mercredi 1 février 2017

Jacques De Decker et les biographies

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Dans la revue "Le Carnet et les Instants", l'écrivain et académicien Jacques De Decker répond aux questions de Michel Zumkir sur ses biographies :

"Comment en êtes-vous arrivé, dans votre carrière déjà bien remplie, à écrire des biographies?
- En 2005, Gallimard avait besoin, pour lancer le projet Folio Biographies, de plusieurs volumes. Gérard de Cortanze, responsable de collection, m'a contacté et m'a demandé si je voulais écrire une biographie et quels seraient mes souhaits particuliers. Quand il m'a précisé de quel genre d'ouvrages il s'agissait, je lui ai répondu que dans cette dimension, avec la connaissance insuffisante qui était la mienne, cela me paraissait possible.

- De quel type de biographies s'agit-il?
- Le cadre est assez modeste ; il s'agit de vulgarisation, dans un format assez réduit. Les auteurs de la collection ont des contraintes. Il faut écrire des livres éditables en poche, qui comptent trois cent pages, quatre cents tout au plus. Ma biographie d'Ibsen fait 240.000 signes et celle de Wagner 300.000. Personnellement, j'ai vu ces deux biographies comme une pédagogie pour moi-même. Je me suis lancé dans l'une comme dans l'autre, avec au départ une ignorance et une vraie curiosité. La phrase de Valéry, "L'inspiration, c'est la prise de conscience de la possibilité de faire quelque chose", m'a servi de moteur.

- Pourquoi avoir choisi Ibsen?
- J'ai proposé Ibsen tout à fait spontanément. Pour moi, c'est un auteur important et largement ignoré. Quand je l'enseignais, je disais ce qu'il fallait en dire, qu'il est le grand rénovateur du théâtre moderne. J'avais été longtemps un spectateur et un lecteur passionné de Strindberg, mais Ibsen me rebutait. C'est seulement vers l'âge de cinquante ans que j'ai vraiment pu accéder à son oeuvre et me représenter ce qu'elle était. J'ai reconstruit tout ce qu'Ibsen avait apporté et qui va bien au-delà du théâtre. Sa dramaturgie naturaliste a énormément nourri le cinéma américain et un réalisateur comme Ingmar Bergman. Le tempérament d'Ibsen s'est imposé à moi vers ce moment-là. Tout cela était confus dans mon esprit. J'ai vu dans la phrase de Valéry qu'il était possible que je réalise cet objet-là, la biographie d'Ibsen. J'en avais la capacité. Le travail allait m'aider à y voir clair. Par ailleurs, dans la zone francophone, il y avait assez peu de choses sur lui, bien qu'il soit beaucoup joué depuis les années 1990. Je me suis immergé dans ce travail tout en étant d'un total scepticisme. Je n'ai jamais cru aux biographies. Je m'explique : la lecture biographique est une simplification, mais surtout une sélection. La sélection dépend de l'observateur qui en toute bonne foi considère que tel ou tel biographème, comme disait Barthes, peut être pertinent et éclairant. C'est ainsi que j'ai construit le récit biographique, et par ordre chronologique bien sûr, avec des moments qui se détachent. La division en chapitres m'a paru une bonne grille, une bonne structure. Une narration, en réalité.

- Quel est votre rapport aux personnes que vous avez biographiées?
- Il faudrait un jour étudier les étranges rapports de couple biographe/modèle...  Ce genre de travail installe quelque chose entre eux, qui est chez moi un peu irrité, dans la mesure où mon père était portraitiste. Mon travail de biographe se rapproche de ce qu'il faisait. J'ai parfois l'impression de mettre mes pas dans ses traces. Il tâchait de représenter ce qui n'était pas immédiatement perceptible à l'œil nu, qui était davantage que la simple perception d'une image. Il voulait qu'y figure quelque chose de plus. Très logiquement, je dirais, cette préoccupation me hante. La relation qui s'installe entre le portraitiste et le portraituré relève d'une sorte d'amitié. Sans cette connivence, je ne peux faire le travail. J'ai ainsi abandonné la biographie de Rembrandt que j'avais commencée quand j'ai compris que je n'étais pas du tout en sympathie avec l'homme. Plus précisément, quand j'ai appris comment il avait traité celle qui aurait dû devenir sa seconde épouse, il m'est apparu infréquentable, j'ai été bloqué. Au bout d'un certain temps, on finit par savoir comment le personnage fonctionne. Le propre des grands personnages, contrairement à ce que l'on pourrait croire, c'est d'être très cohérents. On repère des choses très nettes dès le début. Quand on les a un peu identifiées, on arrive à développer des continuités. C'est un rapport de personne à personne.

