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mercredi 23 mai 2018

"Je t'aime", le nouveau roman de Barbara Abel

A l'occasion de la sortie de son nouveau roman aux éditions Belfond, l'auteure belge Barbara Abel a répondu aux questions de la journaliste Anne-Françoise Bertrand pour les quotidiens du groupe Vers l'Avenir :

"Alors, ce livre, il parle plutôt de l'amour, de la haine ou des deux?
- Il parle des deux. C'est vraiment un livre où j'ai voulu explorer le thème de l'amour, mais c'est un thriller, pas un roman d'amour. A un moment, je me suis fait la réflexion que la vraie haine qu'on peut porter à quelqu'un, c'est qu'en général, on l'a beaucoup aimé avant. On ne hait pas quelqu'un qui nous indiffère. Que, souvent, la haine découle de l'amour et quand on hait quelqu'un, vraiment fort, passionnément, c'est un sentiment assez proche du sentiment d'amour, dans son expression :  on pense souvent à cette personne, on a le ventre qui se noue, une boule dans la gorge, le cœur qui bat et tout ça, ce sont des choses qu'on éprouve aussi quand on aime. Plus j'avançais dans le roman, plus je sondais ces émotions de l'amour et de la haine, et plus je les trouvais hyper fort liées. Dans l'histoire, par exemple, si Maude et Simon finissent par se déchirer, c'est parce qu'ils s'aimaient au départ beaucoup. Si Maude déteste son ex-mari, c'est parce qu'elle l'a beaucoup aimé avant.

- Vos héros sont des gens normaux, pas des gens foncièrement méchants?
- C'était le challenge que je me suis mis. Dans mon précédent roman "Je sais pas", tous mes personnages étaient plutôt négatifs, noirs, et plusieurs lecteurs, en dédicace, m'ont dit "En tout cas, y en a pas un pour rattraper l'autre", et c'était vrai. Du coup, un peu comme une blague, je me suis dit : "Et si j'écrivais un thriller avec que des gentils?". J'avais envie d'écrire une histoire où, si on prenait chaque point de vue séparément, on les comprenait, on avait de l'empathie et même, on se disait qu'on aurait peut-être fait pareil. On peut s'identifier à chacun d'eux. Nicole, par exemple, ce n'est peut-être pas le personnage le plus séduisant, mais elle a perdu son fils, on peut la comprendre ou Maude, qui a caché à Simon que sa fille se droguait, on peut la comprendre aussi. Je voulais qu'on se dise face à chaque personnage : "Beh oui, j'aurais fait pareil". Mais que toutes les interactions mises les unes avec les autres provoquent un drame.

- Et tout cela se passe au sein d'une famille recomposée?
- J'ai toujours mis en scène des familles classiques, mais aujourd'hui, la majorité des familles sont recomposées. En plus, c'est un terrain de jeu extraordinaire! Sur ça aussi, j'ai fait un travail de documentation, je me suis demandé si on aimait autant les enfants de l'autre. Mais on ne peut pas les aimer autant, et ils sont l'expression d'une histoire d'amour qui a eu lieu avant. J'ai voulu parler d'une famille recomposée qui fonctionnait bien et raconter la déchéance. Quand un drame survient, qu'est-ce qu'on fait? Quelle est la situation qui fait qu'à un moment, on est obligé d'attaquer l'enfant de l'autre pour défendre son propre enfant? C'était clairement ça, mon idée de base :  partir d'une famille recomposée et devoir attaquer à un moment l'enfant de l'autre pour protéger sa tribu à soi.

- Non seulement on parle de haine dans "Je t'aime", mais aussi et peut-être surtout de vengeance. Est-ce que la haine amène nécessairement la vengeance?
- C'est un thème qui s'est imposé de lui-même au fil de la rédaction. Je ne pensais pas du tout parler de justice, de vengeance. Mais de par le personnage de Nicole qui est greffière et tout le truc qu'elle met en place pour faire payer Alice, qu'elle considère comme la véritable responsable, oui, je me suis permis une mini-réflexion sur la justice. Autant la tendresse, la passion, les mots d'amour sont l'expression de l'amour ; autant la vengeance est l'expression de la haine. Quand on hait parce qu'on nous a fait mal, on a besoin d'avoir réparation. J'ai du coup pas mal lu sur la justice et c'est clair qu'elle est hyper importante parce que la justice, c'est ce qui empêche la vengeance personnelle, c'est ce qui empêche de faire justice soi-même. La justice permet de donner réparation aux victimes de telle manière qu'elles n'aient pas à utiliser cette vengeance. Ce dont j'avais besoin aussi, c'est de remettre à leur juste valeur des trucs qu'on a tellement l'habitude de voir dans les romans, dans les films :  une perquisition, dans la vraie vie, c'est hyper violent. Dans la fiction, c'est devenu banal mais une garde à vue, c'est horrible. J'ai vu des documentaires et écouté des témoignages de gens normaux qui ont vécu une garde à vue, ils sont traumatisés parce que les fouilles à nu, c'est vrai, ça existe".

