lundi 23 juin 2014

"Colette Nys-Mazure : accordée au vivant" (Mathieu Gimenez)

                                                                       484blog


Née à Wavre en 1939,  Colette Nys-Mazure a été élevée dans sa famille du Tournaisis suite au décès de ses parents dont elle parle souvent dans son œuvre. Elle a été professeur de français de 1961 à 1999. Son premier recueil, "La vie à foison", a été publiée en 1975. Elle a ensuite écrit de nombreux poèmes, pièces de théâtre, essais et nouvelles. Son œuvre a été récompensée par plusieurs prix littéraires, et traduite dans de nombreuses langues étrangères. Sur le plan privé, de son mariage en 1961 avec Jean-Marie, elle a eu cinq enfants et une dizaine de petits-enfants.


En 2005, un ouvrage avait déjà été consacré au travail de Colette Nys-Mazure sous la forme d'un long entretien avec Christophe Henning :  "La liberté de l'amour". Neuf ans plus tard, le professeur Mathieu Gimenez nous propose une analyse très minutieuse de son œuvre dans la collection "L'œuvre en lumière" des éditions Luce Wilquin. Bravo à Mathieu Gimenez pour l'important travail de lecture, recherche et analyse que cet ouvrage a nécessité.


L'auteur nous rappelle son enthousiasme, son optimisme, sa foi, son féminisme, son amour des petites joies du quotidien, de la peinture et du travail avec d'autres artistes, ses différents genres d'ouvrages, son plaisir de vivre dans le nord et près de l'Escaut, ses 11 livres co-écrits avec Françoise Lison-Leroy, ses thèmes de prédilection, son envie de faire aimer la poésie, etc.


Que conclut Mathieu Gimenez au terme de son analyse ?    "L'œuvre entière de Colette Nys-Mazure est marquée par une volonté farouche de dire ce monde dans ce qu'il a de plus partagé par l'ensemble de ses habitants. Parfaitement unanimiste, son œuvre parle de la singularité et de la pluralité de l'Homme. Cette ambition n'est pas vaine, elle est remarquable. Héritière de Jules Romain, elle propose un ensemble cohérent qui mêle différents genres pour brosser un portrait réaliste du monde. Accordée au vivant, elle était assurément la mieux placée pour accomplir cette tâche qui se devait de respecter le monde dans sa diversité et dans son unité. Il fallait qu'elle ait senti le monde, qu'elle se soit laissée traverser par lui, qu'elle se soit mise à sa place. Parfaitement poreuse à la souffrance comme à la joie, elle pouvait être la poète du vivant. Elle s'est employée à devenir celle qui oserait regarder le réel dans les yeux, non pour le défier ou le fouler aux pieds, mais pour l'accepter et le chevaucher".


Cet ouvrage n'est pas destiné au grand public. Il s'adresse soit aux professeurs de français et spécialistes littéraires, soit aux personnes ayant déjà lu des livres de Colette Nys-Mazure qui méritait cet hommage. C'est une Grande Dame de la littérature belge.

samedi 7 juin 2014

Succès pour le premier roman de Karine Lambert

                                                                    L'immeuble des femmes qui ont renoncé aux hommes                


Le point de départ est expliqué dans le titre du premier roman de l'auteur belge Karine Lambert (photographe de profession) :  "L'immeuble des femmes qui ont renoncé aux hommes". Cet immeuble parisien abrite cinq femmes d'âges différents ayant le cœur brisé par un homme, et bien décidées à ne plus avoir d'homme dans leur vie. Mais Juliette arrive dans l'immeuble et les pousse à se remettre en question... La suite dans le roman qui a déjà été vendu à 12.000 exemplaires et est en cours de réimpression.


