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mercredi 2 février 2022

"Manger Bambi" (Caroline De Mulder)

                                 

A l'occasion de la sortie de son roman "Manger Bambi", Caroline De Mulder (née en 1976 à Gand) a répondu aux questions des journaux du groupe "L'Avenir" :

"Pourquoi vous êtes-vous intéressée à une adolescente comme Bambi ?

- J'avais envie de parler de la violence féminine qui est un sujet tabou. La taire, c'est priver les femmes d'une partie de leur humanité. J'ai choisi celle des gangs de filles qui est un phénomène très actuel. Et je voulais une fille qui se défende, c'est pourquoi Bambi est forte et ne se laisse pas faire, même si elle fait beaucoup d'erreurs, s'en prend aux mauvaises personnes, a un problème de perception par rapport à ce qui l'entoure. Pourtant, je l'aime bien.

- Vous ne craignez pas que le lecteur la rejette ?

- Je n'ai pas voulu créer un personnage que le lecteur aime mais qu'il ait envie de suivre. Je ne veux pas susciter de la sympathie, mais une certaine forme d'empathie. Bambi est assoiffée de tendresse mais évolue dans un monde très dur.

- On peut la comprendre ?

- Je peux la comprendre, mais je ne l'approuve pas. Elle est confrontée à la violence d'un univers sans repères, sans morale, où règnent le bling-bling, le pognon, et on ne lui a jamais fait voir le monde sous un angle différent. Elle est pourtant consciente du mal, ça la travaille, elle n'est pas dépourvue de morale, elle en recherche.

- La langue des filles est extrêmement codée ?

- Elle est constitutive de l'univers des personnages. La manière de parler révèle une manière de penser et d'être. La langue, c'est non seulement un vocabulaire, un niveau de langage, mais aussi un certain rythme, des images, des expressions. J'ai voulu exprimer la poésie de cette langue ado, argotique, populaire. J'ai essayé de trouver cette poésie du bitume très très brute. Ce travail a été passionnant et jubilatoire.

- Comment êtes-vous arrivée à une telle justesse ?

- Le travail sur la langue est assez semblable à celui sur le fond. Je prends une tranche de réalité et j'en fais autre chose. J'ai écouté cette langue, je l'ai étudiée, je m'y suis plongée et je l'ai sublimée dans ma fiction pour que cela sonne juste. Elle est très savoureuse, elle est d'une incroyable inventivité, et la difficulté était de ne pas en rajouter. J'ai essayé de faire une belle histoire.

- Que signifie le titre, "Manger Bambi" ?

- Il se réfère à la consommation omniprésente dans le livre, à la fois liée au consumérisme et d'ordre sexuel. C'est une forme de renversement ironique, ce jeune être est sur le point d'être consommé, consumé". 

mercredi 8 mars 2017

"Calcaire" (Caroline De Mulder)

Née en 1976 à Gand, Caroline De Mulder a grandi dans la région de Mouscron, avant de vivre à Paris, tout en enseignant aux Facultés Universitaires de Namur. Son premier roman, "Ego Tango", a reçu le Prix Rossel 2010.

Son dernier roman, "Calcaire", raconte l'histoire de Franck Doornen (un flic amoché par un AVC à la recherche de la jeune prostituée qu'il aime), et d'un entrepreneur véreux qui stocke des déchets dans les carrières calcaires qui truffent le sous-sol de la région entre Riemst et Maastricht.

Caroline De Mulder a confié à la presse :   "Je préfère qu'on parle de roman noir plutôt que de polar. J'avais envie d'écrire ce type de roman mais avec une attention particulière au style. Il y a 88 chapitres, nombre qui est un des symboles des néonazis. Je ne pense pas que ce soit réellement une histoire très noire. Finalement, c'est plutôt gentil et çà ne se termine pas si mal que çà... Je n'ai d'ailleurs pas travaillé ce texte différemment de mes précédents romans. La structure est importante, il faut que l'intrigue, quelle qu'elle soit, se tienne. Mon éditeur Actes Sud m'a d'ailleurs laissé le choix quant à la collection. J'aimais l'idée d'élargir ma palette en intégrant Actes Noirs.

