mercredi 26 avril 2017

Dîners littéraires de la Maison de la Francité à Bruxelles

Il y a quarante ans, la Maison de la Francité a été créée par des Bruxellois francophones qui souhaitaient préserver la vivacité de leur langue face à l'anglais (suite à l'arrivée des fonctionnaires des institutions européennes et de l'Otan) et au néerlandais (suite aux problèmes communautaires de l'époque). Elle est installée dans un bâtiment de la rue Joseph II, construit au 19ème siècle et restauré à l'identique en 2013. Son style varie entre néoclassicisme et Art Nouveau. Ses activités sont nombreuses : conférences, débats littéraires, concours de textes, prêt de 250 jeux de langage, p.ex. Elle accueille aussi l'Espace Césaire de l'ONG Coopération Education Culture qui propose une bibliothèque de prêt d'environ 10.000 livres de littératures africaine, caribéennes et des diasporas.

Parmi les activités de la Maison de la Francité, attardons-nous sur ses dîners littéraires lancés en septembre 2015 :  une conférence de 45 minutes suivie d'un débat animé par Rony Demaeseneer se déroulant autour d'un petit repas concocté par un restaurateur bruxellois. Bibliothécaire-documentaliste à Saint-Josse, chargé de cours en histoire et techniques du livre, il est également auteur, publie régulièrement dans diverses revues, et a collaboré en 2014 au "Dictionnaire Rimbaud" publié par Laffont.

Les invités de cette saison 2016-2017 sont Joseph Ndwaniye, Kate Millie, Kenan Görgün, Rossano Rosi, Alain Berenboom, Pascale Bourgaux, Roel Jacobs et Benoît Peeters.

Rony Demaeseneer confie :   "Mon nom leur avait été soufflé par plusieurs personnes qui connaissaient mon parcours d'animateur et de modérateur, notamment Milady Renoir, directrice de l'asbl Kalame dont les bureaux sont hébergés dans le bâtiment de la Maison de la Francité. Depuis plus de quinze ans, j'anime des rencontres pour différents événements. Je l'ai fait pendant cinq ans pour les Jeudis Lire au palais des Beaux-Arts de Bruxelles pour le Service de Promotion des Lettres autour de l'actualité littéraire en Belgique francophone et trois années durant pour le festival Passa Porta, la Foire du Livre de Bruxelles et différents festivals comme Etonnants voyageurs à Saint-Malo ou encore pour le Marché de la Poésie de Paris. J'ai également mis sur pied "Embarquez lire" qui propose, durant l'été, des rencontres à bord d'une péniche sur le canal de Bruxelles.

Avec le directeur, nous avons opté pour une formule "Dîners littéraires bruxellois" qui correspondait aux nouvelles lignes directrices de la Maison de la Francité et au souhait de ré-ancrer l'institution au cœur de Bruxelles. D'où la volonté de centrer ces soirées-rencontres autour d'auteurs qui ont un rapport plus ou moins étroit avec Bruxelles parce qu'ils y habitent, y travaillent, écrivent sur la ville, ou tout cela à la fois! Cela dit, j'ai carte blanche pour adapter selon mes choix, goûts, affinités, ce qui est très motivant. Ma volonté était aussi d'inviter des auteurs issus non seulement d'univers différents mais aussi de cultures diverses de par leurs origines ou leurs parcours.

Mon rapport à la littérature belge n'est pas venu immédiatement. Les auteurs qui composent ma cartographie littéraire ne sont pas a priori d'origine belge, même si Michaux a longtemps été un de mes écrivains de chevet. La découverte de la littérature belge s'est faite par le biais justement des rencontres que j'ai pu animer, donc finalement par le biais de contemporains comme Verheggen, Cliff, Izoard, Delaive, Logist, Berenboom, Nicolas Marchal, etc. Il y a eu, surtout, la rencontre décisive avec André Blavier chez lui à Verviers deux ans avant sa mort, dans le cadre d'un mémoire que j'ai consacré aux bibliothécaires-écrivains dans la littérature belge et française depuis 1830 et la figure incontournable de Charles Nodier. Mon amitié avec Jean-Baptiste Baronian m'a aussi poussé à lire du belge. Au point de faire partie à présent du comité de lecture de la collection Espace Nord, patrimoine de la littérature belge. Au fil des lectures belges donc, de nombreuses découvertes essentielles :  Marcel Thiry, Werner Lambersy, Paul Emond, Guy Vaes, Louis Delattre, Pascal De Duve, les textes fulgurants de Rops, Gilkin, etc. Je m'intéresse, entre autres, aux minores de la littérature belge, comme Raymond Ceuppens, Louis Delattre, Max Deauville, André Blavier".

