samedi 10 juillet 2010

Le Jardin des Poètes au Mont-Saint-Aubert

Dans le cimetière situé au sommet du Mont-Saint-Aubert (près de Tournai), un Jardin des Poètes a été dessiné par l'architecte tournaisien Léopold Henno et inauguré en 1971. Trois membres de l'Académie Royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique y reposent : Géo Libbrecht (1891-1976), créateur de ce jardin, Roger Bodart (1910-1973) et Louis Dubrau (1904-1997). On y trouve également les tombes des trois fondateurs dans les années 50 du groupe Unimuse (contraction d'Univers-Muse) qui regroupe des poètes du Hainaut occidental : René-Lucien Geeraert, Maurice Gerin et Gilbert Delahaye. Ce dernier est également l'auteur de "Martine", célèbre bande dessinée pour enfants. Madeleine Malfaire-Gevers, Robert Léonard et Rachel Poulart de Guide reposent également au Jardin des Poètes.

Il existe d'autres évocations littéraires au Mont-Saint-Aubert. Le Sentier des Poètes, emprunté par de nombreux promeneurs, est jalonné de pierres gravées, dont une perpétue le souvenir de Georges Rodenbach (1855-1898), né à Tournai et célèbre pour son roman "Bruges-la-Morte". En 2006, la Ville de Tournai a également rebaptisé deux rues du Mont-Saint-Aubert du nom des écrivains René-Lucien Geeraert et Géo Libbrecht. Enfin, chaque année lors du samedi de la Pentecôte, la "Ducasse des poètes du Mont-Saint-Aubert" fait connaître les auteurs d'aujourd'hui et rappelle la mémoire de ceux d'hier.

Dans son livre "La liberté de l'amour", l'auteur Colette Nys-Mazure fait part de son souhait d'être inhumée au Jardin des Poètes : "Nous avons souhaité être enterrés là en bon voisinage, face au vaste paysage : c'est un lieu de promenade agréable pour notre famille. J'aime penser que je serai là en attendant la résurrection des corps. Nous rions parfois d'imaginer notre dernière montée en corbillard, nous qui habitions, enfants, au pied du Mont-Saint-Aubert et l'avions si souvent escaladé!".

samedi 3 juillet 2010

L'Académie Royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique

C'est le ministre des Sciences et des Arts Jules Destrée qui proposa en 1920 au roi Albert Ier la création de cette académie, composée d'écrivains d'une part, et de philologues d'autre part. Les premiers membres sont les dix auteurs survivants de la revue "La Jeune Belgique" : Henry Carton de Wiart, Georges Eekhoud, Iwan Gilkin, Albert Giraud, Hubert Krains, Maurice Maeterlinck, Albert Mockel, Fernand Séverin, Paul Spaak et Gustave Vanzype. Les quatre premiers membres de la section philologie viennent de la nouvelle école liégeoise de philologie : Maurice Wilmotte, Auguste Doutrepont, Jules Feller et Jean Houst. Ils se réunissent au palais des Académies à Bruxelles. Actuellement, l'Académie est composée de 26 écrivains et 14 philologues, et c'est l'auteur Jacques De Decker qui en est le secrétaire perpétuel depuis 2002.

mercredi 23 juin 2010

"Perdre pied" (Colette Nys-Mazure)

Sorti en 2008, "Perdre pied" est le premier roman de Colette Nys-Mazure qui s'est inspirée du tableau "Sur la plage de Boulogne" d'Edouard Manet. Tous les personnages de cette toile, seuls ou en groupe, s'ignorent.

Dans le roman, des personnes en souffrance se retrouvent au même moment face à la Manche. Il y a Julian, en chaise roulante suite à un accident de moto. Hilde qui vient travailler à l'hôtel des Dunes après une rupture amoureuse. Mosane, une adolescente sans nouvelles depuis six mois de son père journaliste, et sa mère Amélie. Antoine (75 ans), qui regrette de n'avoir pas eu le courage d'être un artiste à part entière, et qui a peur de la maladie et de la dépendance. Jeanne, la responsable de la maison d'hôte, dont le fils est atteint du sida.

