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mercredi 31 décembre 2025

"Tant mieux" (Amélie Nothomb)


L'auteure belge Amélie Nothomb a répondu aux questions de Nicky Depasse pour le magazine "L'Eventail" :

"Quel a été l'élément déclencheur de l'écriture de ce roman qui parle de votre mère ?
- Je n'avais jamais pensé écrire sur ma mère. Mais elle m'a fait la mauvaise plaisanterie de mourir. Et quand je suis face à une terrible souffrance, je ne peux m'en sortir qu'en en faisant un livre. Ecrire un livre est toujours un danger, le plus grand étant de le rater. Je me suis dit :  tu ne peux pas rater ta mère, ce n'est pas permis ! Et puis, aussi longtemps que j'écrivais ce livre, Maman était vivante. C'est la raison pour laquelle il est plus long que les autres. Heureusement, lorsque je l'ai eu terminé, j'ai réalisé que Maman était toujours là.

- Vous dévoilez beaucoup de choses au sujet de votre famille mais qu'avez-vous hérité de votre mère ?
- J'ai hérité du caractère de mon père, je lui ressemble naturellement. Pour ma mère, j'ai dû fournir des efforts. Par exemple, elle avait un maintien magnifique alors que moi, je me tiens plutôt volontiers comme Gaston Lagaffe. Donc, si vous me voyez me tenir droite, c'est que je pense à ma mère. Ce livre est une déclaration d'amour. J'ai été très troublée que beaucoup de lecteurs pensent que ma mère devait être une horrible femme à cause des personnages de mères monstrueuses dans mes livres. Cela m'a fait de la peine. J'avais envie de crier : "Ces personnages sont issus de mon imagination, pas de mon passé!".  Ma mère était une femme merveilleuse. La plus extraordinaire que l'on puisse imaginer, et aussi la mère qu'il me fallait. Ma nature me prédisposait à devenir une grande dépressive. Ma mère m'a créé un bouclier contre cela. Et comme je suis heureuse de ne pas être devenue une grande dépressive : merci Maman !

- C'était facile pour vous de lui dire je t'aime ?
- Oui, je le lui ai dit énormément. Avec elle, c'était facile parce qu'elle le disait facilement. Avec mon père, c'était beaucoup plus compliqué. Il était merveilleux mais distant.

- Vous écrivez "Armel offrit à Adrienne un cadeau étourdissant, il lui dit je t'aime". 
- C'était un cadeau d'autant plus grand que la pudeur de mon père rendait ce genre de déclaration très difficile. Il n'y a rien de plus beau qu'un cadeau de mots. Surtout ces mots-là ! Les cadeaux auxquels je suis le plus sensible, ce sont les mots. Quand on me demande ce que je souhaite pour mon anniversaire, je réponds :  écrivez-moi une lettre avec des mots que vous aurez choisis pour moi.

- Quel est le mot qui définissait le mieux votre mère ?
- La vie. La vie et la positivité". 

 

mercredi 17 novembre 2021

Prix Renaudot 2021 pour Amélie Nothomb

                          


La baronne Amélie Nothomb a remporté le Prix Renaudot 2021 avec son dernier roman "Premier sang", publié aux éditions Albin Michel. Ecrit à la première personne, ce récit rend hommage à son père adoré Patrick Nothomb, décédé en mars 2020, au début du confinement. Sous la forme d'une autobiographie fictive aux airs de conte, la fille redonne voix à cet ancien diplomate belge à la carrière hors norme. Il était né dans un milieu d'aristocrates déclassés et élevé dans un château par ses grands-parents. Marqué par la mort précoce de son père et le désamour de sa mère, le garçon raconte son enfance dans les années 1940. On le retrouve grandi, à 28 ans, face à un peloton d'exécution au Congo belge et bientôt héroïque. Il sera ensuite ambassadeur de Belgique, notamment au Japon qui aura une influence sur l'oeuvre d'Amélie Nothomb.

Cliquez ci-dessous sur "Nothomb Amélie" pour retrouver mes autres articles sur cette auteure belge.

mercredi 10 octobre 2018

"Les prénoms épicènes" (Amélie Nothomb)

A l'occasion de la rentrée littéraire, notre célèbre baronne Amélie Nothomb nous a sorti son 27ème roman :  "Les prénoms épicènes", publié aux éditions Albin Michel. Qu'est-ce qu'un prénom épicène? C'est un prénom qui n'a pas de genre, ce qui est le cas des trois héros principaux du roman (Claude, Dominique et Epicène). Il est un peu le livre miroir de "Frappe-toi le cœur", paru l'an dernier :  l'un évoque une petite fille rejetée par sa mère et l'autre une petite Epicène qui n'aime pas son père Claude(Amélie Nothomb précise que ce n'est pas autobiographique et qu'elle adore ses parents!).

Je vous propose de lire un compte-rendu très détaillé du roman et une interview-vidéo de l'auteure sur le blog "Le Carnet et les Instants" du Service de Promotion des Lettres de la Fédération Wallonie-Bruxelles (vous y trouverez d'autres comptes-rendus d'écrivains belges) :   https://le-carnet-et-les-instants.net/2018/08/23/nothomb-les-prenoms-epicenes/

Et vous, quels sont vos coups de cœur parmi les romans d'Amélie Nothomb?

mercredi 25 octobre 2017

Amélie Nothomb et la Belgique

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Dans la longue interview accordée à la revue "Le Carnet et les Instants" du Service de Promotion des Lettres de la Fédération Wallonie-Bruxelles, la baronne Amélie Nothomb répond à plusieurs questions sur la Belgique :

"Accordez-vous une attention particulière aux livres d'écrivains belges francophones?
- Il n'est pas primordial pour moi qu'un auteur soit belge ou non. Mais ça me fait plaisir quand je lis un auteur belge. Ces dernières années, j'ai, par exemple, vu émerger Caroline De Mulder. Je trouve qu'elle a beaucoup de talent. C'est une belle personne dans tous les sens du terme.

- On sait aussi votre admiration pour Simon Leys.
- Oui, pour Simon Leys, pour Jacqueline Harpman, pour Simenon, pour tous les grands surréalistes. Nous ne manquons pas de gloires en Belgique, c'est certain.

- Y a-t-il pour vous quelque chose qui définirait la littérature belge?
- Ca me paraît évident :  le surréalisme. Le surréalisme belge précédait sa nomination et lui succède. Je trouve qu'il y a toujours quelque chose de surréaliste dans ce que nous écrivons en Belgique. Je pense qu'on peut qualifier ce que j'écris de surréaliste. C'est plus fort que moi : à aucun moment, je ne me dis "Soyons surréaliste!",  ça vient tout seul. C'est certainement une des manières principales que j'ai d'être belge.

- Vous vous définissez vous-même comme auteur belge?
- Oh oui!

- L'identité belge est-elle plus importante pour vous que la francophone?
- Je ne peux pas dire que francophone n'a aucune importance. J'écris en français et ce n'est pas anodin. Mais l'identité belge est plus importante, parce qu'elle différencie des Français, des Suisses, des Canadiens, et c'est quelque chose qui a du sens.

- Vous êtes une Belge publiée en France :  votre éditeur est-il ouvert à une langue qui n'est pas forcément toujours conforme au français de France?
- Ca a donné lieu à une paranoïa de la part de mon éditeur. Quand il s'est aperçu du style très particulier d' "Hygiène de l'assassin", il a cru que c'était du belge! Le texte était presque entièrement raturé par les correctrices avec la mention "belge". J'ai entièrement raturé les corrections en mettant "Non, ce n'est pas du belge, c'est du Amélie Nothomb!". Il m'a fallu quelques années pour le leur faire comprendre. Par ailleurs, si je me permettais cette liberté, c'était probablement dû au fait que j'étais belge. Donc, finalement, c'est du belge, mais pas de la façon dont ils l'imaginaient!

- Vous vivez en France depuis plusieurs années. Votre écriture est-elle néanmoins toujours marquée par le français de Belgique?
- En arrivant en France, j'ai découvert le français de France et il ne m'a pas déplu. Mais pourquoi ne pas montrer qu'en Belgique, nous avons une autre façon de parler? Ceci dit sans aucun désir revanchard. Mais jamais je n'ai été obsédée par l'idée de ne pas paraître belge. Au contraire, je ne supporte pas qu'on dise que je ne suis pas belge. Je ne sais pas pourquoi les Français disent toujours de moi que je suis "d'origine belge". Je suis belge, pas "d'origine belge"!

- Dans plusieurs interviews, vous avez pourtant évoqué votre sentiment d'apatridie, de ne venir de nulle part. Dans "Biographie de la faim", vous expliquez vous sentir ressortissante de l' "Etat de Jamais".
- Ce sentiment existe toujours mais c'est quelque chose qui a beaucoup évolué en moi suite à la crise de 2010-2011. A la profondeur de mon angoisse lorsqu'on a évoqué la possibilité que la Belgique n'existe plus, j'ai vraiment senti que j'étais de là. A l'impression d'apatridie s'est ajouté le sentiment de quand même être belge. Mon grand sentiment de vague est après tout une manière d'être belge.

- L'accueil de vos livres en Belgique est-il différent de l'accueil que vous recevez en France?
- L'accueil des lecteurs est sensiblement le même en Belgique et en France. L'accueil des journalistes est, lui, différent. D'une manière générale, j'ai constaté plus de vacheries à mon encontre de la part de journalistes belges.

- Vous écrivez vous-même des articles sur les livres des autres. Avez-vous eu récemment des coups de cœur littéraires (belges ou autres)?
- Oui, j'en ai eu un pour le manuscrit de Stefan Liberski qui va paraître en 2018 chez Albin Michel : ça s'appelle "La cité des femmes" et c'est formidable".