Plus d'infos :   www.maisondelafrancite.be

mercredi 19 avril 2017

Interview de l'auteur Laurent Demoulin

                   

L'écrivain belge Laurent Demoulin (plus d'infos : liege-lettres.be/laurent-demoulin) a accordé une interview à la revue "Le Carnet et les Instants" du Service de Promotion des Lettres de la Fédération Wallonie-Bruxelles :

"Votre premier recueil s'appelle "Filiation", un des thèmes constitutifs de votre oeuvre. Aviez-vous pensé ce titre comme un geste définitoire de vos textes à venir?
- La filiation n'est pas l'unique thème de mes livres. Mais, si je peux en être étonné, je dois le constater, il occupe une place centrale. Quand j'ai choisi le titre de mon premier recueil, j'ignorais ce que j'écrirais par la suite, je pensais qu'il serait un petit bout de quelque chose de très épars, disparate et différent. Même un livre comme "Ulysse Lumumba" est lié à la filiation, j'y parle de mes parents. Plus encore qu'on ne le pense. Ce que je ne dis pas dans le livre, c'est qu'au début de leur rencontre, mon père a emmené ma mère écouter une conférence sur l'assassinat de Patrice Lumumba. Mon grand-père maternel en a été furieux. Comme il était spécialiste d'Ulysse, par ce livre, je le réconcilie avec mon père, dans le seul conflit qu'ils ont vécu.

- Dans "Robinson", les parents du narrateur ont l'air d'être un ciment pour lui, alors que les personnes de sa maisonnée sont étrangement peu présentes?
- Je voulais resserrer le cadre sur le père et l'enfant, tout en élargissant un petit peu pour ne pas rendre le texte trop étouffant. Le thème secondaire de la famille recomposée devait être présent, mais je ne voulais pas déborder du cadre fixé. La focale sur les deux personnages donne une dimension particulière au livre : il n'est pas seulement un livre sur l'autisme mais aussi sur la paternité. Sur la nouvelle paternité dans son rapport à la maternité :  le père se demande s'il est un père ou une mère, ou une deuxième mère. Alors évidemment, il pense à son père et il pense à sa mère. Le rapport au fils appelle le rapport aux parents.

- Le motif de la filiation va se nicher jusque dans la forme :  dans des recueils comme "Même mort" ou "Palimpseste insistant", un texte peut donner naissance à un autre?
- On pourrait peut-être dire que la génération subsume la filiation. Les textes se génèrent les uns les autres. C'est présent, je suis d'accord avec vous, mais involontairement. L'idée des variations dans "Même mort" a plusieurs origines. J'ai été influencé par certains poètes comme Francis Ponge sur lequel j'ai fait ma thèse, ou Serge Delaive. J'ai été particulièrement marqué par son "Livre canoë, poèmes et autres récits", paru à La Différence en 2001. Il y écrit deux fois l'histoire du suicide de son père :  une fois de manière poétique, une fois de manière prosaïque. Pour "Même mort", je trouvais que le thème de la mort, lié au ressassement, appelait à redire les choses de différentes façons. Pour moi, on est davantage dans le ressassement que dans la génération. Mais je suis d'accord avec votre interprétation. Dans "Palimpseste insistant", recueil de pastiches, mélanges, parodies, réécritures à la gloire de la littérature, je suis à chaque fois le fils des écrivains ou des écrivaines que je réécris. Il ne s'agit pas d'un bras de fer, je ne me mesure pas à un tel ou un tel, je rends hommage.