Karine Lambert a confié à la presse :   "Je n'ai pas voulu lancer une croisade féministe, mais plutôt un plaidoyer pour l'amour, qui puisse toucher tout le monde et rappeler des souvenirs à mes lecteurs. J'ai envoyé le manuscrit partout en Belgique mais refus, hésitations... Et puis, j'ai tenté Paris et Michel Lafon m'a répondu oui seulement deux jours après avoir reçu le manuscrit. Mon livre vient à peine de sortir en Belgique qu'il est déjà en cours de traduction dans plusieurs pays, comme l'Italie, l'Espagne, la Roumanie et la République tchèque! Le titre interpelle, c'est sûr!  Ce premier roman parle principalement aux femmes. Mais les hommes aussi renoncent parfois à l'amour. Mon prochain roman, que je suis déjà en train d'écrire, racontera le même genre d'histoire, mais d'un point de vue exclusivement masculin".

mercredi 28 mai 2014

11ème Festival International et Marché de la Poésie à Namur

Le 11ème Festival International et Marché de la Poésie se tiendra du 19 au 22 juin 2014 à Namur. Le programme complet se trouve sur www.mplf.be


Parmi les poètes belges invités :


Olivier Dombret :  né à Liège en 1980, il décide d'étudier le sanskrit à l'Université de Liège, tout en explorant divers champs d'expression artistique. Il abandonne ses études trois ans plus tard afin de poursuivre ses recherches sur la thématique du Corps. Ecrivain-poète, performer et musicien, il collabore depuis 2004 aux activités de la Troupe Poétique Nomade de Maelström Réévolution, ce qui lui a permis de présenter son travail à travers l'Europe et aux Etats-Unis. Ses dernières publications sont "Ghost Words" (éditions Maelström) et "Dansent les ombres" (éditions L'Arbre à Paroles).


Charles Ducal :  le poète néerlandophone Charles Ducal a enseigné le néerlandais dans un collège pendant 37 ans avant de prendre sa retraite. Il a écrit six recueils de poésie, rassemblés en 2012 dans "Alsof ik er haast ben" (Comme si j'y étais déjà). Il est aussi l'auteur d'une collection de récits et d'articles sur la littérature et la politique dans des journaux et périodiques. En 2010, il a écrit un essai sur la poésie dans l'enseignement :  "Alle poëzie dateert van vandaag". Le 29 janvier dernier, il a été nommé Poète National Belge pour une durée de deux ans (www.poetenational.be).


Pascal Leclercq :  né à Liège, il privilégie depuis quelques années la collaboration avec des artistes plasticiens, des architectes ou une styliste. Il a traduit plusieurs auteurs italiens. Quelques séjours au Québec lui ont valu de rencontrer l'éditeur des Coups de tête, Michel Vézina, et de publier ses premiers polars. Il a coordonné pendant quatre ans la Nuit de la Poésie de la Foire du Livre de Bruxelles, et anime actuellement les soirées littéraires de l'asbl D'une certaine gaieté à Liège.


Tristan Sautier :   né à Liège en 1966, Tristan Sautier habite aujourd'hui Arlon. Ses dernières parutions sont "Reliefs" (éditions L'Arbre à Paroles), "En terre étrangère" avec Marie-Claire Verdure (éditions L'Arbre à Paroles), "Ressacs (1999-2005)" (éditions A bouche perdue) et "Killed by death" (éditions Le Coudrier).


Tom Van de Voorde :  le poète et traducteur Tom Van de Voorde est né en 1974 et habite à Gand. Il a fait ses débuts en 2008 avec le recueil de poésie "Vliesgevels filter" pour lequel il a été nominé pour le prix Puddingh. En 2013, son deuxième recueil de poèmes "Liefde en aarde" est paru au Centre de la Poésie de Gand, et a été nominé pour le Prix Herman de Coninck, le plus grand prix de poésie en Flandre. Ses poèmes ont été traduits en allemand, anglais, français, croate, slovaque et slovène. Il a traduit la poésie des poètes américains Wallace Stevens et Michael Palmer, et a écrit des essais sur la musique folklorique, les marxistes américains, Madonna, la jeunesse éternelle et la Californie. Il travaille comme programmateur littéraire au palais des Beaux-Arts de Bruxelles.

dimanche 27 avril 2014

Premier roman d'Eric Russon

                                                                  crispationsHR


Journaliste culturel depuis de nombreuses années, présentateur de "50 degrés Nord" sur Arte Belgique, Eric Russon a répondu aux questions de la journaliste Isabelle Monnart à l'occasion de la sortie de son premier roman, "Crispations", aux éditions Lamiroy :


"J'avais envie d'écrire quelque chose que je pourrais avoir envie de lire. Je suis assez attiré par la littérature anglo-saxonne qui va assez vite à l'essentiel. Les personnages sont importants - et dans mon livre, il y en a beaucoup - mais le vrai fil conducteur, c'est l'action. Donc, il faut d'abord une bonne histoire. Si c'est le cas, les personnages vont suivre. Comme dans les bons westerns : on sait à qui on a affaire, on sait plus ou moins où l'histoire va nous mener, et à moi de surprendre les lecteurs.