Retrouvez la suite de cette longue et intéressante interview dans la revue "Le Carnet et les Instants" que vous pouvez recevoir gratuitement par courrier sur simple demande auprès du Service de Promotion des Lettres de la Fédération Wallonie-Bruxelles. 

mercredi 18 octobre 2017

Interview d'Amélie Nothomb

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A l'occasion de la sortie de son roman "Frappe-toi le cœur" et de ses 25 ans de carrière littéraire, la baronne Amélie Nothomb (membre de l'Académie Royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique depuis 2015) a répondu aux questions de la revue "Le Carnet et les Instants" que vous pouvez recevoir gratuitement par courrier sur simple demande auprès du Service de Promotion des Lettres de la Fédération Wallonie-Bruxelles :

""Frappe-toi le cœur" a pour titre un extrait d'un vers de Musset. L'écriture du roman vous a-t-elle été inspirée par ces mots ou le titre est-il venu par la suite?
- La phrase de Musset ne m'a pas inspiré le livre. Je connaissais ce vers depuis longtemps, mais il était dormant en moi. Puis, je suis tombée enceinte de ce livre. Je l'ai écrit et en cours d'écriture, j'ai senti resurgir en moi ce vers. Il est arrivé dans la scène du dialogue, c'est-à-dire à l'endroit où il est cité dans le livre. Et tout à coup, de le voir écrit, j'ai eu un choc, comme une épiphanie : le premier hémistiche du vers était mon titre.

- Plusieurs de vos titres sont des hommages à la littérature du passé. Avant "Frappe-toi le cœur", il y avait déjà eu "Barbe bleue", "Riquet à la houppe" ou encore "Le crime du comte Neville".
- Tant mieux si c'est un hommage, mais ce n'est pas le but. Le but de tout titre, c'est qu'il entretienne avec le livre dont il est censé être le prénom un rapport très fort. C'est ce qui compte pour moi au moment de choisir. Je prétends nommer mes livres de façon platonicienne. Platon écrit que pour nommer les choses, il les fait cogner contre une espèce de tuyau et au son qu'ils rendent, il va choisir le mot qui conviendra. C'est ce que je prétends faire avec mes titres : c'est toujours une opération très mystérieuse de sentir qu'il y a un lien profond entre tel ou tel mot, quelle que soit son origine, et une oeuvre littéraire.

- Et au cœur du titre de votre dernier livre, il y a précisément...le cœur. Musset, que vous citez, l'associe non pas au sentiment amoureux mais au génie.
- Oui, c'est ce qui est très fort. Alors que Musset était un être d'une cruauté amoureuse assez exceptionnelle, on a l'impression qu'il aggrave son cas parce qu'il montre par ce vers sublime qu'il sait parfaitement ce qu'est le cœur : le siège du génie. Donc si on veut vraiment nuire à quelqu'un, si on veut l'assassiner, rien de tel que le cœur.

- "Frappe-toi le cœur" explore les ressorts de la jalousie. C'est un sentiment qui n'apparaissait pas beaucoup dans vos précédents romans.
- La jalousie me passionne depuis toujours, mais je ne savais pas encore comment en parler parce que ce n'est pas un sentiment que je connais très bien. Il ne m'est pas étranger. Je suis un être humain, rien d'humain ne m'est étranger : j'ai été jalousée et il m'est arrivé d'éprouver de la jalousie. Mais la jalousie n'est pas la pulsion fondamentale de ma vie. Par ailleurs, c'est une pulsion qui me fascine, parce qu'elle n'obéit à aucune fonction biologique et elle ne sert strictement à rien. C'est un sentiment purement destructeur. Je savais que j'en parlerais, mais je ne savais pas comment. Je trouvais trop simple de parler de la jalousie amoureuse, qui ne me semble qu'un épiphénomène. Il y a une jalousie fondamentale, qui est celle qu'on éprouve à la naissance lorsque l'on s'aperçoit que sa maman a d'autres centres d'intérêt que soi. J'ai trouvé très intéressant d'inverser la problématique et d'explorer le cas peu connu, mais réellement existant, de la mère jalouse. Je pense que la jalousie trouve son explication dans la toute petite enfance. Mais dans le livre, le miroir est inversé : cette femme qui a toujours été jalouse le devient de manière paroxystique une fois qu'elle devient mère.

- Par le fait de cette jalousie, la relation entre mère et fille est au cœur du roman. Il y a une première mère Marie qui a trois enfants qu'elle traite de manière très différente :  la benjamine Célia qui est étouffée par l'amour maternel, le cadet Nicolas qui est traité de manière saine, et la fille aînée Diane qui fait l'objet de la jalousie.
- Diane est ignorée par sa mère. Ce sont des choses qui existent, même si je ne les ai pas du tout vécues. J'appartiens à une fratrie, mais j'ai cru comprendre que la jalousie arrive même en cas d'enfant unique ("Dis maman, est-ce que tu préfères papa ou moi?"). La question est finalement un peu moins grave dans le cas de fratries. J'ai des parents justes, qui aiment leurs trois enfants de manière équivalente. Pourtant, j'ai évidemment connu les tensions de tous les enfants. Je me suis déjà posé la question de savoir quelle place j'avais dans le cœur de mes parents par rapport à mon frère et ma sœur. Je pense que ce qui m'a sauvée, c'est que j'avais - et que j'ai toujours - une grande sœur merveilleuse, qui m'a permis de l'aimer. Grâce à cela, j'ai pu résoudre très tôt le problème en aimant celle pour qui j'aurais pu éprouver de la jalousie. Mais dans "Frappe-toi le cœur", j'aborde la question de gens qui n'ont justement pas pu s'en tirer et n'ont pas résolu cette crise de la petite enfance. Ils se retrouvent à l'âge adulte rattrapés par ce problème de la jalousie.

- Vous aviez déjà abordé les relations difficiles entre mère et fille dans "Robert des noms propres", où l'on trouvait une mère dangereuse pour sa fille adoptive. Les mères sont souvent monstrueuses dans vos livres.
- Beaucoup de gens en ont déduit que j'avais une mère monstrueuse. C'est tout à fait faux et très injuste. Dans "Le sabotage amoureux", on se rend compte que j'ai une mère merveilleuse. Et j'ai vraiment une mère merveilleuse. Mais évidemment, mes parents sont des gens normaux, ils ont fait des erreurs. Pas aussi tragiques que celles que je décris dans mes livres. Mais celles qu'ils ont pu commettre m'ont beaucoup marquée, surtout venant de ma mère. Il ne s'agit en aucun cas de régler mes comptes et je le répète : j'ai eu de bons parents et je leur dois beaucoup. Mais comme ça m'a marquée, j'en parle dans mes livres.

- Vous vous décrivez vous-même comme la mère de vos livres. Votre relation à votre oeuvre est-elle, elle aussi, de l'ordre de ces relations difficiles entre mère et fille?
- Ca n'a rien à voir! J'ai bien fait de ne pas avoir d'enfants parce que je pense que je n'aurais pas été une mère comme ma mère. J'aurais été une mère débordante d'amour. Pas comme Marie avec Célia, mais le genre de mère poule hyper-protectrice. A mon avis, ce n'est pas vraiment un cadeau pour un enfant. Ce côté mère poule, je l'ai pour mes livres. Ils sont mes œufs, vraiment, au sens propre du terme. Je les ponds, je les couve. Une fois qu'ils sont éclos, je les laisse voler de leurs propres ailes, mais je les accompagne autant que possible.

- Vous êtes traduite dans de nombreuses langues, adaptée au cinéma, au théâtre et à l'opéra. Ces nouvelles oeuvres qui naissent des vôtres laissent-elles à la mère poule un sentiment de dépossession?
- Non, c'est formidable. J'appelle ça mes petits-enfants. Je suis aujourd'hui en âge d'être grand-mère, c'est tout à fait normal. Mais c'est arrivé très tôt, puisque j'ai eu mon premier petit-enfant en 1994 avec la pièce de théâtre "Hygiène de l'assassin". Mes enfants sont adultes, ils se marient et ils font des enfants. Je suis donc aussi une belle-mère par rapport à d'innombrables gendres, réalisateurs ou hommes de théâtre. Ma politique est d'être d'abord une belle-mère odieuse :  lorsque le gendre ou la bru vient me demander la main de mon fils ou de ma fille, je me montre odieuse, histoire de voir ce que le gendre ou la bru a dans le ventre. Une fois qu'il ou elle m'a convaincue, je deviens une belle-mère idéale : il ou elle épouse mon enfant, et je ne me mêle pas de ce qu'ils font ensemble. Je fais confiance. Dans l'immense majorité des cas, je suis une grand-mère comblée parce que ce sont de très beaux petits-enfants. Et ce sont de vraies histoires d'amour : si quelqu'un aime votre enfant au point de vouloir lui faire un enfant, c'est pas mal.

- Il y a eu une seule adaptation vraiment ratée de vos livres :  celle d' "Hygiène de l'assassin", votre premier roman, porté par François Ruggieri en 1999, avec Jean Yanne dans le rôle principal.
- Une seule adaptation ratée :  statistiquement, je m'en tire bien!  Pour ce film, j'ai serré les dents pendant toute la projection, puis je suis allée voir le réalisateur et je l'ai félicité. Ensuite, je suis sortie de la salle et j'ai commencé à pleurer.

- Outre Marie, on trouve dans "Frappe-toi le cœur" une deuxième mère monstrueuse, Olivia. Celle-ci est tuée par sa fille qui trouve refuge chez Diane, la fille jalouse et maltraitée de Marie. Est-ce que ce meurtre-là est justifiable?
- Je n'irais pas jusqu'à dire que je donne raison à la petite, mais je la comprends. Olivia est un être horrible, c'est un être de pur mépris. Clairement, le mépris est des sentiments celui que j'exècre le plus. Je peux comprendre la haine (je l'éprouve). Je peux comprendre l'exécration (je l'éprouve). Mais le mépris est indéfendable. J'ai l'impression qu'il y a comme un cas de grâce concomittante dans le meurtre d'Olivia par sa fille. Mon intuition est que l'enfant ne sera pas arrêtée pour ce meurtre, mais qu'elle va trouver une sorte de résilience miraculeuse dans sa nouvelle vie avec son alter ego plus âgée, Diane.

