samedi 27 décembre 2014

Infos diverses

La Déclaration européenne pour le livre  a été présentée par ses quatorze signataires (dont la Fédération Wallonie-Bruxelles) le 9 octobre à la Foire du Livre de Francfort. Il y est affirmé que le livre est la première industrie culturelle d'Europe. Le numérique et le comportement des consommateurs créent des occasions inédites, de nouveaux marchés pour diffuser la création. Les acteurs du livre (auteurs, traducteurs, éditeurs, libraires, bibliothécaires et les institutions qui les soutiennent) cherchent à trouver les nouveaux modèles qui protègeront la transmission de la littérature, des idées et l'éducation, en offrant aux consommateurs l'offre la plus diversifiée et la plus accessible possible, tout en préservant des millions d'emplois. Le texte complet de cette déclaration commune peut être consulté sur www.promotiondeslettres.cfwb.be


Espace Nord (la collection patrimoniale de la littérature belge francophone) met en ligne gratuitement des documents conçus comme un appui direct au travail du professeur. Destiné en priorité au corps enseignant, chacun de ces dossiers présente une analyse d'un titre ou d'un aspect (courants, thèmes, personnages) de la collection pour permettre aux élèves de mieux découvrir la littérature belge. Espace pédagogique :  www.espacenord.com/espacepedagogique


Le Prix Soroptimist 2014 , qui consacre un roman écrit en français par une femme de nationalité autre que française, a été attribué à Isabelle Bary pour son roman "La vie selon Hope", publié aux éditions Luce Wilquin.


Librel.be est un projet porté par 27 libraires belges francophones qui ont décidé de se regrouper sur le web pour y présenter leur offre de livres numériques. Avec ce portail et le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles, ils entendent montrer qu'à l'heure du numérique, les libraires indépendants ont toute leur place pour défendre le livre sous tous ses formats et conseiller les lecteurs. Librel.be est aussi accessible à partir du site de chaque librairie participante (www.librel.be)


"Le Carnet et les Instants"  compte actuellement 4.600 abonnés. 4.600 personnes et institutions qui reçoivent par la poste, cinq fois par an, une revue dédiée aux Lettres belges de langue française. Si l'abonnement à la revue est entièrement gratuit, celle-ci a un coût supporté par le Service Général des Lettres de la Fédération Wallonie-Bruxelles (impression, mise en page, expédition, etc.). Pour éviter tout gaspillage, le fichier va être remis à jour d'ici le 20 décembre 2015. Les personnes qui ne se seront pas manifestées à cette date seront automatiquement désabonnées. S'adresser à  carnet.instants@cfwb.be

mercredi 29 octobre 2014

Soirée avec Jan Baetens à Namur

Le jeudi 13 novembre 2014 à 19h, la Maison de la Poésie de Namur (www.mplf.be) propose une soirée en compagnie du poète belge Jan Baetens. Animée par Gérald Purnelle, cette rencontre s'articulera autour des deux dernières parutions du poète flamand d'expression française :  "Pour en finir avec la poésie dite minimaliste" (édition Les Impressions Nouvelles) et "Vivre sa vie et autres poèmes" (éditions Espace Nord). Prix d'entrée : 5 euros (2 euros pour les seniors et les étudiants). Vente et dédicace des ouvrages sur place en fin de soirée.


Le poète :  né en 1957 dans la région de Gand, Jan Baetens a étudié la philologie romane. Porteur d'un doctorat, il travaille aux universités de Maastricht et Louvain. Il a collaboré à de nombreuses revues, ainsi qu'à la création de la maison d'édition Les Impressions Nouvelles en 1985. Jan Baetens est spécialisé dans les domaines de la novellisation, de la bande dessinée et du roman-photo, ainsi que de l'analyse et de la critique littéraires.


"Pour en finir avec la poésie dite minimaliste" :   ce livre est un livre de combat. En plein renouvellement aujourd'hui, la poésie française doit d'abord se débarrasser d'une forme d'écriture qui domine le paysage français depuis près d'un demi-siècle et dont la puissance institutionnelle empêche l'épanouissement du nouveau :  la poésie dite minimaliste, qui combine effacement de la forme (aux mots sur la page, on préfère les blancs) et profondeur du sens (un poème n'est valable que dans la mesure où il se rapproche de la philosophie). Refusant les partis pris et la grande pauvreté d'une telle conception de la poésie, ce livre analyse le travail des auteurs contemporains qui proposent une alternative proprement littéraire.


"Vivre sa vie et autres poèmes" :   ce recueil reprend les principales publications poétiques de Jan Baetens :
- "Autres nuages", illustré par des gravures sur bois d'Olivier Deprez, a pour thème le nuage qui n'est autre qu'un arbre en marche.
- "Vivre sa vie" est la novellisation en poésie du film de Jean-Luc Godard.
- "Cent ans et plus de bande dessinée" raconte l'histoire de la bande dessinée en 60 poèmes.
- "Cent fois sur le métier", qui a reçu le Prix triennal de poésie 2007 de la Fédération Wallonie-Bruxelles, cerne d'un trait poétique différent chacune des 100 professions sélectionnées par Baetens, du moniteur de ski au mathématicien.
Ces ouvrages sont parus entre 2005 et 2012 aux Impressions Nouvelles. Ils sont suivis de quelques prises de position de l'auteur expliquant pourquoi il écrit ses poèmes en français alors que sa langue maternelle est le néerlandais.

lundi 22 septembre 2014

Troisième livre de Nathalie Wargnies

Au printemps, je vous avais déjà parlé de l'auteur belge Nathalie Wargnies :   http://ecrivainsbelges.blogspot.be/2014/03/actualite-de-nathalie-wargnies-mars-2014.html . Elle vient de sortir un troisième livre, dont voici la couverture :                                             


                                                     Photo


Il est préfacé par Françoise Lison-Leroy dont je vous ai déjà également parlé :  http://ecrivainsbelges.blogspot.be/2013/04/francoise-lison-leroy-vue-par-michel.html .
Nathalie le présentera le samedi 4 octobre à 15h à la librairie Decallonne sur la Grand-Place de Tournai, ainsi qu'au Salon du Livre de Mons en novembre.                                          

samedi 13 septembre 2014

"Bye Bye Elvis" de Caroline de Mulder

                                                               Bye Bye Elvis


Paru aux éditions Actes Sud,  "Bye Bye Elvis" est le nouveau roman de l'auteur belge Caroline de Mulder dont je vous ai déjà parlé. Née à Gand, elle a grandi à Mouscron et est aujourd'hui professeur à Namur. Dans ce roman, elle se demande ce que serait devenu Elvis s'il n'était pas mort en 1977...


Caroline de Mulder a répondu aux questions de la journaliste Isabelle Monnart pour "La Dernière Heure" :


"Vous ne vous êtes permis aucune entorse?
- Si, quelques-unes et de manière volontaire : j'ai condensé plusieurs éléments de sa vie en une seule scène parce que c'était plus expressif et parce que, pour moi, ce qui compte, c'est la vérité des personnes que je décris.


- Tout le chagrin et la noirceur que vous lui prêtez, on l'a mesurée pour de bon, chez Elvis?
- On dispose quand même d'un certain nombre d'éléments. Tous ceux qui l'ont entouré y sont allés de leur témoignage, même si les principaux acteurs aiment se donner un beau rôle. Je suis partie de ses mots, des phrases qu'il a dites. Il ne faut pas tant d'imagination que çà pour déduire qui il était.


- Et puis, il y a l'autre histoire, dans laquelle on entre en se demandant un peu ce qu'elle vient faire là?
- En réalité, je voulais d'abord n'écrire que l'histoire de John White, qui est la possibilité fictive, d'un Elvis vieux. Elvis qui aurait, en 1977, disparu plutôt que de mourir. D'ailleurs, quand il est mort, les gens ne voulaient pas y croire : on a prétendu qu'il avait quitté une vie qui lui était devenue insupportable. Il en reste qui pensent toujours çà aujourd'hui. Donc, c'était très amusant d'essayer d'imaginer ce qu'il serait devenu...vieux.


- Il aurait eu 80 ans cet hiver?
- Oui. Et c'est mission impossible de l'imaginer vieux si on ne le connaît pas jeune, adolescent, ce qu'il a dit, ce qu'il a fait, son rapport aux femmes et à la mère. Je ne suis pas sûre que les choses qui étaient là à 40 ans auraient disparu à 60 ou 80. Donc ces deux histoires (l'évocation et la fiction pure) prennent sens l'une par rapport à l'autre.


- Au départ, en vous lisant, on a du mal à imaginer que vous ayez osé.
- Moi, çà me paraissait évident que les gens feraient le lien tout de suite. Mais mon éditeur m'a dit qu'au départ, il avait compris, puis qu'il l'avait oublié au fil de sa lecture et que le redécouvrir à la fin était un plus. Il m'a demandé d'éliminer les indices trop évidents.


- Vous avez grandi avec Elvis? C'est ce qui vous a donné envie de l'imaginer vieux?
- Non, je suis partie de deux choses. D'abord, tous les ans, il y a des personnes adultes qui disparaissent parce qu'elles fuient, qu'elles veulent changer de vie. Une sorte de suicide social. Et puis, la deuxième idée, c'est que çà pourrait ou aurait pu être le cas de quelqu'un de célèbre. Au croisement de ces deux idées-là, il y avait Elvis qui était un personnage en or.


- C'est aussi un roman sur la gloire et ses travers?
- Oui, bien sûr. La grande gloire broie les êtres qui sont trop fragiles pour elle. Et la plupart des êtres sont trop fragiles pour une gloire comme çà, qui est une sorte d'amour des foules qui vous dévore. En çà, elle devient destructrice.


- Cette folie-là, elle existe encore?
- Je pense que le mécanisme de l'adoration des foules, il est très contemporain. Mon livre se passe dans les années 50 et 60 mais, oui, je pense que çà existe encore.


- La différence, c'est que cet amour-là a duré longtemps?
- Oui parce qu'il s'est transformé beaucoup. Il a été le symbole de la révolte, de la libération sexuelle. Ensuite, çà a été le petit soldat. Puis, c'est devenu le rêve américain, le gars parti de rien qui devient une star, puis le cauchemar avec un Elvis qui a commencé à se déliter sous la pression de sa propre image. Avec le concert de 1968, on a l'impression qu'il jouait sa peau".


Voici la bande-annonce du roman :   www.youtube.com/watch?v=8f4a8Vv1x8E


Et en cliquant ci-dessous sur "De Mulder Caroline", vous retrouverez mes autres articles sur cet auteur belge.

mercredi 20 août 2014

"Une châtelaine dans les tranchées" (F. de Moreau de Villegas de Saint-Pierre)

                                                               


Née en 1870,  Maria de Villegas de Saint-Pierre passe une enfance heureuse au château de Louvignies (province de Hainaut) dont son père est le bourgmestre. En 1892, elle épouse le comte Léopold van den Steen de Jehay, conseiller de légation. Le couple se partage entre leur hôtel particulier à Bruxelles et leur château de Chevetogne (province de Namur). Ils ont un fils unique, Jean.  Maria est sociétaire de la Société des Gens de Lettres, écrit différents ouvrages et reçoit en 1913 un prix de l'Académie française. Membre fondateur de l'école d'infirmières Sainte-Camille à Bruxelles, elle multiplie les démarches pour officialiser cette école catholique.


