mercredi 20 mai 2020

"Zebraska" (Isabelle Bary)

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L'auteure belge Isabelle Bary a accordé une interview à l'hebdomadaire "Le Soir Mag" au sujet de son roman "Zebraska", paru aux éditions Luce Wilquin :

"Dans votre roman, vous évoquez tout l'univers des enfants à haut potentiel. Un beau sujet qui vous tient à cœur?
- Un univers magnifique. Je disais à mon fils, quand il était petit et trouvait difficilement sa place : "Regarde, tous les héros de livres sont à haut potentiel. Ils s'en prennent plein la figure mais ils finissent toujours par triompher par leur supplément d'âme".  Ce sont des êtres hypersensibles, qui se sentent souvent seuls, incompris, qui réfléchissent vite. Petit, Tim n'avait pas les mêmes centres d'intérêt que les autres enfants. Son langage approchait fort celui des adultes. Lors d'un test de logopédie, on l'a détecté à haut potentiel (je dis bien "détecté", pas "diagnostiqué"). J'ignorais ce que cela recouvrait, mais je voyais qu'il était rejeté, jamais invité aux anniversaires des autres. Il semblait bizarre...

- Vous voulez lever tous ces a priori?
- Les enfants à haut potentiel sont très attachants, mais ils ne sont pas perçus ainsi. Tim a envie d'être comme les autres, surtout à l'adolescence quand se fait sentir un besoin d'appartenance au groupe. Les parents doivent aussi démystifier ce côté différent, qui les fait parfois se sentir incapables à tort. Comme tous les parents, on a envie, mon mari et moi, que nos fils soient heureux. On est parfois désespéré. Tim est pour moi comme un enfant miroir. Il nous emmène dans sa détresse, un cercle vicieux dans lequel on ne doit pas entrer. Avec beaucoup d'amour, on y arrive.

- Le roman s'appelle "Zebraska" car on est "dans la peau d'un zèbre", un petit garçon atypique né avec une Formule 1 dans la tête : comment apprivoiser ce surdoué ?
- En fait, c'est un roman d'amour. Quand tout a été mis en place, je me suis dit que je voulais faire partager mon expérience aux autres. Et j'ai choisi le roman, et non pas un récit sous forme de témoignage. Le roman a un pouvoir que les autres livres (les essais, les ouvrages de psychologie ou de développement personnel) n'offrent pas. Le roman a ce petit quelque chose en plus, il emmène les lecteurs par les émotions dans l'histoire. Ce livre leur appartient. Ils peuvent se l'approprier par le petit trou de la serrure. Maintenant que Tim est hyperépanoui, avec des amis, une petite amie adorable, des études qui fonctionnent bien, je me dois de dire qu'on est au bout du tunnel. Je lui faisais lire des chapitres en lui demandant son avis, en en parlant librement. Ce livre s'adresse aussi aux gens qui ignorent tout des hauts potentiels :  ce ne sont pas des êtres bizarres. Ils sont simplement connectés au monde de manière différente.

- Ce dialogue vous permet de nous glisser qu'on doit tous exprimer notre côté zèbre. Vous qui étiez ingénieure commerciale diplômée de Solvay, vous préférez l'écriture. Il faut écouter ses élans fondamentaux?
- Tout à fait. On vit dans un monde de performance. Je n'aime pas ce "moutonnage". La seule énergie renouvelable qui vaille la peine, c'est notre différence à chacun, source de progrès. C'est un éloge à la différence. Curieusement, dans mon roman, le monde vit un énorme burn out, une bascule, où la différence ouvre l'avenir. On a tous un peu de zèbre en nous, qui sonne dans nos têtes".