- Face à ces mères monstrueuses, les pères sont des personnages assez effacés, assez veules.
- "Veules" n'est pas le mot qui me viendrait à l'esprit. Je dirais plutôt inconscients et pas forcément très courageux. Mes mères sont beaucoup plus fortes que mes pères, et mes pères ont tendance à abdiquer face à la mère et à vouer une confiance absolue et aveugle à leur épouse".

La suite de cette longue et intéressante interview se trouve dans la revue "Le Carnet et les Instants" que vous pouvez recevoir gratuitement par courrier sur simple demande auprès du Service de Promotion des Lettres de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Ce qui vous permettra de découvrir d'autres auteurs belges moins connus qu'Amélie Nothomb.

Et cliquez ci-dessous sur "Nothomb Amélie" pour retrouver mes autres articles consacrés à cet auteur.

samedi 3 septembre 2016

"Riquet à la houppe" (Amélie Nothomb)

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  La fin du mois d'août rime chaque année avec la sortie du nouveau livre de la baronne Amélie Nothomb. Celui de 2016 s'appelle "Riquet à la houppe", toujours publiés par les éditions Albin Michel. Je ne l'ai pas encore lu, mais je vous propose de consulter le compte-rendu de notre amie bloggeuse Apolline :   http://editionsdelermitage.skynetblogs.be/archive/2016/06/29/riquet-a-la-houppe-8624216.html . Et pour retrouver d'autres articles consacrés  à cet auteur belge, il suffit de cliquer ci-dessous sur "Nothomb Amélie".

























               

jeudi 23 juin 2016

La littérature belge francophone en classe

En prévision d'un prochain congrès de la Fédération Internationale des Professeurs de Français, une centaine de professeurs ont répondu à un questionnaire (95 professeurs du secondaire supérieur, 12 professeurs du secondaire inférieur, 10 professeurs de l'enseignement supérieur).

Ces enseignant distinguent des auteurs belges liés au "patrimoine" et des auteurs belges de la littérature contemporaine. La frontière n'est cependant pas nette : certains estiment que c'est après la deuxième guerre mondiale, d'autres jusqu'aux années 1980, tandis que des professeurs estiment que la littérature contemporaine englobe des oeuvres du milieu du XXème siècle quand elle relève de la littérature de genre (comme "L'assassin habite au 21" de Stanislas-André Steeman et "Malpertuis" de Jean Ray).

Qui sont les auteurs belges que ces professeurs font lire à leurs élèves?  Parmi les auteurs belges liés au "patrimoine",  Maurice Maeterlinck et Georges Rodenbach se détachent très nettement (tous deux cités 30 fois), suivis par Charles De Coster (cité 14 fois), Emile Verhaeren (cité 13 fois), Camille Lemonnier (cité 12 fois), Marie Gevers (cité 9 fois), Michel De Ghelderode (cité 9 fois), Madeleine Bourdouxhe (cité 8 fois), René Baillon (cité 8 fois) et Jean Ray (cité 7 fois).  Parmi les auteurs belges de la littérature contemporaine,  c'est Armel Job et Amélie Nothomb qui sont les plus lus (tous deux cités 21 fois), suivis par Nicolas Ancion (16 fois), Georges Simenon (cité 13 fois), Thomas Gunzig (cité 12 fois), Jacqueline Harpman (citée 11 fois), Henry Bauchau (cité 8 fois), André-Marcel Adamek (cité 8 fois), les auteurs du Prix des Lycéens (cités 7 fois), Barbara Abel (citée 7 fois).

Jean-Louis Dufays enseigne la littérature à l'UCL et explique les trois plus-values à la lecture d'auteurs belges :

"D'abord, la proximité. Il y a plus de chances que les élèves s'intéressent à la lecture d'une oeuvre si les décors dans lesquels évoluent les personnages, la réalité décrite appartiennent à leur environnement culturel. Ensuite, cela contribue à construire le lien social et culturel. Même si la Belgique, contrairement à la France, peine à se construire une spécificité culturelle, et même si les classes sont de plus en plus multiculturelles, la lecture d'auteurs belges aide à s'interroger sur ce qui fait l'identité des habitants de ce pays, qu'ils soient de souche ou non. Enfin, il y a le côté pratique : les auteurs belges contemporains sont accessibles. Les enseignants peuvent inviter en classe la littérature qui se crée, donner aux jeunes l'occasion de questionner les écrivains, les illustrateurs sur leur pratique. Ils peuvent aussi les emmener voir les créations de ces artistes. Quand on assiste à un spectacle, quand on rencontre un écrivain, il y a une incitation à participer de manière active à la culture d'aujourd'hui, voire à en devenir un acteur, en écrivant, en chantant, en montant sur scène".

Où les professeurs de français recherchent-ils des informations sur la littérature belge?  Ils consultent avant tout la presse écrite ("Le Soir" et "La Libre Belgique"), la radio (La Première) et la télévision (l'émission "Livres à domicile"). Apparaissent ensuite les discussions entre collègues, la revue "Le Carnet et les Instants" (qu'on peut recevoir gratuitement sur simple demande auprès du Service de Promotion des Lettres de la Fédération Wallonie-Bruxelles), les réseaux sociaux et les blogs littéraires, ainsi que le Prix des Lycéens.

Propriété de la Fédération Wallonie-Bruxelles, la collection Espace Nord (www.espacenord.com) rassemble plus de trois cent titres du patrimoine littéraire francophone belge. Ses atouts? Format de poche, prix accessible, dossier pédagogique (renseignements sur la vie de l'auteur, genèse du texte, cadre spatio-temporel, personnages, style, etc.).

Rappelons que les textes légaux n'imposent pas l'étude des auteurs belges en formation initiale. Les enseignants qui les abordent, le font par choix et par goût personnels. Chez les plus petits, plus de 5.000 enfants de 3 à 13 ans ont participé à "La petite fureur", prolongeant la lecture de livres de chez nous par une création. Il y a aussi le projet "Ecrivains en classe" qui permet d'accueillir un auteur ou un illustrateur en classe (du fondamental au supérieur) avec leurs déplacements défrayés.

Si vous êtes enseignant, n'hésitez pas dans les commentaires à nous faire part de vos expériences, suggestions et remarques !



mercredi 19 août 2015

Amélie Nothomb titrée baronne par le Roi

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Amélie Nothomb fait partie de la dizaine de Belges qui ont été anoblis par le roi Philippe à l'occasion de la fête nationale 2015. Elle a reçu le titre de baronne qui ne s'accompagne d'aucun privilège. Il est personnel et ne peut être transmis à sa descendance.


A chacune de mes visites à la Foire du Livre de Bruxelles, je suis fasciné par les dizaines et dizaines de personnes (en particulier des jeunes) qui font la file pendant des heures pour se faire dédicacer un roman par Amélie Nothomb. Cette dernière a toujours l'air disponible, agréable et simple. Qu'on aime ou qu'on déteste ce qu'elle écrit, elle mérite le respect car elle a redonné le goût de la lecture à de très nombreux jeunes.  Mais qui se cache sous son éternel chapeau noir?


Issue d'une famille très connue en Belgique et fille d'un diplomate, Amélie est née au Japon en 1967 et a vécu ensuite en Chine, aux Etats-Unis, au Laos, en Birmanie et au Bangladesh. A l'âge de 17 ans, elle vient en Europe et effectue des études de philologie romane à l'Université Libre de Bruxelles, où elle aura du mal à se faire intégrer à cause de son nom et de sa personnalité décalée. Elle consacre son mémoire à l'œuvre de Bernanos.


Son diplôme en poche, Amélie retourne au Japon où elle travaille dans une grande entreprise. Après cette expérience pénible qu'elle raconte dans "Stupeur et tremblements", elle rentre en Belgique et publie "Hygiène de l'assassin" aux éditions Albin Michel en 1992. C'est un succès. Désormais, elle peut vivre de sa passion pour l'écriture et publie chaque année un roman en septembre. Elle est également l'auteur de textes pour la chanteuse française Robert et a reçu divers prix.


Construit sous forme d'abécédaire,  "Amélie Nothomb de A à Z : portrait d'un monstre littéraire"  de Michel Zumkir, contient des entretiens avec ses parents, sa sœur, son attachée de presse et des professionnels du monde de l'édition. On y apprend que ses livres sont traduits en 35 langues, qu'elle prend ses congés entre le 15 juillet et le 15 août, qu'elle est amoureuse mais ne souhaite pas avoir d'enfants. Elle aime, entre autres, la correspondance, l'art nouveau bruxellois, le Japon, la culture gréco-latine, le thé, la famille royale belge, Jacqueline Harpman et Mylène Farmer. Elle déteste être prise en photo et aller dans des cocktails mondains.


Une remarque de la mère d'Amélie m'a particulièrement surpris :   "Ce succès me prive de mon enfant. Je ne la vois que quelques jours par an. A part çà, j'ai droit à un coup de fil de trois minutes par jour. J'en sais moins sur sa vie privée que beaucoup de mères. J'ignore où elle vit et avec qui. Nous ne pouvons jamais aller la voir chez elle. Elle est terriblement secrète".


Enfin, il faut noter l'objectivité sans complaisance et sans préjugé de Michel Zumkir qui s'est consacré à l'œuvre d'Amélie Nothomb et n'a pas cherché à entrer dans sa vie privée. Il a également le mérite d'avoir écrit un livre accessible au grand public.


