mercredi 10 janvier 2018

"Les passagers du siècle" (Viktor Lazlo)

                                           Les passagers du siècle

La chanteuse Viktor Lazlo sort son quatrième roman, "Les passagers du siècle", publié par les éditions Grasset. C'est une fresque familiale sur cinq générations de 1860 à nos jours, dans laquelle l'esclavage et la Shoah sont présents.

Viktor Lazlo a répondu aux questions des journaux du groupe Sud Presse :

"Où avez-vous trouvé l'inspiration pour ce nouveau roman?
- C'est quand même un peu de mon histoire. Je porte dans mon ADN l'histoire de l'esclavage : mon arrière-grand-mère était esclave. Et la mémoire de la Shoah, elle m'a été apportée par la littérature. J'étais très jeune quand ma maman m'a fait lire mes premiers livres qui en parlaient. J'avais dix ans et j'ai commencé à faire des cauchemars où j'étais poursuivie par les nazis. Puis, à l'Université Libre de Bruxelles, j'ai eu beaucoup d'amis juifs polonais. Plus que de "mémoire rapportée", je crois qu'on peut parler de "mémoire fantasmée". Et puis, à l'époque, je me souviens très tôt avoir entendu "ils ne voudront jamais de toi", et je me demandais pourquoi, dans l'esprit général, les communautés étaient imperméables les unes aux autres. Et déjà, ça me révoltait !

- Votre famille a-t-elle abordé ces sujets avec vous?
- L'histoire de ma famille ne m'a pas été rapportée très jeune, car les survivants de la Shoah n'ont très souvent rien raconté. La transmission de l'esclavage ne s'est pas faite non plus. Dans ma famille, surtout mon père, on ne peut pas voir un bouquin ou un film qui parle de ça. Et ma mère a une vision complètement déformée du viol par le patron :  dans le monde colonial, pour elle, il y a une justification au droit de cuissage... Du côté de ma mère, ma grand-mère s'est fait abuser par un colonial anglais blanc. Et à l'époque, tout le monde trouvait ça normal.

- Ces sujets couvaient donc en vous?
- Oui, et ce qui a été le dernier déclencheur, c'est un incident au métro Saint-Paul à Paris où je croise un jeune homme noir qui vend des poèmes et me dit :  "Je viens de me faire agresser par une dame âgée qui m'a dit : on devrait vous brûler, vous et les juifs". Je me suis dit qu'il y avait plus d'une similitude dans ces tragédies, et j'ai trouvé intéressant de les mettre ensemble dans une histoire, à considérer que ces deux tragédies se valent, et qu'il n'y en a pas une plus cruelle que l'autre dans le sadisme des tortionnaires, et que donc, il faut couper court à toute tentative de "concurrence mémoriale".

- Vous vous exprimez mieux dans la littérature que dans la chanson?
- Dans l'écriture romanesque, pour moi, il y a une façon de continuer à m'instruire, de continuer à travailler et à travailler sur moi. De me construire tout simplement. La chanson, c'est un exercice spontané mais aussi beaucoup plus technique. Donner une idée forte en quelques minutes, c'est une prouesse technique. Même si j'aborde des sujets qui me tiennent à cœur, je dois m'adapter à la musique.

- Vous avez autant besoin de l'un que de l'autre?
- J'ai besoin de la scène :  ce sont les concerts et le public qui me nourrissent. Ils me donnent des forces pour l'écriture. En même temps, je sais que je vais bientôt m'arrêter :  j'ai été une enfant gâtée, mais je n'ai pas envie de me battre, de faire la tournée des maisons de disques. Alors la scène, oui, mais me battre, non. J'ai besoin de trouver un mode d'expression, et je n'ai pas trouvé mieux que l'écriture".

Aucun commentaire :

Enregistrer un commentaire