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mercredi 29 avril 2020

Nouveau roman de Geoffrey Van Hecke

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Il y a quelques années, je vous avais parlé de Geoffrey Van Hecke que j'avais rencontré à la Foire du Livre de Bruxelles et qui est très sympathique :   https://ecrivainsbelges.blogspot.com/search/label/Van%20Hecke%20Geoffrey

Quoi de neuf depuis lors pour ce jeune auteur belge ?  Il a été élu conseiller communal à Berchem-Sainte-Agathe, où il est chef du groupe bilingue libéral Open VLD / MR. Sur le plan littéraire, il a sorti un nouveau roman, " -196° ", aux éditions Weyrich.

Voici la présentation de " -196° " :

"L'agent fédéral Julian Mc Donnell enquête sur des fonds occultes aux ramifications multiples et internationales. Rapidement freiné par des règles diplomatiques et certains conflits internes, il comprend que ses recherches touchent un point ultrasensible. Soupçonnant les services secrets mexicains, il fait la connaissance de Sandra lors d'un passage à Las Vegas. Rencontrée dans des circonstances particulières, son identité l'est encore plus. Cette jolie jeune femme que ne refuserait aucun homme est centenaire. De l'autre côté de l'Atlantique, aux Pays-Bas, un homme d'affaires retrouve sa grand-mère qu'il avait tant aimée et décédée deux ans plus tôt. Contre l'avis de tous et les pressions croissantes, il s'entête et refuse de croire à un fantôme ou à une supercherie…".

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mercredi 22 avril 2020

Décès de l'auteur belge Jacques De Decker

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Né à Schaerbeek en 1945, fils du peintre Luc De Decker et frère du ministre Armand De Decker,  Jacques était une figure polyvalente du monde culturel belge. Il fut notamment le secrétaire perpétuel de 2002 à 2019 de l'Académie Royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique. Il est décédé d'une crise cardiaque. 

Je lui avais consacré deux articles :


mercredi 25 mars 2020

Marie Colot : Prix Première Victor du Livre de Jeunesse 2020

Afficher l’image sourceLors de la Foire du Livre de Bruxelles,  la jeune auteure et enseignante belge Marie Colot a reçu le Prix Première Victor du Livre de Jeunesse 2020 des mains d'Eric-Emmanuel Schmitt. Ce prix a été créé en mémoire du jeune Victor Van Woestyne, décédé en 2016 à l'âge de 13 ans et grand lecteur.

Marie Colot a répondu aux questions des quotidiens du groupe Sud Presse :

"Que représente ce prix pour vous?
- Je suis ravie que mon roman "Jusqu'ici tout va bien"  ait été plébiscité par tant d'adolescents. Un prix est toujours une belle reconnaissance du travail créatif, mais quand il est attribué directement par les lecteurs (ici, ils étaient 800 !), c'est encore plus porteur. Ce genre de distinction me donne énormément d'élan pour mes projets futurs. Et je suis aussi très touchée qu'il me soit attribué via le Fonds Victor, un fonds qui met en place de nombreuses initiatives pour favoriser la lecture chez les adolescents et dans les écoles.

- Vous vous y attendiez ?
- J'ai été très surprise. Mon roman était sélectionné, donc c'était effectivement possible, mais je ne m'y attendais pas.

- Qui vous a remis le prix?
- Le Prix Première Victor du Livre de Jeunesse m'a été remis le samedi 7 mars à la Foire du Livre de Bruxelles, sur le stand de la Première, puisque le prix est partenaire de la RTBF. Il m'a été remis des mains de l'écrivain Eric-Emmanuel Schmitt, en présence de Francis Van de Woestyne et Patricia Vergauwen, les fondateurs de ce prix qu'ils ont créé à la mémoire de leur fils.

- En quoi consiste ce prix ?
- C'est un prix qui propose aux jeunes de 12 à 15 ans de lire cinq romans de qualité, dans la production littéraire de jeunesse belge, et de voter pour celui qu'ils préfèrent. Au cours de l'année, les groupes inscrits (via des écoles, des bibliothèques, des particuliers, etc.) bénéficient d'un accompagnement par des comédiens professionnels et peuvent recevoir certains auteurs, éditeurs et traducteurs s'ils le souhaitent. Le Prix est doté d'un montant de 2.500 euros, offert par le Fonds Victor,  et d'une campagne de promotion offerte par La Première sur toutes ses plateformes. L'œuvre sélectionnée est traduite en braille et enregistrée sous forme d'audio-livre.