- Comment en êtes-vous arrivé ensuite à travailler sur Wagner?
- C'est un coup de foudre. Un soir, j'étais d'une humeur assez passionnée et j'ai assisté à une représentation, assez médiocre il faut le dire, de "Tristan et Iseult" à La Monnaie. Au moment de la Liebestod, quelque chose m'a frappé, une interrogation :  de quel cerveau ce truc est-il sorti? Qui a pu générer une telle oeuvre? C'est aussi extraordinaire que la chapelle Sixtine. C'est là que tout a commencé. J'ai contacté Gérard de Cortanze et lui ai proposé d'écrire la biographie du dramaturge/compositeur. Toute cette aventure m'a mobilisé pendant trois ans. Il est impossible de lire tout ce qui a été écrit sur lui. Je me suis servi de la grande biographie écrite par Martin Gregor-Dellin, traduite de l'allemand chez Fayard. C'est l'essentiel de la matière mais elle est déjà beaucoup trop considérable. Dans ce type d'exercice, on devient maniaque, on ramasse tout. Juste avant la sortie du livre a paru "Le dictionnaire encyclopédique Wagner" chez Actes Sud, une oeuvre monumentale. Je me suis évidemment précipité pour la lire. J'ai été soulagé quand j'ai vu que l'aspect biographique n'était pas ce qui intéressait le plus les auteurs. A priori, je n'avais pas d'avis sur la personne Wagner, je n'étais jamais parvenu à synthétiser tout ce que j'en savais. Il me paraissait à la fois fascinant, révulsant, génial. Dans la littérature secondaire à son sujet, certains ouvrages sont très critiques. D'un point de vue idéologique, comme pour toutes les grandes oeuvres, on peut tout faire dire à Wagner. Des études marxistes sur son oeuvre ont été publiées à la fin du XIXème siècle. Plus tard, comme vous le savez, il a été récupéré par les nazis. J'étais très habité par cela. J'ai beaucoup travaillé mais avec l'impression de ne pas faire ce qu'il fallait. Je sentais ce travail comme un des rendez-vous de ma vie. Wagner était un monomane, capable de tout pour réaliser son idée. J'aime ces gens qui ont l'étoile au front, et qui suivent leur destin coûte que coûte".

mercredi 25 janvier 2017

Récompenses littéraires

Prix littéraire du Cercle Gaulois 2016
A été attribué à Hervé Hasquin pour son livre "Diplomate et espion autrichien dans la France de Marie-Antoinette, le comte de Mercy-Argenteau 1727-1794" (éditions Avant-Propos)

Prix Marcel Thiry 2016
Créé en 2000 par la Ville de Liège, le Prix Marcel Thiry récompense une publication récente écrite en langue française. Il est décerné en alternance, une année à un écrit de poésie, une année à un roman ou un recueil de nouvelles. Le lauréat se voit attribuer un prix d'un montant de 2.500 euros. C'est Kenan Görgün qui est le lauréat 2016 pour son roman "Delia on my mind" (éditions MaelstrÖm).

Prix littéraire Mon's Livre 2016
Remis pour la première fois dans le cadre du Salon du Livre de Mons, il a été attribué à l'auteur Jean-Pol Hecq pour son premier roman, "Georges et les dragons", publié par les éditions Luce Wilquin.

Prix Gauchez-Philippot
Prix annuel d'un montant de 620 euros, ce prix récompense alternativement un recueil de poésie et un roman ou recueil de nouvelles. Le lauréat 2016 est Luc Baba pour son roman "Elephant Island", publié aux éditions Belfond.

Prix triennal de littérature française de la Ville de Tournai
C'est Veronika Mabardi qui a obtenu ce prix pour son roman "Les Cerfs", publié aux éditions Esperluète.

Prix Fondation Martine Aublet
D'un montant de 20.000 euros, ce prix a été créé en 2012 en collaboration avec le Musée du Quai Branly - Jacques Chirac. Il récompense un ouvrage, publié en France, ayant contribué de façon marquante à la connaissance des cultures et des civilisations non-occidentales dans les domaines de l'ethnologie, de l'histoire extra-européenne et de l'histoire de l'art. Philippe Paquet a reçu ce prix pour sa biographie "Simon Leys, navigateur entre les mondes", publié par les éditions Gallimard.