Cliquez ci-dessous sur "Nothomb Amélie" pour retrouver mes autres articles consacrés à cet auteur belge.

mercredi 18 février 2015

Stefan Liberski et le cinéma

L'écrivain belge Stefan Liberski a répondu aux questions de Nausicaa Dewez pour la revue gratuite "Le Carnet et les Instants" du Service de Promotion des Lettres de la Fédération Wallonie-Bruxelles :


"Vous êtes écrivain, bédéiste, cinéaste, homme de télévision. Comment passez-vous de l'un à l'autre?
- Je ne sais pas trop. Ce sont des activités qui pour moi se sont toujours enchaînées l'une à l'autre assez naturellement. Elles sont le résultat d'envies diverses, mais elles sont aussi liées à des rencontres, des contextes, des occasions. Il y a quand même, je crois, quelque chose de commun à tout ce que je fais :  l'écriture. Tout part de l'écriture. J'ai été copywriter pour gagner ma vie. J'écris des romans, des petits essais. J'ai écrit des centaines de sketchs (on pourrait les croire improvisés, mais en réalité, ils sont toujours très écrits). J'écris des scénarios, que ce soit moi qui les tourne ou pas. J'écris des bulles de BD. Tout part donc de l'écriture. Bien sûr, je pourrais ne faire que cela mais je ne suis pas assez sage. Je n'arrive pas à rester assis à mon bureau et à écrire toute la sainte journée. J'ai toujours besoin de sortir, de faire autre chose. D'autant que j'aime faire des images et des sons, j'aime les acteurs, j'aime travailler avec eux, et le travail en équipe en général. Je ne pourrais pas me passer de tout çà. Même si j'ai bien conscience qu'un danger me guette toujours : celui de la dispersion.


- Vous avez, paradoxalement peut-être, commencé par le cinéma avant de passer à l'écriture?
- Au départ, je voulais faire du cinéma. J'ai écrit quelques scénarios. Un jour, j'ai eu l'occasion de partir à Rome sur le tournage de "La citta delle donne". Liliana Betti, une amie que j'avais rencontrée à La Mostra de Venise, m'avait dit qu'il fallait absolument que je vienne voir un tournage de Fellini. J'ai vendu une petite affaire que j'avais à Bruxelles et je suis parti à Rome. J'y suis resté trois ans. Sur Wikipédia, il est indiqué que j'ai été l'assistant de Fellini! C'est une absurdité qui traîne d'article en article, et que je n'arrive pas à corriger ; çà m'énerve. L'assistant sur le tournage était Maurizio Mein, l'assistant de toujours de Fellini. Moi, j'étais, disons, un témoin privilégié. J'ai apporté des cafés, comme on dit. C'est fou ce qu'ils en buvaient, des cafés. Mais j'étais dans le cercle et j'apprenais beaucoup.


- Votre travail de cinéaste influe-t-il sur votre manière d'écrire?
- Il m'apparaît aujourd'hui que lorsqu'on écrit ou qu'on filme, quand on joue ou qu'on invente quoi que ce soit, il y a toujours ce moment où il faut être au plus près de son instinct. On ne peut se fier vraiment qu'à lui. Avant et après coup, on peut certes réfléchir, analyser, trouver mille bonnes raisons à ceci ou à cela, mais il y a toujours le moment de l'instinct. Et il faut l'écouter, quitte d'ailleurs à ce qu'il remette tout en question. C'est l'instinct qui, au bout du compte, vous dicte où mettre la caméra au moment de filmer ou quelle valeur donner au plan. Je retrouve un peu çà dans l'écriture. Certains passages viennent d'un seul coup, dans la jubilation, et ils ne bougeront presque pas par la suite, alors que d'autres (plus nombreux hélàs que les premiers dans mon cas) exigent beaucoup de sueur et d'efforts, mais ceux-là sont aussi une manière de rejoindre l'instinct de la phrase. Quand les mots se mettent à sonner juste, il n'y a que l'instinct musical qui peut vous le garantir.


- Le travail de l'écriture passe-t-il alors par l'oralité?
- Quand j'écris, les dialogues me viennent assez facilement. C'est d'ailleurs généralement le travail qu'on me confie quand je travaille avec d'autres scénaristes. J'entends l'écriture comme on entend des voix. C'est le cas pour les textes que j'écris comme pour ceux que je lis. Lorsque je lis un texte que j'aime (un texte qui me parle), j'entends une voix. Même si je ne connais pas la voix de l'écrivain. Je ne connais pas la voix de Nabokov, par exemple, mais j'entends sa voix quand je lis ses livres. En revanche, je connais bien celle de Yourcenar et je la retrouve quand je la lis. Et bien sûr la voix d'Amélie Nothomb. Impossible de ne pas entendre la voix d'Amélie quand je lis ses livres. J'espère qu'à la lecture de mes textes, le lecteur entend aussi une voix.


- Malgré la dimension auditive de votre écriture, certains de vos textes ("GS, écrivain tout simplement", notamment) paraissent inadaptables au cinéma?
- Certains de mes livres sont adaptables, d'autres pas. Pour "Le triomphe de Namur", par exemple, j'ai d'abord hésité entre un récit écrit et un scénario. C'est l'histoire d'un cinéaste. J'y vois même des procédés qui seraient intéressants à mettre en image. "GS, écrivain tout simplement", par contre, est très lié à l'écrit. Sa rhétorique est littéraire, elle ne s'image pas. Mais j'espère qu'il y a une voix qui l'énonce.


- Votre dernier film, "Tokyo fiancée", est l'adaptation d'un roman d'Amélie Nothomb. Comment est né le projet de ce film?
- En 2005, je suis allé au Japon pour tourner quelques séquences d'un autre film, "Bunker Paradise". Le pays m'a énormément touché. Je me suis alors promis de revenir faire tout un film au Japon. J'avais des idées en tête, des brouillons. Puis en 2007, m'est arrivé "Ni d'Eve, ni d'Adam". C'était la coïncidence que j'attendais. Je trouvais l'histoire parfaite. C'était une histoire d'amour et je voulais une histoire d'amour. Mais il s'agit d'un amour très particulier qui se cherche entre fraternité, goût, exotisme et sensualité. L'histoire est d'une grande simplicité, droite comme un film d'Ozu. Et pourtant le sentiment qui est exposé là est, je crois, inhabituel. Il dévoile une sensualité ambigüe, le bonheur presque détaché d'une rencontre amoureuse. Amélie décrit dans ce livre quelque chose que je n'ai pas vu souvent traité en littérature ou au cinéma, et qui échappe aux commentaires, du moins m'a-t-il semblé. L'héroïne est moins dans la passion pour son fiancé japonais que dans l'hésitation, et la question de ce que celui-ci représente. C'est elle qui se cherche à travers lui ; il n'est qu'une occurrence de sa métamorphose. Au moment de cette histoire, elle devient écrivain et décide au fond d'une identité sexuelle. Le titre du roman renvoie d'ailleurs à cette hésitation. J'espère avoir gardé quelque chose de tout cela dans mon film. En outre, c'est un roman très drôle, assez atypique dans l'œuvre d'Amélie. Après l'avoir lu, j'ai tout de suite appelé Amélie pour lui faire part de mon envie d'adapter le livre. Pour mon plus grand bonheur, elle en fut enchantée. Le projet a ensuite mis du temps à se réaliser. Le montage financier a été difficile, et puis il y a eu le tsunami, qui a retardé le tournage mais qui a aussi porté le film dans une autre direction.


- Qu'est-ce qui fait pour vous une bonne adaptation?
- C'est assez banal, mais je crois qu'il s'agit avant tout de rester fidèle à l'esprit du livre, plus qu'à sa lettre. De le trahir pour rester fidèle, en quelque sorte. Les premières moutures du scénario de "Tokyo fiancée" reprenaient le roman d'Amélie de manière littérale. Mais quand je me suis baladé au Japon avec le livre sous le bras pour aller visiter les lieux qu'il décrivait, je me suis rendu compte que ce que je voyais ne correspondait pas toujours avec ce que je lisais. Un exemple? Amélie raconte qu'un soir, Rinri fait un feu d'artifices dans un parc. Elle nomme précisément le parc : le Shirogane. J'ai vu le parc et il est impossible d'y faire un feu d'artifices : il est minuscule et il est fermé à 17h. Naïvement, j'étais d'abord un peu choqué. Puis, j'ai ri de ma propre naïveté et je me suis dit que si Amélie avait évidemment le droit de prendre toutes les libertés, je pouvais moi aussi les prendre. Elle m'indiquait la voie, si vous voulez.


- Votre film se termine par les mots "Tout ce que l'on aime devient une fiction", qui sont extraits d'un autre livre d'Amélie Nothomb ("La nostalgie heureuse") : les avez-vous repris pour signifier cette liberté que vous vous êtes accordée vis-à-vis du roman qui vous a inspiré?
- Exactement. Je connais bien Amélie ; nous sommes amis. J'ai eu peur d'abord de prendre trop de libertés avec son livre. Mais comme je vous l'ai dit, le fait de me promener au Japon avec son roman m'a libéré. "Amélie fait un livre, moi, je fais un film" : voilà ce que je me suis dit. Au fur et à mesure des moutures du scénario, je me libérais de plus en plus. Et pourtant, je ne crois pas l'avoir jamais trahie. Je crois avoir gardé l'esprit. L'esprit d'Amélie.


- Cette adaptation avait tout de l'entreprise périlleuse, puisqu'elle porte sur le roman autobiographique d'une auteure vivante et de surcroît très médiatisée. Il fallait imposer la figure de Pauline Etienne en Amélie Nothomb. Vous avez, en outre, choisi de situer l'histoire dans le Japon d'aujourd'hui, alors que le roman se passe dans les années 80?
- Ces choix-là, eux aussi, ont été très instinctifs. Pauline ne ressemble pas vraiment à Amélie ; c'est vrai. Quoique je vois une certaine ressemblance entre elles quand Pauline s'habille en geisha. Je pense qu'elles feraient le même genre de geisha! En tout cas, de toutes les actrices que nous avons auditionnées, c'est Pauline Etienne qui, d'emblée, m'a semblé évidente. Encore une fois, j'ai essayé d'être fidèle à la fois à l'esprit du livre, mais aussi à ce qui me lie à Amélie. Avec les amis, on peut se permettre de pousser le bouchon un peu loin tout en sachant qu'il y a un fond d'acceptation. Et Amélie a accepté.


