A l'occasion de la sortie de ses livres "Courir sous l'averse" et "Noël en ce monde : contes pour aujourd'hui", vous pourrez rencontrer l'auteur belge Colette Nys-Mazure :
- Jeudi 19 novembre 2009 de 16h à 18h : Séance de dédicaces à la Librairie Saint-Paul à Lyon.
- Vendredi 20 novembre 2009 à 16h : Séance de dédicaces à la Librairie Furet du Nord à Lille.
- Samedi 28 novembre 2009 de 15h à 17h : Séance de dédicaces à la Librairie Decallonne à Tournai.
- Vendredi 11 décembre 2009 à 18h : Rencontre avec Colette autour de son livre "Courir sous l'averse" à la Librairie Siloë à Liège (inscription nécessaire).
- Samedi 12 décembre 2009 à 13h30 : Rencontre avec Colette autour d'un de ses contes de Noël à la Librairie Siloë à Liège (inscription nécessaire).
Cliquez ci-dessous sur "Nys-Mazure Colette" pour lire mes autres articles sur cet auteur.
jeudi 19 novembre 2009
mercredi 18 novembre 2009
Foire du Livre Belge à Uccle
La 7ème Foire du Livre Belge aura lieu le week-end des 20-21-22 novembre 2009 au Centre Culturel d'Uccle (47, rue Rouge à Uccle) et aura pour thème "Les sentiments" (amour, colère, envie, frustration, bien-être, etc). Parmi les auteurs belges présents, citons Jacqueline Harpman, Jean Tordeur, Alain Berenboom, Xavier Deutsch, Nicole Verschoore, Daniel Charneux, etc. Côté bande dessinée, Jean Van Hamme et Frédéric Jannin, entre autres, sont attendus pour une séance de dédicaces. L'entrée est gratuite. Plus d'infos sur http://www.ccu.be/ .
vendredi 13 novembre 2009
Tournai La Page 2009
La 15ème édition du salon Tournai La Page 2009 aura lieu ces samedi 14 et dimanche 15 novembre 2009 à la Halle aux Draps sur la grand-place de Tournai (de 10h à 19h). Parmi les nombreux auteurs belges présents, citons Micheline Boland, Jean Botquin, Bob Boutique, Elisa Brunne, Colette Cambier, Bruno Coppens, Jacques Goyens, Philippe Mathy, Colette Nys-Mazure, Jean-Luc Outers, Françoise Pirart, Stéphane Steeman, etc.
De nombreuses activités littéraires auront lieu en marge de Tournai La Page 2009 : le 60ème anniversaire du groupe Unimuse qui rassemble des écrivains du Tournaisis (www.unimuse.be), le Prix de la Nouvelle Historique (thème 2009 : La missive oubliée), un hommage au poète Robert-Lucien Geeraert au Conservatoire de la Ville de Tournai, une exposition sur Gilbert Delahaye à la bibliothèque de la Ville de Tournai, un hommage à Paul André (décédé fin 2008), etc. Plus d'infos sur www.lesamisdetournai.be .
De nombreuses activités littéraires auront lieu en marge de Tournai La Page 2009 : le 60ème anniversaire du groupe Unimuse qui rassemble des écrivains du Tournaisis (www.unimuse.be), le Prix de la Nouvelle Historique (thème 2009 : La missive oubliée), un hommage au poète Robert-Lucien Geeraert au Conservatoire de la Ville de Tournai, une exposition sur Gilbert Delahaye à la bibliothèque de la Ville de Tournai, un hommage à Paul André (décédé fin 2008), etc. Plus d'infos sur www.lesamisdetournai.be .
samedi 7 novembre 2009
Récompense pour Jean-Philippe Toussaint
Le Prix Décembre 2009 a été attribué mardi à l'écrivain belge Jean-Philippe Toussaint pour "La vérité sur Marie" (éditions Minuit). Jean-Philippe Toussaint a été récompensé au premier tour du scrutin par 7 voix contre 3 à Philippe Besson pour "Mais le fleuve tuera l'homme blanc" et 2 à Simon Leberati pour "L'hyper-Justine". Ecrivain et réalisateur belge de langue française, Jean-Philippe Toussaint est né le 29 novembre 1957 à Bruxelles. Il est l'auteur de neuf romans, tous publiés aux éditions de Minuit, et se situe, selon la critique, dans la continuité du nouveau roman qui a fait la réputation de la maison. Après des études de sciences politiques et d'histoire contemporaine, Jean-Philippe Toussaint publie en 1985 son premier roman, "La salle de bain", dont le héros reclus dans sa salle de bains rappelle les personnages de Samuel Beckett.
