mercredi 4 novembre 2026

"Le second printemps" (Isabelle Bary)

                                


Née en 1968, l'auteure belge Isabelle Bary a répondu aux questions du magazine "Femmes d'aujourd'hui" sur son roman "Le second printemps" (180° éditions) :

"Comme vous est venue l'idée d'écrire ce livre ?
- Le déclic est venu pendant le confinement. Je me suis demandé :  combien de choses fait-on vraiment en toute liberté ? On agit souvent par loyauté, par habitude, par pression sociale. Mais que voulons-nous vraiment dans la vie ? Je trouve que c'est une question qui se pose davantage encore lors de cette période charnière qu'est la cinquantaine :   les enfants qui quittent le nid, les parents vieillissants... On n'est plus "des jeunes premières", mais on n'est pas encore des mamies. C'est une sorte de no woman's land, où l'on ressent l'urgence de se poser LA question :  qu'est-ce que je veux vraiment ?  C'est le moment, peut-être le dernier, pour se demander si nos choix de vie nous conviennent.

- Avez-vous trouvé, à titre personnel, une façon de mieux accepter ce passage ?
- Oui : me rendre compte des avantages de vieillir. On en parle souvent comme de l'automne de la vie, comme si c'était synonyme de feuilles mortes. J'ai compris qu'il y avait encore des printemps à vivre. C'est la société qui nous persuade que beauté rime avec jeunesse, surtout lorsqu'on est une femme. Alors que c'est une période où on peut enfin dire zut, faire le tri. On relativise plus. On n'a plus envie de perdre son temps avec des personnes qui n'en valent pas la peine ou des activités qui nous plaisent à moitié. On y voit plus clair et c'est alors qu'une vraie liberté peut éclore.

- Vous trouvez que la littérature ne parle pas suffisamment du passage à la cinquantaine ?
- Oui car ces sujets restent tabous. Je me souviens d'un dîner où j'ai parlé de ménopause...et là silence de mort. C'était comme si on parlait d'hémorroïdes. On n'est pas préparées à la ménopause car le tabou est trop présent. On est plongées dedans un peu comme une fille qui aurait ses règles et à qui on n'aurait pas expliqué ce qui se passait. Certaines femmes n'osent même pas dire à leur mari qu'elles sont ménopausées. Il y a une forme de honte. Or, c'est en sortant de la honte qu'on peut trouver la liberté. En acceptant son âge, on apprend à chercher en soi ce qui ne meurt jamais et c'est là qu'on atteint le vrai bonheur.

- Votre héroïne, Adèle, 52 ans, décide de tout plaquer pour partir marcher deux mois et demi sur les chemins de Compostelle. C'est aussi votre expérience ?
- Je l'ai fait moins longtemps :  je suis partie dix jours avec mon fils sur le chemin de Compostelle. Ce voyage m'a marquée à plusieurs égards. Il m'a appris que mettre ses idées en mouvement permet de les remettre à leur juste place. On fait le tri naturellement entre ce qui compte et ce qui compte moins, et ce qui compte moins s'en va naturellement en chemin. J'ai aussi appris qu'on pouvait être ensemble lorsqu'on avançait chacun à son rythme. Je ralentissais mon fils dans les montées et nous avons alors décidé d'avancer chacun à notre rythme, ce qui était beaucoup plus agréable. Sur la route, on se livre aussi intimement à des inconnus qu'on ne reverra jamais, et ça fait un bien fou". 

dimanche 1 novembre 2026

Lisez-vous le belge ?


L'opération "Lisez-vous le belge ?" est de retour tout ce mois de novembre, et rejoint les objectifs de ce blog depuis sa création en 2009...il y a déjà 17 ans. Voici quelques auteurs belges à (re)découvrir :


















La liste aurait pu être évidemment beaucoup plus longue. Bonnes lectures à tous !   

mercredi 21 octobre 2026

Les 20 ans de la maison d'édition M.E.O.

La maison d'édition M.E.O. publie une vingtaine d'ouvrages de fiction par an écrits par des auteurs belges et étrangers. A l'occasion des 20 ans de la maison d'édition M.E.O., l'éditeur bruxellois Gérard Adam s'est confié à "Paris Match Belgique" :

"Je suis moi-même écrivain et j'ai été conseiller littéraire d'une asbl spécialisée dans la traduction d'auteurs belges en bosniaque, comme Pierre Mertens, Amélie Nothomb, Jean-Philippe Toussaint. L'étape suivante a consisté à traduire des auteurs serbo-croates en français, avant de fonder les éditions M.E.O. en 2006 avec une première publication l'année suivante.