- Si "Tokyo fiancée" dialogue forcément avec "Ni d'Eve, ni d'Adam", on y trouve aussi des références au film "Hiroshima mon amour"?
- Oui, c'est un film emblématique : une histoire entre une Occidentale et un Japonais sur fond de bombe atomique. La bombe atomique n'est évidemment pas sans évoquer la catastrophe de Fukushima que j'ai intégrée dans mon film. Il y a des images d'archives dans "Tokyo fiancée", tout comme dans le film de Resnais. Dans le roman d'Amélie, Rinri lit des passages d' "Hiroshima mon amour". Ca n'aurait pas bien tenu à l'écran. J'ai préféré intégrer autrement la référence à "Hiroshima". Fukushima est une manière de faire écho à "Hiroshima mon amour". Même si tout cela est dérisoire au regard de l'immense catastrophe de Fukushima, catastrophe qui dure encore et durera pour les siècles des siècles.


- La scène la plus remarquée de "Tokyo fiancée" est sans doute le moment où Pauline Etienne se met à chanter son amour du Japon sur l'air de "J'aime la vie" de Sandra Kim?
- Dans le roman, il est dit qu'Amélie chante, danse et saute sur les canapés après sa première nuit d'amour. C'était aussi prévu dans le scénario. Au moment du tournage, je ne savais pas exactement ce que j'allais faire chanter au personnage. C'est Pauline Etienne qui, pour des raisons bien particulières et intimes, adore cette chanson et elle m'a proposé de la chanter. On a alors très vite écrit de nouvelles paroles ensemble. Vous savez, il y a dans les livres d'Amélie des ruptures de ton que j'adore. A certains moments, elle peut vous ciseler des maximes à la Chamfort ou à la Rochefoucauld, coulées dans un style Grand Siècle impeccable ; et puis, à d'autres, elle écrit des dialogues complètement déliés sur le chocolat blanc, la bière d'Orval ou Dieu sait quoi. Malgré ces ruptures de ton, on entend toujours sa voix. Certains aiment cette scène de "J'aime la vie", d'autres sont choqués, peu en fait. C'est, en outre, une scène qui a plutôt bien marché partout où elle a été projetée, même auprès de spectateurs étrangers qui n'ont pas la référence à Sandra Kim.


- Avant "Tokyo fiancée", Alain Corneau avait, lui aussi, adapté une œuvre autobiographique d'Amélie Nothomb, "Stupeur et tremblements". Ce film était-il une référence pour votre propre travail?
- Le film de Corneau m'a plu, mais il ne m'a pas influencé du tout. Il n'y a aucune référence à ce film dans "Tokyo fiancée". C'est une adaptation littérale, ce que "Tokyo fiancée" n'est pas. Surtout, Corneau a tourné son film à Paris, à la Défense, et pas au Japon. Il en fut d'ailleurs très chagriné.


- Votre film, au contraire, montre un véritable amour pour le Japon?
- Oui, c'est pourquoi je voulais une histoire d'amour. Je voulais faire un film au Japon qui soit une lettre d'amour au Japon. Quand j'ai voyagé là-bas, j'ai eu un guide excellent. Il a d'ailleurs été assistant sur le film. Il m'a montré des choses du Japon très différentes de celles qu'on connaît habituellement de ce pays : les temples ou les Shinkansen. Je voulais montrer un Japon moins connu, celui des quartiers excentrés et des arrières-cours où jouent les enfants, celui des montagnes où l'on se perd et des îles noires. C'est mon Japon. C'est celui que j'ai vu et que j'avais envie de partager".

mercredi 26 juin 2013

Interview d'Amélie Nothomb

                                                                                   

A l'occasion de sa participation au Marathon des Mots de Toulouse du 27 au 30 juin (www.lemarathondesmots.com), Amélie Nothomb a répondu aux questions du magazine "Point de Vue" :

"Vous relisez-vous à voix haute quand vous écrivez?
- Surtout pas : je ne supporte pas ma voix. A l'intérieur de ma tête, j'ai une autre voix que j'appelle ma voix intérieure dont le son est extrêmement différent du pitoyable organe que vous entendez. Dans ma tête, j'ai l'instrument que je veux. Je peux donc juger mes livres avec un instrument correct.

- Comment définiriez-vous cette voix?
- C'est une voix qui est à peu près le contraire de celle que vous entendez : elle est extrêmement grave, extrêmement mesurée. La voix dont je me sers pour vous parler est trop soprano à mon goût, trop métallique : si le compartiment couverts du lave-vaisselle pouvait parler, çà donnerait à peu près çà.

- Aimez-vous être lue?
- C'est toujours mieux d'être lue par quelqu'un d'autre, même si c'est quelqu'un dépourvu de talent. Mais il est arrivé combien de fois que des gens de grand talent me lisent et alors, j'atteins le sommet de la jouissance!

- Avez-vous déjà eu un sentiment d'étrangeté en entendant quelqu'un vous lire?
- C'est le meilleur : la bonne étrangeté. Et c'est d'ailleurs le but... Car le texte doit perdre cette horrible odeur qui est la sienne. Quand le texte ne sent plus soi, le but est atteint, c'est merveilleux.

- Est-ce que cette "odeur" a changé en 20 ans?
- Pas tellement. Finalement, il faut toujours un petit peu la même chose. Il faut un long sas de décontamination pour que mon texte cesse d'être irrespirable pour moi. L'odeur de moi est irrespirable. Quand beaucoup d'années ont passé, le texte perd l'odeur de son auteur, il devient beaucoup plus agréable.

- Parce que c'est plus universel, neutre?
- Ca n'est jamais neutre, mais il n'y a plus ce côté "Hou, çà me prend à la gorge, je ne peux plus supporter".

- Le Marathon des Mots célèbre vos 20 ans d'écriture. Ont-elles été conformes à vos attentes? Avez-vous eu des surprises?
- Je n'ai eu que des surprises, je n'avais aucune attente. C'était déjà miraculeux pour moi qu'un éditeur, à plus forte raison un grand éditeur, veuille bien de l'humble Belge que je suis. Franchement, je n'aurais jamais imaginé qu'il y aurait une suite au 1er septembre 1992, date de publication d' "Hygiène de l'assassin". Pour moi, c'était un merveilleux miracle qui allait durer deux mois.

- Combien de manuscrits avez-vous sacrifiés en 20 ans?
- "Sacrifier", çà n'est pas du tout le mot. Le premier but de l'écriture n'est pas la publication. Le but de l'écriture est très mystérieux. C'est une quête aveugle. La publication est un accident par rapport à l'acte d'écriture. Les chiffres parlent : je suis en train d'écrire mon 76ème roman. Or, j'en ai publié vingt...

- Vous n'écrivez donc que pour vous?
- Bien sûr. Accidentellement, il peut m'arriver  la re-lecture d'un manuscrit de me dire : "Tiens, celui-là, peut-être, je le montrerai". Mais au moment de l'écriture, il est impossible de penser à être lue. En tout cas, pour moi, çà me bloquerait complètement.

- Quels sont vos critères de publication?
- C'est très flou. Je vais être forcée de créer un horrible néologisme : c'est le critère de "partageabilité". Il s'agit de trouver ce qui est partageable ou non. Il faut que çà ne traite pas uniquement de mes obsessions.

- Y a-t-il des histoires que vous vous interdisez d'écrire?
- Non. Il y a des histoires que je n'ai pas envie d'écrire : tout ce qui pourrait être vulgaire, au-dessous de la ceinture...même si je n'ai rien contre le sexe, bien au contraire!

- Votre dernier livre, "Barbe Bleue", en témoigne d'ailleurs?
- C'est vrai. La façon dont se pratiquent les scènes sexuelles dans la majorité des romans modernes, ce n'est pas que cela me choque, c'est simplement que je me demande :  "quelles sont ces étranges recettes de cuisine qui, pour moi, ne correspondent à rien?". Quand le langage ne convient pas, c'est hors sujet.

- Quel programme pour les 20 prochaines années?
- Il n'y a jamais eu de programme. L'absence de programme restera certainement la même.

- Vous êtes quand même d'une régularité impressionnante?
- Cette régularité donne l'impression d'une visée à très long terme, mais elle n'a qu'un seul but : me permettre de survivre jusqu'au lendemain. Chaque matin, je me réveille dans un tel état de crise que si je m'astreins à une telle discipline, c'est vraiment pour survivre à très court terme".

samedi 2 mars 2013

43ème Foire du Livre de Bruxelles

La 43ème Foire du Livre de Bruxelles se tiendra du 7 au 11 mars 2013 sur le site de Tour&Taxis. Quelques chiffres :  17.500 m2, 925 auteurs, 1.030 éditeurs, 225 événements et 70.000 visiteurs l'an dernier. Il serait exhaustif de citer ici toutes les animations et séances de dédicaces (pour plus d'infos : www.flb.be), mais voici quelques écrivains belges dont je vous ai déjà parlé et qui seront présents à la Foire du Livre de Bruxelles :   Franck Andriat, Alain Berenboom, Francis Dannemark, Caroline De Mulder, Xavier Deutsch, François Emmanuel, Vincent Engel, Jacques Goyens, Armel Job, Stéphane Lambert, Amélie Nothomb, Colette Nys-Mazure, Dimitri Verhulst, David Van Reybrouck, etc. Bonne foire du livre à tous!

vendredi 10 août 2012

Interview d'Amélie Nothomb par Valérie Trierweiler

A l'occasion de ses 45 ans, de la sortie de son roman "Barbe bleue" et du 20ème anniversaire de sa carrière littéraire, l'auteur belge Amélie Nothomb a répondu aux questions de Valérie Trierweiler, Première Dame de France, pour l'hebdomadaire "Paris-Match" :

"Vous fêtez ce mois-ci vos vingt ans d'écriture. Quel regard portez-vous sur votre propre parcours?
- Je suis sidérée et ébahie, je vous donne ma parole d'honneur, que si, il y a vingt ans, on m'avait dit qu'on parlerait encore de moi en 2012, je ne l'aurais jamais cru, ni même espéré. Quand j'ai appris, moi humble Belge, que j'allais être publiée en France, j'ai pensé que c'était un miracle qui durerait trois mois, mais un miracle bon à prendre. J'étais déjà folle de joie. Mystérieusement, l'histoire d'amour ne s'est pas arrêtée, je ne sais pas comment çà fonctionne. Quand elle a débuté, çà a commencé à m'angoisser. C'est anxiogène de se dire que cela peut s'arrêter. J'ai peur que le charme se brise.