Personnellement, je n'ai jamais lu un livre de Jean-Philippe Toussaint et ne peux donc émettre un avis à son sujet, mais je suis toujours très heureux lorsqu'un de nos compatriotes se voit récompensé.
Personnellement, je n'ai jamais lu un livre de Jean-Philippe Toussaint et ne peux donc émettre un avis à son sujet, mais je suis toujours très heureux lorsqu'un de nos compatriotes se voit récompensé.
lundi 2 novembre 2009
"Secrète présence" (Colette Nys-Mazure)
Après "Célébration du quotidien", l'écrivain belge Colette Nys-Mazure s'interroge sur quelle présence nous pouvons offrir à nos proches : ni trop près, ni trop loin, sans l'imposer ou réclamer des comptes. Elle revient sur son enfance marquée par le décès de ses parents et témoigne : "Je redoutais les adultes - souvent les parents de compagnes de classe ou des amis de la famille - qui me figeaient dans ma situation d'orpheline et me couvaient de regards compatissants. Envie de secouer cette chape de pitié et de courir rejoindre les insouciants dans la cour, sur la plage. Etre comme tout le monde. Ne pas me sentir marquée. Oui, il s'agit de ne pas entretenir le goût du malheur, mais de délivrer les sources, d'accompagner le chant profond de la vie toujours la plus forte".
Epouse, maman de cinq enfants et plusieurs fois grand-mère, Colette évoque les amis qu'on laisse en chemin, son amour de la famille ("Orpheline à sept ans, j'ai reçu de celle dont je suis issue amour et secours pour croître comme les autres. J'ai littéralement vécu de cette solidarité, j'y ai puisé des forces pour l'existence"), les difficultés à laisser ses enfants vivre leur propre vie ("Sans doute sommes-nous plus soucieux de donner des racines à nos enfants que de leur ouvrir les ailes"), le besoin d'un jardin secret pour tous, la vie de couple, la retraite, la place de la femme dans notre société, la vieillesse ("Dans les maisons pudiquement appelées de repos, certains ne reçoivent plus jamais un baiser et meurent de faim du coeur") et la mort.
J'apprécie beaucoup la sagesse, l'optimisme et l'humanisme de Colette qui nous donne "des leçons de vie", et nous fait profiter de son expérience et de ses erreurs. Ses conseils et remarques me font penser et m'interroger sur ma propre vie ou celle de mes proches. Cette phrase de Colette résume bien son livre : "Trouver sa place, la garder sans croire qu'on la perd lorsque le cercle familial, amical ou professionnel s'élargit ou se modifie, l'histoire de toute une vie, non?". Par ailleurs, n'oublions pas de signaler que ce livre est très bien écrit.
Enfin, Colette conclut son ouvrage par cette citation de Rilke : "Si ta vie quotidienne te paraît pauvre, ne l'accuse pas, accuse-toi plutôt. Dis-toi que tu n'es pas assez poète pour en convoquer les richesses".
P.S. Cliquez ci-dessous sur "Nys-Mazure Colette" pour relire mes précédents articles sur Colette
Epouse, maman de cinq enfants et plusieurs fois grand-mère, Colette évoque les amis qu'on laisse en chemin, son amour de la famille ("Orpheline à sept ans, j'ai reçu de celle dont je suis issue amour et secours pour croître comme les autres. J'ai littéralement vécu de cette solidarité, j'y ai puisé des forces pour l'existence"), les difficultés à laisser ses enfants vivre leur propre vie ("Sans doute sommes-nous plus soucieux de donner des racines à nos enfants que de leur ouvrir les ailes"), le besoin d'un jardin secret pour tous, la vie de couple, la retraite, la place de la femme dans notre société, la vieillesse ("Dans les maisons pudiquement appelées de repos, certains ne reçoivent plus jamais un baiser et meurent de faim du coeur") et la mort.