Mais le présent ouvrage rend hommage à son action durant la première guerre mondiale grâce à sa correspondance, ses albums et ses notes manuscrites retrouvées en 2007 dans un coffre à Louvignies. Lors de l'invasion allemande du 4 août 1914, son fils Jean s'engage comme volontaire et Maria transforme son château de Chevetogne en hôpital de la Croix-Rouge qu'elle dirigera jusqu'en novembre. De retour à Bruxelles, elle décide de partir sur le front avec ses infirmières. En 1915, elle devient directrice de l'hôpital Elisabeth de Poperinghe, une commune située sous commandement britannique. Un poste qu'elle occupera pendant plus de trois ans et demi.


Ses écrits nous permettent de nous rendre compte de la vie quotidienne difficile de cet hôpital. Elle confie :   "De toutes nos fibres tendues, nous sommes attachés à ces lamentables épaves. Avec quel cœur, avec quel oubli de soi-même, on tâche de les soulager. Si plus rien ne semble rebutant, dégoûtant ou fatiguant, c'est qu'on agit sans penser, dominé par la nécessité du devoir immédiat et matériel à accomplir. Ecrasé par ce labeur, anéanti de fatigue, on ne songe plus qu'au mobile chrétien et patriotique qui nous a lancé dans cette aventure. L'horreur a aboli la pensée. L'effort, dans sa continuité (à présent que nous sommes ici depuis plusieurs semaines), est devenu un engrenage quotidien, mécanique et tenace :  détruire la maladie, sauver les malades et ne pas flancher!".


Maria utilise son carnet d'adresses pour obtenir de l'argent pour son hôpital qui reçoit notamment la visite des ministres belges de la Guerre Charles de Broqueville, de l'Intérieur Paul Berryer et de la Justice Henry Carton de Wiart, de l'ambassadeur des Etats-Unis en France et de la reine Elisabeth qui la surnomme "le major de Poperinghe". En 1916, elle est atteinte de septicémie et ses jours sont en danger. Mais elle est opérée et sauvée. Maria se rend plusieurs fois sur le dernier lambeau de territoire belge libre, où elle rencontre le couple royal et visite l'hôpital de l'Océan du docteur Lepage. Le roi Albert Ier lui remet l'Ordre de Léopold en lui disant :   "Je tiens à vous l'épingler moi-même car vous êtes restées quand les autres sont partis".


La vie continue à Poperinghe avec son lot de blessés, de morts et de bombardements jusqu'à la fin de la guerre. Maria participe aux Joyeuses Entrées des souverains dans les villes libérées de Tournai et Bruxelles. Outre l'Ordre de Léopold, elle reçoit diverses décorations (Ordre de l'Empire britannique et Légion d'Honneur notamment) et est nommée citoyenne d'honneur de Poperinghe. Après la guerre, elle a la douleur de voir la santé de son fils unique se dégrader.


En 1937, Maria fait publier "Mon journal d'infirmière" qui relatait les mois d'août à novembre 1914, et avait l'intention d'écrire la suite. Mais elle décède à Bruxelles en 1941 à l'âge de 70 ans en pleine deuxième guerre mondiale. Ses funérailles ont lieu en grande pompe à la cathédrale Saints-Michel-et-Gudule et un hommage lui est rendu à l'Académie Royale de Littérature.


Dans le cadre du centenaire de la première guerre mondiale, bravo aux éditions Racine (www.racine.be) et à Florence de Moreau de Villegas de Saint-Pierre de rendre hommage à ces gens de l'ombre dans cet ouvrage richement illustré ("ce livre est la petite histoire de la comtesse van den Steen de Jehay dans la grande histoire de la guerre 1914-1918", comme le signale l'avant-propos).

samedi 19 juillet 2014

Un roman belge écrit en SMS !

                                      Photo : Et voilà, reçu ce jour, y'a plus qu'à lire!


A l'occasion de la sortie de son premier roman "S. aime S." aux éditions Lamiroy, le journaliste belge Nicolas Buytaers (le "Monsieur Cinéma" de RTL-TVI) a répondu aux questions d'Isabelle Monnart :


"Quand tu t'es inscrit en journalisme, c'était pour écrire?
- Pour écrire à la télé! J'ai toujours aimé ce média et il y a une vraie écriture télé : je fais des reportages de 2 minutes et dans ce laps de temps, je dois raconter le film, le making of et dire ce que j'en pense. Il faut choisir les bons mots et avoir une écriture très précise.


- C'est parce que la télé oblige à des formats courts que tu t'es lancé dans un texte long?
- Je ne sais pas... Mais je ne pense pas parce que j'ai toujours écrit. J'ai une autre histoire d'amour dans mes cartons, écrite il y a longtemps et que je suis en train de retravailler. J'ai aussi des livres de cinéma qui ne sont toujours pas publiés.


- Qui sont tes premiers lecteurs?
- La bande, ceux que je remercie en fin de livre. Les Mousquetaires, ceux qui sont là depuis 20 ans. Ils ont toujours été très critiques, mais dans le bon sens du terme :  quand ils aiment, ils le disent et quand ils n'aiment pas, ils le disent aussi. Il faut savoir faire preuve d'humilité.


- Tu as également depuis longtemps un projet de livre de cuisine!
- Oui, çà me tient beaucoup à cœur. Le livre s'appelle "Les petits plats dans l'écran" : c'est un vrai livre de cuisine, avec des vraies recettes, issues ou inspirées par des films. Dans "Le parrain", on apprend à faire des sphaghetti bolognaise, eh bien, je donne la recette. Ou "La soupe aux choux", film dans lequel on n'apprend pas à préparer de la soupe aux choux, donc j'ai pris une vieille recette maison. A force de rencontrer des acteurs, je leur demande aussi souvent quel est leur plat préféré, ce qu'ils font quand ils sont à la maison.


- Ce roman enfin sorti, comment te sens-tu?
- Fier car j'ai toujours voulu devenir écrivain. Nerveux car je me demande si cette histoire va plaire. Et heureux car j'ai encore envie d'en raconter d'autres, des histoires...d'amour!  "S. aime S." est une histoire d'amour entièrement écrite en SMS! Le lecteur s'immisce dans les portables de ces deux amants et ils découvrent leur histoire. C'est tantôt drôle, tantôt dramatique, tantôt romantique, tantôt sexy.


- Tu n'as pas eu peur que cet échange de SMS soit fastidieux à lire?
- On échange 9 millions de SMS par jour en Belgique, donc on peut bien en lire quelques-uns dans ce livre. Sinon, c'était pour moi l'un des intérêts de ce livre : cet exercice de style. Je voulais raconter une histoire d'amour mais autrement. Donc, pourquoi pas en SMS? Ne jamais faire comme les autres : j'adore. Mais il fallait jouer le jeu : il n'y a pas de descriptions, il n'y a que des SMS. Je voulais que le lecteur participe pleinement à cette histoire. Quitte à être un peu voyeur, autant qu'il s'imagine aussi les décors, les lieux, l'atmosphère. Je donne juste une piste en intitulé de chapitre. C'est une sorte de lecture participative. En attendant, je ne suis pas tombé dans le travers du SMS :  les raccourcis et autres lol, mdr ou pdr. Je ne fais pas partie de cette génération-là. J'écris mes SMS avec de vrais mots. Je rédige de véritables phrases...sans fautes aussi. Note que je glisse quelques smileys. Ca, j'aime bien. Je voulais en fait donner quelque chose à lire mais sous une forme nouvelle.


- Bon, entre les lignes, ce Sylvain, c'est un peu/beaucoup toi : tu quantifierais çà à combien?
- Oui, je me suis déjà fait larguer par SMS comme Sylvain. Non, je ne suis jamais sorti avec une présentatrice du journal. Ou alors je ne m'en souviens plus...ni elle. Disons donc : oui, Sylvain est grand, drôle et exagérément musclé comme moi. Pour le reste, tout est fictif. Je n'ai jamais promis une sex-tape à mon meilleur ami (ceux qui liront le livre comprendront)".

mardi 15 juillet 2014

"L'Eté sous un chapeau de paille" (Alain Bertrand)

                                          Photo : Rendez-vous ce soir, 20h, à la salle des 3 Ours.


Voici le dernier livre de l'écrivain et professeur belge Alain Bertrand, né à Gand en 1958 et décédé à Bastogne en 2014. Dans sa bibliographie, on trouve des romans ("Massacre en Ardenne", "Le lait de la terre", p.ex.), trois essais (sur Georges Simenon, Maigret et Jean-Claude Pirotte), de la prose et des récits. C'est aussi le 20ème ouvrage de la collection "Plumes du Coq" qu'il dirigeait avec Christian Libens au sein des éditions Weyrich.


"L'Eté sous un chapeau de paille", ce sont 37 chroniques de vacances qui nous rappellent des anecdotes, des histoires drôles et des mésaventures qu'on a parfois également rencontrées. Voici quelques extraits :


"Alors que Dieu crie dans le désert, le GPS susurre dans les embouteillages. Sa diction est celle d'une conseillère conjugale. Il ne lui manque que la boîte à mouchoirs à côté du volant pour jouir de toute son efficacité. Les papas agacés par leur progéniture ceinturée à l'arrière du véhicule feraient bien de s'en inspirer. Le GPS articule les mêmes répliques sur un ton modéré autant de fois que nécessaire. Il contribue à rectifier les erreurs de trajectoire avec une patience de confesseur. Un sang-froid mâtiné d'un zeste de douceur lui tient de pédagogie".


"Tout va pour le mieux dans le meilleur de la Provence :  il faut le proclamer urbi et orbi, le griffonner au dos des cartes postales, le communiquer par SMS à ses potes, le jeter à la gueule des collègues dès son retour au boulot. Même ma femme était super, comme au premier jour, surtout quand elle s'est mise à ressembler à une olive de Nyons. Au point qu'on a fait l'amour, si, si, l'amour à la provençale, au cours de la sieste, et si bourrés au pastis que j'ai cru que c'était une partouze, avec sa sœur jumelle. Et après? Disons que je suis rentré dans le ciment frais, comme un coureur de fond de classement, au Tour de France. Plus je m'épongeais à l'eau, moins je voyais la route".


"Le bronzage n'est rien s'il est accompagné de ces gloussements de plaisir qui font le sel des vacances. Au contraire du sédentaire, qui a si peu de chose à raconter, l'estivant porte l'adjectif et l'adverbe au pavois. Dès son retour d'Espagne, le bureau, l'atelier résonnent de cent feux d'artifice, de mille points d'exclamation, de cent mille clichés qui bruissent du chant des grillons, des vagues, des guitares et des voluptés. C'est pour ces minutes de gloire qu'on part se ruiner à l'étranger, pour ces secondes où les autres nous écoutent répandre des bonheurs qu'ils n'ont pas connus et que la vie leur refusera. Les congés payés sont un rite, comme allumer sa télévision ou pousser un caddie au supermarché. Avant de réenfiler ses habits d'esclave et de s'en retourner, voûté comme un fouet, au comptoir, à l'usine, dans la salle des profs".