- Vous semblez utiliser la littérature comme une boîte à outils : vous y glanez ce dont vous avez besoin pour écrire. Dans "Robinson", vous puisez à la poésie avec les mots valises, les allitérations.
- Je ne sais pas si vous avez remarqué que dans "Robinson", il y a des alexandrins cachés. Plus que d'être une boîte à outils, m'intéresse dans la littérature son immense variété. Je n'ai pas envie de choisir entre les baroques et les classiques, j'adore les uns et les autres. Quand je lis des auteurs romantiques, je suis avec eux. J'adore Victor Hugo, même Musset je l'aime beaucoup. Et pourtant j'adore Rimbaud aussi. Ce n'est pas exclusif. Le rêve un peu fou serait d'être tout cela à la fois : Musset et Rimbaud et Céline et Proust et et et. J'aime toutes les tendances, tous les partis pris, tous les mouvements littéraires, mais pas tous les auteurs de tous les mouvements. J'ai envie de les épouser tout en tournant autour. La littérature est toujours tellement différente. Chaque fois que je lis, je suis touché d'une autre façon. Je n'ai pas besoin d'attaquer le Nouveau Roman parce qu'il était pratiqué par nos grands aînés. Ce n'est pas pour autant que j'écris la même chose. Pourquoi refaire ce qu'ils ont tellement bien fait? Par contre, on peut apprendre beaucoup à leur lecture. Comme à la lecture de l'oeuvre de Zola, que Robbe-Grillet méprisait. A tort, si je puis me permettre. Je me demande aussi ce qui a pris à Claude Simon de dédaigner autant Stendhal. La littérature est bien sûr une boîte à outils, mais on pourrait aussi développer la métaphore du papillon qui, émerveillé par toutes les fleurs, va toutes les butiner pour fabriquer sa propre fleur, son bouquet avec toutes ces fleurs-là.

- Est-ce une façon d'aborder la littérature que l'on pourrait qualifier de postmoderne?
- Je me sens postmoderne dans le sens étymologique :  après les modernes. Les modernes étaient, en général, dans un rapport partisan à l'art, à la littérature en particulier. Les écrivains de la génération juste avant la mienne, celle d'Hervé Guibert, de Jean Echenoz ou Jean-Philippe Toussaint, sur lequel j'ai déjà beaucoup travaillé, est déjà sortie de cela. Toussaint a lu Beckett mais n'essaie pas de faire plus fort que lui. Et moi, je n'essaie pas de faire plus fort que Toussaint, ni de m'opposer à lui parce qu'il est mon glorieux aîné. Je l'ai lu, il m'a nourri, et cela continue. Il n'y a aucune raison d'y retourner.

- Est-ce que le jeu de massacre de la modernité a posé des interdits, des défis à votre écriture?
Je ne sais pas. En tous les cas, j'aime bien écrire en vers réguliers, en alexandrins. Mais je ne peux pas revendiquer d'écrire en alexandrins, William Cliff l'a déjà fait, bien que d'une manière différente. Nous qui avons cinquante ans aujourd'hui, avons entendu les interdits de la modernité, mais comme je viens de le dire, nous avons des aînés qui avaient déjà commencé à s'en défaire. Nous profitons de cette sorte de libération que nous ont offerte nos grands frères. Paradoxalement, il y a des petits frères qui sont toujours dans l'interdit d'écrire en vers, etc. Que des jeunes gens de 20 ans continuent à se revendiquer modernes m'étonne un peu. La sortie du moderne, de la terreur du moderne offre des pistes intéressantes. Mais l'interdit n'a pas disparu totalement. Il flotte toujours un peu dans l'air. Finalement, si William Cliff a déjà écrit en alexandrins, en écrire aujourd'hui continue d'être un geste intéressant.