mercredi 9 novembre 2016

"Je sais pas" (Barbara Abel)

                                                       Couverture du livre Je sais pas      

A l'occasion de la sortie de son roman "Je sais pas", l'auteur belge Barbara Abel s'est confiée au groupe Vers l'Avenir :

"Pourquoi dites-vous qu'il vaut mieux ne pas tout savoir?
- Parce qu'il y a des choses qui font mal, des événements dont on est victime, des émotions auxquelles on n'a pas envie d'être confronté... Donc, oui, le fait de savoir, à un moment, fait qu'on n'est plus innocent. Mais pour commettre un délit ou un crime, je pense qu'il faut une volonté délibérée alors qu'on peut aussi faire mal à quelqu'un sans le savoir. Ou le vexer par ignorance ou par manque de tact. Il y a une différence.

- A la dernière page du livre, le lecteur aussi peut se dire "Je sais pas" par rapport à certains personnages?
- Dans un roman qui s'intitule "Je sais pas", je me suis dit que j'avais le droit de dire "Je sais pas" ce qui leur est réellement arrivé. Mais j'en ai parlé avec mon éditrice parce que je n'aime pas çà, quand l'auteur ne donne pas certaines réponses. Parce que c'est un peu trop facile, je trouve. Du coup, je donne quand même une réponse importante sur Mylène à la fin.

- Dans ce livre comme dans les autres, vous fouillez loin dans les relations de couple, parent-enfant?
- Mes histoires, c'est toujours des gens ordinaires que je mets dans des situations extraordinaires. Qu'est-ce qui est important dans la vie des gens comme vous, comme moi? C'est le couple, c'est les gosses, c'est le boulot. Donc, si je veux créer de la tension chez le lecteur, pour qu'il soit complètement partie prenante, il faut qu'il puisse s'identifier. Donc, je dois fouiller en profondeur.

- Comment vous est venue l'idée de ce roman?
- D'habitude, ce sont les enfants qui sont en danger, pour qui on tremble. Ici, je me suis dit : et si je faisais le contraire? Si je mettais la vie d'une adulte dans les mains d'une enfant? Mais il fallait une enfant très jeune pour ne pas qu'il y ait cette notion de responsabilité, même si à 5 ans, on a forcément des notions de bien et de mal. Je voulais aussi mettre en avant cette impuissance de l'adulte face à un enfant qui refuse de lui répondre. Quand Emma dit qu'elle ne sait pas, qu'est-ce que vous voulez y faire? Si elle ne veut pas parler, on ne peut rien faire...

- Y aura-t-il un troisième volet aux romans "Derrière la haine" et "Après la fin"?
- Peut-être mais il faut que j'aie une idée aussi forte que "Derrière la haine". Si je fais un troisième qui se termine de façon bof, on ne va plus aimer les deux autres. Ou alors j'ai l'idée géniale où je suis sûre de moi et je fonce, mais tant que je n'aurai pas çà, je ne ferai rien parce que, sinon, çà va desservir les deux autres. Il faut trouver une fin surprenante mais crédible. Et qui fasse fin, qu'on ne me réclame pas un quatrième. Donc, c'est un peu la quadrature du cercle...".

mercredi 10 février 2016

Récompenses littéraires pour les Belges en 2015

La revue "Le Carnet et les Instants" - qui existe en version papier et désormais aussi via leur blog le-carnet-et-les-instants-net - vient de dresser la liste des principales récompenses littéraires obtenues par des auteurs belges en 2015 :


Prix Victor Rossel 2015 pour Eugène Savitzkaya
Considéré comme le "Goncourt belge", le prix Victor Rossel a été institué en 1938 par le journal "Le Soir" et pour le nom du fils du fondateur du quotidien. Il récompense chaque année un roman ou un recueil de nouvelles d'un auteur belge de langue française (parmi les précédents lauréats :  "Démons me turlupinant" de Patrick Declerck, "Monsieur optimiste" d'Alain Berenboom, "Blanès" d'Hedwige Jeanmart).


Né en 1955 à Liège, Eugène Savitzkaya développe une œuvre à la fois poétique, romanesque et théâtrale. En 2015, il a publié conjointement un recueil de poèmes, "A la cyprine", et le roman qui vaut le Rossel, "Fraudeur". Il a remporté le Prix triennal du roman en 1994 pour "Marin mon cœur". Si "Fraudeur" a été récompensé, le président du jury Pierre Mertens a souligné que c'est aussi l'ensemble de la carrière de Savitzkaya que le prix couronnait.