"A peine réveillé par des cloches ou des coqs en crise de nerfs, l'homme s'arrache de sa nuit blanche et s'en vient risquer une congestion au-dessus d'un évier jauni et crevassé. Barbe naissante et gros pull, il enfume la salle à manger avec du bois mort et des bûches éclatées à la cognée dans l'air glacial de novembre. Car rien ne fonctionne, c'est l'apanage de la seconde résidence. Le robinet crache une eau rouillée, les fusibles grésillent et çà sent le brûlé, çà empeste la fumée, çà épluche une à une les diverses couches de papier peint".

lundi 23 juin 2014

"Colette Nys-Mazure : accordée au vivant" (Mathieu Gimenez)

                                                                       484blog


Née à Wavre en 1939,  Colette Nys-Mazure a été élevée dans sa famille du Tournaisis suite au décès de ses parents dont elle parle souvent dans son œuvre. Elle a été professeur de français de 1961 à 1999. Son premier recueil, "La vie à foison", a été publiée en 1975. Elle a ensuite écrit de nombreux poèmes, pièces de théâtre, essais et nouvelles. Son œuvre a été récompensée par plusieurs prix littéraires, et traduite dans de nombreuses langues étrangères. Sur le plan privé, de son mariage en 1961 avec Jean-Marie, elle a eu cinq enfants et une dizaine de petits-enfants.


En 2005, un ouvrage avait déjà été consacré au travail de Colette Nys-Mazure sous la forme d'un long entretien avec Christophe Henning :  "La liberté de l'amour". Neuf ans plus tard, le professeur Mathieu Gimenez nous propose une analyse très minutieuse de son œuvre dans la collection "L'œuvre en lumière" des éditions Luce Wilquin. Bravo à Mathieu Gimenez pour l'important travail de lecture, recherche et analyse que cet ouvrage a nécessité.


L'auteur nous rappelle son enthousiasme, son optimisme, sa foi, son féminisme, son amour des petites joies du quotidien, de la peinture et du travail avec d'autres artistes, ses différents genres d'ouvrages, son plaisir de vivre dans le nord et près de l'Escaut, ses 11 livres co-écrits avec Françoise Lison-Leroy, ses thèmes de prédilection, son envie de faire aimer la poésie, etc.


Que conclut Mathieu Gimenez au terme de son analyse ?    "L'œuvre entière de Colette Nys-Mazure est marquée par une volonté farouche de dire ce monde dans ce qu'il a de plus partagé par l'ensemble de ses habitants. Parfaitement unanimiste, son œuvre parle de la singularité et de la pluralité de l'Homme. Cette ambition n'est pas vaine, elle est remarquable. Héritière de Jules Romain, elle propose un ensemble cohérent qui mêle différents genres pour brosser un portrait réaliste du monde. Accordée au vivant, elle était assurément la mieux placée pour accomplir cette tâche qui se devait de respecter le monde dans sa diversité et dans son unité. Il fallait qu'elle ait senti le monde, qu'elle se soit laissée traverser par lui, qu'elle se soit mise à sa place. Parfaitement poreuse à la souffrance comme à la joie, elle pouvait être la poète du vivant. Elle s'est employée à devenir celle qui oserait regarder le réel dans les yeux, non pour le défier ou le fouler aux pieds, mais pour l'accepter et le chevaucher".


Cet ouvrage n'est pas destiné au grand public. Il s'adresse soit aux professeurs de français et spécialistes littéraires, soit aux personnes ayant déjà lu des livres de Colette Nys-Mazure qui méritait cet hommage. C'est une Grande Dame de la littérature belge.

samedi 7 juin 2014

Succès pour le premier roman de Karine Lambert

                                                                    L'immeuble des femmes qui ont renoncé aux hommes                


Le point de départ est expliqué dans le titre du premier roman de l'auteur belge Karine Lambert (photographe de profession) :  "L'immeuble des femmes qui ont renoncé aux hommes". Cet immeuble parisien abrite cinq femmes d'âges différents ayant le cœur brisé par un homme, et bien décidées à ne plus avoir d'homme dans leur vie. Mais Juliette arrive dans l'immeuble et les pousse à se remettre en question... La suite dans le roman qui a déjà été vendu à 12.000 exemplaires et est en cours de réimpression.


Karine Lambert a confié à la presse :   "Je n'ai pas voulu lancer une croisade féministe, mais plutôt un plaidoyer pour l'amour, qui puisse toucher tout le monde et rappeler des souvenirs à mes lecteurs. J'ai envoyé le manuscrit partout en Belgique mais refus, hésitations... Et puis, j'ai tenté Paris et Michel Lafon m'a répondu oui seulement deux jours après avoir reçu le manuscrit. Mon livre vient à peine de sortir en Belgique qu'il est déjà en cours de traduction dans plusieurs pays, comme l'Italie, l'Espagne, la Roumanie et la République tchèque! Le titre interpelle, c'est sûr!  Ce premier roman parle principalement aux femmes. Mais les hommes aussi renoncent parfois à l'amour. Mon prochain roman, que je suis déjà en train d'écrire, racontera le même genre d'histoire, mais d'un point de vue exclusivement masculin".

mercredi 28 mai 2014

11ème Festival International et Marché de la Poésie à Namur

Le 11ème Festival International et Marché de la Poésie se tiendra du 19 au 22 juin 2014 à Namur. Le programme complet se trouve sur www.mplf.be


Parmi les poètes belges invités :


Olivier Dombret :  né à Liège en 1980, il décide d'étudier le sanskrit à l'Université de Liège, tout en explorant divers champs d'expression artistique. Il abandonne ses études trois ans plus tard afin de poursuivre ses recherches sur la thématique du Corps. Ecrivain-poète, performer et musicien, il collabore depuis 2004 aux activités de la Troupe Poétique Nomade de Maelström Réévolution, ce qui lui a permis de présenter son travail à travers l'Europe et aux Etats-Unis. Ses dernières publications sont "Ghost Words" (éditions Maelström) et "Dansent les ombres" (éditions L'Arbre à Paroles).


Charles Ducal :  le poète néerlandophone Charles Ducal a enseigné le néerlandais dans un collège pendant 37 ans avant de prendre sa retraite. Il a écrit six recueils de poésie, rassemblés en 2012 dans "Alsof ik er haast ben" (Comme si j'y étais déjà). Il est aussi l'auteur d'une collection de récits et d'articles sur la littérature et la politique dans des journaux et périodiques. En 2010, il a écrit un essai sur la poésie dans l'enseignement :  "Alle poëzie dateert van vandaag". Le 29 janvier dernier, il a été nommé Poète National Belge pour une durée de deux ans (www.poetenational.be).


Pascal Leclercq :  né à Liège, il privilégie depuis quelques années la collaboration avec des artistes plasticiens, des architectes ou une styliste. Il a traduit plusieurs auteurs italiens. Quelques séjours au Québec lui ont valu de rencontrer l'éditeur des Coups de tête, Michel Vézina, et de publier ses premiers polars. Il a coordonné pendant quatre ans la Nuit de la Poésie de la Foire du Livre de Bruxelles, et anime actuellement les soirées littéraires de l'asbl D'une certaine gaieté à Liège.


Tristan Sautier :   né à Liège en 1966, Tristan Sautier habite aujourd'hui Arlon. Ses dernières parutions sont "Reliefs" (éditions L'Arbre à Paroles), "En terre étrangère" avec Marie-Claire Verdure (éditions L'Arbre à Paroles), "Ressacs (1999-2005)" (éditions A bouche perdue) et "Killed by death" (éditions Le Coudrier).


Tom Van de Voorde :  le poète et traducteur Tom Van de Voorde est né en 1974 et habite à Gand. Il a fait ses débuts en 2008 avec le recueil de poésie "Vliesgevels filter" pour lequel il a été nominé pour le prix Puddingh. En 2013, son deuxième recueil de poèmes "Liefde en aarde" est paru au Centre de la Poésie de Gand, et a été nominé pour le Prix Herman de Coninck, le plus grand prix de poésie en Flandre. Ses poèmes ont été traduits en allemand, anglais, français, croate, slovaque et slovène. Il a traduit la poésie des poètes américains Wallace Stevens et Michael Palmer, et a écrit des essais sur la musique folklorique, les marxistes américains, Madonna, la jeunesse éternelle et la Californie. Il travaille comme programmateur littéraire au palais des Beaux-Arts de Bruxelles.

dimanche 27 avril 2014

Premier roman d'Eric Russon

                                                                  crispationsHR


Journaliste culturel depuis de nombreuses années, présentateur de "50 degrés Nord" sur Arte Belgique, Eric Russon a répondu aux questions de la journaliste Isabelle Monnart à l'occasion de la sortie de son premier roman, "Crispations", aux éditions Lamiroy :


"J'avais envie d'écrire quelque chose que je pourrais avoir envie de lire. Je suis assez attiré par la littérature anglo-saxonne qui va assez vite à l'essentiel. Les personnages sont importants - et dans mon livre, il y en a beaucoup - mais le vrai fil conducteur, c'est l'action. Donc, il faut d'abord une bonne histoire. Si c'est le cas, les personnages vont suivre. Comme dans les bons westerns : on sait à qui on a affaire, on sait plus ou moins où l'histoire va nous mener, et à moi de surprendre les lecteurs.


- Parmi ces Anglo-Saxons, qui sort du lot?
- Ellroy! Et c'est clair que quand je finis un de ces livres, je n'ai pas envie d'écrire! Ce qui me plaît, c'est que, souvent, il invente des personnages complètement fictifs mais qu'il les place dans des faits réels.


- Dans "Crispations", il y a un peu de çà, aussi : des personnages qui ressemblent étrangement à des figures connues, comme un président et une chanteuse?
- Je ne les nomme pas! Le président est déjà un archétype. Quand j'ai écrit ce roman, on était en plein sarkozisme. Sans avoir de sympathie politique pour lui, c'est un personnage! J'avais d'abord imaginé une situation drôle et humiliante pour deux personnages qui vont se retrouver dans une affaire extrêmement embarrassante, multipliée par cinquante parce qu'elle est exposée par la télévision. C'est çà qui m'a amené à me demander qui on pourrait inclure dans cette émission de téléréalité qui a lieu en direct.


- Ca n'aurait pas pu se passer en Belgique?
- Je me suis demandé si je ne me dirigerais pas vers un membre de la famille royale. On s'intéresse à leur côté people mais je ne trouvais pas çà très sexy : je ne suis ni très royaliste, ni monarchiste.


- Ce n'était pas une manière de draguer le lecteur français?
- Non, pas du tout. J'avais envoyé mon manuscrit chez une éditrice en France. Elle m'a dit qu'elle l'avait dévoré mais qu'un personnage comme celui-là, qui lui faisait trop penser au président qu'ils avaient alors, elle ne trouvait pas çà sexy. En plus, je pense qu'au niveau protocole, pour revenir à la Belgique, ce n'était pas possible. J'imagine que si Joëlle Scoriels voulait recevoir un prince ou une princesse sur son plateau, on lui dirait non.


- L'élément déclencheur de l'affaire survient en direct à la télé : un milieu que vous connaissez bien?
- Oui, même si je n'ai jamais présenté ce genre d'émission. Des directs, j'en ai vécu quelques-uns quand j'étais à Télé-Bruxelles. Le direct, j'aime çà parce qu'il y a plus de vérité, plus de stress. Tout est possible. Ce qui m'intéressait, c'est qu'à travers la télévision, aujourd'hui, les gens veulent surtout exister. Or, c'est le cas de tous mes personnages, qu'ils soient dans l'entourage d'un président, d'un animateur télé ou simplement dans leur famille ou leur vie professionnelle.