Prix des Lycéens de Littérature 2017
Décerné tous les deux ans, c'est un prix littéraire dont le jury est composé d'élèves de classes de 6ème secondaire de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Le prochain prix sera remis au printemps 2017, mais l'opération a déjà commencé depuis la rentrée scolaire de septembre pour les élèves qui seront amenés à lire les cinq livres sélectionnés pour le prix, et à rencontrer les auteurs avant d'élire le lauréat.

Voici les cinq titres retenus :  "Explosion de particules" de Valentine de le Court (éditions Mols), "Et dans la jungle, Dieu dansait" d'Alain Lallemand (éditions Luce Wilquin), "Today we live" d'Emmanuelle Pirotte (éditions Le Cherche Midi), "Tête-Dure" de Francesco Pittau (éditions Les Carnets du Dessert de Lune), "Finis terrae" de Nathalie Stalmans (éditions Terre de Brume).

mercredi 18 janvier 2017

Décès de l'auteur belge Georges Thinès

Né le 10 décembre 1923, l'écrivain belge Georges Thinès était aussi un brillant psychologue et éthologiste, dont la carrière s'est déroulée à l'Université Catholique de Louvain. Sa bibliographie rend compte de la double carrière qu'il a toujours menée de front, puisqu'elle alterne ouvrages scientifiques et oeuvres littéraires. C'est avec la publication du recueil de poèmes "Poésies" (édition des Artistes) qu'il entre en littérature en 1959, mais il touchera ensuite à tous les genres. Il reçoit le Prix Rossel 1974 pour "Le tramway des officiers" (éditions Gallimard), un livre avec lequel il fait, par ailleurs, son entrée en 1995 dans la collection patrimoniale belge Espace Nord dont je vous ai déjà parlé. Il a été élu le 10 juin 1978 à l'Académie Royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique au fauteuil de Marcel Thiry. Georges Thinès est décédé le 25 octobre 2016.

Vous retrouverez plus d'infos sur l'écrivain et académicien Georges Thinès sur le site Internet de l'Académie Royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique :   http://www.arllfb.be/composition/membres/thines.html

mercredi 11 janvier 2017

Les 150 ans de "La légende d'Ulenspiegel"

                                               La Légende d’Ulenspiegel | Espace Nord

Après l'année 2016 dédiée au centenaire de la mort de l'écrivain Emile Verhaeren,  2017 célèbrera le 150ème anniversaire de la sortie de "La légende d'Ulenspiegel" par l'auteur belge Charles De Coster. Il fait désormais partie de la collection Espace Nord qui propose un dossier pédagogique pour les enseignants (plus d'infos :  espacenord.com/la-legende-d-ulenspiegel--113.htm).

De père flamand et de mère wallonne, Charles De Coster (1827-1879) est un écrivain belge de langue française qui est passé à la postérité pour son livre "La légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d'Ulenspiegel". Ce récit épique et populaire se déroule à Damme au 16ème siècle et a pour toile de fond la résistance de la Flandre à la tyrannie sectaire de Philippe II d'Espagne. Epris de justice et de liberté, le personnage de Thyl Ulenspiegel - dont le nom a donné espiègle à la langue française - symbolise l'affranchissement des peuples opprimés. Lors de sa sortie, le livre est critiqué et n'a pas beaucoup de succès, mais il est aujourd'hui considéré comme le début de la littérature belge. Traduit en une trentaine de langues, il a été adapté au théâtre, à l'écran, en comédie musicale et en bande dessinée.

mercredi 4 janvier 2017

"Le géranium de Monsieur Jean" (Michel Torrekens)

                                      Le géranium de monsieur Jean

Né en 1960 à Gembloux, Michel Torrekens est rédacteur en chef-adjoint du magazine parental "Le Ligueur". Après deux recueils de nouvelles ("L'herbe qui souffre" et "Fœtus fait la tête"), il sort en 2012 son premier roman, "Le géranium de Monsieur Jean". Dans ce livre très bien écrit, Monsieur Jean, veuf et père de trois enfants, se retrouve en maison de retraite :

"Je ne peux plus me déplacer sans aide. La plupart du temps, c'est une soignante qui se porte à mon secours. C'est bien le mot : secours. Je suis en situation continuelle d'assisté, obligé de me plier au bon vouloir d'une autre personne. Cela m'a appris l'humilité. Bien malgré moi. Après avoir dirigé des années durant une équipe de quinze personnes, je ne suis plus maître de moi-même. Vous avez beau pensé que cela risque de vous arrivez un jour, vous vous bercez le plus longtemps possible d'illusions".