- Parmi ces Anglo-Saxons, qui sort du lot?
- Ellroy! Et c'est clair que quand je finis un de ces livres, je n'ai pas envie d'écrire! Ce qui me plaît, c'est que, souvent, il invente des personnages complètement fictifs mais qu'il les place dans des faits réels.


- Dans "Crispations", il y a un peu de çà, aussi : des personnages qui ressemblent étrangement à des figures connues, comme un président et une chanteuse?
- Je ne les nomme pas! Le président est déjà un archétype. Quand j'ai écrit ce roman, on était en plein sarkozisme. Sans avoir de sympathie politique pour lui, c'est un personnage! J'avais d'abord imaginé une situation drôle et humiliante pour deux personnages qui vont se retrouver dans une affaire extrêmement embarrassante, multipliée par cinquante parce qu'elle est exposée par la télévision. C'est çà qui m'a amené à me demander qui on pourrait inclure dans cette émission de téléréalité qui a lieu en direct.


- Ca n'aurait pas pu se passer en Belgique?
- Je me suis demandé si je ne me dirigerais pas vers un membre de la famille royale. On s'intéresse à leur côté people mais je ne trouvais pas çà très sexy : je ne suis ni très royaliste, ni monarchiste.


- Ce n'était pas une manière de draguer le lecteur français?
- Non, pas du tout. J'avais envoyé mon manuscrit chez une éditrice en France. Elle m'a dit qu'elle l'avait dévoré mais qu'un personnage comme celui-là, qui lui faisait trop penser au président qu'ils avaient alors, elle ne trouvait pas çà sexy. En plus, je pense qu'au niveau protocole, pour revenir à la Belgique, ce n'était pas possible. J'imagine que si Joëlle Scoriels voulait recevoir un prince ou une princesse sur son plateau, on lui dirait non.


- L'élément déclencheur de l'affaire survient en direct à la télé : un milieu que vous connaissez bien?
- Oui, même si je n'ai jamais présenté ce genre d'émission. Des directs, j'en ai vécu quelques-uns quand j'étais à Télé-Bruxelles. Le direct, j'aime çà parce qu'il y a plus de vérité, plus de stress. Tout est possible. Ce qui m'intéressait, c'est qu'à travers la télévision, aujourd'hui, les gens veulent surtout exister. Or, c'est le cas de tous mes personnages, qu'ils soient dans l'entourage d'un président, d'un animateur télé ou simplement dans leur famille ou leur vie professionnelle.


- Dans votre livre, il y a aussi un indéboulonnable présentateur de télé prénommé Michel?
- Je l'ai choisi parce que c'est quelqu'un qui dure. Aujourd'hui, Drucker n'a plus rien à perdre, ce qui n'est pas du tout le cas de mon personnage. C'est un métier qui peut être addictif, et dont on peut être la victime. Mon modèle, je le connais très peu. Mais mon attachée de presse lui a passé le livre ; ce serait bien de savoir ce qu'il en pense...


- Le titre "Crispations", comment aimeriez-vous qu'on le comprenne?
- Ce n'est pas le titre original. La publication a été très rapide... Pendant quelques mois, le livre a circulé sous le titre "La crampe". C'est Barbara Abel qui m'a dit que si un papier sortait dans lequel on parlait de "La crampe d'Eric Russon", çà faisait un peu... J'avais pensé à tout sauf à çà! Finalement, "Crispations" se rapproche assez bien de mon idée. La crampe originelle, c'est celle que les deux protagonistes du scandale vont connaître - une vraie tétanie - mais ces crispations vont toucher tous les personnages, pour le meilleur ou pour le pire".