J'apprécie beaucoup la sagesse, l'optimisme et l'humanisme de Colette qui nous donne "des leçons de vie", et nous fait profiter de son expérience et de ses erreurs. Ses conseils et remarques me font penser et m'interroger sur ma propre vie ou celle de mes proches. Cette phrase de Colette résume bien son livre : "Trouver sa place, la garder sans croire qu'on la perd lorsque le cercle familial, amical ou professionnel s'élargit ou se modifie, l'histoire de toute une vie, non?". Par ailleurs, n'oublions pas de signaler que ce livre est très bien écrit.
Enfin, Colette conclut son ouvrage par cette citation de Rilke : "Si ta vie quotidienne te paraît pauvre, ne l'accuse pas, accuse-toi plutôt. Dis-toi que tu n'es pas assez poète pour en convoquer les richesses".
P.S. Cliquez ci-dessous sur "Nys-Mazure Colette" pour relire mes précédents articles sur Colette
jeudi 29 octobre 2009
Chroniques de René Henoumont
Suite au décès de René Henoumont en septembre dernier, "Le Soir Magazine" a la bonne idée de republier ses meilleures chroniques. En voici quatre d'entre elles.
"Premier article le 7 septembre 1944. Le lendemain, je découvre le grand meccano de l'imprimerie, le temps du plomb. On me balade de la "clicherie" à la rotative, mais ce sont les grandes tables de marbre empreintes d'encre qui me fascinent. C'est là que le journal, ligne après ligne, caractères mobiles pour les titres, est mis en forme. La mise en page d'un journal est comme une robe de mariée. On part des escarpins pour arriver à la couronne de roses. J'assimile le vocabulaire de l'atelier. Me voilà bombardé rédacteur au marbre, responsable d'un quotidien mis en page la nuit. Ces mois d'initiation, malgré les bombes volantes et la fin d'une guerre qui revint nous frapper de plein fouet en Ardenne, furent décisifs. Reste l'écriture, le plus important. L'essentiel est de toujours raconter une histoire. Un fait divers en dix lignes est un bref roman. Difficile d'écrire court! L'école du fait divers est la meilleure. Je l'ai apprise dans des locaux de la police liégeoise où le décor n'avait pas changé depuis le passage du petit Sim de la "Gazette de Liège", parti à Paris en 1922 pour s'y faire un nom : Simenon. Dans un hebdo, il faut cinq ans pour imposer une nouvelle chronique, malgré un départ foudroyant. J'ai commencé l'homme à la pipe au "Pourquoi pas?", au début des années 70, la mutation de l'hebdo étant assurée, par la "télé, ce chewing-gum de l'oeil". Et la semaine suivante : A la case Kafka (Reyers), seules les toilettes étaient humaines!".
