mercredi 25 janvier 2023
"Le plus beau cadeau" (Hakim Benbouchta)
lundi 19 septembre 2022
Bruno Coppens à Namur
mercredi 10 août 2022
La librairie "L'Oiseau-Lire" à Visé
La revue "Le Carnet et les Instants" a interrogé Pierre et Béatrice Cerfontaine, les fondateurs de cette librairie en 1985.
Pierre Cerfontaine : "En 1985, nous n'avions pas de prêts à rembourser, pas d'enfants. Nous ne risquions pas grand chose. Nous n'imaginions pas que plus de trente ans plus tard, nous serions toujours là, qu'onze personnes travailleraient avec nous dans la librairie, que nous passerions d'un tout petit espace de 34 m2 de l'autre côté de la rue aux 350 m2 d'aujourd'hui avec 32 pièces, et qu'on serait connus jusqu'en France via les auteurs qui viennent chez nous et qui racontent l'accueil qu'on leur réserve. Nous devons être les derniers libraires en activité à avoir encore envoyé nos commandes par la poste ou par téléphone. Avant le fax ! Il y a bien sûr des librairies qui existaient avant la nôtre, mais plus avec les mêmes personnes qu'à leur création, comme "Tropismes" avec la regrettée Brigitte de Meeûs, "Pax" de Philippe Mailleux qui l'a remise, etc.
La littérature de jeunesse était à ses balbutiements. Nous étions peut-être une dizaine de librairies jeunesse à l'époque avec "La parenthèse" à Liège ou "L'ïle ouverte" à Verviers, qui n'existe plus, "Am Stram Gram" et "Le Rat Conteur" à Bruxelles. En librairies généralistes, "Molière" à Charleroi et "La dérive" à Huy étaient des précurseurs, mais beaucoup de libraires ne voyaient pas l'intérêt de se lancer dans la littérature de jeunesse. Aujourd'hui, c'est devenu une branche rentable. Pour l'édition, il y avait essentiellement L'école des loisirs et le Père Castor. Beaucoup d'éditeurs ne s'étaient pas encore lancés en jeunesse.
On ne se camoufle pas : c'est un commerce. On ne vend pas n'importe quoi, n'importe comment, mais on est soumis aux lois du commerce. Certains libraires ont parfois tendance à l'oublier ou n'osent pas le reconnaître. Nous proposons aussi des ouvrages qui ont du succès. On a vendu presque 400 fois le dernier roman de Joël Dicker. D'une part, cela dégage des liquidités pour faire vivre la librairie. D'autre part, de quel droit peut-on juger ce que les gens lisent ? Personne ici ne s'accorde ce droit.
On a envie d'aller chercher l'enfant de l'école, de lui donner l'envie de pousser la porte, qu'il n'ait pas peur et qu'il se sente chez lui. Si on ne propose que du pointu, c'est impossible. Bien sûr, nous proposons aussi nos sélections plus personnelles. Notre rôle, c'est de proposer au public non pas ce qu'il aime, mais ce qu'il pourrait aimer. Notre objectif est de mettre à la portée des enfants et des adultes des livres dont la qualité est telle qu'elle les aidera dans leurs choix, dans le sens du bien commun, qu'elle les aidera à vivre.
D'emblée, je me suis tournée vers les enseignants : ils ont tout de suite accepté qu'une personne extérieure à l'école entre dans leur classe. Au début, je présentais tout un panel de livres depuis la maternelle jusqu'à la fin des humanités, avec l'idée de susciter le plaisir de la lecture et que chaque élève puisse choisir un livre qu'il aimait. Toutes les six semaines, un vendredi car il n'y a pas école le lendemain, de 19h à 21h, la librairie est au club de lecture des ados. Chacun vient raconter ses coups de coeur ou....écouter, sans obligation de prendre la parole".