- Le sens ne reste-t-il pas un des tabous majeurs de la poésie?
- En France, la poésie n'est pas assez postmoderne. Le sens reste l'interdit. Un bon poème serait un poème où l'on ne comprend rien. J'ai besoin que le sens de mes poèmes soit clair. Si j'ai envie d'écrire, c'est parce que j'ai l'impression d'avoir trouvé un "motif", c'est-à-dire à la fois une forme et un sens, une chose à dire qui me semble appeler une forme intéressante. Donc le sens est là d'emblée, dès le désir initial, dès la première intuition. Je pourrais l'évacuer en cours de route. Mais je n'y tiens pas :  un jour, une personne qui avait eu la gentillesse d'acheter mon recueil "Trop tard" m'a dit qu'elle n'avait rien compris à mes poèmes et je me suis senti très mal, comme si j'avais menti à cette personne. Dans le champ de la poésie, en France plus qu'en Belgique, on considère trop vite qu'un poème clair est prosaïque. Je ne suis pas pour autant militant de la clarté : je lis moi-même des recueils entiers sans savoir vraiment de quoi ils parlent car ils sont souvent très inventifs formellement, comme si l'absence de sens libérait la forme. Mais j'ai plus de plaisir à lire les poètes ambigus, paradoxaux, qui construisent un sens premier intelligible (la dénotation), puis le nuancent par des sens seconds (des connotations), que ceux qui détruisent purement et simplement le sens premier. J'aime Rimbaud et Mallarmé, mais je leur préfère cent fois Baudelaire. Bien plus : si les deux premiers sont plus radicaux que le troisième, je ne les trouve pas pour autant plus modernes que lui : le face-à-face entre les vers réguliers des "Fleurs du mal" et les poèmes en prose du "Spleen de Paris" me semble plus profondément moderne que la sauvagerie immédiate des "Illuminations". De même, je préfère la fausse simplicité du "Parti pris des choses" de Ponge aux envolées complexes des "Champs magnétiques" de Soupault et Breton. Cette problématique rejoint la question de la polysémie. D'un certain point de vue, on pourrait considérer que l'hermétisme est le comble de la polysémie, donc de la littérature : chaque lecteur mettant dans le poème le sens qu'il y voit, la signification générale est multipliée par le nombre de lecteurs. Mais je crains que l'analyse inverse soit plus juste :  à l'ouverture de la signification multiple, l'hermétisme substitue un sens unique et fermé, celui du non-sens, qui subsume les micro-significations recueillies (ou créées) çà et là par le lecteur. Le non-sens donne un sens unique et répétitif à l'absence de sens, comme le fait d'apparaître dans un rêve donne, à des événements qui seraient absurdes dans le monde réel, une signification simple et définitive : "J'ai rêvé!".

- Vous êtes plusieurs auteurs liégeois (Rossano Rosi, Serge Delaive et vous même, par exemples) à écrire à la fois de la poésie et du roman. D'autres Belges francophones (comme William Cliff et Guy Goffette) le font aussi. Il me semble que c'est moins fréquent en France?
- Si cela paraît bien une caractéristique de certains écrivains belges, je crois que c'est avant tout lié à des effets de structures éditoriales ou de diffusion de la poésie, mais cela n'est pas dû à une quelconque âme belge. Je dirais deux choses. Tout d'abord, ce fameux interdit moderne du sens est moins fort en Belgique qu'en France. Ensuite, les petites structures éditoriales magnifiques en Belgique, comme Tétras Lyre, qui se dévouent à publier de beaux livres, donnent envie d'écrire de la poésie. Les revues aussi comme "La bafouille incontinente" ou "Boustro". Des lieux se sont faits ou se font le relais de ce travail. Je pense à l'exemple fameux du Cirque Divers. Les soirées de poésie d'abord organisées par Jacques Izoard, puis pendant très longtemps par Carmelo Virone ont aidé à ce que la poésie se développe. Il y a eu Le Fram, Les Parlantes aussi. Il y a les librairies Pax et Livre aux trésors. Quand on est poète ou jeune poète à Liège, on n'est pas tout seul, on n'écrit pas dans le désert. Tout est très vivant, foisonnant, divers, désordonné et fragile. Est-ce qu'il existe quelque chose de semblable en France? Je ne sais pas. Cela ne suffit pourtant pas. Sinon, on n'écrirait que de la poésie. Le milieu de la poésie reste malgré tout un micro milieu. On écrit aussi des romans pour sortir du petit monde de la poésie. Quand j'ai écrit "Même mort", le livre auquel je tiens le plus avec "Robinson", j'ai l'impression d'avoir fait ce que je voulais faire. Cela faisait quinze ans que j'avais l'idée des variations, je n'y arrivais pas, je n'avais pas le matériel, le savoir-faire technique, le sujet qui le permettait. Ce livre, même s'il est basé sur une tragédie (la mort de mes deux parents en trois mois), est une sorte de miracle. Mais Le Fram a cessé d'exister après sa parution. Alors j'ai pensé, il faut que j'écrive des romans pour que ma poésie existe. Ce n'est pas cela qui s'est passé réellement, je n'ai pas écrit "Robinson" pour çà, mais je sais que je l'ai pensé...".

