mercredi 2 mai 2018

Deuxième roman de Jérôme Colin

                               

Né à Flawinne en 1974, le journaliste et animateur belge Jérôme Colin se partage entre la radio (La Première) et la télévision (l'émission "Hep Taxi" sur La Deux). En 2015, il a sorti son premier roman, "Eviter les péages", où il abordait la crise de la quarantaine. La crise d'adolescence est le thème de son deuxième roman.

Un sujet qu'il connaît en tant que papa de trois ados :  "Voir grandir des ados, ça me fascine :  les voir se transformer, trouver leur identité... Et en même temps, il y a quelque chose en moi qui n'aime pas ce moment, parce qu'en fait, ils partent petit à petit, ils se détachent de moi. Je me suis rendu compte que j'étais en deuil. J'ai adoré avoir des petits bouts : ça m'a passionné, ça m'a bouleversé. Et je crois que c'est le deuil de ne plus avoir de petits bébés qui m'a fait commencer ce livre-là. Cette espèce d'amour absolu qu'il y avait entre eux et moi, n'existe plus. On s'aime évidemment, mais ce n'est plus cet amour-là". 

Les enfants signifient-ils la mort du couple?   "C'était cela l'idée de départ, le postulat de mon personnage en tout cas. C'est un mec qui pense que si son couple est en train de mourir, c'est parce qu'il a eu des enfants et que ses enfants ont pris tellement de place qu'en fait, il n'a plus le temps d'aimer sa femme et que sa femme, dans cet espace-là, n'a plus le temps de l'aimer. C'est en tout cas ce qu'il croit, et il le dit :  "Quand on a torché leur cul, quand on a raconté des histoires, quand on les a lavés, quand on a préparé le souper, quand on a fait la vaisselle, quel temps reste-t-il pour s'aimer dans tout ça?". C'est juste une question de point de vue. Je pense que c'est vrai que si on veut s'aimer, avoir des enfants, ce n'est pas la meilleure solution. Je pense qu'une plage et un bungalow, c'est vachement mieux! Les enfants, y a rien à faire, ça met un couple en difficulté. Tu es crevé, tu vas te coucher, et tu ne fais plus l'amour. L'emploi à temps plein, c'est les enfants. Toute ton énergie est sur ta famille, et plus sur ton conjoint. Le soir, on n'a plus qu'une envie :  c'est se coucher parce que demain, il y a la guerre qui recommence".

Continuer à admirer ses ados, est-ce important?  "Avoir de l'émerveillement pour son petit enfant, c'est facile :  il nous aime tellement, d'un amour absolu, et moi, j'ai été bouleversé par cet amour absolu quand j'ai été père. Mais puis, j'ai été bouleversé par ce désamour-là. C'est-à-dire qu'à un moment, il ne t'admire plus, tu n'es plus un dieu, tu es quelqu'un qui est sur leur chemin pour les empêcher d'être heureux, en gros. Et donc, mon personnage, il doit faire le deuil d'être émerveillé par ses enfants, et que ses enfants soient émerveillés par lui. Et le moment où tout va changer, c'est quand enfin il réalise qu'il peut dire à son enfant, enfin :  "je suis fier de toi, je t'admire, tu es quelqu'un de bien"."

Est-ce une réaction plus masculine que féminine?   "Je pense que la panique familiale est en effet masculine, en tout cas chez moi. Je suis plus dans un état de panique alors que ma femme est plus sereine, plus confiante, plus posée. Et je pense que dans ce qu'on vit maintenant, dans ce féminisme, la position de l'homme a aussi changé. Il fait maintenant ce que font les femmes, on s'occupe des enfants comme elle, mais c'est nouveau. Je crois que c'est moins inscrit dans nos gènes, on est des parents en apprentissage et on doit encore apprivoiser ces difficultés-là".

Bilan de sa paternité?   "J'étais, je pense, trop protecteur. Ca m'a appris qu'ils sont devenus grands. Arrête de croire qu'ils sont incapables, arrête de croire qu'ils ne sont pas prêts, pas assez forts....et donc arrête de croire que tu es indispensable. Je pense que c'est ce que le livre m'a appris : un peu de laisser-aller. Quand tu te retrouves comme ça dans une famille close avec trois ados et que c'est compliqué, tu crois que tu es seul au monde, perdu. Et en fait, non, tu n'es pas seul, et ça, tu l'apprends dans les livres. Et ça m'a aidé. Savoir qu'on partage tout ça, ça m'a rassuré parce que je me suis dit que c'est normal. Les romans ont une capacité d'empathie de dingue. Autant avec des passages difficiles dans nos vies que des questionnements très importants, comme c'est quoi la vie avec les ados, vu du côté des parents aujourd'hui. Ca a beau être pénible, on n'est pas tout seul. Et moi, c'est ce qui m'intéresse dans l'écriture".

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