Plus d'infos : www.loiseaulire.be
mercredi 13 juillet 2022
Eloge du pliant par Colette Nys-Mazure
L'auteure belge Colette Nys-Mazure (dont je vous ai déjà beaucoup parlé) a écrit ce texte "Eloge du pliant" pour la revue "Dimanche" de juillet 2022 :
Il ne s'agissait pas de faire le siège d'une maison, ni même d'en placer un devant la façade d'un café ou d'un commerce de campagne pour signaler au médecin ou au vétérinaire qu'une visite supplémentaire l'attendait, qu'il lui fallait entrer pour s'informer, mais tout simplement de sortir un pliant, une chaise ou un fauteuil les longs soirs d'été selon la coutume villageoise.
Je parle de ce temps où la population sans télévision aimait s'asseoir dehors et converser avec les passants, les voisins assis à proximité. Enfant, j'aimais cet usage de nos grands-parents paternels, installés sur la place entre l'église et son cimetière, un café, la boulangerie et la boucherie, juste en face du château de Bourgogne et son parc. Un pré vaste (devenu depuis parc à voitures) occupait le centre et offrait un vaste espace de jeux pour les enfants. Il n'y avait pas de barrière métallique opaque entre les maisons, les jardins, mais une vie ouverte et confiante.
Depuis la mort accidentelle de son fils aîné suivie de près par celle de son épouse, Bon Papa, vétérinaire apprécié, inspirait un respect teinté de commisération qui se traduisait par un regard apitoyé, chaleureux, posé sur nous, les trois orphelins. Bon Papa trônait littéralement dans son fauteuil, fumant la pipe légendaire qui roussissait sa moustache, aux côtés de son épouse, lectrice élégante. Nous jouions ardemment avec d'autres enfants, en attendant d'aller rejoindre le pliant préparé à notre intention : maintenant, on se calme !
Comme Pierre Sansot (1928-2005), j'entonnerais bien l'éloge du simple pliant sans dossier ni accoudoir, un des objets les plus modestes qui soit pour soutenir la patience et la fatigue, épargner l'humidité de l'herbe lors d'un pique-nique et permettre aux personnes trop âgées pour s'asseoir par terre de participer à la fête familiale champêtre.
Je reviens au pliant à notre taille d'enfant, calé dans un recoin du long corridor et qui sortait ces soirs bénis pour partager avec les grandes personnes l'illusion d'un temps sans fin où il nous serait permis d'aller dormir plus tard, en vertu d'une grâce princière accordée de temps à autre et dont la rareté accroissait la valeur. C'était notre barque au milieu du lac de Tibériade.
Je n'ai pas une nature nostalgique, je ne m'abîme pas dans les visions que m'offre le rétroviseur, mais j'aime célébrer des moments de la vie qui ont eu cours et laissent en nous des vignettes puériles et joyeuses. Il m'apparaît qu'en ces heures vespérales, nous jouissions du temps de vivre que j'associerais plus tard à la chanson de Georges Moustaki.
"Nous prendrons le temps de vivre, d'être libres, mon amour. Sans projets et sans habitudes, nous pourrons rêver notre vie".
Dans "Le tourbillon de la vie" (oui, Jeanne Moreau), nous savourions ces haltes dans l'herbe puis sur nos pliants à contempler notre monde, tandis que croissaient les ombres, que le clocher de l'église délivrait ses neuf coups et que nous tentions de prolonger encore l'oubli des adultes afin de jouir d'un surcroît de loisir.
Nous savions que nous serions invités tôt ou tard à replier nos sièges, à les ranger, à gagner la chambre de l'étage. Le plaisir suprême était de jouer déjà en pyjama ! Aussi, je souris discrètement lorsqu'une petite fille me parle, comme d'une nouveauté à la une, des soirées pyjamas avec ses copines. Dans mon arrière-pays s'esquissent ces soirées au parfum villageois que personne jamais ne pourra me dérober. Oui, j'éprouve de la gratitude et non de la mélancolie.
Dans le sillage de "Célébration du quotidien", France Culture m'avait invitée à célébrer la chaise longue. Je suis allée à Paris enregistrer l'émission dans un jardin de rêve. Mais, au fond, j'aurais préféré évoquer le pliant !