- Dans votre livre, il y a aussi un indéboulonnable présentateur de télé prénommé Michel?
- Je l'ai choisi parce que c'est quelqu'un qui dure. Aujourd'hui, Drucker n'a plus rien à perdre, ce qui n'est pas du tout le cas de mon personnage. C'est un métier qui peut être addictif, et dont on peut être la victime. Mon modèle, je le connais très peu. Mais mon attachée de presse lui a passé le livre ; ce serait bien de savoir ce qu'il en pense...


- Le titre "Crispations", comment aimeriez-vous qu'on le comprenne?
- Ce n'est pas le titre original. La publication a été très rapide... Pendant quelques mois, le livre a circulé sous le titre "La crampe". C'est Barbara Abel qui m'a dit que si un papier sortait dans lequel on parlait de "La crampe d'Eric Russon", çà faisait un peu... J'avais pensé à tout sauf à çà! Finalement, "Crispations" se rapproche assez bien de mon idée. La crampe originelle, c'est celle que les deux protagonistes du scandale vont connaître - une vraie tétanie - mais ces crispations vont toucher tous les personnages, pour le meilleur ou pour le pire".

mercredi 9 avril 2014

Interview de Geneviève Damas

Geneviève Damas s'est confiée à la revue "Le Carnet et les Instants" que vous pouvez recevoir gratuitement sur simple demande auprès du Service de Promotion des Lettres de la Fédération Wallonie-Bruxelles :

"Comment et quand êtes-vous arrivée à l'écriture?
- Toute petite, ce qui m'intéressait, c'était de faire du théâtre, de jouer des personnages. Aussi j'écrivais des pièces pour mes copines et moi. J'ai notamment adapté "Le gendarme de Saint-Tropez". Adolescente, j'ai également écrit un journal, des poèmes, des trucs. Plus tard, en sortant de l'IAD, je me suis rendu compte que les pièces écrites par les autres ne me satisfaisaient pas. Par exemple, un prof a voulu m'engager, comme comédienne, à jouer un texte de Karl Valentin, mais je n'aime pas Karl Valentin. Je sais qu'il ne faut pas penser ainsi, mais c'est comme çà. Il m'a dit :  "On se voit en septembre?". Je n'ai pas osé dire non, mais je ne l'ai pas recontacté. J'ai compris que si je ne travaillais pas avec un matériau qui me touche, cela n'irait pas. J'ai alors commencé à écrire des adaptations de romans. J'ai notamment transposé "L'invention de la solitude" de Paul Auster, mais les droits m'ont été refusés. Il fallait que je mette 50.000 francs français sur la table avant même le début des discussions. Je n'avais pas cet argent. J'ai fait d'autres adaptations, cela m'amusait beaucoup. Je réécrivais des parties complètes. Ce fut ma manière de pénétrer l'écriture. Au début des années 2000, j'ai écrit une petite pièce de théâtre pour enfants. Elle était trop bavarde, je racontais dix fois la même chose. Mon compagnon l'a lue et m'a conseillé de répondre à un appel à projets de la SACD. Cela marquerait, m'a-t-il dit, le fait que je ne faisais pas que jouer, que j'écrivais aussi. J'ai été sélectionnée. On m'en a demandé un deuxième, et de fil en aiguille, j'en ai écrit d'autres. Je n'avais jamais pensé devenir écrivain, en faire mon métier. Je me rendais simplement compte qu'une journée où j'écrivais me rendait joyeuse. Ensuite est venue la rencontre avec Hubert Nyssen. Il m'a dit que j'avais l'étoffe d'un écrivain et que je devais écrire tous les jours. Je découvrais un territoire inexploré. J'ai écrit une quinzaine de pièces. Comme il faut du temps pour qu'un spectacle soit monté, à un moment, je me suis dit :  pourquoi n'écrirais-je pas des nouvelles? J'ai participé à un atelier d'écriture avec Michel Lambert qui m'a beaucoup apporté. Ensuite, assez naturellement, je suis passée au roman.

- Pourquoi écrivez-vous souvent sous la forme du monologue?  
- Le premier texte de théâtre que j'ai écrit comptait quatre personnages. Puis j'ai mis en scène une pièce où nous étions six. C'était la foire tant au niveau de la disponibilité des comédiens que de l'argent. Aussi j'ai décidé d'écrire un monologue :  cela ne coûterait rien, permettrait de renflouer la compagnie et je me rendrais toujours libre pour jouer.

- Le monologue est aussi la forme que l'on trouve dans vos romans?
- J'ai travaillé dans un théâtre en France et je ne cessais d'entendre :  "Le français n'est pas vraiment ta langue". Le côté maternel de ma famille est flamand, alors certainement qu'il n'est pas totalement ma langue. Mais moi, au théâtre, ce qui m'intéresse, c'est de tordre la langue, d'essayer de comprendre comment elle est parlée, cette langue, notamment par ceux qui n'ont pas le droit de cité en littérature et au théâtre, et de me l'approprier. Le monologue intérieur de mes romans me permet cela aussi.

- Comment naissent vos personnages?
- Ils surgissent de la langue. Ils sont une façon de parler, un rythme, je les découvre en écrivant. Après, je barre, rature, recommence. Je suis lente, je fais, défais, refais. Je ne conçois pas de plan, j'invente ma structure au moment où j'écris. En général, j'ignore où je vais. Quelquefois jaillissent des fulgurances, des choses qui m'apparaissent et je sais qu'elles vont rester telles quelles. Alors je dois remonter, réécrire pour garder la cohérence. Jean-Luc Outers dit très bien :  "Ecrire, c'est faire advenir une histoire qu'on portait au fond de soi et que l'on ignorait". Je pense que c'est çà, écrire.

- Vous commencez "Histoire d'un bonheur" par le monologue d'un personnage antiphatique. Ne prenez-vous pas le risque de perdre le lecteur tout de suite?
- C'est un risque à courir. J'aime beaucoup le personnage d'Anita. J'ai voulu travailler sur les troubles bipolaires, sur le décalage total avec le réel qu'ils provoquent. Quand les sujets sont en phase up, ils se placent en position héroïque, toute puissante, ils reconstruisent le réel. Je trouve le livre de Delphine de Vigan, "Rien ne s'oppose à la nuit", sur la maladie de sa mère, très beau, mais cela reste de l'autofiction. Je voulais aller ailleurs, partir dans la fiction. Dans le premier monologue où Anita est en période maniaque, elle est très sûre d'elle, elle sait comment marche le monde. Cela ne la rend pas très sympathique. En même temps, elle dit de ces choses, des énormités et elle ne s'entend pas les dire. Je trouve cela tellement triste quand elle dit que son chien, en quatre années, lui a apporté plus de joies que sa fille en vingt-huit ans. Elle croit qu'elle contrôle la réalité mais nous, nous entendons un avis d'échec. J'ai aussi voulu écrire sa phase dépressive. C'est le monologue qui clôt le roman. A chaque fois, Anita est dans une image excessive d'elle-même.

- Que saviez-vous de ce livre avant de l'écrire?
- J'ai commencé à écrire l'épisode du chapeau, quand Anita se demande si elle doit porter un chapeau à l'enterrement de sa belle-mère. Puis petit à petit, la bipolarité est arrivée. A un moment donné, j'ai vu que je n'arrivais plus à écrire, je me demandais ce qui se passait, j'ai réinterrogé la structure. Anita était parvenue au terme de ce qu'elle avait à dire. Il fallait la confronter à une autre réalité que la sienne. C'est là qu'ont surgi les monologues des autres personnages.

- Est-ce que l'angoisse est la même à la sortie d'un roman qu'à la veille d'une première?
- Pour une pièce de théâtre que vous avez écrite et qui n'est pas jouée par vous, l'angoisse est d'envoyer les autres au casse-pipe avec un texte raté. Lorsque je suis la seule en scène, en revanche, l'anxiété de la comédienne prime sur celle de l'auteure. Quant à la publication de mon premier roman, je n'avais aucune appréhension : il avait été refusé partout! Il était à la fin de sa vie quand Luce Wilquin l'a accepté. Tout ce qui s'est présenté par la suite a été une véritable surprise. "Histoire d'un bonheur" me tient beaucoup à cœur, même si j'entrevois ses limites, les choses sur lesquelles je pourrais encore progresser. Le Prix des Cinq Continents m'a permis de rencontrer des écrivains incroyables, africains ou haïtiens, des écrivains importants pour moi, comme Danny Laferrière, des écrivains pour qui la littérature ne constitue pas un passe-temps agréable, mais un véritable engagement. Dès lors, pour moi, publier ne peut plus être un acte léger, même si je ne fais pas de mon livre un acte politique, pas du tout.

- Pouvez-vous nous dire quand les nouvelles du recueil "Benny, Samy, Lulu et autres nouvelles" ont été écrites?
- La nouvelle est le premier pied que j'ai posé dans une écriture non dramatique. C'était un saut dans l'inconnu. Au départ, comme je l'ai dit, j'ai participé à un atelier d'écriture avec Michel Lambert. Avant de le rencontrer, je n'avais aucune idée de ce qu'était une nouvelle sauf que c'était plus court qu'un roman. J'ai découvert un genre très dense qui demande beaucoup de concision et un enjeu ciblé. Et en cela, cette écriture est assez proche du théâtre. J'ai appris le plaisir qu'il y a à ne pas tout dire et le travail de la chute. Mais c'est un genre excessivement difficile. A priori, on pourrait croire qu'il nécessite moins de temps qu'un roman mais il n'en est rien. La nouvelle demande de la minutie, c'est quelque chose comme de l'horlogerie, fascinant et épuisant.

- Pourquoi "Histoire d'un bonheur" se déroule-t-il en France et non en Belgique?
- Cela me permet, à moi, de dire que cette histoire n'est pas autobiographique. Je n'avais pas non plus envie d'inscrire la problématique des banlieues, qui est abordée à travers le personnage de Noureddine, dans une perspective wallonne. J'avais peur de faire régionaliste belge ou qu'on se dise que je parle de la Belgique des frères Dardenne. Ce que filment les frères Dardenne ne concerne pas que la Belgique, mais les gens ne peuvent s'empêcher de dire : "En Belgique, il se passe de ces choses...". On m'a beaucoup parlé, à la remise du Prix des Cinq Continents, du problème de l'analphabétisme en Belgique. J'ai essayé de leur expliquer que l'analphabétisme n'était qu'un élément de mon roman, mais pour eux, j'avais soulevé un vrai problème belge... Le roman n'était pourtant pas situé dans un pays en particulier! Comme "Histoire d'un bonheur" a lieu à Lyon, cette lecture biaisée devrait être évitée.