Dans ce roman bien écrit et agréable à lire, Monsieur Jean refuse de rencontrer les autres pensionnaires et de participer aux activités prévues. Il préfère rester dans sa chambre et revient sur différents épisodes de sa vie dans une sorte de méditation intérieure. Avec humour d'une part, nostalgie et mélancolie d'autre part.

Cliquez ici pour retrouver une interview de Michel Torrekens par la RTBF où il explique ses motivations à écrire ce roman :   http://www.rtbf.be/culture/article/detail_le-geranium-de-monsieur-jean-le-premier-roman-de-michel-torrekens?id=7892809

mercredi 28 décembre 2016

"Message à l'avenir" (Laurence Vielle)

Poétesse Nationale 2016-2017, Laurence Vielle s'est confiée il y a quelques jours aux quotidiens du groupe Vers l'Avenir :    "Au moment des attentats en France, je travaillais dans le quartier du Bataclan. Il y avait cette intolérable ambiance où tout le monde devenait suspect, chacun était l'ennemi de l'autre. J'ai écrit un texte sur ce thème au mois de mars où je partageais ce sentiment d'avoir perçu chacun comme une cible. Dans ces cas-là, il faut prendre de la hauteur. Etre cible, pourquoi pas? Mais uniquement une cible d'amour. Après les attentats, il y avait cette nécessité que les mots se posent. Il fallait parler, écrire. Loin des analyses officielles, des discours politiques ou médiatiques. La force des mots est revenue dans la rue.

Je suis une amoureuse de l'humanité. Cherchant le potentiel humain dans chaque rencontre. Mais là, je trouve que notre planète est en train de se trouer toute seule. C'est écrasant. On s'autodétruit. On est confronté à des images qui sont un non-sens pour la vie (par exemple, devoir porter un masque pour respirer est, pour moi, une image insupportable.

Pour 2017, j'ai beaucoup d'espoir dans l'humanité, mais pour réenchanter le monde, il faut être créatif, ce qui demande parfois une grande force qu'on trouve justement dans la poésie. Le poème, c'est un chemin pour honorer la vie, le vivant, malgré la noirceur du monde. Le poème, c'est un instrument qui permet de rester éveillé avec la langue, avec la parole".

Laurence Vielle offre son poème "Message à l'avenir" aux lecteurs du groupe Vers l'Avenir :

"Je t'écris d'un pays où le pôle nord a changé de cap
les moteurs dévastent l'air
noircissent nos poumons
les enfants galopent dans les écrans
les animaux sont abattus à grande vitesse
pour fournir à nos panses viande terne
on achète, on consomme, on jette
notre temps file, file et file
nous construisons l'arme qui nous tue tous
en poussant juste sur un bouton
nous divisons la planète par lignes invisibles
interdit de les franchir si tu demandes asile
nous rêvons de conquérir l'espace
pour affamer une autre terre
nos frères meurent de faim de froid
à même les trottoirs aux pays des nantis
les plus âgés croupissent dans les mouroirs
l'eau la belle eau la ruisselante
nous la filtrons pour apaiser nos soifs.

Dans ton cœur qui demain battra
un peu du mien y chantera
chante qui chante le demain
d'aujourd'hui
tu lis ces mots c'est que tu vis
célèbre la vie qui passe
marche, marche, arpente les chemins
et de tes mains à d'autres reliées
aime, oui, aime le monde qui est le tien
et de tes lèvres et de ton souffle
invente les mots de ton poème
chair lumineuse aux enfants de demain".

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mercredi 21 décembre 2016

"Les aventures de Billy" (Marcelle Pâques)

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Nouveau livre de Marcelle Pâques destiné cette fois aux enfants : "Les aventures de Billy" (éditions Chloé des Lys). Il raconte les aventures d'un petit ours en peluche qui se transforme la nuit grâce à la complicité de son amie la fée. Les illustrations sont de Catherine Hannecart.

Il y a deux ans, je vous avais déjà parlé de son recueil de poésies "Bientôt les jonquilles":  http://ecrivainsbelges.blogspot.be/2014/01/premier-recueil-de-poesie-de-marcelle.html

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