mercredi 9 avril 2014

Interview de Geneviève Damas

                               Résultat d’images pour geneviève damas

Geneviève Damas s'est confiée à la revue "Le Carnet et les Instants" que vous pouvez recevoir gratuitement sur simple demande auprès du Service de Promotion des Lettres de la Fédération Wallonie-Bruxelles :

"Comment et quand êtes-vous arrivée à l'écriture?
- Toute petite, ce qui m'intéressait, c'était de faire du théâtre, de jouer des personnages. Aussi j'écrivais des pièces pour mes copines et moi. J'ai notamment adapté "Le gendarme de Saint-Tropez". Adolescente, j'ai également écrit un journal, des poèmes, des trucs. Plus tard, en sortant de l'IAD, je me suis rendu compte que les pièces écrites par les autres ne me satisfaisaient pas. Par exemple, un prof a voulu m'engager, comme comédienne, à jouer un texte de Karl Valentin, mais je n'aime pas Karl Valentin. Je sais qu'il ne faut pas penser ainsi, mais c'est comme çà. Il m'a dit :  "On se voit en septembre?". Je n'ai pas osé dire non, mais je ne l'ai pas recontacté. J'ai compris que si je ne travaillais pas avec un matériau qui me touche, cela n'irait pas. J'ai alors commencé à écrire des adaptations de romans. J'ai notamment transposé "L'invention de la solitude" de Paul Auster, mais les droits m'ont été refusés. Il fallait que je mette 50.000 francs français sur la table avant même le début des discussions. Je n'avais pas cet argent. J'ai fait d'autres adaptations, cela m'amusait beaucoup. Je réécrivais des parties complètes. Ce fut ma manière de pénétrer l'écriture. Au début des années 2000, j'ai écrit une petite pièce de théâtre pour enfants. Elle était trop bavarde, je racontais dix fois la même chose. Mon compagnon l'a lue et m'a conseillé de répondre à un appel à projets de la SACD. Cela marquerait, m'a-t-il dit, le fait que je ne faisais pas que jouer, que j'écrivais aussi. J'ai été sélectionnée. On m'en a demandé un deuxième, et de fil en aiguille, j'en ai écrit d'autres. Je n'avais jamais pensé devenir écrivain, en faire mon métier. Je me rendais simplement compte qu'une journée où j'écrivais me rendait joyeuse. Ensuite est venue la rencontre avec Hubert Nyssen. Il m'a dit que j'avais l'étoffe d'un écrivain et que je devais écrire tous les jours. Je découvrais un territoire inexploré. J'ai écrit une quinzaine de pièces. Comme il faut du temps pour qu'un spectacle soit monté, à un moment, je me suis dit :  pourquoi n'écrirais-je pas des nouvelles? J'ai participé à un atelier d'écriture avec Michel Lambert qui m'a beaucoup apporté. Ensuite, assez naturellement, je suis passée au roman.

- Pourquoi écrivez-vous souvent sous la forme du monologue? 
- Le premier texte de théâtre que j'ai écrit comptait quatre personnages. Puis j'ai mis en scène une pièce où nous étions six. C'était la foire tant au niveau de la disponibilité des comédiens que de l'argent. Aussi j'ai décidé d'écrire un monologue :  cela ne coûterait rien, permettrait de renflouer la compagnie et je me rendrais toujours libre pour jouer.

- Le monologue est aussi la forme que l'on trouve dans vos romans?
- J'ai travaillé dans un théâtre en France et je ne cessais d'entendre :  "Le français n'est pas vraiment ta langue". Le côté maternel de ma famille est flamand, alors certainement qu'il n'est pas totalement ma langue. Mais moi, au théâtre, ce qui m'intéresse, c'est de tordre la langue, d'essayer de comprendre comment elle est parlée, cette langue, notamment par ceux qui n'ont pas le droit de cité en littérature et au théâtre, et de me l'approprier. Le monologue intérieur de mes romans me permet cela aussi.