"C'est fou ce que le journalisme séduit les jeunes. Deux chroniques à ce propos et on me demande comment l'on devient journaliste. J'ai conté mes débuts à la Libération, période exceptionnellement ouverte où fleurissait une presse nouvelle et où bien des aînés étaient en prison pour collaboration. C'est une génération qui aura appris le métier à chaud, sur le terrain. Ce n'est plus possible aujourd'hui. L'intérêt porté à l'économique, l'investigation, une presse plus pragmatique imposent le passage par les écoles. Hélàs, les places sont rares dans la presse écrite. C'est du côté de la radio, de la télé, du cinéma qu'un débutant aura le plus de chance. Est-ce à dire que la presse écrite est plus exigeante? Sans doute que oui! Les nouveaux médias privilégient l'image et la langue parlée. Ecrire n'est pas donné sans un peu de magie ; écrire court, c'est le plus difficile. Ecrire juste demande une attention sans faille. Un gourou parisien assurait que le journalisme était le degré zéro de l'écriture. Faux! Je vous cite dix grands écrivains, de Simenon à Hemingway, qui ont appris à écrire en journalisme, dix autres, de Vandromme à d'Ormesson, qui le sont restés tout en produisant une oeuvre littéraire considérable. Tout d'abord, savoir pour qui on écrit. Ce grand patron avait dans son bureau une photo de l'homme de la rue. C'est pour lui qu'il fallait écrire, oui da, mais à condition de ne pas considérer le lecteur comme un idiot. Répondre à "Où, quand, comment, pourquoi?", on connaît la règle. Il faut y ajouter sa petite musique. Il pleut est un constat, il pleuvait est le début d'une histoire. Dans les années 60, j'ai été personnellement fasciné par ce journaliste américain qui, depuis sa cabane dans les Rocheuses où il pêchait, chassait, écrivait, rédigeait en plus un édito hebdomadaire d'un feuillet tiré à mille exemplaires sur une petite presse à pédales. Ses abonnés? Tout ce qui comptait en Amérique. On dit que les Kennedy durant la crise de Cuba ont tenu compte de ce solitaire. C'est un rêve américain. Il est en partie réalisable si vous parvenez à trouver un ton, de l'humeur, de l'humour, de l'émotion et un peu de tendresse, bordel! Je vous laisse... Le dernier cavaillon de l'été, accompagné de jambon corse, m'attend. C'est aussi très important".
"On m'a fait remarquer que je m'indigne contre la disparition de certaines espèces animales alors que je regrette les glorieuses ouvertures de la chasse aux perdreaux en août. Il n'y a pas contradiction sinon apparente. La disparition de certaines espèces n'est pas due à la chasse. Si le petit gibier, surtout en moyenne Belgique, est de plus en plus menacé, il faut imputer plusieurs raisons qui n'ont rien à voir avec la chasse. Pourquoi la chasse d'ailleurs? Parce que les lois ont privilégié les chasseurs nantis au détriment du chasseur paysan conservateur. L'élevage intensif du faisan et son abbatage au cours de battues tir à la pipe les reléguant au sort de poulets ont indigné les citadins venus s'installer à la campagne. Ce n'est pas, ce n'était pas cela la chasse. Manque de place pour traiter le sujet, mais je vais en trouver pour citer à la barre l'industrialisation de l'agriculture, la domestication des campagnes par les lotissements, les zonings et les autoroutes. L'utilisation massive des pesticides et des insecticides a été mortelle pour les oiseaux et les insectes, sans compter la flore. Les terres de culture réduites à l'état de Sahel ne produisent plus sans l'apport d'engrais, empoisonnant nos eaux. La banlieue galope au détriment des villages et les fusions de communes ont eu pour effet pervers l'utilisation de machines pour l'entretien des talus. Tout pour l'automobile! Tout pour produire...des surplus! Il suffit d'une infime quantité de "Gaucho", de "Régent" ou de "Temmik" pour foudroyer sur place un animal de cinq kilos (j'en ai été le témoin). Dites-moi, avez-vous déjà vu un chasseur poursuivre les hannetons en battue, traquer les abeilles, tirer les moineaux et les hirondelles? Le hanneton, ce bouffeur d'aubépine, a disparu, les abeilles sont menacées. Des lecteurs, photos à l'appui, me disent qu'il y a encore des hirondelles oui, mais autour des bâtiments de fermes. Pour le reste, terminé, plus de nids, plus rien à manger (insectes ou graines) ; alors où est le chasseur dans tout cela? Il y en a de moins en moins, le double permis Wallonie Flandre étant obligatoire. En cause aussi, la disparition du petit gibier massacré, broyé, déchiqueté par les machines lors des récoltes. Alors, plus facile de crier "chasseur assassin" que de montrer du doigt les lobbies agrochimiques. Eau, terre, air, notre vie est menacée. Et que fait le parti Ecolo? De la bicyclette. C'est toujours çà!".