La Belgique, je connais bien, même si ici, l'ancrage est plus frontalier que réellement belge ou flamand. Nous sommes dans une campagne assez rude, près de Maastricht, une plaque tournante de la drogue. Mes personnages sont aussi un peu aux frontières d'eux-mêmes. En Flandre, la droite correcte a repris le discours des extrémistes. Quant aux déchets, le problème existe, mon "roi des ordures" est calqué sur un personnage réel. J'ai beaucoup lu sur le sujet. Dans mon roman, on peut dire que le déchet est à la fois une réalité sociale, un décor et une image qui reflète la réalité intérieure des personnages, matérialise les secrets sales de leur âme".

Cliquez ci-dessous sur "De Mulder Caroline" pour retrouver mes autres articles consacrés à cet auteur belge.

samedi 13 septembre 2014

"Bye Bye Elvis" de Caroline de Mulder

                                                               Bye Bye Elvis


Paru aux éditions Actes Sud,  "Bye Bye Elvis" est le nouveau roman de l'auteur belge Caroline de Mulder dont je vous ai déjà parlé. Née à Gand, elle a grandi à Mouscron et est aujourd'hui professeur à Namur. Dans ce roman, elle se demande ce que serait devenu Elvis s'il n'était pas mort en 1977...


Caroline de Mulder a répondu aux questions de la journaliste Isabelle Monnart pour "La Dernière Heure" :


"Vous ne vous êtes permis aucune entorse?
- Si, quelques-unes et de manière volontaire : j'ai condensé plusieurs éléments de sa vie en une seule scène parce que c'était plus expressif et parce que, pour moi, ce qui compte, c'est la vérité des personnes que je décris.


- Tout le chagrin et la noirceur que vous lui prêtez, on l'a mesurée pour de bon, chez Elvis?
- On dispose quand même d'un certain nombre d'éléments. Tous ceux qui l'ont entouré y sont allés de leur témoignage, même si les principaux acteurs aiment se donner un beau rôle. Je suis partie de ses mots, des phrases qu'il a dites. Il ne faut pas tant d'imagination que çà pour déduire qui il était.


- Et puis, il y a l'autre histoire, dans laquelle on entre en se demandant un peu ce qu'elle vient faire là?
- En réalité, je voulais d'abord n'écrire que l'histoire de John White, qui est la possibilité fictive, d'un Elvis vieux. Elvis qui aurait, en 1977, disparu plutôt que de mourir. D'ailleurs, quand il est mort, les gens ne voulaient pas y croire : on a prétendu qu'il avait quitté une vie qui lui était devenue insupportable. Il en reste qui pensent toujours çà aujourd'hui. Donc, c'était très amusant d'essayer d'imaginer ce qu'il serait devenu...vieux.


- Il aurait eu 80 ans cet hiver?
- Oui. Et c'est mission impossible de l'imaginer vieux si on ne le connaît pas jeune, adolescent, ce qu'il a dit, ce qu'il a fait, son rapport aux femmes et à la mère. Je ne suis pas sûre que les choses qui étaient là à 40 ans auraient disparu à 60 ou 80. Donc ces deux histoires (l'évocation et la fiction pure) prennent sens l'une par rapport à l'autre.


- Au départ, en vous lisant, on a du mal à imaginer que vous ayez osé.
- Moi, çà me paraissait évident que les gens feraient le lien tout de suite. Mais mon éditeur m'a dit qu'au départ, il avait compris, puis qu'il l'avait oublié au fil de sa lecture et que le redécouvrir à la fin était un plus. Il m'a demandé d'éliminer les indices trop évidents.