- Quels sont vos projets ?
- "Mamie, ça suffit !", un album jeunesse à destination des enfants à partir de 4 ans vient de sortir en librairie. Il est illustré par Françoise Rogier et publié aux Editions A pas de loups. Mon prochain roman pour ados sortira normalement à la fin du mois d'août, pour la rentrée littéraire. D'autres livres sont en préparation pour des publications à l'hiver 2020 et en 2021. Je continue aussi à écrire et travailler sur plusieurs romans".

Plus d'infos sur Marie Colot :   www.mariecolot.com

mercredi 4 mars 2020

"La disparue de l'île Monsin" (Armel Job)

Afficher l’image sourceL'auteur belge Armel Job sort un nouveau roman :  "La disparue de l'île Monsin", paru aux éditions Robert Laffont. Il s'est inspiré d'un fait divers liégeois survenu il y a quelques années le long de la Meuse au niveau du pont barrage de l'île Monsin.

A l'occasion de la sortie de ce nouveau livre, Armel Job a répondu aux questions des quotidiens du groupe Sud Presse :

"C'est ce fait divers qui a inspiré votre histoire?
- Oui. A l'époque, qui remonte quand même à quelques années, j'avais été très ému par ces événements. J'avais gardé des coupures de journaux, pris des notes, et j'avais bien l'intention de les utiliser un jour. J'ai fait un essai mais je ne pouvais pas écrire, il y avait encore trop d'émotion. J'ai renoncé, écrit un ou deux romans, et récemment, j'ai repris cette histoire. Mais le fait divers n'est pas omniprésent dans le roman. Il n'est que sous-jacent, un repère vers lequel on se dirige petit à petit.

- La couverture laisse penser que le drame sera beaucoup plus présent?
- C'est un choix de mon éditrice et je n'étais absolument pas d'accord!  J'avais demandé qu'on ne mentionne pas le fait divers :  pour moi, ce n'était pas l'élément important. En même temps, c'est une pro et elle a peut-être eu raison. Elle a beaucoup insisté!  Pour le lecteur, qui a lu la quatrième de couverture, le fait divers restera sous-jacent, pas plus mal. Il ne découvrira son importance que plus tard.

- Le thème de la disparition n'est pas neuf chez vous?
- Une fois fini, j'ai eu l'impression que ce livre clôturait une trilogie. J'avais déjà traité deux fois de la disparition. Une fois celle d'un tout petit enfant de 13 mois ("Tu ne jugeras point"), puis celle d'une ado de 15 ans ("En son absence"), et cette fois une personne adulte. Le thème me plaît :  à partir du moment où quelqu'un sort du champ, on se demande ce qui s'est passé et pour quelles raisons.

- Et où puisez-vous votre inspiration?
- Cela peut partir d'un fait divers, mais c'est aussi ce que je vois autour de moi. Cela peut être une rencontre, des souvenirs. En tout cas, il y a toujours un questionnement. Et je vais essayer de me mettre dans la peau de mes personnages. Ici, une femme qui vient déclarer à un policier la disparition de sa fille adulte. Comment est-ce que ce policier vit ça? Que pense-t-il? Et elle, que ressent-elle? C'est ça qui est passionnant à imaginer…

- Les ados sont souvent présents dans vos romans. Ici aussi. C'est un âge de la vie particulier, selon vous?
- C'est une catégorie que j'aime beaucoup :   ils vont seulement entrer dans la vie et se posent beaucoup de questions, plus existentielles qu'à d'autres moments. Une fois qu'on est lancé dans la vie, on a son boulot, ses préoccupations. Qu'est-ce que la vie?  Le sens de la vie?  Ce sont des questions qui s'estompent par la suite. Un adolescent, lui, ne se demande pas comment il va gagner un maximum de fric".