"Bardot, je la revois un jour de 1955 dans tout l'éclat de sa juvénile beauté, pas encore star mais déjà Bardot. J'étais aux studios de Boulogne-Billancourt pour le tournage des "Grandes manoeuvres" de René Clair. J'en avais terminé lorsque je l'aperçus dans les coulisses, blottie dans une calèche, s'embêtant ferme. Le cinéma est une longue attente, surtout pour les seconds rôles. Je lui demandais quel était son écrivain préféré. Hemingway, me dit-elle du bout des lèvres. Quel roman? Silence. J'avais ma petite interview un peu vacharde. Planter là Bardot, idiot que j'ai été! Michèle Morgan, d'accord pour trois minutes d'interview. Elle tournait "Marie-Antoinette". D'avoir devant moi la Nelly du "Quai des Brumes", idole de ma génération, j'ai été nul. Elle daigna sourire et demanda une retouche à sa maquilleuse. Gabin, lui aussi, était au maquillage : "Sont chiants les journalistes", dit-il, "Qu'en penses-tu mon petit gars? (...) Eh ben voilà, on s'est tout dit!". Ce fut l'interview la plus courte. Du pur Gabin! En revanche, Louis de Funès, l'homme le plus triste et le plus inquiet au monde, m'accorda deux heures. Tchernia, le bonheur, toutes nos lectures enfantines, des "Pieds Nickelés" à Curwood. En télé, l'intervieweur est dominant. Ils veulent tous passer au petit écran. Goscinny fut génial, le prince Rainier d'une grande cordialité. C'est peut-être dans les "Mémoires d'enfance" pour le "Pourquoi pas?" que j'ai peaufiné l'interview de tout ce que la Belgique comptait de seniors. Je revois André Cools me ramenant chez lui pour déjeuner en famille : "M'man, c'est moi!". Armand Bachelier, que je connaissais depuis trente ans, me révéla qu'il haïssait son père et qu'il avait survécu durant l'Occupation grâce aux croûtes de fromage que sa mère recevait gratis dans les épiceries. Pierre Devos m'a dit d'entrée : "Mon père était un con!". Le plus dur, les sportifs : tel grand champion se souvenait d'un ballon de foot en papier mâché. C'était un peu mince! Desgraupes n'intervint pas alors que mon stylo pissait l'encre sur mes feuillets... Ah la vache!".
A lire également sur René Henoumont : http://ecrivainsbelges.blogspot.com/2009/09/deces-de-rene-henoumont.html
"Premier article le 7 septembre 1944. Le lendemain, je découvre le grand meccano de l'imprimerie, le temps du plomb. On me balade de la "clicherie" à la rotative, mais ce sont les grandes tables de marbre empreintes d'encre qui me fascinent. C'est là que le journal, ligne après ligne, caractères mobiles pour les titres, est mis en forme. La mise en page d'un journal est comme une robe de mariée. On part des escarpins pour arriver à la couronne de roses. J'assimile le vocabulaire de l'atelier. Me voilà bombardé rédacteur au marbre, responsable d'un quotidien mis en page la nuit. Ces mois d'initiation, malgré les bombes volantes et la fin d'une guerre qui revint nous frapper de plein fouet en Ardenne, furent décisifs. Reste l'écriture, le plus important. L'essentiel est de toujours raconter une histoire. Un fait divers en dix lignes est un bref roman. Difficile d'écrire court! L'école du fait divers est la meilleure. Je l'ai apprise dans des locaux de la police liégeoise où le décor n'avait pas changé depuis le passage du petit Sim de la "Gazette de Liège", parti à Paris en 1922 pour s'y faire un nom : Simenon. Dans un hebdo, il faut cinq ans pour imposer une nouvelle chronique, malgré un départ foudroyant. J'ai commencé l'homme à la pipe au "Pourquoi pas?", au début des années 70, la mutation de l'hebdo étant assurée, par la "télé, ce chewing-gum de l'oeil". Et la semaine suivante : A la case Kafka (Reyers), seules les toilettes étaient humaines!".