Prix Goncourt de la poésie 2015 pour William Cliff
Créé en 1985, le Goncourt de la poésie (appelé depuis 2012 le prix Goncourt de la poésie - Robert Sabatier) récompense chaque année un poète francophone pour l'ensemble de son œuvre (les Belges au palmarès :  Liliane Wouters en 2000, Guy Goffette en 2010 et Jean-Claude Pirotte en 2012). Le prix est doté de 6.000 euros.


Né en 1940 à Gembloux, William Cliff est poète, mais aussi traducteur et auteur de théâtre. Ses poèmes l'ont fait remarquer et apprécier de Raymond Queneau et lui ont valu de nombreux prix littéraires, dont le Grand Prix de poésie de l'Académie française en 2007 et le Prix quinquennal de littérature de la communauté française en 2010.


Prix Mallarmé 2015 pour Werner Lambersy
Le prix Mallarmé, décerné depuis 1937, récompense un poète d'expression française pour un recueil de poèmes. Il est décerné par l'Académie Mallarmé lors de la Foire du Livre de Brive, et est doté d'un montant de 3.800 euros (les Belges au palmarès de ce prix : "Eloge pour une cuisine de province" de Guy Goffette, "Incises, Incisions" d'André Schmitz, "La tristesse du figuier" d'Yves Namur).


Werner Lambersy est récompensé pour "La perte du temps", publié en 2015 par les éditions Le Castor Astral. Né à Anvers en 1941, Werner Lambersy vit à Paris. Il est l'auteur d'une œuvre poétique abondante, traduite dans plus de 20 langues.


Prix Apollinaire 2015 pour Liliane Wouters
Fondé en 1941, le prix Apollinaire couronne chaque année "un recueil caractérisé par son originalité et sa modernité, en dehors de tout dogmatisme d'école ou de technique". Le Belge Jean-Claude Pirotte a déjà obtenu ce prix avec "Autres séjours" en 2011.


Née en 1930, Liliane Wouters est l'auteure de plusieurs recueils de poèmes. Elle a aussi écrit pour le théâtre, et fait œuvre de traductrice. Elle est membre de l'Académie Royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique. Elle a reçu le Prix Apollinaire 2015 pour son recueil "Derniers feux sur terre" et pour l'ensemble de son œuvre.


Prix de littérature des lycéens 2015 pour Barbara Abel
Lancé en 1993, le prix de littérature des lycéens est un prix attribué à un roman par des élèves de classes terminales d'écoles de toute la Fédération Wallonie-Bruxelles (parmi les anciens lauréats : "Tu ne jugeras point" d'Armel Job et "Les étoiles de l'aube" de Bernard Gheur). Pour l'édition 2015, plus de 3.000 élèves ont participé, lisant les ouvrages des cinq finalistes en lice (Geneviève Damas, Véronique Gallo, Guy Goffette, Thomas Gunzig et Barbara Abel) et rencontrant les auteurs venus à leur rencontre.


Née en 1969, Barbara Abel a reçu ce prix pour son roman "Derrière la haine". Elle est aussi l'auteure de nombreux romans policiers publiés chez les éditeurs de référence Le Masque et Fleuve Noir.


Prix Quinquennal de Littérature pour Jean Louvet et Jean-Marie Piemme
Décerné depuis 1929, ce prix d'un montant de 15.000 euros récompense tous les cinq ans un auteur pour l'ensemble de son œuvre. Il est également appelé "prix de couronnement de carrière". Les deux derniers lauréats sont Simon Leys en 2005 et William Cliff en 2010. Mais pour la première fois, ce prix a été remis conjointement en 2015 à deux lauréats : les auteurs de théâtre Jean Louvet (décédé peu après) et Jean-Marie Piemme.


Né à Moustier-sur-Sambre en 1934, licencié en philologie romane, Jean Louvet a été professeur de français à l'athénée de Morlanwelz. Influencé par Sartre et par Brecht, il commence sa carrière littéraire au début des années 60. Il innove en construisant son œuvre à partir de la question sociale, dans son imbrication avec l'histoire wallonne et l'évolution des mentalités ouvrières. Il est aussi un des promoteurs du Manifeste pour la culture wallonne de 1983. Il est décédé le 29 août 2015.


Jean-Marie Piemme est né à Jemeppe-sur-Meuse en 1944 dans une famille ouvrière fortement marquée par les idées communistes. Après une collaboration avec le Théâtre Varia, il rejoint, de 1983 à 1988, l'équipe de Gérard Mortier à l'Opéra National de Belgique. Sa première pièce, "Neige en décembre", écrite en 1986, sera mise en scène l'année suivante. Suivront une trentaine d'œuvres théâtrales jouées en Belgique et à l'étranger, dont certaines seront diffusées à la télévision. A côté de son travail d'auteur dramatique, Jean-Marie Piemme a aussi entrepris une réflexion sur le théâtre.