La littérature belge est souvent empreinte d'une certaine autodérision :  l'auteur prend son oeuvre au sérieux sans trop se prendre lui-même au sérieux. Il y a souvent un rapport avec le fantastique, au moins en filigrane. En tout cas, elle prend ses distances avec les sempiternelles histoires de famille. L'intérêt de l'histoire et la qualité de l'écriture, renforcés par une connotation humaniste, loin des thèmes stéréotypés et du nombrilisme parisien. 

L'édition belge souffre d'un manque de reconnaissance, de la part du milieu journalistique comme des libraires et des bibliothécaires, alors que la jeune génération des éditeurs belges francophones s'entraide et se soutient comme jamais".

Cela rejoint le constat que je fais depuis le début de ce blog...  Plus d'infos sur les éditions M.E.O. :  https://www.meo-editions.be/auteurs

mercredi 7 octobre 2026

L'auteur belge Giuseppe Santoliquido


Né à Seraing, l'écrivain belge Giuseppe Santoliquido s'est confié à la revue "Le Carnet et les Instants" :

"Ecrire n'est pas du tout une vocation, et cela reste laborieux, même après plusieurs livres. Cela m'est tombé dessus très tardivement. Vers 2008-2010, j'ai commencé à écrire des articles de presse sur l'Italie berlusconienne pour différents supports nationaux comme "Le Soir" et "La Libre Belgique". M'est alors venue l'idée d'aborder un sujet différent :   j'avais découvert qu'un de mes grands-oncles avait flirté, en Belgique, durant l'entre-deux guerres, avec le fascisme. J'ai alors pensé pensé qu'une fiction pourrait peut-être mieux rendre compte des faits. Je me suis lancé à l'aveugle, sans absolument savoir comment cela fonctionnait ni comment il fallait procéder pour écrire de la fiction. Puis, j'ai eu un coup de chance : comme Vincent Engel était très intéressé par l'Italie et lisait mes articles, il m'a proposé d'écrire pour son "Blog à part". Nous avons lancé une chronique intitulée "Les nouvelles d'Italie". 

Comme je le raconte dans "Le don du père", je viens d'un milieu ouvrier italien classique de l'après-guerre. Mon père, arrivé encore enfant en Belgique, était mécanicien automobile et ma mère l'aidait. J'ai grandi dans une famille très aimante mais où la culture n'était tout simplement pas présente : il n'y avait ni livres, ni tableaux, nous n'écoutions pas de musique classique. Et moi, en plus, j'avais un naturel réfractaire à tout cela. Je n'étais pas intéressé. J'avais d'excellents enseignants qui faisaient très bien leur travail et à qui je n'ai vraiment rien à reprocher, mais j'étais un cancre et ce qu'on m'enseignait ne m'intéressait nullement.

Quand j'ai commencé à écrire, je n'imaginais pas être publié un jour. Mais, une fois lancé, l'écriture est devenue une véritable nécessité. Si je n'écrivais pas, ce serait comme si je prenais mon temps pour le jeter par la fenêtre. Une des choses qui m'étonnent le plus dans l'écriture, c'est qu'à un certain moment, on ne sait plus très bien ce qui ressort du réel ou de la fiction. Parfois, je dois presque me ressaisir. Ce que je recherche, c'est une vérité émotionnelle qui, à mon sens, est commune à Liège (son bassin sidérurgique, modeste et ouvrier, où l'on sent presque la sueur du labeur, la difficulté de vivre) et à l'Italie. Chez moi, ces milieux finissent presque par fusionner :  c'est presque un pays d'encre où des hauts-fourneaux ponctuent les oliveraies et les vignes.