Cliquez ci-dessous sur "Job Armel" pour retrouver mes autres articles consacrés à cet écrivain belge.

mercredi 19 février 2020

Jacques De Decker quitte son siège de secrétaire perpétuel de l'Académie

Afficher l’image sourceJacques De Decker est un écrivain belge né en 1945 dont je vous ai déjà parlé :  http://ecrivainsbelges.blogspot.com/2017/02/jacques-de-decker-et-les-biographies.html

De 2002 à fin 2019, il a occupé la fonction de secrétaire perpétuel de l'Académie Royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique. Cette académie siège au palais des Académies à Bruxelles, et fête son 100ème anniversaire en cette année 2020. Depuis janvier, c'est désormais Yves Namur qui en est le nouveau secrétaire perpétuel.

A l'occasion de ce passage de flambeau, Jacques De Decker a répondu aux questions de la revue "Le Carnet et les Instants" que vous pouvez recevoir gratuitement par courrier sur simple demande auprès du Service de Promotion des Lettres de la Fédération Wallonie-Bruxelles :

"Jacques De Decker, en quoi consiste la fonction de secrétaire perpétuel de l'Académie Royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique?
- Le secrétaire perpétuel est celui qui est en charge de la gestion et de la représentation de l'Académie. "Pas de pouvoir, un peu de savoir, beaucoup de saveur" :  cette phrase de Barthes a été ma règle de vie. D'aucuns y voient une fonction de pouvoir ; je la considère plutôt comme un instrument qu'on reçoit et qu'il s'agit d'ajuster, de raffiner en fonction des besoins que l'on capte.

- L'Académie reste une institution méconnue. Pourriez-vous nous la présenter?
- Paradoxalement, dans l'esprit des gens, l'Académie par excellence est celle des Lettres. Pourtant, le palais des Académies à Bruxelles héberge cinq académies différentes :  l'académie dite "thérésienne", généraliste ; une académie de médecine ;  l'académie des Lettres qui nous occupe plus particulièrement ; et côté flamand, l'académie généraliste et l'académie de médecine. Le corps des académies, qui est un peu l'équivalent de l'Institut en France, a été fondé à l'époque autrichienne et aura bientôt 250 ans. L'académie première est dite "thérésienne" en référence à l'impératrice Marie-Thérèse, parce que voulue par elle. Elle est installée à Bruxelles parce que c'était - on l'oublie trop souvent -  la deuxième ville de l'Empire après Vienne. Napoléon l'a balayée, au prétexte que la seule Académie se trouvait à Paris. Les Hollandais l'ont rétablie et elle est devenue belge avec l'indépendance. Au départ, elle était multidisciplinaire ; il n'y avait pas de classes. Les travaux se faisaient en français, raison pour laquelle les auteurs flamands écrivant en néerlandais se sont rapidement sentis mal à l'aise dans ce cadre. On a donc créé en 1880 une académie de littérature flamande, qui s'est installée à Gand pour marquer le coup. Les écrivains francophones, restés à Bruxelles, ont voulu leur propre académie, qui ne s'est réalisée que quarante ans plus tard, en 1920. C'est cette année-là que Jules Destrée, ministre de la Culture, des Sciences et des Arts, a émis l'arrêté royal de création de l'Académie. Avec deux intuitions géniales :   celle de l'ouverture aux femmes, qui s'est imposée dès la création de l'Académie, et celle de la francophonie avec l'élection de 10 membres étrangers.

- L'Académie fête donc son centenaire en 2020 ?
- Oui, avec de nombreux événements, notamment une exposition à la Bibliotheca Wittockiana. Cet anniversaire a d'ailleurs précipité mon départ comme secrétaire perpétuel :  je quitte la fonction pour pouvoir me concentrer sur l'organisation du centenaire. Pour l'anecdote, je suis né jour pour jour 25 ans après l'Académie,  le 19 août 1945. J'y vois comme une malédiction, l'impératif d'assumer cet anniversaire.