Colette Nys-Mazure
Cliquez ci-dessous sur "Nys-Mazure Colette" pour retrouver mes anciens articles consacrés à cette auteure belge.
mercredi 15 juin 2022
La librairie "Claudine" à Wavre
Diane Platteuw, la responsable de la librairie "Claudine" à Wavre (ouverte depuis octobre 2020), s'est confiée à la revue "Le Carnet et les Instants" :
"Le projet est né d'une réflexion bien mûrie à un moment de ma vie professionnelle. Je lis depuis l'enfance, j'ai toujours aimé partager mes découvertes littéraires. J'étais déjà prescriptrice pour mes connaissances. De plus, je suis fascinée par la créativité et par le croisement des disciplines culturelles. Ouvrir une librairie, c'est faire de ce partage, de ce goût de la découverte une profession. C'est aussi créer un espace qui participe à la diffusion et à la création culturelles. J'avais aussi envie de créer un projet dans la ville où je vis depuis dix ans et dans laquelle je me suis impliquée.
J'ai contacté plusieurs libraires en me proposant comme stagiaire. Yves Limauge m'a accueillie dans sa librairie de Woluwé-Saint-Lambert. Il m'a ensuite engagée pendant un an. Il m'avait dit à l'époque que tenir une librairie est un sport de combat. C'est lui qui m'a appris le métier avec talent et passion. Je lui dois un immense merci pour son parrainage. Nous continuons à nous voir régulièrement. Beaucoup de gens viennent à la librairie pour me demander ce que je leur conseillerais pour ouvrir ce genre de commerce. Je réponds que le passage par une autre librairie me paraît essentiel. Il faut se cogner à la réalité : la trésorerie, les retours, les négociations avec les distributeurs, être attentive à ses charges fixes, etc. Le Syndicat des libraires francophones indépendants est un précieux référent également. Le réseau des libraires indépendantes n'est pas un mythe, et j'ai envie de m'inscrire dans cette dynamique : entre collègues, nous n'hésitons pas à faire appel à l'un ou à l'autre.
Des lecteurs sont venus acheter le livre "Brasiers" de Marie-Pierre Jadin sans savoir qu'elle travaillait ici. Elle apporte une touche particulière au conseil. Elle a une manière différente de lire un texte et de qualifier une écriture, un livre. C'est très excitant aussi de se dire qu'elle est en train d'écrire son deuxième roman. Et Louisa Van Breusegem est stagiaire chez nous. Je l'ai rencontrée dans le cadre d'une réorientation d'études. Elle nous apporte la vivacité de ses 25 ans. Elle appartient à la génération Harry Potter qui traque les nouveautés sur les réseaux sociaux. Elle a un contact différent avec les ados et certains viennent pour elle.
Librairie généraliste veut dire ouverture. C'est même une condition de survie pour nous à Wavre. Cela me plaît d'avoir un public diversifié qui sait que nous nous couperons en quatre pour lui, pour le conseiller, lui apporter le service qu'il attend. En retour, il comprend nos contraintes et accepte d'attendre si nécessaire. Il sait que nous nous inscrivons dans une autre démarche d'Amazon qui entraîne le dépeuplement du centre-ville par la dématérialisation et la décommercialisation du secteur.
Nous avons un rayon essais où les ouvrages féministes occupent pas mal de place. Même si la lecture apparait comme une activité plus féminine, notre clientèle est mixte. Ce féminisme, nous l'incarnons aussi en tant que femmes cheffes d'entreprise engagées dans la vie sociale. Sans avoir un axe militant affirmé, on donne de facto une certaine image".
Soutenons nos libraires ! Plus d'infos : www.librairieclaudine.be
mercredi 11 mai 2022
Prix Goncourt de la nouvelle 2022 pour Antoine Wauters
mercredi 13 avril 2022
Deux nouveaux livres pour Daniel Charneux