mercredi 28 décembre 2016

"Message à l'avenir" (Laurence Vielle)

Poétesse Nationale 2016-2017, Laurence Vielle s'est confiée il y a quelques jours aux quotidiens du groupe Vers l'Avenir :    "Au moment des attentats en France, je travaillais dans le quartier du Bataclan. Il y avait cette intolérable ambiance où tout le monde devenait suspect, chacun était l'ennemi de l'autre. J'ai écrit un texte sur ce thème au mois de mars où je partageais ce sentiment d'avoir perçu chacun comme une cible. Dans ces cas-là, il faut prendre de la hauteur. Etre cible, pourquoi pas? Mais uniquement une cible d'amour. Après les attentats, il y avait cette nécessité que les mots se posent. Il fallait parler, écrire. Loin des analyses officielles, des discours politiques ou médiatiques. La force des mots est revenue dans la rue.

Je suis une amoureuse de l'humanité. Cherchant le potentiel humain dans chaque rencontre. Mais là, je trouve que notre planète est en train de se trouer toute seule. C'est écrasant. On s'autodétruit. On est confronté à des images qui sont un non-sens pour la vie (par exemple, devoir porter un masque pour respirer est, pour moi, une image insupportable.

Pour 2017, j'ai beaucoup d'espoir dans l'humanité, mais pour réenchanter le monde, il faut être créatif, ce qui demande parfois une grande force qu'on trouve justement dans la poésie. Le poème, c'est un chemin pour honorer la vie, le vivant, malgré la noirceur du monde. Le poème, c'est un instrument qui permet de rester éveillé avec la langue, avec la parole".

Laurence Vielle offre son poème "Message à l'avenir" aux lecteurs du groupe Vers l'Avenir :

"Je t'écris d'un pays où le pôle nord a changé de cap
les moteurs dévastent l'air
noircissent nos poumons
les enfants galopent dans les écrans
les animaux sont abattus à grande vitesse
pour fournir à nos panses viande terne
on achète, on consomme, on jette
notre temps file, file et file
nous construisons l'arme qui nous tue tous
en poussant juste sur un bouton
nous divisons la planète par lignes invisibles
interdit de les franchir si tu demandes asile
nous rêvons de conquérir l'espace
pour affamer une autre terre
nos frères meurent de faim de froid
à même les trottoirs aux pays des nantis
les plus âgés croupissent dans les mouroirs
l'eau la belle eau la ruisselante
nous la filtrons pour apaiser nos soifs.

Dans ton cœur qui demain battra
un peu du mien y chantera
chante qui chante le demain
d'aujourd'hui
tu lis ces mots c'est que tu vis
célèbre la vie qui passe
marche, marche, arpente les chemins
et de tes mains à d'autres reliées
aime, oui, aime le monde qui est le tien
et de tes lèvres et de ton souffle
invente les mots de ton poème
chair lumineuse aux enfants de demain".

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