mercredi 8 juillet 2015

"Dieu au vif" (Colette Nys-Mazure)

                                                 


La collection "Grands Témoins" a pour objectif d'accueillir des hommes et des femmes qui dévoilent leur itinéraire spirituel. La foi de Colette Nys-Mazure transparaît ici et là dans beaucoup de ses livres, mais elle ne s'était jamais autant confiée sur son itinéraire de chrétienne. Elle était d'ailleurs réticente au début :   "Ce qui se joue entre Dieu et chacun de nous ne relève du regard de personne (...) Je supporte mal notre ère d'  "intimité surexposée", selon l'expression du sociologue Serge Tisseron".


Colette Nys-Mazure revient d'abord sur son enfance, la deuxième guerre mondiale, le décès de ses parents et la rencontre avec Mère Marie-Tarcisius. Elle confie :  "La seule chose à ajouter à ce chapitre premier de l'aventure d'une vie, c'est le fait de n'avoir jamais imputé à Dieu le malheur qui nous était arrivé. Nous avons grandi tous trois dans une famille élargie, profondément chrétienne, ébranlée par ce double drame sans jamais se révolter :  c'était le malheur d'un accident de la route et celui d'une maladie aggravée par les circonstances tragiques. La spiritualité dont Mère Marie-Tarcisius m'a ouvert le chemin ne part pas de la rebellion. Elle puise dans une nappe phréatique préparée depuis des générations par des hommes et des femmes réellement croyants".


Dans la deuxième partie, Colette explique son amour de la lecture, de l'écriture et du partage autour de l'écrit ("Dieu n'est pas extérieur au parcours humain et artistique que je viens d'esquisser. Au contraire, il en est le sens et la source").  Elle confie ensuite :


"Etre d'église, c'est être de l'assemblée des croyants. Oui mais comme je suis mal à l'aise parmi les ors, les pompes et l'encens à volonté!  Et face à la hiérarchie résolument masculine, à l'exercice d'un pouvoir (...) Cependant, l'Eglise m'est simultanément apparue comme une famille élargie et, comme toute famille, dotée de personnes affectueuses, joyeuses, dont on recherche la présence, et d'autres dont on a secrètement honte, tout en se sachant soi-même peu recommandable".


L'auteur est proche de la communauté de Taizé dont son frère médecin fait partie :  "Sur la colline, je respire l'air de l'Evangile :  la simplicité du cœur et de la vie, le temps de la prière, du chant et du silence, la réconciliation, la beauté sous toutes ses formes. Lorsque m'accablent ma faiblesse et celle des autres, je vais y reprendre âme".


Elle donne aussi son avis sur les affaires de pédophilie :  "On fait à juste titre le procès des prêtres pédophiles. La question est trop grave pour qu'on la réduise à une seule catégorie de personnes ; elle doit être appréhendée dans son ampleur. Le premier terrain de l'inceste est souvent la famille elle-même ; certains milieux sportifs ou artistiques ont leur quota de déviants. L'anticléricalisme primaire cherche en l'Eglise un bouc émissaire et attribue naïvement l'attirance pédophile au seul célibat ecclésiastique".


Plus loin, elle revient sur le célibat :   "Si je désire que le célibat des prêtres relève d'un choix et non d'une obligation, ce n'est pas parce que je crois le célibat impossible à tenir, mais parce qu'il n'est pas donné à tous de pouvoir le vivre joyeusement. Pas plus que tous les êtres humains ne sont faits pour le mariage".


Colette conclut ce livre personnel, touchant et spirituel par ces mots :   "Je table sur une Eglise qui avoue ses erreurs tout en avançant sous le souffle de l'Esprit et je mets mon espoir en un pape François, résolu à la simplicité, à la fraternité. J'aspire à ce que les femmes soient reconnues selon leurs dons spécifiques dans une Eglise délivrée de son sexisme frileux. Je suis convaincue qu'elles métamorphoseront une assemblée cléricale en un espace convivial où l'inspiration de la jeunesse ne sera pas étouffée par la hiérarchie. J'espère en la Beauté, cet autre nom de Dieu. Dieu au vif".

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