- Et quel est plus précisément le rôle actuel de l'Académie dont vous avez retracé l'histoire?
- Elle crée une confrérie d'écrivains, où les membres se réunissent et échangent. Son espace échappe à la puissance prioritaire du moment qui est l'économie. On peut y aborder le réel en se dégageant des lois dictatoriales du matérialisme.  Elle a longtemps été considérée comme passéiste, dépassée, mais son rôle me semble aujourd'hui essentiel, voire avant-gardiste :   dans un monde broyé par sa logique utilitariste, les académies entretiennent une flamme intellectuelle de plus en plus menacée. Nous sommes les dépositaires d'une priorité à la pensée, à la culture, une forme de vigile permanente qui rappelle au corps social quelques universaux aujourd'hui menacés tels que la beauté et la vérité.

- L'Académie française, avec son dictionnaire et ses prescriptions linguistiques, donne l'image d'une institution coercitive. Est-ce aussi la vocation de l'Académie Royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique?
- L'Académie belge n'a jamais eu l'ambition de faire un dictionnaire. Nous sommes d'ailleurs plutôt une terre de grammairiens que de lexicologues. Plusieurs de nos grammairiens (André Goosse, Marc Wilmet) ont été académiciens. Mais nous n'avons de toute façon pas intégré l'autorité symbolique de l'Académie française, qui ne repose en fait sur rien. Nous privilégions la réflexion permanente et la vigilance sans coercition. A l'image d'André Goosse, qui était très libéral, tout en soutenant qu'une langue est en demande d'un semblant de fixité et de permanence.

- Contrairement à l'Académie française, on ne pose pas sa candidature à l'Académie Royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique?
- Nous avons de bons contacts avec l'Académie française. Certains de nos membres sont d'ailleurs aussi membres de l'institution hexagonale. Mais une grande différence est en effet qu'on ne pose pas sa candidature pour entrer à l'Académie Royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique :  nos membres sont cooptés. Je pense que ce mécanisme rend notre assemblée plus représentative. C'est une question qui me tient particulièrement à cœur. J'ai toujours eu une vision historique de l'institution, due sans doute à mon métier de journaliste, et j'ai peut-être imprimé cette marque en tant que secrétaire perpétuel. Il me semble essentiel que l'Académie représente ce qui se publie en Belgique, de Jean-Philippe Toussaint à Armel Job. La composition de l'Académie compte aussi des auteurs ignorés par les universités, lesquelles privilégient toujours la littérature expérimentale. Un de mes regrets est que ce qu'on appelle la paralittérature, et plus précisément la bande dessinée, ne soit pas encore entrée à l'Académie. Benoît Peeters y aurait tout à fait sa place, mais il est français et les fauteuils dévolus aux membres étrangers sont moins nombreux.

- Entretenez-vous des contacts privilégiés avec votre pendant flamand?
- Nous n'avons pas d'activités communes, mais un dialogue constant, une information mutuelle. Je siège à l'académie flamande en ma qualité de néerlandiste, j'y ai succédé à Liliane Wouters. A l'Académie Royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique, nous avons le souci d'avoir des membres flamands et des francophones qui connaissent la littérature belge dans son ensemble.

- Selon vous, on pourrait donc parler d'une littérature belge, qui rassemblerait les œuvres écrites en français et celles en néerlandais?
- Pour moi, il y a une littérature belge qui s'écrit dans les deux langues. Cela se voit dans les thématiques abordées. De ce point de vue, Marcel Thiry et Johan Daisne sont étonnamment proches. Il y a un signifié commun à la littérature belge, dans lequel l'irrationnel, le fantastique, le réalisme magique occupent une place importante.