- Vous avez grandi avec Elvis? C'est ce qui vous a donné envie de l'imaginer vieux?
- Non, je suis partie de deux choses. D'abord, tous les ans, il y a des personnes adultes qui disparaissent parce qu'elles fuient, qu'elles veulent changer de vie. Une sorte de suicide social. Et puis, la deuxième idée, c'est que çà pourrait ou aurait pu être le cas de quelqu'un de célèbre. Au croisement de ces deux idées-là, il y avait Elvis qui était un personnage en or.


- C'est aussi un roman sur la gloire et ses travers?
- Oui, bien sûr. La grande gloire broie les êtres qui sont trop fragiles pour elle. Et la plupart des êtres sont trop fragiles pour une gloire comme çà, qui est une sorte d'amour des foules qui vous dévore. En çà, elle devient destructrice.


- Cette folie-là, elle existe encore?
- Je pense que le mécanisme de l'adoration des foules, il est très contemporain. Mon livre se passe dans les années 50 et 60 mais, oui, je pense que çà existe encore.


- La différence, c'est que cet amour-là a duré longtemps?
- Oui parce qu'il s'est transformé beaucoup. Il a été le symbole de la révolte, de la libération sexuelle. Ensuite, çà a été le petit soldat. Puis, c'est devenu le rêve américain, le gars parti de rien qui devient une star, puis le cauchemar avec un Elvis qui a commencé à se déliter sous la pression de sa propre image. Avec le concert de 1968, on a l'impression qu'il jouait sa peau".


Voici la bande-annonce du roman :   www.youtube.com/watch?v=8f4a8Vv1x8E


Et en cliquant ci-dessous sur "De Mulder Caroline", vous retrouverez mes autres articles sur cet auteur belge.

samedi 2 mars 2013

43ème Foire du Livre de Bruxelles

La 43ème Foire du Livre de Bruxelles se tiendra du 7 au 11 mars 2013 sur le site de Tour&Taxis. Quelques chiffres :  17.500 m2, 925 auteurs, 1.030 éditeurs, 225 événements et 70.000 visiteurs l'an dernier. Il serait exhaustif de citer ici toutes les animations et séances de dédicaces (pour plus d'infos : www.flb.be), mais voici quelques écrivains belges dont je vous ai déjà parlé et qui seront présents à la Foire du Livre de Bruxelles :   Franck Andriat, Alain Berenboom, Francis Dannemark, Caroline De Mulder, Xavier Deutsch, François Emmanuel, Vincent Engel, Jacques Goyens, Armel Job, Stéphane Lambert, Amélie Nothomb, Colette Nys-Mazure, Dimitri Verhulst, David Van Reybrouck, etc. Bonne foire du livre à tous!

mardi 1 mars 2011

Confidences de Caroline De Mulder

C'est la révélation 2010 des Lettres belges francophones : Caroline De Mulder (Prix Rossel 2010 pour son premier roman "Ego Tango") dont je vous avais parlé en décembre (http://ecrivainsbelges.blogspot.com/2010/12/prix-rossel-2010-pour-caroline-de.html . Dans la dernière revue de "Le Carnet et les Instants", Caroline parle de son roman :

"J'ai beaucoup dansé, oui. D'ailleurs, depuis j'ai un peu de mal à gesticuler dans des soirées "normales". Mais ce n'est pas un roman autobiographique, même si je me suis inspirée de certaines personnes de mon entourage d'alors pour construire les personnages secondaires : le danseur qui n'invite que les débutantes, le Chilien qui coince les femmes entre deux portes, et le professeur Stéphane King, évidemment (il est vraiment mort sur la piste, en plein bal!). J'avais envie de placer mon intrigue dans un microcosme comme celui-là, où les choses stagnent. Et le côté "policier" de mon roman s'y intègre bien : le tango est né dans les bas-fonds, et racontait initialement des histoires de violence. Le sentimentalisme qui lui est associé n'est venu qu'après. Il y a dans cette danse quelque chose de très triste, mais de très beau aussi. Dans un passage du livre, je dis que le tango est un ersatz plutôt qu'un prélude. Pour certains, la danse remplace véritablement l'amour. C'est un amour sublimé, sans passage à l'acte. D'ailleurs, le tango est une métaphore de l'amour non réalisé : l'homme avance, la femme recule, il essaie de retenir la danseuse, elle s'échappe toujours. Sinon il n'y a pas de mouvement. Que vous soyez chômeur ou banquier ne change rien. Sur la piste, il n'y a aucune hiérarchie sociale. Ce qui compte, c'est le niveau de danse. Le tango est une mise en scène. Même quand on est à la ramasse, il faut paraître, être frais, pimpant. Le meilleur sera le prince du bal, même si c'est une épave dans la vie. Il y a aussi une vraie cruauté, quasi darwinienne : des femmes attendent parfois tout le bal qu'on les invite, en vain".