Retrouvez la suite de cette interview dans la revue "Le Carnet et les Instants" que vous pouvez recevoir gratuitement par courrier sur simple demande auprès du Service de Promotion des Lettres de la Fédération Wallonie-Bruxelles...

mercredi 12 avril 2017

"Le temps de passer" (Mimy Kinet)

                                                         

L'Arbre à Paroles vient de ré-éditer l'anthologie de la poétesse belge Mimy Kinet (1948-1996). Maman de trois enfants, elle a été directrice de la revue RegART et membre du comité de lecture de l'ancienne équipe de l'Arbre à Paroles de la Maison de la Poésie d'Amay. A 40 ans, elle a commencé à publier jusqu'à son décès. Un an plus tard, une première anthologie était sortie, mais elle était désormais épuisée. A l'initiative de son fils Olivier Rijckaert, une nouvelle anthologie (réalisée par Claude Donnay et Agnès Henrard) vient de ressortir, avec une série de textes inédits.

La revue "Le Carnet et les Instants" du Service de Promotion des Lettres de la Fédération Wallonie-Bruxelles commente :  

"La poésie de Mimy Kinet n'appartient à aucune école, à aucun groupe, à aucun courant précis. Le lecteur comprend instantanément qu'elle se sentait captive d'un monde trop étroit pour elle. C'est une poésie du réel, basée sur l'expérience même de la vie. Une poésie noire, autocentrée, mais pas narcissique, ni hermétique. Pas impudique non plus. Elle s'interroge en permanence sur le sens de la vie, de son début à sa fin. Elle l'expérimente, la ressent, essaie de donner un ordre, un sens grâce à la parole poétique. La vie est une errance qu'elle tente de matérialiser dans l'écriture. Pour elle, les racines de notre existence sont attachées au vide. Sa poésie questionne et se questionne sans cesse. Elle nous interroge sur notre provenance, nous associe à ses questions, tente de traduire en mots le monde que nous partageons tous".

mercredi 5 avril 2017

Nécrologie...

Marie Nicolaï :   née à Liège le 29 août 1923, elle est décédée le 11 décembre 2016. Auteure de nombreux livres (principalement des romans), elle a aussi été journaliste littéraire dans la revue "L'Eventail" pendant de nombreuses années. Elle a reçu le Prix triennal du roman en 1963 pour "L'ombre de l'autre".

René Swennen :  né en 1942, cet écrivain et avocat liégeois est décédé le 31 janvier des suites d'un cancer. Dramaturge, romancier et essayiste, il avait obtenu le Prix Rossel 1987 pour son roman "Les trois frères", paru aux éditions Grasset.

France Bastia :  cette femme de lettres était née en 1936 et est décédée le 27 février dernier. Auteure du best-seller pour la jeunesse "Le cri du hibou", elle a aussi été présidente de l'Association des Ecrivains Belges de 1994 à 2010, et était directrice de la "Revue Générale" depuis 1987.

source de ces infos :  la revue "Le Carnet et les Instants" du Service de Promotion des Lettres de la Fédération Wallonie-Bruxelles que vous pouvez recevoir gratuitement sur simple demande.

mercredi 29 mars 2017

"Stéphane" (Nicole Verschoore)

Présentation de ce nouveau roman :    Jeune homme brillant mais solitaire, Stéphane forme avec sa sœur une sorte d'équipe d'opposition en révolte contre les projets de son père, qui veut entraîner son fils vers une carrière juridique. Attiré par leur esprit de liberté et par le théâtre, Stéphane fréquente des personnes très différentes de son milieu famial. Nous sommes fin des années 50. Le professeur de grec et de latin l'initie au bonheur de rester chez soi pour disserter sur les choses de la vie en écoutant Béla Bartok. Par ailleurs, Nini, professeur de ballet et amie de sa mère, l'initie à l'ivresse de la performance scénique. L'étude le passionne dans l'absolu et, au-delà de ses rêves de ballet et de théâtre, Stéphane réussit brillamment ses humanités classiques.  Le père de Stéphane sera-t-il suffisamment conquis par l'estime sociale de son fils pour lâcher l'emprise qu'il continue d'exercer sur lui? Entre le silence du dialogue intérieur et les mystères de l'amitié, le hasard d'une rencontre verra Stéphane se rendre à Paris, et peut-être vers l'indépendance....

