçu ce prix pour sa biographie "Simon Leys, navigateur entre les mondes", publié par les éditions Gallimard.

Prix des Lycéens de Littérature 2017
Décerné tous les deux ans, c'est un prix littéraire dont le jury est composé d'élèves de classes de 6ème secondaire de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Le prochain prix sera remis au printemps 2017, mais l'opération a déjà commencé depuis la rentrée scolaire de septembre pour les élèves qui seront amenés à lire les cinq livres sélectionnés pour le prix, et à rencontrer les auteurs avant d'élire le lauréat.

Voici les cinq titres retenus :  "Explosion de particules" de Valentine de le Court (éditions Mols), "Et dans la jungle, Dieu dansait" d'Alain Lallemand (éditions Luce Wilquin), "Today we live" d'Emmanuelle Pirotte (éditions Le Cherche Midi), "Tête-Dure" de Francesco Pittau (éditions Les Carnets du Dessert de Lune), "Finis terrae" de Nathalie Stalmans (éditions Terre de Brume).

mercredi 18 janvier 2017

Décès de l'auteur belge Georges Thinès

Né le 10 décembre 1923, l'écrivain belge Georges Thinès était aussi un brillant psychologue et éthologiste, dont la carrière s'est déroulée à l'Université Catholique de Louvain. Sa bibliographie rend compte de la double carrière qu'il a toujours menée de front, puisqu'elle alterne ouvrages scientifiques et oeuvres littéraires. C'est avec la publication du recueil de poèmes "Poésies" (édition des Artistes) qu'il entre en littérature en 1959, mais il touchera ensuite à tous les genres. Il reçoit le Prix Rossel 1974 pour "Le tramway des officiers" (éditions Gallimard), un livre avec lequel il fait, par ailleurs, son entrée en 1995 dans la collection patrimoniale belge Espace Nord dont je vous ai déjà parlé. Il a été élu le 10 juin 1978 à l'Académie Royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique au fauteuil de Marcel Thiry. Georges Thinès est décédé le 25 octobre 2016.

Vous retrouverez plus d'infos sur l'écrivain et académicien Georges Thinès sur le site Internet de l'Académie Royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique :   http://www.arllfb.be/composition/membres/thines.html

mercredi 11 janvier 2017

Les 150 ans de "La légende d'Ulenspiegel"

                                               La Légende d’Ulenspiegel | Espace Nord

Après l'année 2016 dédiée au centenaire de la mort de l'écrivain Emile Verhaeren,  2017 célèbrera le 150ème anniversaire de la sortie de "La légende d'Ulenspiegel" par l'auteur belge Charles De Coster. Il fait désormais partie de la collection Espace Nord qui propose un dossier pédagogique pour les enseignants (plus d'infos :  espacenord.com/la-legende-d-ulenspiegel--113.htm).

De père flamand et de mère wallonne, Charles De Coster (1827-1879) est un écrivain belge de langue française qui est passé à la postérité pour son livre "La légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d'Ulenspiegel". Ce récit épique et populaire se déroule à Damme au 16ème siècle et a pour toile de fond la résistance de la Flandre à la tyrannie sectaire de Philippe II d'Espagne. Epris de justice et de liberté, le personnage de Thyl Ulenspiegel - dont le nom a donné espiègle à la langue française - symbolise l'affranchissement des peuples opprimés. Lors de sa sortie, le livre est critiqué et n'a pas beaucoup de succès, mais il est aujourd'hui considéré comme le début de la littérature belge. Traduit en une trentaine de langues, il a été adapté au théâtre, à l'écran, en comédie musicale et en bande dessinée.

mercredi 4 janvier 2017

"Le géranium de Monsieur Jean" (Michel Torrekens)

                                      Le géranium de monsieur Jean

Né en 1960 à Gembloux, Michel Torrekens est rédacteur en chef-adjoint du magazine parental "Le Ligueur". Après deux recueils de nouvelles ("L'herbe qui souffre" et "Fœtus fait la tête"), il sort en 2012 son premier roman, "Le géranium de Monsieur Jean". Dans ce livre très bien écrit, Monsieur Jean, veuf et père de trois enfants, se retrouve en maison de retraite :

"Je ne peux plus me déplacer sans aide. La plupart du temps, c'est une soignante qui se porte à mon secours. C'est bien le mot : secours. Je suis en situation continuelle d'assisté, obligé de me plier au bon vouloir d'une autre personne. Cela m'a appris l'humilité. Bien malgré moi. Après avoir dirigé des années durant une équipe de quinze personnes, je ne suis plus maître de moi-même. Vous avez beau pensé que cela risque de vous arrivez un jour, vous vous bercez le plus longtemps possible d'illusions".

Dans ce roman bien écrit et agréable à lire, Monsieur Jean refuse de rencontrer les autres pensionnaires et de participer aux activités prévues. Il préfère rester dans sa chambre et revient sur différents épisodes de sa vie dans une sorte de méditation intérieure. Avec humour d'une part, nostalgie et mélancolie d'autre part.

Cliquez ici pour retrouver une interview de Michel Torrekens par la RTBF où il explique ses motivations à écrire ce roman :   http://www.rtbf.be/culture/article/detail_le-geranium-de-monsieur-jean-le-premier-roman-de-michel-torrekens?id=7892809