- Est-ce imaginable que ce roman soit porté un jour sur scène?
- Oui, mais il ne le sera pas par moi. Si quelqu'un a envie de le prendre, je le donne avec bonheur. Je suis trop dedans, je ne vois pas ce qu'on peut faire avec des monologues intérieurs. Au théâtre, pour moi, la tension provient de ce qui est dit et de ce qui est tu. Je peux dire, par exemple, à quelqu'un que je l'aime beaucoup et, au fond, ne pas le penser. Dans "Histoire d'un bonheur", les personnages sont tellement dans leur vérité que je ne saurais comment atteindre cette tension dramatique. Le monologue intérieur, c'est le luxe de ce qui n'est jamais entendu. Je dis luxe, parce que pour moi, auteure, cela me permet d'accéder à un autre espace mental que je ne peux pas aborder au théâtre. La parole du monologue intérieur n'est pas une parole naturaliste. Noureddine ne parlerait pas comme çà dans la vie, ce n'est pas sa façon de parler que j'écris. Je décale sa langue. Dans le roman et les nouvelles, je décale une langue. Et dans le décalage, je trouve une autre réalité. J'invente une langue réelle mais qui n'est pas entendue dans la vie".

vendredi 14 mars 2014

"Dans la gueule de la bête" (Armel Job)

                                   
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Hannah est une petite fille aimée de ses parents, vive et joyeuse. Elle vit à Liège, où la famille s'est installée, à la recherche de travail et fuyant la peste qui gangrène l'Europe dans les années 30. Quand la guerre éclate, les rafles commencent, Hannah devient Annette et, dans l'orphelinat où elle est placée, elle ne voit plus que ses parents épisodiquement et doit faire comme s'ils étaient de lointains parents. Mais que comprend-elle au drame qui se joue, aux trahisons, au jeu de dupes des adultes et à ce monde devenu fou? Armel Job reconstruit le décor de l'Occupation et nous incite à nous poser cette question : et moi, qu'aurais-je fait?

A l'occasion de la sortie de ce livre, il s'est confié à la journaliste Isabelle Monnart pour "La Dernière Heure" :

"Pour que je me mette à écrire, il faut que quelque chose me touche. Ce livre n'est en rien un cri d'alerte, une sonnette d'arlarme. Mais en étudiant cette époque, on s'aperçoit qu'il y a des choses assez troublantes par rapport à aujourd'hui. Par exemple, tous ces gens qui ont traqué les Juifs, qui les ont arrêtés, n'avaient aucune idée de ce qui allait arriver à ces personnes. On pensait qu'ils seraient renvoyés d'où ils venaient. La plupart étaient arrivés après les années 30 parce qu'on avait besoin d'eux, parce qu'il y avait du travail. Quand les difficultés se sont présentées, on leur a dit qu'on n'avait plus besoin d'eux. Le climat n'était pas spécialement antisémite, mais il y avait un racisme latent envers ceux qu'on appelait les métèques. C'était un des aspects qui m'intéressaient dans ce livre : comment la situation des Juifs avait été perçue par la population.

- Faut-il être plus préparé et plus armé (sans mauvais jeu de mots) pour écrire un livre sur un sujet comme celui-là?
- Oui, je pense. Il faut être très documenté et, en même temps, faire un travail de romancier. Ce n'est pas un roman historique. Ce qui m'intéressait, c'était de rendre vie à ces gens. Près de 70 ans nous séparent de cette guerre, la plupart des témoins ont disparu ou vont disparaître. Ce moment de l'histoire devient véritablement l'Histoire. On va rationnaliser tout çà, schématiser, en faire une page dans un livre, mais derrière tout cela, il y a des vies. Et c'est là que le romancier est essentiel.

- Pourquoi?
- Parce qu'il peut mettre le doigt sur la situation de ces personnes angoissées, mortes de peur. Mettre le doigt sur ceux qui appartenaient à la Résistance, qui n'étaient pas des héros, qui étaient des gens ordinaires, qui ont du courage mais aussi des faiblesses. Dans mon roman, il y a des délations, des gens qui fléchissent. Trop souvent, on schématise, mais la réalité était drôlement plus complexe. Quand on se replonge dans cette période, on se pose forcément cette question : et moi, qu'aurai-je fait?

- Vous avez construit ce livre presque comme un thriller parce qu'on se demande qui va trahir, qui manigance quoi?
- Je n'ai pas voulu être machiavélique. Il y a une part de technique parce que quand on écrit, on espère quand même capter l'intérêt du lecteur. J'avais le souci de maintenir un certain suspense, mais j'ai çà en moi, parce que j'hésite beaucoup et surtout je regarde vivre mes personnages.

- Vous disiez que ce sujet résonnait en vous. Quelque chose vous lie particulièrement à ce pan de l'histoire?
- Non. Mais si vous parlez avec un Liégeois d'aujourd'hui, si vous lui dites qu'on a traqué des Juifs dans sa ville, il ne vous croira pas. J'ai été étudiant à Liège dans les années 60 et jamais personne n'a fait allusion à çà. J'ai habité dans un quartier où il y avait plein de Juifs pendant la guerre, je parlais avec les commerçants qui avaient connu cette époque. Je pense que les Liégeois peuvent être fiers de leur attitude pendant ces années, ils ont refusé d'aider l'occupant. Quand les gens ont constaté les rafles, ils ont vraiment été solidaires. On a sauvé 80% des enfants et 67% des adultes. C'est énorme, même si tous les morts sont des morts de trop".

Armel Job, "Dans la gueule de la bête", éditions Robert Laffont.

mercredi 5 mars 2014

Actualité de Nathalie Wargnies (mars 2014)



Née en 1970 dans le quartier Saint-Paul à Tournai, Nathalie Wargnies effectue ses études secondaires dans l'option littéraire, et entre en 1988 au Conservatoire Royal de Mons en déclamation et art dramatique. Depuis 1995, elle est professeur au Conservatoire de Musique de Tournai. Elle enseigne également à l'Académie d'Ath. Parallèlement, elle se lance dans l'écriture et la poésie, notamment au sein du cercle littéraire hennuyer "Clair de Luth" (www.clairdeluth.be). Les Editions Chloé des Lys publient deux recueils de ses poésies :   "Déluges et embellies" et "Bruissement d'ailes".

A son agenda pour mars 2014 :

- 22 mars 2014 à 15h :  présentation de "Bruissement d'ailes" à la librairie Decallonne (Grand-Place de Tournai).
- 28 mars 2014 à 20h :  spectacle poétique tiré de son recueil "Bruissement d'ailes" à la bibliothèque d'Antoing.
- 30 mars 2014 de 9h30 à 18h30 :  présence au salon du livre de Bondues (Lille métropole) sur le stand des Editions Chloé des Lys.

Plus d'infos :  www.nathaliewargnies.be

dimanche 23 février 2014

Prix Première 2014 pour "Nos mères" (Antoine Wauters)

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A la Foire du Livre de Bruxelles, l'auteur belge Antoine Wauters a reçu le Prix Première 2014 (d'une valeur de 5.000 euros) pour son roman "Nos mères" qui vient de sortir en janvier aux éditions Verdier. Moi qui le "suis" sur ce blog depuis 2010, je suis vraiment content de voir sa carrière littéraire s'envoler ces derniers mois avec ses deux derniers livres, "Césarine de nuit" et "Nos mères". Et en outre, il est très sympathique. Bravo Antoine!

Ce Prix Première 2014 lui a donné une belle notoriété lors de la Foire du Livre de Bruxelles, où son roman était affiché aux quatre coins de Tour et Taxis et où on faisait la file pour une dédicace. Il a eu droit aussi à de nombreuses interviews, comme celle ci-dessous par Isabelle Monnart pour le journal "La Dernière Heure" :

"Ce livre s'articule en trois parties, dont la première, le récit d'un enfant, s'approche encore fort de la poésie. Vous ne pouvez pas vous en départir tout à fait?
- Je me situe mal sur la question des genres. Dans la première partie, c'est vrai, c'est très poétique. Après, çà se stabilise un peu, parce que çà correspond à l'état d'esprit de ce petit garçon. J'ai besoin que l'écriture soit tonique, que ce soit une forme d'antidote. Ici, déjà, les deux mères ne sont pas au top. Une écriture du côté de la vie, pour moi, c'était important. J'ai essayé de garder l'univers mental d'un petit garçon qui essaie de faire face.

- Les premières pages de "Nos mères" ne sont pas faciles. Vous en êtes conscient?
- C'est vrai que c'est un pari un peu risqué : je savais que les 20 ou les 30 premières pages ne seraient pas évidentes. On ne sait pas qui parle, on ne sait pas ce qu'il vit réellement. Mais çà me semble refléter l'état d'esprit d'un enfant. Chez eux, la vérité et le mensonge se côtoient, leurs rapports à l'espace et au temps sont parfois flous.

- Vous y êtes aussi bien arrivé parce que vous êtes resté proche du gamin que vous étiez?
- Oui, je suis resté un affabulateur. J'ai l'impression que le personnage double tout ce qu'il fait d'un discours. Le fait de mettre des mots sur les choses qui ne sont pas très agréables (la guerre au Liban, l'enfermement dans un grenier, p.ex.), çà rend la réalité tolérable. De mon enfance, j'ai gardé l'habitude de commenter les choses que je fais pour les rendre plus pimentées. Mais j'ai eu une enfance très heureuse.

- D'où cela vous vient-il alors?
- La violence faite aux enfants, c'est quelque chose qui me renverse. On ne sait jamais très bien pourquoi on écrit et je ne sais pas pourquoi ces thèmes-là m'obsèdent. Si je vois, si je sens un gosse très seul, ou devant presque jouer le rôle d'éducateur pour ses parents, je suis infiniment touché. C'est quelque chose qui peut me lancer dans l'écriture d'un texte. Je n'ai pas vécu çà, pas plus que la guerre au Liban, mais nous sommes des papiers buvards, et j'ai peut-être besoin de çà pour m'en libérer.

- Dans la troisième partie, on découvre que Jean Charbel est devenu écrivain?
- Ca me semblait cohérent. Il y a, à la fois, son parcours de vie, qu'on peut lire au premier degré. Et en creux, une réflexion sur la littérature. Je tenais à ce que cet épilogue soit court, pour montrer qu'il avait fait œuvre de résilience, qu'il avait dépassé ses soucis personnels pour s'intéresser à l'autre.

- Dans un premier temps, vous ne dites pas où se déroule se livre : Proche-Orient, pays en guerre,...
- Ca rend le livre un peu universel. Je voulais que çà se passe ailleurs et il se fait que j'ai voyagé au Liban en 2009. Cela m'a laissé des images et des impressions très fortes".
                                      
P.S. Pour plus d'infos sur cet auteur belge, vous pouvez aller sur son blog http://antoinewauters.eklablog.com ou cliquer ci-dessous sur le libellé "Wauters Antoine" pour retrouver mes anciens articles sur lui.

mardi 18 février 2014

Antoine Wauters à la Foire du Livre de Bruxelles

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Né à Liège en 1981, Antoine Wauters est philosophe de formation et co-éditeur de la revue "La Langue Vive". Lauréat du Prix Pyramides 2008, il reçoit la même année le Prix Polak de l'Académie de Langue et de Littérature françaises de Belgique. Il a déjà publié "Os" (éditions Tétras-lyre), "La bouche en quatre" (éditions Le Coudrier), "Debout sur la langue" (éditions Maelströn), "Trois poètes belges" (éditions du Murmure), "Ali si on veut" (éditions Cheyne) " Césarine de nuit" (éditions Cheyne).

La comédienne française Isabelle Nanty a eu un coup de cœur pour "Césarine de nuit" et l'a lu sur scène à plusieurs reprises, notamment à Bruxelles, Paris et Toulouse. La poète Colette Nys-Mazure a confié également :    "Le jeune Belge Antoine Wauters et son conte "Césarine de nuit" est sans doute ma plus récente commotion poétique. Lors des lectures en vue de l'attribution du Prix de la Ville de Tournai, j'ai découvert avec émotion et émerveillement "Césarine de nuit". Un conte d'amour et de mort, de tendresse et de violence, puisamment poétique, qui plonge ses racines dans l'humus des grands mythes de l'humanité. L'écriture est fluide : elle coule de source et adopte une forme de poèmes en prose très cadrés. Les métaphores s'incisent en nos imaginaires et la musique ne nous quitte plus".