Outre un deuxième roman, Caroline De Mulder prépare aussi un essai sur Faust : "Pour moi, ce sont deux choses tout à fait différentes. Un ami proche dit que dans un cas, j'écris de la main gauche, dans l'autre de la main droite. D'un côté, il y a l'écriture universitaire, rationnelle ; de l'autre, l'absence de contrôle, l'écriture intuitive, au moins dans un premier temps. Il y a vingt ans que j'écris, c'est comme une maladie. C'est une partie très importante de ma vie, mais je n'en parlais que rarement, et seulement à des intimes. Etre publiée, c'est une reconnaissance de cette partie de moi".

Elle parle également de sa passion pour la lecture : "C'est à Namur que j'ai appris à lire vraiment, avec discernement, à réfléchir au style, à l'écriture. Je suis toujours une lectrice additive, j'adore les page turner, comme on dit, les livres de Stieg Larsson par exemple. Mais j'ai découvert à ce moment-là qu'on pouvait prendre plus de plaisir en lisant des livres plus exigeants (Beckett, Céline, Duras, p.ex.)". A l'Université de Gand, Caroline de Mulder a consacré sa thèse à Leconte de Lisle : "On a parfois l'impression que seuls Rimbaud, Verlaine et Baudelaire existent pour les universitaires. Moi, j'aimais le caractère très scandé de l'écriture, chez Leconte de Lisle".

Souhaitons bonne continuation à cette auteur belge qui semble promise à un bel avenir...

mercredi 8 décembre 2010

Prix Rossel 2010 pour Caroline De Mulder

Caroline De Mulder a remporté le Prix Rossel 2010 (le prix littéraire le plus prestigieux en Belgique francophone) pour son premier roman, "Ego Tango". Née en 1976 à Gand, elle a grandi dans la région de Mouscron, avant de vivre aujourd'hui à Paris tout en enseignant aux Facultés Universitaires de Namur. Plus d'infos sur www.carolinedemulder.com

Caroline De Mulder s'est confiée aux quotidiens du groupe Sud Presse : "En fait, je ne m'y attendais pas, car les autres nominés étaient des auteurs confirmés. J'ai donc été très surprise du coup de fil qui m'a annoncé que j'avais gagné le Prix Rossel. J'ai dû sauter dans le premier train vers Bruxelles, et je m'y suis coiffée! "Ego Tango", ce sont trois histoires en une seule. Une histoire sur le tango. Mon héroïne s'approprie son corps par le tango. Je décris les lieux liés au tango. La deuxième, c'est une histoire sur l'addiction. L'héroïne devient accro à cette danse. Et la troisième, c'est une intrigue policière : une danseuse disparaît et ce petit monde du tango est bouleversé. Il y a déjà longtemps que j'écris. D'ailleurs, Mr André, mon instituteur de 6ème primaire au collège Sainte-Marie de Mouscron, a appelé mon père quand il a appris que j'avais gagné le prix pour lui dire que j'avais déjà gagné un concours d'écriture quand j'étais petite. Je ne m'en souviens plus... Mais j'ai surtout commencé à écrire de manière régulière à partir de 13-14 ans".