- Qu'avez-vous appris au cours de ces années?
- Que j'étais patiente. Je traite quasiment toujours le même sujet et j'en suis consciente. Les progrès sont très lents. Il faut beaucoup d'années pour progresser dans l'écriture et cela ne me dérange pas.

- Vous n'avez pas le sentiment d'avoir évolué dans l'écriture?
- Si, j'ai vraiment le sentiment d'avoir évolué dans le style, d'avoir une écriture plus épurée. Aujourd'hui, si je tombais enceinte d' "Hygiène de l'assassin", je serais plus sobre. Il se trouve que je l'ai relu car le manuscrit original va être publié par les éditions des Saints-Pères qui ont inventé un nouveau procédé de fac-similé. J'évolue vers plus de transparence tout en restant un écrivain baroque. Qui sait, peut-être, un jour, j'écrirai un roman de 40 pages?

- N'avez-vous pas vu les similitudes entre votre premier roman et le dernier, "Barbe bleue"?
- Au début, je vous jure que non. Un écrivain est tellement dépassé par ses obsessions, ses pathologies mentales. Ce n'est pas le même livre mais oui, c'est vraiment le même délire. C'est bien du même auteur. Le personnage féminin a la même rage, la même colère. Et il y a souvent de quoi être en colère pour une femme. Et les colères des femmes sont souvent taboues. Déjà, ma mère me disait : "C'est vilain pour une fille d'être en colère". Il me reste une colère, c'est certain.

- D'où vient-elle?
- Du fait qu'on a le sentiment de ne pas exister du tout, quel que soit le bruit que l'on fait. Je suis bien loin d'être la seule à éprouver cela. Je sais ce que c'est que de ne pas avoir été entendue. Pourtant, oui, je suis lue et entendue. Je suis privilégiée mais çà n'a pas toujours été le cas. Je ne sais pas comment tout çà est arrivé. Ces vingt ans ne sont pas passés très vite. Au contraire, cela a duré très longtemps et tant mieux car je les ai aimés! Certaines années ont été passionnantes.

- Pourquoi vous imposez-vous autant de contraintes, comme celle d'écrire chaque jour, dès 4h du matin?
- Pour lutter contre mes démons. Une seule fois, je me suis accordé un moment de liberté. C'était un dimanche matin de septembre 1997, j'étais épuisée et j'avais décidé de rester tranquillement à lire. Cela a été l'enfer, j'ai eu l'impression de régresser à l'âge de 13 ans, au pic de l'horreur pubertaire, de replonger dans le néant hostile. Pas dans le vide zen, mais dans le néant absolu. Mon sort n'est pas celui d'une martyre. J'adore écrire et j'adore répondre à mes lecteurs. Mais je suis une personne normale : j'ai une vie amoureuse, je vais au cinéma et je fais la vaisselle! Vous devez penser que je suis complètement dingue!

- Comment faites-vous pour vous renouveler?
- Pour en avoir discuté avec différents écrivains, je sais que le secret de l'inspiration est de ne jamais s'arrêter. C'est pour cette raison que je ne me suis jamais interrompue. Quand on arrête, cela cicatrise, moi, j'ai la plaie toujours ouverte. Comme si j'étais toujours en transe.

- La mort violente revient souvent dans vos livres?
- Rencontrer "l'autre", l'amour, est le but de la vie. Le malheur est que c'est très difficile de vivre avec l'autre, que la relation soit bénigne ou passionnelle. On le cherche et, quand on l'a rencontré, vient toujours le moment où l'on se pose la question : "Comment se débarrasser de la personne?". Dans le roman, ô merveille, tout est permis. On peut tuer. Moi, dans la réalité, je ne tue pas. Je ne dois pas être très dangereuse. Et la mort elle-même n'est pas tragique.

- Vous n'avez pas peur de la mort?
- J'ai décidé que la mort était une expérience intéressante, alors autant l'apprivoiser. Il ne faut pas la hâter pour autant, on y arrivera. Elle ne me fait pas peur pour moi. Je crains davantage la mort des autres que la mienne. La mienne, j'y pense. Il m'arrive même de l'espérer, surtout quand je suis très fatiguée. Mes insomnies sont parfois très noires, hallucinées d'horreur. Dans ces moments-là, j'écris dans ma tête. L'écriture étant sacrée, je ne fais pas de brouillon. J'écris trois, quatre pages ainsi.

- Vous évoquez souvent la nourriture dans vos romans?
- Oui, parce que j'ai eu des relations très difficiles avec la nourriture. A l'âge de 13 ans, j'ai commencé une anorexie. Je n'ai pas avalé un seul aliment pendant deux ans. A 15 ans, je pesais 32 kilos pour 1,70 mètre. Je vivais alors au Laos, il faisait très chaud et moi j'avais froid. J'ai senti que mon corps se séparait de mon âme. L'idée de manger à nouveau était pour moi une horreur. Je me vivais comme un démon. Il a fallu que je réapprenne à m'alimenter. J'ai vécu dans une haine de moi. Le conseil que je donne aux jeunes filles anorexiques est de partir loin, loin des siens. Moi, je suis partie au Japon. Loin des miens, loin de mes psychoses. C'est le seul message d'espoir que j'adresse. J'écrivais déjà mais c'était faible. Au Japon, je me suis fiancée à un garçon et, une semaine avant le mariage, je me suis enfuie. Le Japon m'avait sauvée mais je savais que ma vie n'était pas là-bas. C'est après mon retour que j'ai écrit "Hygiène de l'assassin".

- Les hommes ont plus souvent le mauvais rôle que les femmes dans vos fictions, non?
- Je n'ai pas le sentiment d'écrire sur la guerre des sexes, mais j'ai observé dans la vie que les hommes sont moins intéressants que les femmes. D'abord, elles sont plus belles et plus ambigües. Il est plus difficile de les placer du côté du bien ou du mal. Les hommes sont moins mystérieux. Dans ma vie, j'ai eu des adversaires mais j'avais moins à craindre des hommes que des femmes. Je suis un être sans malice, aussi quand je découvre que des gens me veulent du mal, je ne comprends jamais pourquoi. Même si je vois que beaucoup aimeraient être à ma place...

- Etes-vous allée jusqu'au bout de tous vos manuscrits?
- Oui, j'ai mené toutes mes grossesses à leur terme! J'ai accouché de créatures monstrueuses ou stupides, mais vivantes. Tout n'est pas bon, j'en suis à 75 manuscrits et je sais que beaucoup ne seront jamais publiés. J'ai pris des dispositions pour qu'ils ne le soient pas après ma mort.

- Je vous avais demandé en début d'entretien si vous aviez découvert des choses sur vous-même. Je vous repose cette même question.
- Oui, c'est vrai, j'ai découvert des choses sur moi. Tout en étant quelqu'un de gentil, j'ai une vraie violence en moi. Je fonctionne avec le système du vase et de la goutte d'eau. Quand je suis en colère, il vaut mieux ne pas être près de moi. Je ne supporte pas l'irrespect, le mépris ou le fait qu'une parole donnée ne soit pas respectée.

- Que savez-vous du bonheur?
- Dieu merci, j'en suis informée! Je suis vraiment dans la vie et dans la vie, il y a du bonheur. J'en ai déjà quatre heures par jour garanti avec l'écriture. C'est énorme. Il y a aussi des rencontres qui illuminent, ainsi que le plaisir et la beauté. Oui, çà vaut la peine de vivre. Je suis obsédée par la beauté. Ca oui, c'est une obsession. Je suis toujours à la chasse de la beauté : beauté humaine, beauté artistique, des paysages. Et çà, c'est indiscutable.

- Si vous ne deviez garder qu'un de vos livres, lequel serait-il?
- C'est une question inhumaine. C'est le choix de Sophie. Je ne veux pas choisir entre mes enfants. On ne préfère pas forcément le plus beau, le plus intelligent. Pourquoi devrais-je choisir? Tant de gens sont disposés à le faire à ma place.

- Chacun de vos livres est un best-seller. Que faites-vous de l'argent que vous gagnez?
- Je vis bien. Je peux aider mais je ne suis pas non plus Mère Teresa de Calcutta. Je m'offre du champagne. J'ai, comme dans "Barbe bleue", un frigo à champagne. Pour moi, boire du champagne est une cérémonie. Avant, je jeûne. Je ne bois jamais avant 18 ou 19 heures et jamais seule. Il faut une ou plusieurs personnes. Cela délie le coeur de parler avec l'ivresse du champagne, c'est autre chose.

- Vous craignez que le succès ne s'arrête?
- Je me dis, un jour, ils vont s'apercevoir de l'imposture : je ne suis qu'un clown belge! Une usurpatrice et pourtant j'écris moi-même! C'est une très grande angoisse, çà me fait très peur. J'aime avoir du succès et je ne sais pas si j'en suis dépendante.