Présentation de l'auteur :   Née à Gand en 1939, Nicole Verschoore est docteur en philosophie et lettres. Au cours de sa carrière de journaliste, elle travaille pour le quotidien "Het Laatste Nieuws", "Le Nouveau Courrier" et "La Revue Générale". Son premier roman, "Le maître du bourg", est publié en 1994 et reçoit le Prix France-Belgique 1995. En 2008, elle obtient le Prix Michot de l'Académie Royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique pour sa trilogie "La passion et les hommes", parue aux éditions Le Cri. Plus d'infos sur son site Internet (français/néerlandais) :  www.nicoleverschoore.be

J'ai lu deux de ses romans :  "La charrette de Lapsceure" et "Les parchemins de la tour".

"La charrette de Lapsceure" (éditions Le Cri)
"La charrette de Lapsceure" est une grande fresque racontant l'histoire de la Flandre aux 19ème et 20ème siècles à travers  "tant d'existences parallèles tendues d'un siècle à l'autre comme les fils d'une dentellière attachés à son coussin",  pour reprendre les mots de l'auteur. La lecture des premiers chapitres n'est guère aisée avec le nombre élevé de personnages et l'absence d'un héros principal. J'ai eu un peu de mal à m'y retrouver au sein de cette grande famille. Le récit est régulièrement coupé par des rappels historiques sur l'extrême pauvreté de la Flandre au 19ème siècle ou l'évolution du droit de vote jusqu'au suffrage universel voté après la première guerre mondiale.

Après avoir évoqué la guerre scolaire entre les écoles officielles et catholiques qui atteint le petit village de Lapsceure où enseigne Théodore, le patriarche de la famille, Nicole Verschoore écrit un passage très engagé sur la religion :   "De nos jours, dans nos démocraties compliquées, les nouvelles générations qui ne s'intéressent plus au passé du pays ne peuvent tirer de l'Histoire les modèles qui, hélàs, se répètent sous d'autres cieux et dans d'autres couleurs. Il faut se méfier de l'attrait de la religion combattante. Ne lui accorder aucun droit. Dans toutes les populations, le même besoin d'absolu et de guidance pousse les âmes vers la foi, mais les éléments les moins émancipés ne perçoivent pas la différence entre la religion et l'armée d'un clergé qui craint de perdre son pouvoir absolu. La civilisation doit se munir contre ce que les armées de croyants imaginent devoir faire sous les ordres de leur clergé".

Au milieu du livre, l'histoire devient plus facile à comprendre et l'auteur donne l'explication du titre :  "La charrette de Lapsceure" évoque le départ en charrette en 1880 de l'instituteur Théodore, de son épouse Louise et de leurs enfants du village de Lapsceure vers Courtrai. Louise décède en 1893 à l'âge de 43 ans. Théodore se remarie six mois plus tard et devient archiviste de la ville et un historien reconnu. L'un de ses fils, Alphonse, est engagé dans le mouvement flamand, tandis qu'un autre, Renier, est curé aux Etats-Unis.

Nicole Verschoore place ses personnages au sein de la société belge de l'entre-deux guerres :   "Deux populations vivaient en Belgique dans deux univers totalement dissemblables :  le peuple et les nantis. Les intermédiaires qui ne plaisaient pas au gouvernement et qui commençaient à se faire représenter à la Chambre étaient les Théodore et les Alphonse, intellectuels issus du peuple, idéalistes qui désiraient l'émanciper et le sortir de son état d'esclave. Une quantité de nouveaux nantis comme Constant, issus de grandes écoles francophones, formaient une deuxième sorte d'intermédiaires. Ils appartenaient de cœur à leurs provinces natales, mais se distanciaent du mouvement d'émancipation flamand parce qu'ils avaient dépassé le stade de ceux qui avaient besoin d'aide".