Cet automne, "Césarine de nuit" a reçu deux récompenses littéraires :
   - Prix Marcel Thiry 2013 (d'une valeur de 2.500 euros) remis par la Ville de Liège
   - Prix littéraire triennal de la Ville de Tournai 2013 (d'une valeur de 7.500 euros)

En ce début d'année 2014, Antoine Wauters vient de sortir un nouveau roman, "Nos mères", aux éditions Verdier.

lundi 17 février 2014

Vincent Engel à la Foire du Livre de Bruxelles

                                                      Description de cette image, également commentée ci-après
Vincent Engel sera en séance de dédicaces à la Foire du Livre de Bruxelles le dimanche 23 février de 15h à 17h.

"Le mariage de Dominique Hardenne" (éditions J-C Lattès)
Rescapé d'une armée en déroute, Dominique Hardenne veut retrouver son village, ses proches et Nathalie dont il est amoureux. Mais une bombe a tué tous les habitants, figés pour l'éternité. Dominique choisit d'y rester avec ses souvenirs et de travailler la terre, avant de sombrer dans la folie et d'imaginer les morts redevenus vivants.

Ce roman est bien écrit, mais je ne l'ai pas aimé. Il donne le cafard et est triste de la première à la dernière page. Aucun rebondissement dans l'histoire. Je n'ai peut-être pas tout compris mais à part que se retrouver seul au monde n'est pas très gai, je ne vois pas pourquoi ce roman est un "livre visionnaire" ou "une allégorie de notre siècle", comme l'affirme la quatrième de couverture.

dimanche 16 février 2014

Pierre Coran à la Foire du Livre de Bruxelles


     Pierre Coran sera en séance de dédicaces à la Foire du Livre de Bruxelles le samedi 22 février de 14h à 15h30. Né en 1934 à Saint-Denis près de Mons, Eugène Delaisse devient instituteur primaire et sort son premier livre, "Le fiel", en 1959. Il choisit d'écrire sous le nom de Pierre Coran, puis de quitter son métier pour se consacrer entièrement à la littérature de jeunesse (poèmes, romans, etc.). Il sera aussi professeur d'histoire de la littérature au Conservatoire Royal de Mons, et fonde la revue "Le Cyclope" autour de laquelle gravitent un groupe de jeunes auteurs. Pierre Coran a reçu différentes récompenses (comme le Prix Jean de la Fontaine 1979 ou le Grand Prix de Poésie pour la Jeunesse 1989), un immeuble à appartements à Jurbise et une école primaire de Mons portent son nom, il est citoyen d'honneur de la commune de Jurbise (où il habite), il a été nominé pour le Prix Hans Christian Andersen 2009 ("le Prix Nobel de Littérature de Jeunesse") qu'aucun Belge n'a jamais reçu, il a eu droit en 2009 à une rétrospective au Centre de Littérature de Jeunesse de Bruxelles pour ses 50 ans de carrière, etc. Sa bibliographie compte plus de 140 livres. A noter que son fils est également écrivain sous le nom de Carl Norac (C-O-R-A-N dans le désordre).

Voici une interview qu'il avait accordée à la revue "Le Carnet et les Instants" :  http://ecrivainsbelges.blogspot.be/2009/08/interview-de-lauteur-belge-pierre-coran.html

Sa recette pour réussir?  "Il ne faut pas être pressé, il faut durer. Quand un livre sort, même si c'est un succès, je repars à zéro. Et il faut rester libre, ne pas demander de subsides, d'aide. Ca doit être au mérite. J'ai toujours voulu rester indépendant. Mon papa est mort quand j'avais 13 ans. J'ai dû m'assumer. J'avais une maman formidable. Pour elle, que je sois instit était le sommet".

jeudi 13 février 2014

Jan Baetens à la Foire du Livre de Bruxelles

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Le poète et critique littéraire Jan Baetens sera en séance de dédicaces à la Foire du Livre de Bruxelles
le dimanche 23 février de 11h à 12h. Né à Sint-Niklaas en 1957, Jan Baetens est un Flamand qui a fait le choix du français comme langue d'écriture. Professeur à la Katholieke Universiteit van Leuven, il parle néerlandais avec son épouse et son fils. Adolescent, il découvre la littérature française lors d'un séjour chez la tante de son père en Wallonie. Il la lit d'abord en traduction, puis en français. En 1985, Jan Baetens fonde la maison d'édition "Les Impressions Nouvelles" avec son ami Benoît Peeters. En 1996, il sort son premier recueil de poèmes en français. Jan Baetens a reçu le Prix triennal de poésie 2008 de la communauté française pour "Cent fois sur le métier". Et il s'est aussi prononcé pour l'octroi du titre de capitale culturelle européenne 2015 à la ville de Mons.

mercredi 12 février 2014

Patrick Roegiers à la Foire du Livre de Bruxelles

Né à Ixelles, Patrick Roegiers habite aujourd'hui en France, mais beaucoup de ses livres ont un lien Patrick Roegiers avec la Belgique. Il sera en séance de dédicaces à la Foire du Livre de Bruxelles le vendredi 21 février de 15h à 17h et le samedi 22 février de 14h à 18h.

"La Belgique : le roman d'un pays" (éditions Gallimard)
A l'occasion du 175ème anniversaire de l'indépendance de la Belgique en 2005, l'auteur Patrick Roegiers a écrit un livre de 150 pages richement illustré sur l'histoire de notre pays. Il s'adresse au grand public ; les passionnés d'histoire n'apprendront rien et seront déçus. Son récit est divisé en cinq parties :  les débuts (la révolution de 1830, le choix d'un roi, la création du chemin de fer,...) ; le règne de Léopold II avec la colonisation du Congo et la transformation de Bruxelles ; le règne d'Albert Ier et la première guerre mondiale ; l'âge d'or de la Belgique (les grands travaux autoroutiers, l'Exposition Universelle de 1958, le rayonnement international grâce à Tintin, Brel, Simenon, Merckx, Magritte, ...) ; la fédéralisation du pays et les incertitudes sur son avenir. Par rapport aux autres ouvrages de ce type, Patrick Roegiers prend le temps de s'attarder sur la vie culturelle de la Belgique et sur sa façon de vivre.

Laissons maintenant la parole à l'auteur...

Sur la Belgique :   "Vaste comme un mouchoir de poche, longtemps champ de bataille de l'Europe et souvent menacée d'annexion, la Belgique, née en 1830, est une terre de légendes autant qu'un prospère royaume grâce à la colonisation du Congo. Elle est le berceau de peintres fameux (tels Bruegel, Van Eyck ou Rubens) et la terre d'asile d'étrangers illustres comme Hugo ou Baudelaire, alors que s'expatrient ses plus grands créateurs, de Maeterlinck à Verhaeren, Michaux, Simenon, Brel ou Alechinsky. Cette nation, animée par la folie des grandeurs autant que par la hantise de sa propre disparition, est minée dès son origine par le conflit grandissant de deux cultures contraires, et pourtant complémentaires, celle des Flamands et celle des Francophones. La Belgique, qui a frôlé plus d'une fois le chaos, est à présent un Etat fédéral".

Sur le Belge :   "Jovial, bon enfant et bonne fourchette, le Belge a le goût des kermesses et agapes publiques. Il est fidèle à ses traditions mais jaloux de sa liberté. Souffre d'un complexe d'infériorité dû à l'exiguïté du territoire et au climat pluvieux. Mais il est ravi de son accent. Il le distingue du français qui reste une langue adoptive. Joyeux drille, égrillard, roublard et débrouillard, le Belge a la peau dure. C'est un dur à cuire qui a une brique dans le ventre (65% des Belges sont propriétaires de leur logement). Ses défauts sont le déni de l'Histoire, la mauvaise foi, l'absence de mémoire, plus ou moins volontaire, et le repli sur soi. La déglingue générale des institutions accroît son identité flottante. Le Belge est perçu à l'étranger comme hospitalier, honnête, franc, amusant et gai. Les bonnes blagues, la joie de vivre, la bonhomie, la maladresse caractérisent l'occupant de cette contrée que l'affaire Dutroux a changée en royaume de la pédophilie. Et fait oublier que de tous les peuples de l'Union Européenne les Belges sont parmi les plus riches. Frondeur et irrévérencieux, prompt à rire de soi, le Belge est un conformiste original et inclassable qu'incarnent Jean-Claude Vandamme, belgicain type, Toots Thielemans, meilleur harmoniciste du monde, Noël Godin, entarteur gloupomane, et le décapant magazine de télévision Strip-Tease".

Sur notre gastronomie :   "Grâce aux asperges à la flamande, au waterzooi, aux carbonnades, pistolets, péket, fricadelles, tête pressée, américain, pralines, spéculoos, craquelin, cassonade, anguilles au vert, choux de Bruxelles, chicons, jets de houblon, jambon fumé d'Ardenne, fromage de Herve, sirop de Liège, croquettes ou tomates aux crevettes, couques de Dinant (gare aux dents!), la Belgique, pays de la boustifaille, est encensée pour ses mets aux noms enchanteurs, que sont les ramonaches, le kip-kap, les caricoles, le cuberdon, la babelutte, le stoemp et la tarte al'djote de Nivelles".

"La spectaculaire histoire des rois des Belges" (éditions Perrin)
"La spectaculaire histoire des rois des Belges" n'a pas été rédigé par un historien, mais par l'écrivain Patrick Roegiers, auteur de plusieurs romans et essais. Il a divisé son livre en sept chapitres intitulés  "L'avènement de Léopold Ier : l'édification" ,  "Le règne de Léopold II : la glorification" ,  "L'épopée d'Albert Ier : l'héroïsation" , "L'ère de Léopold III : l'abdication" , "L'intermède de Charles : la transition" , "La pérennité de Baudouin : la mortification" et "Le temps d'Albert II : la continuation". Patrick Roegiers présente son ouvrage comme un roman-feuilleton, dans lequel il dresse avec finesse et objectivité le portrait de nos six rois et de notre régent Charles. C'est un bon résumé de l'histoire de la dynastie belge destiné au grand public et la longue bibliographie permettra aux personnes intéressées d'avoir des informations plus précises sur chaque membre de la famille royale. Il faut signaler que Patrick Roegiers ne cite presque aucun nom d'homme ou de femme politique belge.

Voici un extrait consacré au souverain régnant :   "Albert II n'a pas le prestige moral de son frère, mais c'est un formidable et redoutable stratège. Il se sert de sa bonhomie et de sa bonne mine comme d'un bouclier infaillible. Ce n'est pas vraiment un moine, un apôtre apostolique comme son frère, un père modèle ou un mari parfait. Mais il a plus d'un tour dans son sac à malice et met les Belges dans sa poche sans qu'ils s'en rendent compte. Féru de géopolitique et amateur de hors-bord, mordu de géographie et d'histoire, il se sait assis sur une poudrière qui peut exploser à chaque seconde. Et à la frénésie éruptive du quotidien, il répond par une jovialité d'apparat et une bonhomie permanente".