Toutes ces personnes, résidents ou locataires, vont faire connaissance et se soutenir mutuellement. Leurs problèmes, leurs soucis et leurs doutes ne s'envolent pas, mais cette semaine face à la mer va leur permettre de reprendre pied et de retrouver un peu de courage et de confiance en eux. Ce roman très bien écrit s'intègre parfaitement dans les messages que tente de faire passer Colette Nys-Mazure à travers son oeuvre. Mon seul petit reproche est que j'ai eu du mal au début à entrer dans l'histoire et à m'y retrouver avec tous les personnages.

vendredi 18 juin 2010

Le Cercle de la Rotonde

Le Cercle de la Rotonde, c'est l'histoire d'étudiants de l'Université Catholique de Louvain-la-Neuve qui souhaitent en 1990 organiser des soirées littéraires. La Rotonde est une salle située en haut d'une tour ronde qui est mise à leur disposition. Des écrivains belges répondent à leur invitation, comme Liliane Wouters, Carl Norac ou Caroline Lamarche. En 1995, le Cercle s'installe à Bruxelles et développe ses activités, notamment la publication d'anthologies. La liste des auteurs reçus s'allonge : Pierre Mertens, Frank Andriat, Régine Vandamme, Bruno Coppens, Sandrine Willems, Colette Nys-Mazure, Nicolas Ancion, etc. Un partenariat avec le Théâtre Poème est signé en 1999. Et depuis septembre 2009, c'est à la Maison du Livre à Saint-Gilles qu'ont lieu les rencontres du Cercle de la Rotonde le samedi à 17h pour deux heures d'entretiens, lectures, débats, signatures. Plus d'infos sur www.lecercledelarotonde.be

mardi 8 juin 2010

"Arthur Masson ou le partage du plaisir" (R. Bronchart)

Robert Bronchart a rédigé en 1999 un ouvrage intéressant et accompagné de nombreux documents pour raconter au grand public la vie et l'oeuvre de l'écrivain belge Arthur Masson (1896-1970). Selon moi, il a atteint son objectif et donne envie de lire les livres de l'auteur qui sont ré-édités par les Editions Racine.

Né en 1896 à Rièzes-les-Chimay, Arthur Masson est le fils d'un douanier. Il effectue ses primaires à l'école communale d'Agimont et ses secondaires au Collège Saint-Joseph de Chimay, puis entreprend des études de philosophie et lettres à l'Université de Louvain. Après son service militaire au sein du 3ème régiment des chasseurs à pied à Tournai, Arthur devient professeur à l'Athénée Royal de Nivelles et à l'Ecole moyenne de Nivelles jusqu'à sa retraite en 1946. De son union avec Anna Fremy, il a trois enfants : Anne-Marie, Pierre et Bernadette.

Sa carrière d'écrivain débute en 1935 lorsque son poème "L'adieu des petites gens" (écrit lors du décès du Roi Chevalier) obtient le Prix Albert Ier et est publié à Paris. Ses trois premiers romans sortent avant la deuxième guerre mondiale : "La vie du bienheureux Toine Culot", "La farce des oiseaux" et "Toine, maïeur de Trignolles". Le 16 décembre 1942, il est arrêté par les Allemands et incarcéré à la citadelle de Huy jusqu'au 17 février 1943. Arthur Masson obtient le Prix triennal Georges Garnir 1948, décerné par l'Académie Royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique. Il décède à Namur en 1970.

Robert Bronchart analyse son oeuvre : "Arthur Masson est renommé en tant qu'auteur régionaliste, mais la qualification d'auteur du terroir convient mieux pour souligner son intégration à la vie rurale (...) Nous observons les façons d'être et les moeurs à travers l'accent du cru et la naïveté d'expression de certains personnages qui donnent une saveur authentique à la vie du terroir. Mais, si certains personnages patoisent, l'élégance de l'écriture et la grâce du style n'en sont pas affectées, dans l'ensemble. Dans les peintures de Teniers, des manants saouls ont d'audacieuses attitudes. Pourtant, derrière ces rustres, la finesse de l'art, la touche spirituelle, la moquerie presque imperceptible, font deviner l'oeuvre d'un gentilhomme. De même, entre les lignes d'Arthur Masson, brille le sourire tendre d'un conteur artiste et d'un lettré subtil qui aime ceux qu'il raconte".