- Comment naissent vos personnages?
- Ils surgissent de la langue. Ils sont une façon de parler, un rythme, je les découvre en écrivant. Après, je barre, rature, recommence. Je suis lente, je fais, défais, refais. Je ne conçois pas de plan, j'invente ma structure au moment où j'écris. En général, j'ignore où je vais. Quelquefois jaillissent des fulgurances, des choses qui m'apparaissent et je sais qu'elles vont rester telles quelles. Alors je dois remonter, réécrire pour garder la cohérence. Jean-Luc Outers dit très bien :  "Ecrire, c'est faire advenir une histoire qu'on portait au fond de soi et que l'on ignorait". Je pense que c'est çà, écrire.

- Vous commencez "Histoire d'un bonheur" par le monologue d'un personnage antiphatique. Ne prenez-vous pas le risque de perdre le lecteur tout de suite?
- C'est un risque à courir. J'aime beaucoup le personnage d'Anita. J'ai voulu travailler sur les troubles bipolaires, sur le décalage total avec le réel qu'ils provoquent. Quand les sujets sont en phase up, ils se placent en position héroïque, toute puissante, ils reconstruisent le réel. Je trouve le livre de Delphine de Vigan, "Rien ne s'oppose à la nuit", sur la maladie de sa mère, très beau, mais cela reste de l'autofiction. Je voulais aller ailleurs, partir dans la fiction. Dans le premier monologue où Anita est en période maniaque, elle est très sûre d'elle, elle sait comment marche le monde. Cela ne la rend pas très sympathique. En même temps, elle dit de ces choses, des énormités et elle ne s'entend pas les dire. Je trouve cela tellement triste quand elle dit que son chien, en quatre années, lui a apporté plus de joies que sa fille en vingt-huit ans. Elle croit qu'elle contrôle la réalité mais nous, nous entendons un avis d'échec. J'ai aussi voulu écrire sa phase dépressive. C'est le monologue qui clôt le roman. A chaque fois, Anita est dans une image excessive d'elle-même.

- Que saviez-vous de ce livre avant de l'écrire?
- J'ai commencé à écrire l'épisode du chapeau, quand Anita se demande si elle doit porter un chapeau à l'enterrement de sa belle-mère. Puis petit à petit, la bipolarité est arrivée. A un moment donné, j'ai vu que je n'arrivais plus à écrire, je me demandais ce qui se passait, j'ai réinterrogé la structure. Anita était parvenue au terme de ce qu'elle avait à dire. Il fallait la confronter à une autre réalité que la sienne. C'est là qu'ont surgi les monologues des autres personnages.

- Est-ce que l'angoisse est la même à la sortie d'un roman qu'à la veille d'une première?
- Pour une pièce de théâtre que vous avez écrite et qui n'est pas jouée par vous, l'angoisse est d'envoyer les autres au casse-pipe avec un texte raté. Lorsque je suis la seule en scène, en revanche, l'anxiété de la comédienne prime sur celle de l'auteure. Quant à la publication de mon premier roman, je n'avais aucune appréhension : il avait été refusé partout! Il était à la fin de sa vie quand Luce Wilquin l'a accepté. Tout ce qui s'est présenté par la suite a été une véritable surprise. "Histoire d'un bonheur" me tient beaucoup à cœur, même si j'entrevois ses limites, les choses sur lesquelles je pourrais encore progresser. Le Prix des Cinq Continents m'a permis de rencontrer des écrivains incroyables, africains ou haïtiens, des écrivains importants pour moi, comme Danny Laferrière, des écrivains pour qui la littérature ne constitue pas un passe-temps agréable, mais un véritable engagement. Dès lors, pour moi, publier ne peut plus être un acte léger, même si je ne fais pas de mon livre un acte politique, pas du tout.

- Pouvez-vous nous dire quand les nouvelles du recueil "Benny, Samy, Lulu et autres nouvelles" ont été écrites?
- La nouvelle est le premier pied que j'ai posé dans une écriture non dramatique. C'était un saut dans l'inconnu. Au départ, comme je l'ai dit, j'ai participé à un atelier d'écriture avec Michel Lambert. Avant de le rencontrer, je n'avais aucune idée de ce qu'était une nouvelle sauf que c'était plus court qu'un roman. J'ai découvert un genre très dense qui demande beaucoup de concision et un enjeu ciblé. Et en cela, cette écriture est assez proche du théâtre. J'ai appris le plaisir qu'il y a à ne pas tout dire et le travail de la chute. Mais c'est un genre excessivement difficile. A priori, on pourrait croire qu'il nécessite moins de temps qu'un roman mais il n'en est rien. La nouvelle demande de la minutie, c'est quelque chose comme de l'horlogerie, fascinant et épuisant.