J'ai relevé une quinzaine d'erreurs mineures dans ce livre de 450 pages.

p.41 :  Patrick Roegiers explique que le prince Louis-Philippe (1833-1834) repose toujours actuellement dans le caveau des ducs de Brabant, et non en la crypte royale de Laeken. Faux, il y a été transféré en 1993 (voir "La république du Roi", écrit par Jacques Noterman, spécialiste des cimetières bruxellois).

p. 134 :   "Ses trois filles, désavouées, déshéritées, le traînent en justice".  C'est vrai pour Louise et Stéphanie, mais pas pour Clémentine, princesse Napoléon.

p. 150 :  Lorsqu'il évoque l'accession au trône d'Albert Ier en 1909, l'auteur écrit :  "Albert voit ses enfants, le duc de Brabant et le comte de Flandre, futur roi et futur régent".  Charles ne portait pas encore le titre de comte de Flandre en 1909.

p. 282 :  La fille du prince Charles ne s'appelle pas Evelyne Wybo, mais Isabelle Wybo.

p. 290 :  "Il (Charles) déménage au domaine d'Argenteuil, près de Waterloo".  Cette propriété a certes été attribuée à l'ancien régent, mais il ne s'y est jamais installé. Fin 1950-début 1951, Charles se partage entre l'Hôtel Métropole, Raversijde et la maison du peintre Alfred Bastien.

p. 298 :  La princesse Lilian ne s'est pas inclinée devant la dépouille du prince Charles. Dans ses mémoires, le colonel Guy Weber raconte qu'il a accompagné Léopold III au palais royal et que la princesse Lilian lui avait recommandé de bien veiller sur son époux.

p. 353 :  Fridhem n'est pas le nom de la résidence estivale de Fabiola, jeune fille, mais le nom de la résidence secondaire des parents de la reine Astrid en Suède.

p. 384 :  Albert II n'a pas été opéré d'une hernie discale en 1999, mais en 2000.

p. 388 :  Patrick Roegiers écrit qu'  "Albert II devient pilote d'hélicoptère et d'avion de chasse", mais je n'ai jamais lu qu'il avait suivi une formation à la force aérienne. A vérifier.

p. 403 :  La première sortie de Paola en tant que reine n'est pas l'ouverture d'Europalia Mexique, mais le voyage d'Etat du couple impérial japonais en Belgique début septembre 1993. Albert et Paola les ont accompagnés à Bruxelles, Mons et Anvers.

p. 405 :  La reine Paola n'était pas aux côtés du Roi lors de son discours télévisé de Noël 1999 dans lequel il a évoqué leur crise conjugale. Elle était présente aux discours de Noël 1993 (année de leur accession au trône) et 1997 (à l'occasion des 60 ans de la souveraine).

p. 408 :  Les 175 ans de la monarchie et de la prestation de serment de Léopold Ier n'ont pas eu lieu en 2005, mais en 2006. En 2005, on a fêté les 175 ans de l'indépendance de la Belgique.

p. 409 :  "Le président du parlement flamand déclare que les Belges n'ont plus en commun que l'équipe de football, le Roi et certaines bières".  A l'époque de cette déclaration, Yves Leterme n'était pas président du parlement flamand, mais ministre-président de la région flamande.

dimanche 9 février 2014

Colette Nys-Mazure à la Foire du Livre de Bruxelles

                                                                              Colette Nys-Mazure sera en séance de dédicaces à la Foire du Livre de Bruxelles le jeudi 20 février Colette Nys-Mazure de 14h à 15h, le vendredi 21 février de 15h à 18h, le samedi 22 février de 14h30 à 16h30 et le dimanche 23 février de 11h à 13h.

Colette Nys-Mazure, je l'ai découverte par hasard en zappant dans les années 90 ; elle répondait aux questions de Michèle Cédric dans son émission de la RTBF. Sa personnalité m'avait plu. Quelques années plus tard, j'ai acheté ou emprunté à la bibliothèque plusieurs de ses ouvrages. Ce sont ses leçons de vie, son humanisme, sa douceur, sa sagesse et son optimisme qui m'attirent surtout dans ses écrits. Beaucoup de ses citations me font penser à ma vie ou à celle de mes proches, et me font réfléchir. C'est l'auteur belge que je lis le plus, et dont je vous parle le plus sur ce blog. Ensuite, j'ai eu envie de la rencontrer lors de trois séances de dédicaces (à Tournai La Page, à la librairie Decallonne et à la Foire du Livre de Bruxelles) et, même si ce sont des moments très courts qu'il faut partager avec d'autres lecteurs, j'ai pu constater qu'elle était fidèle à ce qu'elle écrit dans ses livres. Nous avons aussi échangé quelques courriers et mails. Et enfin, en mars 2012, le destin m'a offert un beau cadeau :  en revenant de la Foire du Livre de Bruxelles, un problème technique m'a obligé à changer de train et de ligne, je monte énervé et en retard dans un autre train à la recherche d'une place....et me retrouve à côté de Colette Nys-Mazure! Elle me reconnaît, dépose son livre et a la gentillesse de parler avec moi pendant près de 3/4h. Un beau moment entre un auteur et un lecteur.

Cliquez ci-dessous sur "Nys-Mazure Colette" pour retrouver les 19 autres articles consacrés à cette Grande Dame de la littérature belge qui mériterait d'être plus connue.

samedi 8 février 2014

Armel Job à la Foire du Livre de Bruxelles

                                                                  Armel Job

Armel Job sera en séance de dédicaces à la Foire du Livre de Bruxelles le samedi 22 février 2014 de 11h30 à 16h. J'ai lu un de ses romans, "Helena Vannek".

"Helena Vanek" (éditions Memor)
Né en 1948, l'écrivain belge Armel Job a effectué sa carrière dans l'enseignement et a commencé à être publié en 1995. Son roman "Helena Vannek" a obtenu le Prix Rossel des Jeunes 2002, le Grand Prix Littéraire France/Wallonie-Bruxelles 2002 et le Prix des Lycéens 2003.

Dans la  première partie, Helena Vannek ("une accidentée de la vie"  selon Armel Job) nous raconte sa jeunesse dans un village de Flandre, peu de temps avant la deuxième guerre mondiale. Après le décès de leur mère, Helena, son frère Tobie et sa sœur Mieke restent avec leur père Théo, un marchand de chevaux de trait discret, autoritaire et respecté. Helena est institutrice. Afin de distraire son fils qui ne parvient pas à faire le deuil de sa maman, Théo engage Guido, un mystérieux apprenti n'aimant pas parler de sa famille et de son passé. Les deux jeunes hommes deviennent vite inséparables. Helena nous raconte son amour pour Guido et nous montre l'influence des Jeunesses Hitlériennes dans notre pays à cette époque. Suite à l'accident de Tobie dont il se sent responsable, Guido quitte la famille Vannek et rejoint le port d'Anvers, où il souhaite être engagé sur un bateau. Helena l'accompagne et tente en vain de l'en dissuader. Une lettre de Guido laissée à Théo, remplie de sous-entendus ambigus, fait croire à la jeune femme que Guido est le fils caché de son père et est amoureux d'elle...

La deuxième partie de ce roman a été écrite, trente ans plus tard à Liège, par Raoul, le fils d'Helena Vannek. Après le décès de sa mère, il est bouleversé par le récit autobiographique qu'elle avait confié à son médecin et que nous avons pu lire dans la première partie. Raoul découvre l'histoire de sa famille maternelle :    "Je ressassai les révélations du cahier L'Ecolier. J'avais maintenant un oncle Tobie mort avant que j'en ai appris l'existence, un autre Guido encore en vie peut-être. Ma tante Mieke, dont mes sœurs et moi nous étions promis de rechercher l'adresse, m'apparaissait si vivante, si séduisante, malgré l'animosité de ma mère, que j'en avais presque un faible pour elle. Mis à part ses funérailles en Flandre, je n'avais pratiquement aucun souvenir de mon grand-père Théo ; et voilà qu'il surgissait d'entre les morts sous le masque hiératique d'un patriarche redoutable. Evidemment, ma mère, surtout, me fascinait : l'exaltation à fleur de peau, donnant tête baissée dans la fatalité. Elle n'avait pas épousé l'homme qu'elle aimait mais mon père".

Afin de connaître toute la vérité, Raoul rencontre sa tante Mieke au Canada. Les rebondissements inattendus se multiplient et rendent la fin du roman passionnnante. En écho à la dernière phrase du récit d'Helena ("A quoi bon se fatiguer à retenir une vie inutile?"), Raoul écrit :   "La tristesse absurde de son existence entière me submergea (...) Sa vie, faute d'être heureuse, aurait été tragique, ce qui laissait grandeur et beauté".  Au terme de ce roman très bien rédigé, je garderai d'Helena Vannek le souvenir d'une vie gâchée par les ambiguïtés d'une lettre.

vendredi 7 février 2014

Jacques Mercier à la Foire du Livre de Bruxelles

Photo de couverture

Jacques Mercier sera en séance de dédicaces à la Foire du Livre de Bruxelles le samedi 22 février 2014 de 14h30 à 16h30. Et par expérience, je peux vous dire qu'il est très accessible et sympathique! N'hésitez pas à aller le rencontrer! J'ai lu un de ses essais et un de ses romans (voir compte-rendus ci-dessous).

"Un équilibre fragile" (éditions Racine)
Né à Mouscron en 1943, Jacques Mercier est un homme polyvalent. Journaliste de formation, il a animé de nombreuses émissions populaires de radio et de télévision sur la RTBF ("Dimanche Musique", "Musique au petit-déjeuner", "Le jeu des dictionnaires", "Forts en tête", etc.), il tient une rubrique quotidienne "Monsieur Dico" dans le journal "La Libre Belgique" depuis plusieurs années, il est l'auteur de romans, d'essais mais aussi de livres pour enfants.

"Un équilibre fragile" raconte l'histoire de Gustave, un écrivain trentenaire connaissant le succès et élu précocement à l'Académie. Secondé par son assistant Gilles, il est emporté par les nombreuses obligations de sa carrière littéraire qui l'ennuient :  interviews, conférences, séances de dédicaces ou négociations de contrats. Il leur préfère le travail d'écriture.

Jusqu'à la page 134, on suit Gustave qui tente de concilier sa carrière, son amour pour Charlotte et...ses infidélités. Ce passage traduit son état d'esprit :   "Notre couple est à l'image d'un tricot de ma grand-mère. En jouant, j'avais heurté l'ouvrage et l'aiguille avait glissé, relâchant tous les points. Le travail avait encore l'air d'être structuré, mais il pouvait se désarticuler au moindre mouvement. L'envie de liberté monte en moi, grossit en rejetant toutes les objections, ne les relevant plus".

Après le divorce de Gustave et Charlotte, aucun élément nouveau n'apparaît jusqu'à la fin du récit devenu monotone et répétitif. On continue de suivre Gustave entre ses activités littéraires et les femmes qu'il rencontre. Mais il faut féliciter Jacques Mercier, un passionné de la langue française, pour l'excellent travail d'écriture, marqué par de fréquents flash-backs dans le passé de Gustave.

Je laisse la conclusion à l'auteur qui résume assez bien le roman :
"Quand je suis moi-même et me fie à mes intuitions (ou mon instinct qui est inné, irréfléchi, animal, spontané?), je réussis ma vie professionnelle mais pas ma vie amoureuse. L'échec avec Charlotte est d'autant plus douloureux que mes succès littéraires foisonnent en parallèle. Ces deux pans de ma vie relèvent de la même énergie, il me semble y consacrer autant de temps et j'en conclus que s'engager totalement dans deux entreprises est impossible (...) La compréhension que j'ai de l'amour n'est pas aussi claire que celle que j'ai de la création".