Les romans d'Arthur Masson se déroulent au milieu du 20ème siècle à la campagne, où règne la joie de vivre. Il n'aime pas Bruxelles et tente, à travers ses livres, de combattre l'exode rural vers les villes. Mais Robert Bronchart fait remarquer avec objectivité : "Il met en scène une société un peu factice, en ce sens que tout y est pour le meilleur des mondes. Ses personnages ont un comportement idéalisé. S'ils ont des sautes d'humeur, jamais aucun couple ne bascule. Ils se sont juré fidélité et rien ne vient perturber leur bonheur conjugal ; aucune lassitude ni révolte ne se fait jour. Tout le monde est beau, tout le monde est gentil. Le village forme un tout, détaché de son contexte, préservé des influences du monde extérieur". Signalons que la "Toinade" comptabilise 279 personnages! Dans "Toine et la tourmente", Arthur Masson raconte le quotidien des Belges durant la deuxième guerre mondiale et on devine que de nombreux passages sont autobiographiques.

lundi 31 mai 2010

Deux jeunes poètes belges à découvrir

Né en 1986, Maxime Hanchir déserte en 2005 et passe quelque temps sur les routes australiennes. Il part ensuite pour l'Amérique centrale avant de s'installer à Berlin. Vit d'expédients et de petits boulots. Il réside maintenant à Liège où il a commencé des études de traduction en 2008. Ses poèmes ont été publiés dans la revue liégeoise "Le Fram". Il a aussi contribué à la revue canadienne d'art contemporain, "Whitehot Magazine".

Né à Liège en 1981, Antoine Wauters est philosophe de formation, coéditeur de la revue "Langue Vive" et, depuis peu, scénariste. Lauréat du Prix Pyramides 2008, il reçoit la même année le Prix Polak de l'Académie de langue et de littérature françaises de Belgique. Il a publié "Os" (Tétras-lyre), "La bouche en quatre" (Le Coudrier) et "Debout sur la langue" (Maelström). "Ali si on veut", co-écrit avec Ben Arès, est à paraître chez Cheyne Editeur. A paraître également : "Césarine de nuit".

Tous deux participent au 7ème Festival International et Marché de Poésie organisés à Namur du mercredi 9 au dimanche 13 juin 2010.

mercredi 26 mai 2010

Interview de Carine-Laure Desguin

1° Pouvez-vous présenter?
Si le joker m'était permis, je le prendrais car parler de moi n'a jamais été ma tasse de thé! Parler non plus, d'ailleurs... Sur la quatrième de couverture de mon premier roman "Rue Baraka", c'est volontairement que la bio se réduit à quelques mots : Carine-Laure Desguin, elle aime sourire aux étoiles et dire bonjour aux gens qu'elle croise... Mais voilà, ce modèle de présentation est trop réducteur, je le sais... Depuis de nombreuses années, je travaille dans le secteur paramédical, en extra-muros. Post-graduée en gérontologie sociale et diplômée en pédagogie, c'est vraiment à l'écoute des autres et chez eux que je me sens le mieux. C'est dans cette sphère-là que je me sens utile... J'aime bouger et aller vers les autres. J'aime traverser les rues, sillonner les campagnes et soigner les gens.

2° Quand avez-vous commencé à écrire et qu'est-ce que cela vous apporte?
La première fois que j'ai mis sur le papier tout un ressenti, j'avais sept ans! La phrase qui commence le texte est encore présente dans mon esprit : "Les gens d'ici sont très gentils...". Je venais de quitter une région et j'arrivais dans une autre, mais dès le premier jour, je suis allée à la recherche des autres enfants du quartier et le texte que j'ai écrit le soir était destiné à mon cousin qui, lui, était resté dans mon ancienne ville. Vers 12 ans, j'ai lu "Bonjour tristesse" de Françoise Sagan et à ce moment-là, l'écriture m'est apparue comme une évidence... Durant mon adolescence, j'ai beaucoup lu et écrit. Je lisais tout ce qui m'était possible de lire. Mes écritures se résumaient à de la poésie et à des textes de tous genres. Et vers 19 ans, j'ai décidé de ne plus écrire, de me consacrer à mes études. Durant une bonne vingtaine d'années, je n'ai plus écrit du tout et mes lectures se focalisaient sur les informations relatives à mon travail et, grâce au ciel, je me suis promenée beaucoup dans les livres de psychologie dynamique... L'âme humaine et tous les oiseaux qui l'entourent, çà me passionne! En 2007, j'ai acheté "Vieillir sans toi" de Michel Cyprien et quand j'ai refermé ce roman, une évidence s'est imposée à moi : mon désir d'écrire était intact. Les semaines qui suivirent, une histoire a cogné dans ma tête et des personnages se sont installés sur le papier. Ce que m'apporte l'écriture? Offrir aux lecteurs une parcelle de mon imaginaire. Et puis, beaucoup beaucoup d'amour! Lire et écrire provoquent en moi ce très beau sentiment car j'aime vraiment les mots et toute l'énergie qu'ils transposent.