- Pourquoi "Histoire d'un bonheur" se déroule-t-il en France et non en Belgique?
- Cela me permet, à moi, de dire que cette histoire n'est pas autobiographique. Je n'avais pas non plus envie d'inscrire la problématique des banlieues, qui est abordée à travers le personnage de Noureddine, dans une perspective wallonne. J'avais peur de faire régionaliste belge ou qu'on se dise que je parle de la Belgique des frères Dardenne. Ce que filment les frères Dardenne ne concerne pas que la Belgique, mais les gens ne peuvent s'empêcher de dire : "En Belgique, il se passe de ces choses...". On m'a beaucoup parlé, à la remise du Prix des Cinq Continents, du problème de l'analphabétisme en Belgique. J'ai essayé de leur expliquer que l'analphabétisme n'était qu'un élément de mon roman, mais pour eux, j'avais soulevé un vrai problème belge... Le roman n'était pourtant pas situé dans un pays en particulier! Comme "Histoire d'un bonheur" a lieu à Lyon, cette lecture biaisée devrait être évitée.

- Est-ce imaginable que ce roman soit porté un jour sur scène?
- Oui, mais il ne le sera pas par moi. Si quelqu'un a envie de le prendre, je le donne avec bonheur. Je suis trop dedans, je ne vois pas ce qu'on peut faire avec des monologues intérieurs. Au théâtre, pour moi, la tension provient de ce qui est dit et de ce qui est tu. Je peux dire, par exemple, à quelqu'un que je l'aime beaucoup et, au fond, ne pas le penser. Dans "Histoire d'un bonheur", les personnages sont tellement dans leur vérité que je ne saurais comment atteindre cette tension dramatique. Le monologue intérieur, c'est le luxe de ce qui n'est jamais entendu. Je dis luxe, parce que pour moi, auteure, cela me permet d'accéder à un autre espace mental que je ne peux pas aborder au théâtre. La parole du monologue intérieur n'est pas une parole naturaliste. Noureddine ne parlerait pas comme çà dans la vie, ce n'est pas sa façon de parler que j'écris. Je décale sa langue. Dans le roman et les nouvelles, je décale une langue. Et dans le décalage, je trouve une autre réalité. J'invente une langue réelle mais qui n'est pas entendue dans la vie".

vendredi 14 mars 2014

"Dans la gueule de la bête" (Armel Job)

                                   
téléchargement.jpg
Hannah est une petite fille aimée de ses parents, vive et joyeuse. Elle vit à Liège, où la famille s'est installée, à la recherche de travail et fuyant la peste qui gangrène l'Europe dans les années 30. Quand la guerre éclate, les rafles commencent, Hannah devient Annette et, dans l'orphelinat où elle est placée, elle ne voit plus que ses parents épisodiquement et doit faire comme s'ils étaient de lointains parents. Mais que comprend-elle au drame qui se joue, aux trahisons, au jeu de dupes des adultes et à ce monde devenu fou? Armel Job reconstruit le décor de l'Occupation et nous incite à nous poser cette question : et moi, qu'aurais-je fait?

A l'occasion de la sortie de ce livre, il s'est confié à la journaliste Isabelle Monnart pour "La Dernière Heure" :

"Pour que je me mette à écrire, il faut que quelque chose me touche. Ce livre n'est en rien un cri d'alerte, une sonnette d'arlarme. Mais en étudiant cette époque, on s'aperçoit qu'il y a des choses assez troublantes par rapport à aujourd'hui. Par exemple, tous ces gens qui ont traqué les Juifs, qui les ont arrêtés, n'avaient aucune idée de ce qui allait arriver à ces personnes. On pensait qu'ils seraient renvoyés d'où ils venaient. La plupart étaient arrivés après les années 30 parce qu'on avait besoin d'eux, parce qu'il y avait du travail. Quand les difficultés se sont présentées, on leur a dit qu'on n'avait plus besoin d'eux. Le climat n'était pas spécialement antisémite, mais il y avait un racisme latent envers ceux qu'on appelait les métèques. C'était un des aspects qui m'intéressaient dans ce livre : comment la situation des Juifs avait été perçue par la population.