"C'est fou ce que le journalisme séduit les jeunes. Deux chroniques à ce propos et on me demande comment l'on devient journaliste. J'ai conté mes débuts à la Libération, période exceptionnellement ouverte où fleurissait une presse nouvelle et où bien des aînés étaient en prison pour collaboration. C'est une génération qui aura appris le métier à chaud, sur le terrain. Ce n'est plus possible aujourd'hui. L'intérêt porté à l'économique, l'investigation, une presse plus pragmatique imposent le passage par les écoles. Hélàs, les places sont rares dans la presse écrite. C'est du côté de la radio, de la télé, du cinéma qu'un débutant aura le plus de chance. Est-ce à dire que la presse écrite est plus exigeante? Sans doute que oui! Les nouveaux médias privilégient l'image et la langue parlée. Ecrire n'est pas donné sans un peu de magie ; écrire court, c'est le plus difficile. Ecrire juste demande une attention sans faille. Un gourou parisien assurait que le journalisme était le degré zéro de l'écriture. Faux! Je vous cite dix grands écrivains, de Simenon à Hemingway, qui ont appris à écrire en journalisme, dix autres, de Vandromme à d'Ormesson, qui le sont restés tout en produisant une oeuvre littéraire considérable. Tout d'abord, savoir pour qui on écrit. Ce grand patron avait dans son bureau une photo de l'homme de la rue. C'est pour lui qu'il fallait écrire, oui da, mais à condition de ne pas considérer le lecteur comme un idiot. Répondre à "Où, quand, comment, pourquoi?", on connaît la règle. Il faut y ajouter sa petite musique. Il pleut est un constat, il pleuvait est le début d'une histoire. Dans les années 60, j'ai été personnellement fasciné par ce journaliste américain qui, depuis sa cabane dans les Rocheuses où il pêchait, chassait, écrivait, rédigeait en plus un édito hebdomadaire d'un feuillet tiré à mille exemplaires sur une petite presse à pédales. Ses abonnés? Tout ce qui comptait en Amérique. On dit que les Kennedy durant la crise de Cuba ont tenu compte de ce solitaire. C'est un rêve américain. Il est en partie réalisable si vous parvenez à trouver un ton, de l'humeur, de l'humour, de l'émotion et un peu de tendresse, bordel! Je vous laisse... Le dernier cavaillon de l'été, accompagné de jambon corse, m'attend. C'est aussi très important".
"On m'a fait remarquer que je m'indigne contre la disparition de certaines espèces animales alors que je regrette les glorieuses ouvertures de la chasse aux perdreaux en août. Il n'y a pas contradiction sinon apparente. La disparition de certaines espèces n'est pas due à la chasse. Si le petit gibier, surtout en moyenne Belgique, est de plus en plus menacé, il faut imputer plusieurs raisons qui n'ont rien à voir avec la chasse. Pourquoi la chasse d'ailleurs? Parce que les lois ont privilégié les chasseurs nantis au détriment du chasseur paysan conservateur. L'élevage intensif du faisan et son abbatage au cours de battues tir à la pipe les reléguant au sort de poulets ont indigné les citadins venus s'installer à la campagne. Ce n'est pas, ce n'était pas cela la chasse. Manque de place pour traiter le sujet, mais je vais en trouver pour citer à la barre l'industrialisation de l'agriculture, la domestication des campagnes par les lotissements, les zonings et les autoroutes. L'utilisation massive des pesticides et des insecticides a été mortelle pour les oiseaux et les insectes, sans compter la flore. Les terres de culture réduites à l'état de Sahel ne produisent plus sans l'apport d'engrais, empoisonnant nos eaux. La banlieue galope au détriment des villages et les fusions de communes ont eu pour effet pervers l'utilisation de machines pour l'entretien des talus. Tout pour l'automobile! Tout pour produire...des surplus! Il suffit d'une infime quantité de "Gaucho", de "Régent" ou de "Temmik" pour foudroyer sur place un animal de cinq kilos (j'en ai été le témoin). Dites-moi, avez-vous déjà vu un chasseur poursuivre les hannetons en battue, traquer les abeilles, tirer les moineaux et les hirondelles? Le hanneton, ce bouffeur d'aubépine, a disparu, les abeilles sont menacées. Des lecteurs, photos à l'appui, me disent qu'il y a encore des hirondelles oui, mais autour des bâtiments de fermes. Pour le reste, terminé, plus de nids, plus rien à manger (insectes ou graines) ; alors où est le chasseur dans tout cela? Il y en a de moins en moins, le double permis Wallonie Flandre étant obligatoire. En cause aussi, la disparition du petit gibier massacré, broyé, déchiqueté par les machines lors des récoltes. Alors, plus facile de crier "chasseur assassin" que de montrer du doigt les lobbies agrochimiques. Eau, terre, air, notre vie est menacée. Et que fait le parti Ecolo? De la bicyclette. C'est toujours çà!".