On suit ensuite Grite et Castel au Congo. Nicole Verschoore défend l'action du roi Léopold II et des Belges dans ce pays :   "Qui connaît la pauvreté du 19ème siècle en Europe, le nombre de victimes de la famine et du choléra, qui se rappelle la misère des ouvriers textiles, des mineurs, des campagnes affamées des pays européens dits civilisés et compare ces données aux annales de l'histoire des pays colonisés d'Afrique, découvrira vite l'incongruité de certaines interprétations tardives concernant le colonisateur usurpateur maltraitant le colonisé. Les généralités en cours sont issues d'une absence totale de connaissance exacte et détaillée, et de l'incapacité du béotien de mettre en perspective la réflexion historique".

Très bien écrit, ce livre se termine par une touche de nostalgie avec le décès de Mamou, la veuve d'Alphonse, qui rappelle à chacun d'entre nous le départ d'un proche. Au-delà des nombreuses références historiques qui retracent l'histoire de notre pays, Nicole Verschoore nous montre que les défunts continuent de vivre tant qu'on parle d'eux, et nous incite à être curieux et à poser des questions sur nos familles :   "Les découvertes glissent doucement dans l'oubli mais l'histoire continue, explorée au hasard de la curiosité, par l'insaturable besoin de comprendre".

"Les parchemins de la tour" (éditions Le Cri)
Dans "Les parchemins de la tour", Nicole Verschoore raconte, à la première personne, la vie d'Edmond Beaucarne (1807-1895), le grand-oncle de son arrière-grand-mère, à partir de ses archives retrouvées. Après avoir grandi à Eename auprès de son vieux père, il entre dans un collège jésuite d'Alost, où ses professeurs l'initient à la politique :  "Quant au roi Guillaume que le Congrès de Vienne avait imposé aux Pays-Bas catholiques, ce mécréant était un homme nouveau, ses idées néfastes se propageraient, le désordre s'ensuivrait. Il fallait que l'Eglise reconquisse le pouvoir. Les élèves devraient aider leurs maîtres à renverser le gouvernement hollandais (...) Je suis bien placé pour savoir que Guillaume, ce roi sans grande allure, bien intentionné et maladroit, aurait été écouté et compris s'il n'avait pas été victime de l'opposition féroce et dûment inspirée à laquelle j'ai moi-même prêté l'ardeur de mes jeunes années".

Sur le conseil de ses maîtres, Edmond entre, à l'âge de 22 ans, à la rédaction gantoise du journal contestataire et antigouvernemental, "Le Catholique des Pays-Bas", qui joue un rôle non négligeable dans la révolution et l'indépendance de la Belgique en 1830. Un an plus tard, il quitte le journal et retourne dans son village natal. Le récit se concentre ensuite sur sa vie sentimentale qui se déroule en trois temps.

Lors d'un séjour à Vienne en 1832, Edmond tombe amoureux d'Hortense d'Hoogvorst :  "La femme qu'on rêve est la décalque exacte de nos désirs. Pour cette raison, le premier amour et le désir qui ne s'accomplit pas laissent le souvenir d'un bonheur complet".  Mais il ne chercha pas à la revoir et Hortense se maria...

De retour à Eename, Edmond en devient le bourgmestre. Il habite avec son frère Louis-Maur, sa belle-soeur Baudouine et ses neveux et nièces dans la maison familiale. Au fond du jardin, il aménage une vieille tour fortifiée pour y ranger ses livres et documents. Eudaxie, la femme de ménage, est aussi sa maîtresse :   "Le délice s'avérait être le contraire du pêché décrit par l'Eglise. Pouvoir honorer notre nature humaine comme nous le faisions, avec la fantaisie, la créativité, la légèreté ou la patience nécessaires, c'était faire oeuvre de vie, productrice d'énergie et de jeunesse".  Mais Eudaxie met fin à leur relation.

Quelques années plus tard, à la demande de ses amis, le célibataire solitaire Edmond accueille chez lui Isabelle, venue trouver à Eename le calme pour écrire ses traductions et articles. Après son décès accidentel, il se rend compte de la place qu'elle avait prise dans ses vieux jours :   "Je n'ai pas été bon pour Isabelle parce que je ne l'aimais pas assez. Je n'avais de sentiment pour elle qu'en son absence, je n'ai souffert que de ses départs. Le dernier départ, l'irrévocable, a éveillé les remords, le regret posthume, l'effroi de l'irréparable".