"Belges en France" (éditions Racine)
Auteur d'une trentaine d'ouvrages (essais, poèmes, romans, etc.), l'écrivain et animateur Jacques Mercier a choisi en 2006 de s'intéresser aux Belges vivant ou/et travaillant en France dans tous les domaines. Le premier chapitre est consacré à la décennie prodigieuse du cinéma belge :

"Depuis dix ans, les Belges s'imposent dans le palmarès du Festival de Cannes! C'est probablement la partie la plus visible de la présence belge en France. Faisons un rapide bilan : deux Palmes d'or des frères Luc et Jean-Pierre Dardenne. En 1999, ils reçoivent la Palme pour "Rosetta", et en 2005, ils la reçoivent une deuxième fois pour "L'enfant" ; quatre prix d'interprétation :  Pascal Duquenne, qui partage son prix avec Daniel Auteuil, en 1996, pour le film "Le huitième jour" de Jaco Van Dormael, Natacha Régnier avec Elodie Bouchez, en 1998 pour le film "La vie rêvée des anges", Emilie Dequenne en 1999 pour son interprétation dans "Rosetta" et Olivier Gourmet, en 2002, pour sa prestation dans "Le fils" des frères Dardenne. Pour demeurer dans cette sphère du Festival de Cannes, une des plus belles vitrines du cinéma mondial, ajoutons que Cécile de France fut une magnifique maîtresse de cérémonie de la remise des Palmes du Festival de 2005. On se doit également de citer dans ce mouvement, ce tourbillon cannois la révélation de Benoît Poelvoorde en 1992 dans "C'est arrivé près de chez vous" de Rémy Belvaux".   Sans oublier Jean-Claude Van Damme, l'acteur belge le plus connu à travers le monde...

Jacques Mercier nous raconte ensuite le parcours de Belges ayant réussi à Paris à la télévision (Christine Ockrent, Olivier Minne, Paul Germain, Maureen Dor, Virgine Efira, ...), dans le spectacle (André Lamy, Frédéric Flamand, les Frères Taloche, Annie Cordy, Salvatore Adamo, Frédéric François, Maurane, Axelle Red, mais aussi la jeune génération représentée par Virgine Hocq, dEUS, Jonathan Cerrada, Saule et les Pleureurs,...), le jazz (Toots Thielemans, Marc Moulin, Eric Legnini, ...), la musique classique (Gérard Mortier, Bernard Foccroulle, Pierre Bartholomée, José Van Dam,...), la littérature (Françoise Mallet-Joris, Jacqueline Harpman, Amélie Nothomb, Nadine Monfils, François Weyergans, Pierre Mertens, Henry Bauchau, ...), la bande dessinée (Tibet, Raoul Cauvin, François Schuiten, Philippe Geluck,...), l'art contemporain (Panamarenko, Pierre Alechinsky, Wim Delvoye, Olivier Strebelle, Jan Fabre,...), les affaires (Albert Frère, Etienne Davignon,...), le sport (Eddy Merckx, Tom Boonen, Kim Clijsters, Justine Henin, Jacques Rogge, Jean-Michel Saive, ...).

L'auteur évoque également nos stylistes :    "Dans les années 50, les maisons de couture belges proposaient surtout des créations parisiennes. Ces maisons achetaient soit des modèles confectionnés, soit des patrons qu'elles repoduisaient dans d'autres tissus. Aujourd'hui, les écoles des Beaux-Arts d'Anvers ou de La Cambre sont une source de nouveaux talents. Parmi eux, Jose Enrique Ona Selfa, diplômé de La Cambre, qui signe la collection de la maison Loewe. Olivier Theyskens, dont Madonna portait une robe pour la cérémonie des Oscars, et crée, depuis 2003, les collections de la maison Rochas. Depuis les années 80, la bande des Six d'Anvers a fait du chemin. Lorsqu'ils étaient des étudiants inconnus, ils ont ensemble présenté leurs créations à Londres, au célèbre British Designer Show, et furent la révélation du salon. D'autres grandes maisons de couture belges proposent leurs créations à Paris :  Gérald Watelet, Pierre Gauthier, Yves Dooms, Olivier Strelli ou Pascale Kervan, spécialisée dans les vêtements de cérémonie. Mais la mode belge, ce sont aussi les accessoires :  le célèbre maroquinier Delvaux ou les chapeaux d'Elvis Pompilio et Christophe Coppens".  Il faut aussi mentionner le couturier Edouard Vermeulen et la modiste Fabienne Delvigne qui travaillent pour les familles royales de Belgique, Luxembourg, Pays-Bas et Suède!

Jacques Mercier termine par un hommage à Sœur Emmanuelle (née en 1908 à Bruxelles) qui a terminé sa vie dans une maison de retraite du sud de la France. Son association aide plus de 50.000 enfants démunis à travers le monde.

Ce livre m'a fait découvrir de nombreuses personnalités méconnues et a renforcé ma fierté d'être belge. Petite par la taille, la Belgique possède un remarquable patrimoine architectural, de beaux endroits verdoyants, une vie associative très importante, de très nombreux talents et un folklore désormais reconnu par l'Unesco. Notre pays multiculturel accueille également plusieurs institutions européennes, dont les fonctionnaires et les diplomates font vivre notre économie et découvrent notre culture et notre sens de la fête. Vive la Belgique! Leve België!

jeudi 6 février 2014

Alain Bertrand à la Foire du Livre de Bruxelles

                                                                                          

Alain Bertrand sera en séance de dédicaces à la Foire du Livre de Bruxelles le samedi 22 février 2014 de 14h à 15h. Voici ci-dessous le compte-rendu d'un de ses romans que j'ai lu.

"Le lait de la terre" (éditions Weyrich)
L'écrivain belge Alain Bertrand habite et enseigne à Bastogne. Il est l'auteur d'une dizaine d'ouvrages, dont un essai sur Simenon. Dans "Le lait de la terre", il nous raconte l'histoire de Charles, un professeur, qui quitte Bruxelles pour vivre dans un village d'Ardenne où il espère naïvement trouver le calme et le bon air.

Charles y fait la connaissance d'un monde rural confronté à la crise de l'agriculture, aux normes européennes et au prix du lait peu favorable aux fermiers. Parmi ceux-ci, la belle Irène retient son attention :   "L'amour, Charles n'en connaît pas plus le mode d'emploi que celui de la machine à laver, et si sa belle paysanne lui a laissé des arômes de feuille morte et le toucher de sa chair rousse, il n'a pas osé, il n'a pas pu, il n'a pas eu la force de l'arracher à son christ en marcel, de l'entraîner au-dessus du plancher des vaches, de la basse-cour fienteuse, de l'Ardenne secouée de vent, jusqu'à la couche monumentale des nuages, là où les âmes succombent à toutes les tentations sous l'œil échauffé du soleil".

"Le lait de la terre" est un roman de terroir bien écrit, avec humour et une pointe d'Orval, qui me fait penser au style d'Armel Job et de René Henoumont. On ressent que l'auteur aime profondément son Ardenne. Voici sa belle description de la Gaume :

"La Gaume est une fille de joie adossée à l'Ardenne boisée. Elle a de jolies feuilles de vigne et tend ses collines vers le sud, en agitant un drapeau bleu, blanc, rouge. Le genou troussé, un talon à plat contre l'écorce, la belle a la cuisse tiédie par un soleil qui cligne de l'œil tous les jours de l'année. Juste à côté, en Ardenne, il pleut comme vache qui pisse en toute saison, et même la nuit, même l'hiver, même au cours des messes de mariage. Affaire de microclimat, susurre l'office de tourisme de Virton. Autant vérifier sur place s'il y a des mirabelles, des orchidées, et puis des cigales qui déroulent des chansons d'amour provençal... Le prospectus touristique dévoile une jeune femme sans minceurs inutiles, les joues en forme de pommes, la gorge imitant une cuesta - front abrupt et versant en pente douce - la lèvre rincée au cidre. Le verre prêt à être choqué, clin d'œil vers le spectateur, semble une incitation à la villégiature intime".

mercredi 5 février 2014

Michel Carly à la Foire du Livre de Bruxelles

Michel Carly  Né en 1947, Michel Carly est un universitaire belge, scénariste et biographe de Simenon. Il vient aussi d'écrire un ouvrage sur le peintre belge René Magritte (voir compte-rendu ci-dessous). Il sera en séance de dédicaces à la Foire du Livre de Bruxelles le samedi 22 février 2014 de 15h30 à 17h.

"La Belgique de Magritte" (éditions Weyrich)
Grâce à cet ouvrage bien documenté et joliment illustré, nous suivons les traces du peintre belge René Magritte. Tout commence dans la province du Hainaut :  il naît à Lessines en 1898, mais ses parents reviennent en 1900 à Gilly auprès de la famille maternelle. Leur implantation en 1904 dans un quartier bourgeois de Châtelet symbolise la réussite du père de René dans les affaires (bureau d'assurances et représentant commercial notamment). Son enfance n'est pas heureuse et l'atmosphère familiale est pesante entre une mère dépressive et un père absent et hautain. A Châtelet, René joue avec les enfants du quartier, prend ses premiers cours de dessin et se passionne pour Fantômas. En 1912, sa mère se suicide en se jetant dans la Sambre. Son père dilapide ensuite ses avoirs en spéculations et en jouant aux courses.

En 1916, René s'installe dans la capitale et entame ses études à l'Académie des Beaux-Arts de Bruxelles, notamment auprès du peintre Constant Montald et de l'écrivain Georges Eekhoud. Il épouse Georgette Berger (fille d'un boucher de Marcinelle) en 1922 civilement à la commune de Saint-Josse et religieusement à l'église Sainte-Marie. Leur union sera heureuse.

A Bruxelles, on retrouve René au café "A l'enseigne de la fleur en papier doré" (non loin de l'Académie des Beaux-Arts) et à "Le Cirio", une brasserie Art Nouveau où se déroulaient les réunions du groupe surréaliste de Bruxelles dans la seconde moitié des années 20. C'est là qu'il rencontre un de ses meilleurs amis :  le poète Jean Scutenaire, natif d'Ollignies (près de Lessines). En 1928, René peint plus de 100 toiles et expose ses œuvres à la galerie L'Epoque à Bruxelles. L'année suivante, il séjourne à Cadaqués (Espagne) chez Salvador Dali.

René expose, pour la première fois, au palais des Beaux-Arts de Bruxelles en 1931. En 1939, il dessine, pour le Comité de Vigilance des Intellectuels Antifascistes, une affiche intitulée "Le vrai visage de Rex", qui représente Degrelle et Hitler. Dans les années 40, son style change ; il adopte une palette et une technique impressionnistes. Les expositions se multiplient :   Paris, Bruxelles, New York, Rome, Venise, Dallas, Londres, etc. Il réalise 8 toiles pour la décoration du casino de Knokke, et une peinture murale pour le palais des Congrès de Bruxelles et le palais des Beaux-Arts de Charleroi.

Sur le plan privé, les époux Magritte mènent une vie simple et déménagent plusieurs fois :  à la rue Esseghem à Jette de 1930 à 1954 (période la plus créatrice du peintre), au boulevard Lambermont à Schaerbeek de 1954 à 1957, et enfin dans le quartier cossu de la rue des Mimosas à Schaerbeek de 1957 à son décès en 1967. Ils sont inhumés au cimetière de Schaerbeek.

Le Musée René Magritte est inauguré en 2009 sur la place Royale en plein centre de Bruxelles, et présente plus de 200 œuvres de l'artiste belge.