Je suis presque obsessionnellement intéressé par ce moment de la vie où on doit faire le deuil de celui qu'on voulait être et qu'on ne sera pas. On est emporté dans un tel tourbillon, et, soudain, on réalise qu'on ne deviendra pas celui qu'on voulait être. Il faut apprendre à vivre avec celui qu'on est ou qu'on est devenu. C'est un deuil qui n'est pas dans l'ordre des choses. Perdre quelqu'un est douloureux, mais on sait que c'est inéluctable. Mais se perdre soi-même ne semble pas inscrit d'avance dans les astres. On pense que notre vie est sur des rails. Pour l'avoir vécu et observé autour de moi, ce sont souvent les hommes qui connaissent ce déraillement. Ils compensent alors par des substituts futiles et matériels. Certains hommes parviennent à rectifier leur trajectoire, bien sûr, mais ceux qui m'intéressent sont précisément ceux qui ne réussissent pas. Cette réflexion me paraît importante à transmettre aux jeunes. Il faudrait qu'ils ne subissent pas cette pression permanente :   cotiser pour sa pension, épargner, maitriser toutes les nouvelles technologies, etc. Une véritable chape de plomb pèse sur eux. Certains ne parviendront pas à s'en défaire et vivront malheureux. Les réseaux sociaux accentuent encore ce phénomène :  on n'y voit que des gens heureux, en vacances, qui réussissent". 

mercredi 23 septembre 2026

La librairie Molière à Charleroi

Fondée il y a 43 ans, la librairie Molière est aujourd'hui la plus grande librairie indépendante de Wallonie. Et d'abord quel bâtiment !  Construit entre 1907 et 1911 par l'architecte De La Croix, ce bâtiment néogothique a hébergé l'ancien hôtel des Postes au 68, boulevard Tirou. Il a été classé en 1992 et mis en vente par l'Etat en 1995, avec comme condition de vente la remise d'un projet sur la destination du lieu. Le projet de la librairie Molière (qui était auparavant boulevard Audent) est retenu.

Jacques Rouben, codirecteur de la librairie, s'est confié à la revue "Le Carnet et les Instants" :

"Je défends les mêmes valeurs que Thérèse Labye, la fondatrice :  préserver la lecture et la beauté des lieux. Notre objectif est de garder l'endroit lisible, de faciliter les recherches de notre clientèle, notamment à travers la communication, l'image, l'aménagement des lieux ou la disposition des présentoirs des éditeurs. 

Le métier de libraire a été bouleversé sur les vingt dernières années, mais aucun monopole n'est sain. La concurrence, je l'ai toujours vue comme un stimulant. Celle des géants du web, Amazon et plateformes de streaming en passant par le commerce en ligne, a poussé les librairies à revoir leur fonctionnement. Molière avait déjà acquis une expérience dans le domaine via sa plateforme de vente en ligne qui représente 10% de notre chiffre d'affaires.

Le livre est un sujet vivant et mouvant. Nous faisons tout notre possible pour rester la librairie à la page. C'est pourquoi nous mettons en évidence des thématiques naissantes qui suscitent l'intérêt de notre clientèle selon l'actualité. Nous réaménageons constamment des rayons en fonction des sujets de société. J'en ai créé un sur l'intelligence artificielle bien avant qu'elle ne fasse le buzz. Des rayons naissent, certains meurent, d'autres grandissent. La librairie, c'est aussi observer et s'adapter, afin que le public y retrouve ce qu'il vit à l'extérieur. 

Les demandes d'éditeurs et d'auteurs sont nombreuses pour des animations ou conférences. Ce n'est pas simple de refuser, c'est frustrant pour les écrivains comme pour nous. Ces animations sont rarement rentables, elles mobilisent des personnes en soirée, des heures de travail. L'énergie pour faire venir le public est énorme, raison pour laquelle nous avons une chargée de communication externe. Pour des auteurs moins connus, notamment de la région, nous réfléchissons à un nouveau format, à savoir des tables de dédicaces disposées dans la librairie, un jour par an, avec plusieurs écrivains que l'o n'a pas pu contenter".

Infos pratiques :   www.moliere.com

mercredi 9 septembre 2026

"Ommegang 1930" (Patrick Weber / Thomas Liera)


Cette bande dessinée raconte un complot pour empêcher la tenue d'une reconstitution de l'Ommegang en 1930 pour le centenaire de la Belgique.

Mais au-delà du scénario (écrit par Patrick Weber), comme tous les numéros de cette collection, c'est surtout l'occasion de (re)découvrir l'histoire de notre pays. Le mot "ommegang" signifie tourner autour. Son origine remonte au 14ème siècle :   une procession en l'honneur de Notre-Dame du Sablon est organisée à Bruxelles par le Grand Serment des Arbalétriers.