Malgré ces rendez-vous manqués avec les femmes, les dernières pages de ce livre très bien écrit montrent un Edmond serein et apaisé qui vante les joies de la famille et des liens intergénérationnels :  "Grâce aux saisons qui se répètent, aux enfants qui naissent, à l'exaltation des parents et à l'instinct du vieil oncle, un jour, dans un élan incompréhensible d'éclatante allégresse, subitement, ce vieil oncle soulève de nouvelles pelotes vivantes qui hurlent de surprise et de joie, agitent des petits pieds aussi informes que les boutons de magnolias au bout de leurs tiges minuscules. Grâce à ces miracles du quotidien et à l'éternel recommencement, on finit par accepter que meurent ceux qu'on aime, comme s'étiolent les fleurs".

jeudi 23 mars 2017

Journée Mondiale de la Poésie

A l'occasion de la Journée Mondiale de la Poésie ce 21 mars, je vous propose de mettre à l'honneur deux poètes belges :

Charles Ducal, Poète National 2014-2015 :   http://ecrivainsbelges.blogspot.be/search/label/Ducal%20Charles

Laurence Vielle, Poétesse Nationale 2016-2017 :
http://ecrivainsbelges.blogspot.be/search/label/Vielle%20Laurence

Et on vient d'apprendre qu'en janvier 2018, ce serait Els Moors qui reprendrait le titre de Poétesse Nationale. Originaire de Poperinghe (Flandre Occidentale), elle a 41 ans et a déjà reçu plusieurs prix pour ses ouvrages sortis depuis 2006.

Mais j'aurais aussi pu vous parler de bien d'autres poètes belges, comme ceux signalés ci-dessous. Il vous suffit de cliquer sur leur nom pour retrouver mes articles qui les concernent.

mercredi 15 mars 2017

"En son absence" (Armel Job)

Dans son dernier roman intitulé "En son absence",  l'écrivain belge Armel Job évoque les réactions d'une petite communauté confrontée à une disparition inexpliquée. En 2005, dans un petit village des Ardennes belges, Bénédicte (15 ans) n'est pas montée dans le bus qu'elle prend chaque jour, et n'est jamais arrivée à l'école. Comme la plupart de ses romans, "En son absence" se déroule en vase clos dans un petit village où les langues se délient, où l'ami d'hier est le suspect de demain.

Armel Job a confié à la presse :   "Je n'ai pas eu l'impression d'écrire un polar, du moins pas au sens strict. Mais on peut utiliser la technique du polar pour pousser le lecteur à se plonger plus facilement dans la description des êtres humains. Cependant, contrairement à un "vrai" roman policier, l'enquête, ici, est totalement secondaire.

Les disparitions d'adolescents sont assez courantes. Le début de mon histoire fait d'ailleurs clairement penser à une affaire récente et dramatique qui s'est déroulée dans la région d'Arlon. Et l'attention des gens est alors très centrée sur le sort du ou de la disparu(e). Mais il me semble que très souvent, on oublie ce qu'il y a derrière. Des gens qui attendent, morts d'angoisse. Des parents qui doivent renouveler leurs relations avec leurs proches, montrer ce qu'ils ont au fond d'eux-mêmes. C'est çà qui m'intéressait plutôt que la disparition et l'enquête qu'elle entraîne.

J'évite de me laisser emporter par la documentation. J'ai simplement cherché quelques renseignements concernant la procédure judiciaire. J'ai essayé de reconstituer des moments dramatiques par la fiction, dans une démarche d'empathie vis-à-vis de ces affaires qui m'ont touché. Je travaille simplement comme un romancier, pas un journaliste. Sans dévoiler la fin, ce roman, c'est aussi la rencontre de deux mondes différents. Celui des adultes, des parents, un monde marqué par toutes les affaires de disparitions et celui des jeunes qui quittent un jour le nid familial. J'évoque beaucoup la filiation. Les relations père-fille, je connais car j'en ai trois. Mais les jeunes ne vivent pas cette relation de la même façon. Ils s'en vont. Il y a une rupture entre deux générations".

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