- Qu'aimez-vous que l'on dise de vous?
- Sur moi, comme être humain, je suis moins exigeante que sur mes livres. Qu'on dise que je suis sympathique me suffit. J'espère surtout qu'on me trouvera bon écrivain dans vingt ans. Même si je ne me pose jamais la question de l'avenir. Je sais qu'il peut y avoir des surprises dans l'écriture comme dans la vie. La vie est stupéfiante".

dimanche 7 août 2011

Le 20ème roman d'Amélie Nothomb

Ce 18 août 2011 sort le 20ème roman d'Amélie Nothomb : "Tuer le père" (éditions Albin Michel). Il raconte les rapports et rivalités entre un père quadragénaire et son fils adoptif adolescent dans le monde de la magie.

Fidèle et constante tant à sa maison d'édition qu'à ses lecteurs, Amélie Nothomb nous offre, chaque mois d'août depuis 20 ans, un petit livre qui se lit d'une traite. Elle fait partie des dix écrivains francophones les plus achetés. Ses ventes atteignaient 492.000 exemplaires en 2010. Elle ne laisse personne indifférent : ses fans soulignent son ton vif et intelligent, la surprise de son scénario, ses personnages singuliers et déroutants ; ses détracteurs critiquent la facilité de lecture, la minceur de l'intrigue, l'abondance de sa production, l'inégalité des romans et ses excentricités. En effet, Amélie s'est créée un personnage avec ses vêtements noirs, son chapeau et son rouge à lèvre écarlate ; est-ce ces extravagances qui attirent les lecteurs ou le contenu de ses romans? Mais derrière tout cela, il y a aussi une femme qui a une relation très profonde avec ses lecteurs (dont beaucoup de jeunes) qui font la file plusieurs heures avant le début de sa séance de dédicaces à la Foire du Livre de Bruxelles, qui entretient une correspondance écrite avec certains d'entre eux, ou qui vient de verser tous ses droits d'auteurs de la réédition de "Stupeur et tremblements" en livre de poche aux victimes du tsunami au Japon, un pays qui lui tient très à coeur.

En cliquant ci-dessous sur "Nothomb Amélie", vous (re)trouverez mes comptes-rendus de certains de ses romans.

lundi 3 janvier 2011

Nos auteurs au théâtre en janvier 2011

A vos agendas. Voici quelques pièces de théâtre écrites par des auteurs belges :

1° "Chroniques d'une ville épuisée" de Fabrice Murgia. Elle est jeune et seule chaque soir devant l'écran de son ordinateur. Quel rêve poursuit son avatar dans l'univers pixellisé de "Second Life"? Que fuit-elle en se réinventant ailleurs? Héroïne exemplaire de l'ultramoderne solitude, le personnage silencieux inventé par Fabrice Murgia nous fait basculer, grâce à un système scénique sophistiqué, dans l'abîme des mondes virtuels contemporains, pays de chimères et merveilles pour coeurs fatigués, assoiffés de bonheur. Du 28 au 30 janvier dans le cadre du Festival de Liège (www.festivaldeliege.be)

2° "Les combustibles" d'Amélie Nothomb. Dans une ville assiégée au coeur de l'hiver, un seul combustible permet de lutter contre le froid : les livres. Dilemne pour un professeur de littérature, son assistant et une étudiante : quel livre vaut-il vraiment qu'on lui sacrifie un instant de chaleur physique? Jusqu'au 22 janvier au théâtre Le Public (www.theatrelepublic.be)

3° "Biographie de la faim" d'Amélie Nothomb. Les jeunes années d'Amélie Nothomb, faites de voyages et de chocs culturels, racontées à travers le prisme de la faim : non seulement la faim de nourriture, mais aussi l'appétit d'amour, de livres et d'écriture. Du 11 au 14 janvier à l'Eden à Charleroi (www.pba-eden.be)

4° "Cendrillon, ce macho!" de Sébastien Ministru. Et si Cendrillon était un homme? En considérant que le prince charmant en est un aussi, on obtiendrait le premier Cendrillon gay. Avec, à la clé, quelques questions pas si innocentes que çà. Qu'adviendra-t-il le jour où un prince héritier fera son coming out? Et quand ce prince montera sur le trône, comment appelera-t-on son mari : un rein? Jusqu'au 8 janvier au Théâtre de la Toison d'Or (www.theatredelatoisondor.be)

5° "Balistique terminale" de Coline Struyf. L'objet de la balistique terminale est de calculer les paramètres précis des impacts des projectiles. Indifférente au mobile du crime, elle observe trajectoires et effondrements, résistance et endommagement des cibles. Après des mois d'enquête dans cet univers étrangement spécialisé, Coline Struyf transforme son journal de bord en texte pour la scène, un poème en prose pour deux actrices mêlant parole et mouvement. Les 22 et 23 janvier dans le cadre du Festival de Liège (www.festivaldeliege.be) et les 24 et 25 janvier au Théâtre National (www.theatrenational.be).

6° "Stib, suite de trajets infra-humains balisés" de Geneviève Damas. Magda a toujours vécu à Bruxelles, Eva vient d'y arriver. A force de se côtoyer chaque matin dans le tram, elles finissent par se parler et par tisser des liens. Le 13 janvier au centre culturel Le Scailmont de Manage (www.manage-commune.be) et le 15 janvier au centre culturel d'Evere (www.centreculturelevere.be).

7° "Made in China" de Thierry Debroux. Suite au rachat et à la délocalisation de leur entreprise par un groupe chinois, trois cadres français sont coachés par une directrice des ressources humaines chargée d'évaluer leur potentiel. Dans une ambiance tragicomique, les trois hommes se font instrumentaliser jusqu'à mettre en péril leur intégrité. Suspicion, compétition, peurs et manipulations programmées se succèdent au fil d'une histoire pleine de rebondissements. Le 28 janvier au centre culturel de Sambreville (www.sambreville.be).

8° "Hors-la-loi" de Régis Duqué. C'est un western écrit pour le théâtre. Il y a un bon, un méchant, une institutrice provocante, une jolie putain et un puceau ingénu. Mais est-ce qu'il y aura des flingues? Des buissons décharnés qui traversent Main Street en roulant sous un vent brûlant et ensablé? Des yeux bleus dans des gueules toutes sales, ravinées par le tord-boyaux? Jusqu'au 8 janvier à l'Atelier 210 (www.atelier210.be).

Toutes ces infos proviennent de la revue bimensuelle "Le Carnet et les Instants" que vous pouvez recevoir gratuitement sur simple demande au Service de Promotion des Lettres de la communauté française de Belgique.

lundi 15 novembre 2010

"Le voyage d'hiver" (Amélie Nothomb)

Agé d'une quarantaine d'années, Zoïle nous explique pourquoi il va détourner un avion de Roissy et le faire s'écraser sur la tour Eiffel. La tour Eiffel est en forme de A comme Astrolabe, la femme dont il est amoureux. Mais Zoïle n'a pu vivre pleinement son histoire d'amour car Astrolabe tient à s'occuper jour et nuit de la romancière autiste Aliénor Molèze dont il n'est pas parvenu à se débarrasser.

Parmi les cinq livres d'Amélie Nothomb que j'ai déjà lus, j'ai adoré les deux romans autobiographiques "Stupeur et tremblements" et "Ni d'Eve, ni d'Adam" qui se déroulent au Japon ; j'ai détesté le glauque "Hygiène de l'assassin" ; j'ai aimé "Les Catilinaires" et "Le voyage d'hiver" mais ils ne m'ont pas marqué et ne me donnent pas l'envie de les relire.

mercredi 28 avril 2010

"Ni d'Eve, ni d'Adam" (Amélie Nothomb)

"Ni d'Eve, ni d'Adam" est mon livre préféré parmi les trois ouvrages d'Amélie Nothomb que j'ai déjà lus (j'ai aimé "Les Catilinaires" et j'ai détesté "Hygiène de l'assassin"). Dans ce livre autobiographique, elle raconte son idylle en 1989-1990 avec Rinri, un jeune Tokyoïte, à qui elle donnait des cours de français. Amélie nous fait découvrir les us et coutumes du Japon, un pays qu'elle adore et où elle a vécu plusieurs années lorsque son père y était ambassadeur de Belgique. Elle nous parle de ses liens très forts avec sa soeur Juliette et des moments agréables passés avec son petit ami gentil et intéressant.

Cette vie douce et paisible s'interrompt lorsqu'Amélie devient employée dans une compagnie nippone (voir le livre "Stupeur et tremblements") et lorsque Rinri lui propose de l'épouser. Elle ne répond ni oui, ni non : "Quel soulagement d'avoir trouvé la solution des fiançailles! C'était une réponse liquide en ceci qu'elle ne résolvait rien et remettait le problème à plus tard" (p. 214).

Il y a aussi le virus de l'écriture : "Quitter ma bourrelle et bénéficier de l'aisance matérielle, jouir du farniente à perpétuité avec pour seule condition de vivre en compagnie d'un garçon charmant, qui eût hésité? Moi, sans que je puisse ne l'expliquer, j'attendais autre chose. Je ne savais en quoi elle consisterait, mais j'étais sûre de l'espérer. Un désir est d'autant plus violent qu'on en ignore l'objet. La part consciente de ce rêve était l'écriture qui m'occupait déjà tellement. Certes, je ne m'illusionnais pas au point de croire être publiée un jour, encore moins d'imaginer y trouver un moyen de subsistance. Mais je voulais absurdement tester cette expérience, ne fût-ce que pour n'avoir jamais à regretter de ne pas l'avoir essayée" (p. 217-218).

En janvier 1991, Amélie démissionne et quitte le Japon pour rejoindre la Belgique. Elle est sûre de sa décision : "C'était parce qu'il n'y avait pas de mal en lui que je l'aimais beaucoup. C'était à cause de son étrangeté au mal que je n'avais pas d'amour pour lui" (p. 228).