3° Quelles sont vos sources d'inspiration et vos thèmes de prédilection?
Mes sources d'inspiration sont nombreuses et je pense que je ne les ai pas encore toutes expérimentées... Je me surprends moi-même! Mon second roman, "Les enfants du Grand Jardin", c'est un conte surréaliste pour adultes et adolescents. L'origine du texte est insolite. L'an dernier, j'ai eu l'envie de passer un dimanche après-midi dans un endroit où je n'étais jamais allée. Depuis longtemps, je désire rouler sur un solex et je pensais que ce dimanche-là se réunissaient des solexistes. Dans le grand jardin d'une maison privée, des artisans proposaient leurs créations, des peintures, des sculptures. Pas de solexistes et pas de solex non plus! Durant deux heures, je suis restée là, je regardais tous ces gens qui aimaient se rassembler et offrir aux touristes d'un jour l'une ou l'autre chose artisanale. Le lendemain, toc toc toc, des flashs s'étoilaient devant les yeux. Dans un endroit inconnu, deux fées rassemblent des enfants venus de tous les horizons. Elles leur apprennent à vivre, à aimer et à parler une langue spéciale , la langue qui n'a pas de bois... "Les enfants du Grand Jardin" étaient nés... La lecture de certains auteurs déclenchent chez moi des images et une envie instantanée et quasi incontrôlable d'écrire. Je pense à Xavier Deutsch, André Breton... Encore une inspiration insolite : une amie se fracture le scaphoïde, un petit os du pied. Par boutade, je lui dis : "on connaissait déjà l'astrogale d'Albertine Sarrazin, maintenant il y aura le scaphoïde d'E.R.". Le lendemain, je filais à la bibliothèque et quelques jours plus tard, j'écrivais sous forme de poésies des épisodes de la vie de ce grand écrivain qui défraya la chronique (ce texte datant d'octobre peut se lire sur mon blog : Alger 1937, Paris 1967, une révolte, un destin).

4° Pourquoi avez-vous souhaité être publiée et pourquoi avoir choisi les Editions Chloé des Lys?
Au départ, je ne pensais pas être publiée. C'est une amie qui, après la lecture de "Rue Baraka", m'a incitée à rechercher un éditeur. Sur Internet, les références de nombreuses maisons d'éditions s'entrechoquent. La lecture de commentaires de certains auteurs m'a fait prendre connaissance des difficultés du monde de l'édition...et de la vigilance dont devait faire preuve un futur édité! Et donc, j'ai compris que chez Chloé des Lys, le compte d'éditeur était réellement le compte d'éditeur. L'auteur ne débourse rien. Ce contrat chez Chloé des Lys m'a donné confiance en moi.

5° Pouvez-vous nous parler de votre premier roman "Rue Baraka"?
"Rue Baraka", mon premier roman, investit vraiment dans le thème qui me titille les neurones depuis longtemps : la rencontre inattendue et que faisons-nous de ces rencontres, le destin, la destinée... Vous l'avez compris : c'est l'histoire d'une rencontre. Par hasard - celui-ci aussi, je l'aime, le hasard - Tarek, un jeune homme désoeuvré, rencontre un vieux peintre encore plein d'enthousiasme. De la vie, le vieux peintre connaît ses mystères et surtout ses secrets. Il apprend à Tarek le plus grand des secrets de la vie : celui qui nous offre le pouvoir de faire de nos rêves une réalité... Dans cette grande maison de ville, Tarek apprendra tout d'abord à rêver et connaîtra ensuite le secret du secret.

6° Quels sont vos projets?
Les projets se bousculent, ils veulent tous être le premier dossier... "Les enfants du Grand Jardin" sont en attente au comité de lecture de chez Chloé des Lys. "Mademoiselle Lucas" attend une relecture. Et puis, ne riez pas mais voici quelques mois, j'ai rencontré par hasard - encore lui - un personnage insolite qui m'a demandé de but en blanc d'écrire l'histoire de sa vie... Cela fait donc partie de mes projets...mais j'en ai d'autres, attendez un peu...

Plus d'infos sur son blog : http://carinelauredesguin.over-blog.com