L' Ommegang prend une autre ampleur en 1549. Nous faisons partie à l'époque des Pays-Bas espagnols, et l'empereur Charles-Quint (né à Gand) vient présenter son fils le futur Philippe II à ses possessions du nord. La ville de Bruxelles veut les éblouir en organisant un fastueux Ommegang.

Ensuite, au fil des siècles, la tradition est de moins en moins respectée jusqu'à sa renaissance en 1930. La Belgique veut montrer la continuité de son histoire nationale à travers les siècles.

L'Ommegang est aujourd'hui inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco, et réunit plus de 1.000 figurants. Le cortège part du Sablon en direction de la grand-place de Bruxelles. Ils y sont présentés devant la Cour impériale. C'est le prince Albert-Henri de Merode qui incarne actuellement l'empereur Charles-Quint.

Chaque année, des personnalités sont invitées à prendre part au spectacle en costume d'époque :   Bart Van Loo, Stéphane Bern, Axelle Red, Bert Kruismans, Eric-Emmanuel Schmitt, Annie Cordy, Francis Huster, etc. Après les présentations, place à la fête breughélienne et au feu d'artifice sur notre belle grand-place de Bruxelles. 

mercredi 26 août 2026

Les 100 ans de la librairie Corman à Ostende

On continue notre tour des librairies de notre pays et on va cette fois à la côte belge pour une librairie qui fête son 100ème anniversaire en cette année 2026. L'enseigne a changé trois fois d'adresse dans la ville :  d'abord à l'avenue Buyl, puis à la Witte Nonnenstraat, et depuis 2023 à la Leopold I Plein, non loin du célèbre bateau Mercator. Parmi ces clients, l'enseigne a vu défiler Albert Einstein, Hugo Claus, Constant Permeke, Paul-Henri Spaak, Jean-Baptiste Baronian, Tom Lanoye ou Carl Norac.

Cette librairie a été créée par Mathieu Corman, né dans une famille bilingue de la région d'Eupen. En 1926, il épouse une cousine Maria Klinkenberg. Il voyage et écrit des articles, mais décide parallèlement d'ouvrir des libraires qui porte son nom. Il y aura des librairies Corman à Ostende, Knokke, Anvers et Bruxelles, mais seule subsiste celle d'Ostende. 

Mathieu Corman écrit plusieurs livres, dont "Ami, entends-tu ?"  (un roman clairement autobiographique mettant en scène un libraire engagé aux côtés d'anarchistes en Catalogue) et "Salud Camarada!" (sur ses souvenirs du bombardement de Guernica par l'armée fasciste de Franco). Il subit plusieurs perquisitions de police suite à la présence dans sa vitrine d'ouvrages considérés à l'époque comme licencieux, voire pornographiques. Ce libraire hors du commun se suicide en 1975 dans un bois de sa région natale dans des circonstances restées obscures. 

A sa mort en 1975, c'est André Kemp (ami et comptable de la famille) qui reprend la gestion de la librairie jusqu'en 1996. Puis, son fils Michel et actuellement sa petite-fille Valérie, professeur de gym de formation.

Valérie Kemp s'est confiée à la revue "Le Carnet et les Instants" :

"Quand mon père est décédé, je n'ai pas pu lâcher le livre. Chez nous, il y avait juste quatre sièges dans le living et le reste était occupé par des livres. Mon grand-père André Kemp, professeur d'histoire, avait déjà repris la librairie au décès de Mathieu Corman et lui avait promis de veiller sur ses deux enfants. 

Il ne faut pas avoir peur...d'être un petit peu contrarié. Il s'agit d'avoir sa personnalité, de ne pas suivre le courant du moment. Des livres qui ne marchent pas ailleurs peuvent trouver leurs lecteurs ici, mais des livres plus connus sont aussi mis à disposition. Il faut trouver le bon équilibre entre rentabilité et authenticité. Notre clientèle est très variée. Différente d'ailleurs aussi car elle sait qu'elle va trouver ici ce qu'elle ne trouve pas chez d'autres. Nous connaissons aussi la plupart de nos lecteurs et leurs goûts".

La libraire propose des livres en néerlandais, en français, en anglais, en espagnol, en allemand et en italien. Infos pratiques :     https://boekhandelcorman.be/