- Faut-il être plus préparé et plus armé (sans mauvais jeu de mots) pour écrire un livre sur un sujet comme celui-là?
- Oui, je pense. Il faut être très documenté et, en même temps, faire un travail de romancier. Ce n'est pas un roman historique. Ce qui m'intéressait, c'était de rendre vie à ces gens. Près de 70 ans nous séparent de cette guerre, la plupart des témoins ont disparu ou vont disparaître. Ce moment de l'histoire devient véritablement l'Histoire. On va rationnaliser tout çà, schématiser, en faire une page dans un livre, mais derrière tout cela, il y a des vies. Et c'est là que le romancier est essentiel.

- Pourquoi?
- Parce qu'il peut mettre le doigt sur la situation de ces personnes angoissées, mortes de peur. Mettre le doigt sur ceux qui appartenaient à la Résistance, qui n'étaient pas des héros, qui étaient des gens ordinaires, qui ont du courage mais aussi des faiblesses. Dans mon roman, il y a des délations, des gens qui fléchissent. Trop souvent, on schématise, mais la réalité était drôlement plus complexe. Quand on se replonge dans cette période, on se pose forcément cette question : et moi, qu'aurai-je fait?

- Vous avez construit ce livre presque comme un thriller parce qu'on se demande qui va trahir, qui manigance quoi?
- Je n'ai pas voulu être machiavélique. Il y a une part de technique parce que quand on écrit, on espère quand même capter l'intérêt du lecteur. J'avais le souci de maintenir un certain suspense, mais j'ai çà en moi, parce que j'hésite beaucoup et surtout je regarde vivre mes personnages.

- Vous disiez que ce sujet résonnait en vous. Quelque chose vous lie particulièrement à ce pan de l'histoire?
- Non. Mais si vous parlez avec un Liégeois d'aujourd'hui, si vous lui dites qu'on a traqué des Juifs dans sa ville, il ne vous croira pas. J'ai été étudiant à Liège dans les années 60 et jamais personne n'a fait allusion à çà. J'ai habité dans un quartier où il y avait plein de Juifs pendant la guerre, je parlais avec les commerçants qui avaient connu cette époque. Je pense que les Liégeois peuvent être fiers de leur attitude pendant ces années, ils ont refusé d'aider l'occupant. Quand les gens ont constaté les rafles, ils ont vraiment été solidaires. On a sauvé 80% des enfants et 67% des adultes. C'est énorme, même si tous les morts sont des morts de trop".

Armel Job, "Dans la gueule de la bête", éditions Robert Laffont.

mercredi 5 mars 2014

Actualité de Nathalie Wargnies (mars 2014)



Née en 1970 dans le quartier Saint-Paul à Tournai, Nathalie Wargnies effectue ses études secondaires dans l'option littéraire, et entre en 1988 au Conservatoire Royal de Mons en déclamation et art dramatique. Depuis 1995, elle est professeur au Conservatoire de Musique de Tournai. Elle enseigne également à l'Académie d'Ath. Parallèlement, elle se lance dans l'écriture et la poésie, notamment au sein du cercle littéraire hennuyer "Clair de Luth" (www.clairdeluth.be). Les Editions Chloé des Lys publient deux recueils de ses poésies :   "Déluges et embellies" et "Bruissement d'ailes".

A son agenda pour mars 2014 :

- 22 mars 2014 à 15h :  présentation de "Bruissement d'ailes" à la librairie Decallonne (Grand-Place de Tournai).
- 28 mars 2014 à 20h :  spectacle poétique tiré de son recueil "Bruissement d'ailes" à la bibliothèque d'Antoing.
- 30 mars 2014 de 9h30 à 18h30 :  présence au salon du livre de Bondues (Lille métropole) sur le stand des Editions Chloé des Lys.

Plus d'infos :  www.nathaliewargnies.be