mercredi 14 novembre 2018

"Le tiers sauvage" (Aliénor Debrocq)

Née en 1983 à Mons, Aliénor Debrocq a effectué des études en histoire de l'art avec une thèse sur le mouvement Cobra. Partie habiter à Bruxelles, elle a travaillé dans la communication pour Musiq'3 et dans l'enseignement, avant de se lancer dans le journalisme et l'écriture :

Elle a confié au groupe Vers l'Avenir :   "Au début, mon travail de journaliste s'exerçait plutôt dans les galeries d'art puis, depuis un an, je fais beaucoup de papiers littéraires. J'avais envie de m'amuser à mélanger les codes littéraires. J'estime que l'opposition entre littérature grand public et élitiste est une distinction factice. On peut aimer lire des choses différentes et on peut les combiner dans un seul roman. En commençant à écrire, j'avais plusieurs histoires dans la tête. Finalement, deux personnages ont émergé et j'ai mélangé les deux histoires.

En Belgique, l'imaginaire, que ce soit au cinéma ou en littérature, est quasi uniquement parisien ou américain. Si auparavant, je n'aimais pas trop ancrer mes histoires dans un contexte, ici, ça avait une importance. Car, une des questions posées par le roman concerne la place des auteurs belges dans la littérature. Pourquoi la Belgique ne leur accorde-t-elle pas une plus grande place? En Suisse, par exemple, les auteurs du pays sont systématiquement privilégiés et mis en avant. Je voulais parler de tout ça sur le ton humoristique. Je ne suis pas dans la revendication. Les belgicismes, par exemple, il faut les mettre en italique. Ca m'agace un peu car leur présence a du sens. J'ai envoyé mon manuscrit assez largement à la machinerie parisienne...mais finalement, c'est l'éditrice belge Luce Wilquin qui l'a publié. C'est une belle aventure.

Ecrire un second roman me paraît moins difficile. Je pense que le moment important, c'est celui où on prend la décision et le temps de se consacrer à l'écriture. Mettre le muscle en action. Après, ça vient plus facilement et ça continue à travailler tout seul...".

Vous pouvez retrouver un compte-rendu détaillé du roman "Le tiers sauvage" sur le site "Le Carnet et les Instants" du Service de Promotion des Lettres de la Fédération Wallonie-Bruxelles :   https://le-carnet-et-les-instants.net/2018/10/08/debrocq-le-tiers-sauvage/

mercredi 7 novembre 2018

Nouveau livre de Gabriel Ringlet

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Né en 1944, Gabriel Ringlet a une vie bien remplie :  prêtre, poète, théologien, ancien professeur à l'Université Catholique de Louvain. Il est aussi membre de l'Académie Royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique.

Il vient de sortir un nouveau livre :  "La grâce des jours uniques : éloge de la célébration", publié par les éditions Albin Michel. A cette occasion, il a répondu aux questions des quotidiens du groupe Sud Presse :

"Vous parlez du rite et de son importance :  les rites religieux mais aussi les rites autour des grands matchs de foot ou au décès de stars (comme Johnny). Le rite s'est déplacé aujourd'hui?
- Le rite est en tout cas plus urgent et plus important que jamais. J'ai suivi le Mondial de tout près, et toutes les dimensions de la liturgie classique, de la messe et même d'une messe solenelle que le pape François peut célébrer place Saint-Pierre, on les retrouve dans le rituel footballistique d'aujourd'hui. Dans les événements publics, le rite est omniprésent. Dans les attentats, par exemple, pour moi, c'est très frappant et très touchant de voir qu'une personne, anonyme, peut sortir de chez elle avec sa petite fille pour aller déposer une fleur à l'endroit où quelqu'un a été tué, en silence, avec toute un rituel, une gestuelle. Et on peut avoir ces mêmes gestes lors de la disparition d'une vedette. Donc, de fait, le rite est partout.

- Et si le rite s'est déplacé, c'est parce que le rite religieux n'attire plus?
- C'est vrai que les lieux classiques qui nous donnaient du rite sont complètement désertés. Et le phénomène dépasse nos églises. J'ai parlé avec des musulmans pratiquants qui venaient du Maroc et me disaient que dans leur petite ville, il y a 200 ou 300 mosquées mais avec 5 pratiquants par semaine. Mais ce n'est pas parce que les lieux traditionnels de rites se voient désertés que le besoin de célébrer la naissance, l'alliance et la mort, eux, ont disparu. Alors, on cherche d'autres lieux, on invente d'autres rites, on va voir d'autres sagesses.