A Bruxelles, Amélie vit avec sa soeur et écrit son premier roman, "Hygiène de l'assassin". Rinri prend de ses nouvelles : "Jamais de reproche. Il était gentil. J'avais un peu mauvaise conscience, mais cela passait vite. Peu à peu, les coups de téléphone s'espacèrent jusqu'à cesser. Me fut épargné cet épisode sinistre entre tous, barbare et mensonger, qui s'appelle la rupture" (p. 239-240). Les anciens fiancés se revoient en 1996 lors de la promotion d'un roman d'Amélie traduit en japonais. Rinri s'est marié avec une jeune Française.

mardi 5 janvier 2010

"Les Catilinaires" (Amélie Nothomb)

"Les Catilinaires" est le premier roman d'Amélie Nothomb que je lis et je n'ai donc aucun point de comparaison avec ses autres ouvrages. Elle m'a fait passer deux heures agréables, sans aucun ennui.

Emile, le narrateur, explique son rêve dans les premières pages : "J'étais professeur de latin et de grec au lycée. J'aimais ce métier, j'avais de bons contacts avec mes rares élèves. Cependant, j'attendais la retraite comme le mystique attend la mort. Ma comparaison n'est pas gratuite. Juliette et moi avons toujours aspiré à être libérés de ce que les hommes ont fait de la vie. Etude, travail, mondanités même réduites à leur plus simple expression, c'était encore trop pour nous. Notre propre mariage nous a laissé l'impression d'une formalité. Juliette et moi, nous voulions avoir soixante-cinq ans, nous voulions quitter cette perte de temps qu'est le monde. Citadins depuis notre naissance, nous désirions vivre à la campagne, moins par amour de la nature que par besoin de solitude. Un besoin forcené qui s'apparente à la faim, à la soif et au dégoût".

Après avoir déniché la maison de leurs rêves, le couple subit chaque après-midi entre 16h et 18h la visite du voisin antipathique et sans-gêne, qui ne prend aucun plaisir à la vie. Trop bien élevé, Emile accepte cette situation jusqu'au jour où sa colère éclate et il refuse de le laisser entrer. Les mois passent...

Emile ne revoit l'intrus que pour le sauver du suicide. Il comprend ensuite qu'un homme dépourvu du désir de vivre n'a qu'un droit, celui de mourir, et il va s'employer à l'aider. Ce roman alterne humour et réflexions plus profondes. La fin n'est pas prévisible, ce que j'apprécie. Voici le dernier paragraphe du livre :

"Aujourd'hui, il neige, comme il y a un an, lors de notre arrivée ici. Je regarde tomber les flocons. "Quand fond la neige, où va le blanc?" demandait Shakespeare. Il me semble qu'il n'y a pas de plus grande question. Ma blancheur a fondu et personne ne s'en est aperçu. Quand je me suis installé à la maison, il y a douze mois, je savais qui j'étais : un obscur petit professeur de grec et de latin, dont la vie ne laisserait aucune trace. A présent, je regarde la neige. Elle fondra sans laisser de trace, elle aussi. Mais je comprends maintenant qu'elle est un mystère. Je ne sais plus rien de moi".

samedi 22 août 2009

"Amélie Nothomb de A à Z : portrait d'un monstre littéraire" (Michel Zumkir)

A chacune de mes visites à la Foire du Livre de Bruxelles, je suis fascinné par les dizaines et dizaines de personnes (en particulier des jeunes) qui font la file pendant des heures pour se faire dédicacer un roman par Amélie Nothomb. Cette dernière a toujours l'air disponible, agréable et simple. Qu'on aime ou qu'on déteste ce qu'elle écrit, elle mérite le respect car elle donne le goût de la lecture à de très nombreux jeunes. J'ai voulu découvrir sa personnalité, la femme qui se cache sous son chapeau noir.

Issue d'une famille très connue en Belgique et fille d'un diplomate, Amélie est née au Japon en 1967 et a vécu ensuite en Chine, aux Etats-Unis, au Laos, en Birmanie et au Bangladesh. A l'âge de 17 ans, elle vient habiter en Europe et effectue des études de philologie romane à l'Université Libre de Bruxelles, où elle aura du mal à se faire intégrer à cause de son nom et de sa personnalité décalée. Elle consacre son mémoire à l'oeuvre de Bernanos.

Son diplôme en poche, Amélie retourne au Japon où elle travaille dans une grande entreprise. Après cette expérience pénible qu'elle raconte dans "Stupeur et tremblements", elle rentre en Belgique et publie "Hygiène de l'assassin" aux éditions Albin Michel en 1992. C'est un succès. Désormais, elle peut vivre de sa passion pour l'écriture et publie chaque année un roman en septembre. Elle est également l'auteur de textes pour la chanteuse française Robert et a reçu divers prix.

Construit sous forme d'abécédaire, cette biographie d'Amélie Nothomb contient des entretiens avec ses parents, sa soeur, son attachée de presse et des professionnels du monde de l'édition. On y apprend que ses livres sont traduits en 35 langues, qu'elle prend ses congés entre le 15 juillet et le 15 août, qu'elle est amoureuse mais ne souhaite pas avoir d'enfants. Elle aime, entre autres, la correspondance, l'art nouveau bruxellois, le Japon, la culture gréco-latine, le thé, la famille royale belge, Jacqueline Harpman et Mylène Farmer. Elle déteste être prise en photo et aller dans des cocktaïls mondains.

Une remarque de la mère d'Amélie m'a particulièrement surpris : "Ce succès me prive de mon enfant. Je ne la vois que quelques jours par an. A part çà, j'ai droit à un coup de fil de trois minutes par jour. J'en sais moins sur sa vie privée que beaucoup de mères. J'ignore où elle vit et avec qui. Nous ne pouvons jamais aller la voir chez elle. Elle est terriblement secrète".

Enfin, il faut noter l'objectivité sans complaisance et sans préjugé de Michel Zumkir qui s'est consacré à l'oeuvre d'Amélie Nothomb et n'a pas cherché à entrer dans sa vie privée. Il a également le mérite d'avoir écrit un livre accessible au grand public.

mercredi 18 mars 2009

Amélie Nothomb et la Belgique

Voici un extrait de l'interview accordée par Amélie Nothomb à la revue trimestrielle "Les Amis de l'Ardenne" (n°23/ décembre 2008) :

"Vous avez découvert votre pays, la Belgique, à l'âge de 17 ans seulement. C'était un monde évidemment étranger pour vous et vous avez eu beaucoup de difficulté à vous y adapter. Pourtant, aujourd'hui, vous vous revendiquez clairement comme écrivain belge?
- Oui. De toute façon, cette identité, je l'ai toujours revendiquée, mais encore plus aujourd'hui que la nation est en perdition. C'est une volonté politique. Je pense qu'il faut une Belgique, il faut que ce pays demeure. Toute scission de la Belgique serait une catastrophe. Il faut vraiment éviter cela. Je crois que 99% des Belges en sont convaincus. C'est terrible, insensé, qu'une seule minorité de politiciens puisse créer de tels problèmes.
- Vous vous partagez entre Paris et Bruxelles. Quelle est la différence à vos yeux entre la vie culturelle bruxelloise et parisienne?
- Oh, cela n'a strictement rien à voir. Je dis toujours que Paris est la guerre et que Bruxelles est la paix. J'ai besoin d'aller régulièrement au front et j'ai besoin de retrouver régulièrement la paix. Tout cela est vrai aussi pour la vie culturelle. Présenter un spectacle, ou quoi que ce soit, à Paris est une expérience violente et dangereuse. En France, c'est toujours tout ou rien. Mais si on gagne la bataille, le succès est d'autant plus grand et étincelant. Paris est une ville violente et, pour cette raison, fascinante, mais aussi traumatisante. Bruxelles est une ville pacifique, mais si j'y vivais constamment, peut-être m'y ennuierais-je.
- Vous avez dit quelque part : "Les Belges ont des idées tordues". Jules César disait déjà : "L'absurdité en Belgique, c'est un pléonasme".
- Jules César a complètement raison. Nous étions surréalistes bien avant l'invention du surréalisme. Je remarque l'absurde à chaque fois que je retourne en Belgique. Je le remarque chez mes parents. Moi-même, je le suis sûrement complètement. L'océan qu'il y a entre la France et la Belgique me frappe très fort. C'est aussi pour cela qu'il faut que la Belgique demeure et que tout projet rattachiste est tout simplement une aberration".

mercredi 4 février 2009

"L'école des Belges : dix romanciers d'aujourd'hui"

Destiné au grand public, "L'école des Belges : dix romanciers d'aujourd''hui" (éditions Le Castor Astral) est un ouvrage collectif agréable à lire et à consulter pour le prix modique de 10 euros. Il est consacré à dix écrivains belges de langue française nés après 1945 : André-Marcel Adamek, Philippe Blasband, Francis Dannemark, Xavier Deutsch, Thomas Gunzig, Xavier Hanotte, Armel Job, Amélie Nothomb, Bernard Tirtiaux et Jean-Philippe Toussaint. La préface de ce livre a été écrite par Jacques De Decker, secrétaire perpétuel de l'Académie Royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique.

Afin d'entrer dans l'univers de ces dix écrivains, le livre propose une courte biographie des auteurs par eux-mêmes, quelques confidences, leur portrait dû au dessinateur Chris De Becker, des extraits de leurs livres, une analyse de leur oeuvre, le point de vue de critiques littéraires, de libraires et d'enseignants.

L'intérêt d'un tel ouvrage est de faire connaître ces romanciers en dehors de leurs lecteurs habituels, notamment auprès des étudiants. Personnellement, cela me donne envie de découvrir les romans de Xavier Hanotte (sur fond de première guerre mondiale) et Armel Job (fidèle à ses racines ardennaises). Certains, par contre, ne m'attirent pas du tout, mais je ne citerai pas de noms!

A noter qu'un second tome de "L'école des Belges" est en préparation avec notamment Alain Bertrand, François Emmanuel et Régine Vandamme.