- Quel regard portez-vous sur la littérature belge francophone d'aujourd'hui?
- Nous pouvons nous enorgueillir d'être la région du monde qui a propulsé le plus grand nombre de mythes dans l'imaginaire collectif :   Tintin, les Schtroumpfs, Bob Morane, p.ex.  Simenon laisse par ailleurs l'une des œuvres majeures du 20ème siècle. Alors qu'on a longtemps considéré que les meilleurs auteurs belges étaient publiés à Paris, ce n'est plus le cas aujourd'hui. Chez nous paraissent des livres inattendus, surprenants. J'identifie par contre plusieurs sujets de préoccupation. Tout d'abord la manière dont cette littérature publiée chez nous circule. Le phénomène est relativement récent :   avant-guerre, des maisons comme la Renaissance du Livre circulaient dans toute l'Europe. La seconde guerre mondiale a été une cassure :  les livres français n'arrivaient plus en Belgique, où des maisons belges, surtout en paralittérature, ont commencé à proliférer. Après la guerre, les Français ont voulu que cela ne se reproduise plus et ont colonisé la Belgique avec leur production et leur distribution. Un écrivain allemand peut être indifféremment publié à Zürich, à Berlin ou à Vienne. Les Français ont intégré que d'où qu'ils viennent, ils doivent être publiés à Paris. Nous, les Belges, n'avons pas le même imaginaire collectif que les Français, mais ce que nous produisons est susceptible d'intéresser un public qui passe les frontières. Or, les livres qui paraissent chez nous n'atteignent pas ce public potentiel francophone. Ce n'est pas seulement une question d'aide d'Etat. C'est aussi lié au centralisme permanent du public français. Quand j'ai écrit "Le ventre de la baleine", on m'a dit chez Grasset que le public ne comprendrait pas la référence à l'affaire Cools, alors qu'elle n'est qu'un prétexte et non le centre de l'histoire. Le livre a été traduit en espagnol et cette référence n'a pas posé de problème!  Les auteurs québecois rencontrent le même problème en France.  Soyons justes :  le fait que la littérature publiée en Belgique ne fonctionne pas très bien en librairie nous a aussi préservés d'une vision trop matérialiste de la circulation de la littérature. Nous avons été préservés des livres écrits uniquement pour la victoire au box office et inversement, certains livres écrits et publiés chez nous n'existent que parce qu'auteurs et éditeurs ne pensent pas à faire de l'argent avec les livres. Nous sommes, par exemple, le dernier refuge de l'édition poétique francophone en Europe".

mercredi 5 février 2020

Premier poème du Poète National 2020-2021

Afficher l’image sourceVoici le premier poème de l'auteur belge Carl Norac, désigné Poète National 2020-2021 :

Poème pour l'enfant au bord d'une page

La poésie fait son nid d'une main à peine ouverte,
Elle peut suivre les lignes de la paume
Et aussi vivre dans un poing.
Elle est ce souffle inattendu qui patientait en toi,
Ce temps posé sur l'instant, mais qui dure.
Si tu veux la dresser, changer de livre,
Délaisse les gens qui veulent la définir.
Elle aura toujours le coup d'aile d'avance
De l'oiseau quand tu veux l'attraper.

Un poème ne t'attend pas
Il est là, même où tu l'ignores.
Il ne se veut pas forcément plus brillant
Qu'une bruine qui s'amuse ou un soleil qui tombe.
Un poème ne fait pas pousser les fleurs.
C'est une parole entre deux lèvres
Qui ne sauvera peut-être pas la Terre,
Mais qui s'entendra,
Se fendra d'un aveu, d'un amour, d'un combat.
Elle chantera encore quand d'autres s'agenouillent
Ou s'enfuient devant la foule des bras tendus.

Aujourd'hui, tu vas écrire, me confies-tu.
Alors, vas-y, jette-toi dans la beauté.
Au bout d'une page, ou de quelques vers,
Il y a parfois le début d'un univers.
Je te regarde :  ce matin, tu te sens si poème
Que tu crois pouvoir toucher,
Pour dire le monde,
L'infini d'une seconde.

Carl Norac