"Bardot, je la revois un jour de 1955 dans tout l'éclat de sa juvénile beauté, pas encore star mais déjà Bardot. J'étais aux studios de Boulogne-Billancourt pour le tournage des "Grandes manoeuvres" de René Clair. J'en avais terminé lorsque je l'aperçus dans les coulisses, blottie dans une calèche, s'embêtant ferme. Le cinéma est une longue attente, surtout pour les seconds rôles. Je lui demandais quel était son écrivain préféré. Hemingway, me dit-elle du bout des lèvres. Quel roman? Silence. J'avais ma petite interview un peu vacharde. Planter là Bardot, idiot que j'ai été! Michèle Morgan, d'accord pour trois minutes d'interview. Elle tournait "Marie-Antoinette". D'avoir devant moi la Nelly du "Quai des Brumes", idole de ma génération, j'ai été nul. Elle daigna sourire et demanda une retouche à sa maquilleuse. Gabin, lui aussi, était au maquillage : "Sont chiants les journalistes", dit-il, "Qu'en penses-tu mon petit gars? (...) Eh ben voilà, on s'est tout dit!". Ce fut l'interview la plus courte. Du pur Gabin! En revanche, Louis de Funès, l'homme le plus triste et le plus inquiet au monde, m'accorda deux heures. Tchernia, le bonheur, toutes nos lectures enfantines, des "Pieds Nickelés" à Curwood. En télé, l'intervieweur est dominant. Ils veulent tous passer au petit écran. Goscinny fut génial, le prince Rainier d'une grande cordialité. C'est peut-être dans les "Mémoires d'enfance" pour le "Pourquoi pas?" que j'ai peaufiné l'interview de tout ce que la Belgique comptait de seniors. Je revois André Cools me ramenant chez lui pour déjeuner en famille : "M'man, c'est moi!". Armand Bachelier, que je connaissais depuis trente ans, me révéla qu'il haïssait son père et qu'il avait survécu durant l'Occupation grâce aux croûtes de fromage que sa mère recevait gratis dans les épiceries. Pierre Devos m'a dit d'entrée : "Mon père était un con!". Le plus dur, les sportifs : tel grand champion se souvenait d'un ballon de foot en papier mâché. C'était un peu mince! Desgraupes n'intervint pas alors que mon stylo pissait l'encre sur mes feuillets... Ah la vache!".
A lire également sur René Henoumont : http://ecrivainsbelges.blogspot.com/2009/09/deces-de-rene-henoumont.html
samedi 24 octobre 2009
"Coxyde" (Rémi Bertrand)
Licencié en philologie romane de l'Université Catholique de Louvain-la-Neuve, le jeune écrivain belge Rémi Bertrand (né en 1982) est déjà l'auteur de trois autres livres : "Philippe Delerm et le minimalisme positif" , "La Mandarine Blanche" et "Un bouquin n'est pas un livre : les nuances des synonymes".
"Coxyde" est un court roman de 64 pages qui raconte l'histoire d'un jeune couple, Marie et Clément. Tout commence par une question existentielle de Marie à son compagnon : "Pourrais-tu retrouver des éléments plus ou moins lointains qui feraient dire à un observateur quelconque : il était donc destiné à faire des livres?" (page 8). Marie ne se doute pas des conséquences de sa question : "L'état d'hébétude dans lequel j'avais involontairement plongé Clément commençait à m'inquiéter" (page 12).