- Comment renouveler le rite?
- Nous voulons former des célébrants laïcs (hommes et femmes) qui n'auront pas du tout été ordonnés prêtres, qui n'auront pas fait de théologie, mais qui ont une très grande sensibilité et qui ont envie d'aller dans ce sens-là. Depuis que le livre est sorti il y a à peine un mois, des dizaines de gens m'ont dit qu'ils voulaient s'inscrire dans notre "école de célébration", qu'on annonce pour 2020. Ca veut dire que des tas de gens se sentent peut-être une vocation pour cela.

- Et l'Eglise, comment réagit-elle? 
- L'Eglise est à mon avis complètement perdue et elle a tout avantage à se réjouir que des lieux se mettent à inventer, à respirer et à dire qu'il faut que ça change. Et si l'Eglise veut survivre, elle ne pourra que suivre ces chemins qui vont s'ouvrir. On ne lui demande pas la permission mais on le fait volontiers en dialogue, si le dialogue est possible.

- Et dans quels lieux pratiquer ces rites?
- Moi, je crois au sacré laïc, comme au sacré juif ou musulman. Et il me paraît normal d'ouvrir l'église à tous ces rites. J'ai plein de réactions positives à cette idées, des gens qui préféreraient célébrer des funérailles laïques dans l'église de leur quartier plutôt que dans une salle de sport ou un funérarium. Même chez les francs-maçons, il y a des réponses favorables à cette proposition".

mercredi 31 octobre 2018

"Les dix-sept valises" (Isabelle Bary)

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A 50 ans, l'auteure belge Isabelle Bary vient de sortir un nouveau roman, "Les dix-sept valises", publié aux éditions Luce Wilquin. Elle a répondu aux questions du journaliste Bernard Meeus pour "Le Soir Mag" :

"Votre 10ème roman parle de l'avantage de voir les choses positivement. C'est si précieux à notre époque?
- Oui, je crois. Je suis toujours étonnée de voir des gens avec un passé difficile réagir parfois mieux que nous qui n'avons pas à nous plaindre. C'est un vrai talent de voir les choses de façon positive. Pour les autres, cela suppose un apprentissage pour se transformer, s'alléger, chausser les lunettes roses de la félicité. Cela permet de changer le regard qu'on porte sur le monde moins pesant. Mon héroïne,  Alicia, est ainsi. Elle est plus heureuse que Mathilde, qui est pourtant gâtée. Chez Alicia, c'est même inné ; elle n'en est pas consciente. Je suis parfois ainsi, moi aussi :  à privilégier ce qui ne va pas, comme ces parents qui voient un 15/20 sur le bulletin de leur enfant et cherchent les cinq fautes plutôt que de se dire que c'est déjà un bon résultat. Tout est une question d'approche.

- Le voyage occupe aussi une belle place dans cette fiction : vous vouliez traiter de la double appartenance, à deux pays, à deux cultures?
- Alicia est mi-algérienne, mi-marocaine. Comme beaucoup de femmes de sa génération, elle s'est sentie acculturée avec des parents nés là-bas et des valeurs d'ici. Elle est assise entre deux chaises. Elle balance entre ses racines et sa vie à Bruxelles. En fait, cette histoire est une histoire vraie, dictée par une amie. Elle voulait la partager mais ne savait pas comment s'y prendre. Elle m'a demandé de l'écrire mais je ne voulais pas d'un récit biographique, mais bien d'une fiction avec sa façon à elle de voir le monde, bienveillante, toujours ouverte en toutes choses, qui vise à cultiver le beau. Elle fut le terreau, la muse de cette fiction qui lui ressemble de près mais qui ne recoupe pas tout à fait son parcours, le tout dans un esprit de confiance mutuelle.

- Un mot sur les 17 valises?
- Elles existent vraiment!  Elles les suivent durant le voyage vers l'Algérie :  17 valises pour cinq, à trimballer en taxi, en train, en bateau, avec plein de cadeaux pour la famille. Ces 17 valises, Alicia va finir par les poser dans un geste qui n'est pas anodin.