L'histoire les emmène ensuite à Paris et Versailles. Les lecteurs peuvent apprécier le remarquable travail d'écriture et les choix judicieux des mots de Rémi Bertrand. Comme dans son premier roman "La Mandarine Blanche", il a découpé son texte de façon originale : le narrateur de chaque chapitre est alternativement Marie ou Clément. Peut-être cela va-t-il devenir une "marque de fabrique" de l'auteur?
Coxyde arrive dans le récit à la page 41 : "Comment avions-nous pu jusqu'à ce jour ignorer nos ancrages parallèles dans ce village côtier? Toi, vacancier annuel de la période de Pâques, et moi, Coxydoise tous les week-ends de l'année ou presque...". Le couple nous parle de l'Horloge, des cuistax de Marcel, des gaufres, du Musée Paul Delvaux, des trains de la Route Royale et du Monument des Zouaves qui m'ont rappellé de nombreux souvenirs de vacances...
Après Paris, Versailles et Coxyde, retour enfin dans la maison des parents de Clément pour obtenir une réponse à la question posée par Marie au début du livre... Personnellement, j'ai préféré "Coxyde" à la "Mandarine Blanche". Je n'ai rien à reprocher à l'auteur qui me semble promis à une belle carrière littéraire. Quand on connaît un peu la vie de Rémi Bertrand grâce à son site Internet, on a l'impression que "Coxyde" est en partie ou totalement autobiographique, car Clément ressemble beaucoup à Rémi...
A lire également : mon compte-rendu de "La Mandarine Blanche" (http://ecrivainsbelges.blogspot.com/2009/06/la-mandarine-blanche-remi-bertrand.html ).
"Coxyde" est un court roman de 64 pages qui raconte l'histoire d'un jeune couple, Marie et Clément. Tout commence par une question existentielle de Marie à son compagnon : "Pourrais-tu retrouver des éléments plus ou moins lointains qui feraient dire à un observateur quelconque : il était donc destiné à faire des livres?" (page 8). Marie ne se doute pas des conséquences de sa question : "L'état d'hébétude dans lequel j'avais involontairement plongé Clément commençait à m'inquiéter" (page 12).
L'histoire les emmène ensuite à Paris et Versailles. Les lecteurs peuvent apprécier le remarquable travail d'écriture et les choix judicieux des mots de Rémi Bertrand. Comme dans son premier roman "La Mandarine Blanche", il a découpé son texte de façon originale : le narrateur de chaque chapitre est alternativement Marie ou Clément. Peut-être cela va-t-il devenir une "marque de fabrique" de l'auteur?
Coxyde arrive dans le récit à la page 41 : "Comment avions-nous pu jusqu'à ce jour ignorer nos ancrages parallèles dans ce village côtier? Toi, vacancier annuel de la période de Pâques, et moi, Coxydoise tous les week-ends de l'année ou presque...". Le couple nous parle de l'Horloge, des cuistax de Marcel, des gaufres, du Musée Paul Delvaux, des trains de la Route Royale et du Monument des Zouaves qui m'ont rappellé de nombreux souvenirs de vacances...
Après Paris, Versailles et Coxyde, retour enfin dans la maison des parents de Clément pour obtenir une réponse à la question posée par Marie au début du livre... Personnellement, j'ai préféré "Coxyde" à la "Mandarine Blanche". Je n'ai rien à reprocher à l'auteur qui me semble promis à une belle carrière littéraire. Quand on connaît un peu la vie de Rémi Bertrand grâce à son site Internet, on a l'impression que "Coxyde" est en partie ou totalement autobiographique, car Clément ressemble beaucoup à Rémi...
A lire également : mon compte-rendu de "La Mandarine Blanche" (http://ecrivainsbelges.blogspot.com/2009/06/la-mandarine-blanche-remi-bertrand.html ).
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