- Un dernier mot sur le fond :   on voit affluer les livres incitant les lecteurs à être positifs. Etes-vous sur cette ligne?
- Pas tout à fait. Je laisse aux gens le soin de choisir. Ce n'est pas un guide, ni des conseils. Mais je n'aime pas les fins sombres. Je préfère laisser une porte ouverte. C'est un honneur d'être choisie par des lecteurs. Je ne les prends pas pour des idiots. Et je ne prends un thème (ce fut déjà le cas avec les secrets de famille ou les enfants à haut potentiel) que s'il est universel ou qu'il peut faire avancer la compréhension de nous-mêmes".

mercredi 24 octobre 2018

Prix Bourse de la Découverte 2018 pour Sébastien Ministru

                            Sébastien Ministru

Au début de cette année 2018, je vous avais parlé de la sortie de "Apprendre à lire", le premier roman de Sébastien Ministru, paru aux éditions Grasset :   http://ecrivainsbelges.blogspot.com/2018/04/premier-roman-de-sebastien-ministru.html

La princesse Caroline de Monaco vient de lui remettre le Prix Bourse de la Découverte 2018, attribué par la Fondation Prince Pierre de Monaco. C'est la première fois qu'un auteur belge reçoit cette récompense dotée de 12.000 euros. Toutes nos félicitations à Sébastien Ministru !

Vous pouvez retrouver un compte-rendu détaillé de ce roman sur le site Le Carnet et les Instants du Service de Promotion des Lettres de la Fédération Wallonie-Bruxelles :   https://le-carnet-et-les-instants.net/2018/02/10/ministru-apprendre-a-lire

mercredi 17 octobre 2018

Nouvelle de Rémi Bertrand

                                       

Licencié en philologie romane, papa de deux garçons, Rémi Bertrand est un auteur belge de 36 ans dont je vous ai déjà parlé :   http://ecrivainsbelges.blogspot.com/search/label/Bertrand%20Rémi

Il vient de sortir une nouvelle d'une trentaine de pages, intitulée "24 secondes par image". C'est l'histoire d'un garçon demandeur d'emploi qui vient de vivre une rupture sentimentale. La veille de la Saint-Valentin, le facteur lui apporte un recommandé envoyé par son ex qui l'invite au restaurant....   "24 secondes par image" est publiée par les éditions Lamiroy (www.lamiroy.be) qui a un concept original :  chaque vendredi, ils sortent une nouvelle au prix de 4 euros.

mercredi 10 octobre 2018

"Les prénoms épicènes" (Amélie Nothomb)

A l'occasion de la rentrée littéraire, notre célèbre baronne Amélie Nothomb nous a sorti son 27ème roman :  "Les prénoms épicènes", publié aux éditions Albin Michel. Qu'est-ce qu'un prénom épicène? C'est un prénom qui n'a pas de genre, ce qui est le cas des trois héros principaux du roman (Claude, Dominique et Epicène). Il est un peu le livre miroir de "Frappe-toi le cœur", paru l'an dernier :  l'un évoque une petite fille rejetée par sa mère et l'autre une petite Epicène qui n'aime pas son père Claude(Amélie Nothomb précise que ce n'est pas autobiographique et qu'elle adore ses parents!).

Je vous propose de lire un compte-rendu très détaillé du roman et une interview-vidéo de l'auteure sur le blog "Le Carnet et les Instants" du Service de Promotion des Lettres de la Fédération Wallonie-Bruxelles (vous y trouverez d'autres comptes-rendus d'écrivains belges) :   https://le-carnet-et-les-instants.net/2018/08/23/nothomb-les-prenoms-epicenes/

Et vous, quels sont vos coups de cœur parmi les romans d'Amélie Nothomb?

mercredi 3 octobre 2018

"La vraie vie" (Adeline Dieudonné)

                          «Ce que j’aime chez mon héroïne, c’est sa façon de refuser le statut de proie».

En Belgique francophone, c'est incontestablement la grosse découverte de cette rentrée littéraire :  "La vraie vie", le premier roman d'une jeune Bruxelloise de 36 ans, publié par les éditions L'Iconoclaste. Elle a raconté son parcours à la presse :   "Mon parcours est assez chaotique. J'ai une formation de comédienne, mais ça n'a jamais vraiment marché. Alors, j'ai fait des tas de boulots :  assistante de production, travail dans un cabinet d'architectes, j'ai même vendu des sextoys! Puis, voici trois ans, la crise de la trentaine, les attentats, la violence, je me suis interrogée sur plein de choses. J'étais un peu désespérée face à toute cette violence, inquiète pour l'avenir de mes enfants. Et un jour, j'ai commencé à écrire....  Cette histoire, elle est un peu sortie de nulle part. J'ai fait beaucoup d'impro dans ma vie et j'ai fait la même chose en commençant mon roman. C'est comme ça qu'il est né. Puis, j'ai réfléchi : qu'avais-je voulu dire? Et j'ai écrit".

L'héroïne et narratrice du roman a 10 ans lorsque commence le récit et 15 ans lorsqu'il se termine. Elle vit dans un vieux lotissement avec son petit frère Gilles, sa maman transparente et craintive face au père, un homme violent. L'histoire bascule le jour où le siphon à chantilly du marchand de glace éclate littéralement la tête du pauvre homme face au petit Gilles tétanisé. L'enfant va perdre son sourire et verser petit à petit dans la violence, entraîné par son père. Pour redonner le sourire à son frère, la gamine va décider d'échapper à cette vie en cherchant à remonter le temps et empêcher le stupide accident du glacier. L'adolescente doit ensuite accepter que c'est dans la réalité qu'elle doit trouver une solution...

Adeline Dieudonné fait une entrée triomphale dans les Lettres Belges :  déjà Prix FNAC 2018,  "La vraie vie" est désormais en lice pour les prix Goncourt et Renaudot! Elle a répondu aux questions de la journaliste Lucile Poulain pour "Le Soir Mag" :

"Vous abordez des sujets graves tels que la violence conjugale. L'aspect engagé de votre histoire était-il voulu?
- Honnêtement, ce n'était pas prémédité. Le rapport de l'homme à la nature et ses pulsions animales font partie de ce que j'appelle "mes obsessions". Je me suis imprégnée de sa relation avec le monde vivant, l'état de prédation qu'il entretient en tant que chasseur et qu'il peut calquer sur sa famille ou son entourage, encore de nos jours. Ce qui est aussi palpable dans la tension du livre, c'est l'inquiétude que j'ai pour mes enfants et les générations à venir. Mais avec la chasse, il y a aussi la survie, et ma petite héroïne découvre peu à peu ce qu'elle a à disposition pour s'en sortir dans la vie. Quel métier, quels alliés... Finalement, c'est plein d'espoir.

- On découvre des personnages qui ressemblent à Monsieur et Madame Tout-le-monde. A quel point vous êtes vous inspirée de votre vraie vie?
- Le drame initial - que je ne vais pas révéler - se voulait être un souvenir d'enfance. Ensuite, j'ai fait des mélanges de plusieurs familles, c'est un grand melting-pot de gens que j'ai croisés. J'ai, par exemple, donné le prénom d'une femme que je connais à un des personnages pour lui rendre hommage :  Lyuba. Son histoire m'avait profondément bouleversée et j'ai fait en sorte qu'elle s'en tire mieux dans le livre que dans la vraie vie...

- Vous êtes mère de deux petites filles. Ont-elles été tentées de lire le récit de votre jeune héroïne?
- Non, elles sont trop jeunes. Par contre, l'autre jour, je ré-écoutais la version audio du livre que j'ai enregistrée il y a quelques semaines (j'ai même dû passer un casting!) et ma plus grande était près de moi. J'ai été très amusée de la voir rire aux éclats en écoutant, ça l'intrigue beaucoup, elle se demande qui sont ces gens et d'où viennent les horreurs que je raconte. J'ai d'ailleurs redécouvert le livre en enregistrant la lecture, c'était une expérience incroyable. J'ai beaucoup pleuré à certains passages, je ne m'y attendais pas du tout.

- Vous avez commencé à écrire il y a seulement deux ans. Quel a été votre déclic?
- Je traversais une sorte de crise de la trentaine. Un matin, alors que j'étais au chômage depuis peu, je me suis demandé ce que j'allais faire de ma journée. Une amie m'a conseillé par téléphone d'écrire ce que je ressentais, et c'est comme ça que ma première nouvelle a vu le jour. Ce dont je suis sûre, c'est qu'aujourd'hui, je n'ai plus envie de faire de choix. J'espère pouvoir continuer à être comédienne, à écrire, à rester éclectique dans mes activités, sans devoir me forcer à faire quoi que ce soit.

- Votre roman est apparu sur la liste des candidats au prix Goncourt. Comment avez-vous reçu la nouvelle?
- C'est mon éditrice qui m'a appelée en haut-parleur, avec toute son équipe de filles derrière elle. C'est une meute de louves, 100% féminine et féministe!  On a hurlé de bonheur toutes ensemble, c'était un superbe moment. Je dois dire qu'en ce moment, je m'amuse beaucoup, je fais de magnifiques rencontres. En réalité, je n'en reviens toujours pas...".

Souhaitons bon vent à Adeline Dieudonné pour la suite de sa carrière littéraire !