dimanche 1 novembre 2026
Lisez-vous le belge ?
mercredi 21 octobre 2026
Les 20 ans de la maison d'édition M.E.O.
La maison d'édition M.E.O. publie une vingtaine d'ouvrages de fiction par an écrits par des auteurs belges et étrangers. A l'occasion des 20 ans de la maison d'édition M.E.O., l'éditeur bruxellois Gérard Adam s'est confié à "Paris Match Belgique" :
"Je suis moi-même écrivain et j'ai été conseiller littéraire d'une asbl spécialisée dans la traduction d'auteurs belges en bosniaque, comme Pierre Mertens, Amélie Nothomb, Jean-Philippe Toussaint. L'étape suivante a consisté à traduire des auteurs serbo-croates en français, avant de fonder les éditions M.E.O. en 2006 avec une première publication l'année suivante.
La littérature belge est souvent empreinte d'une certaine autodérision : l'auteur prend son oeuvre au sérieux sans trop se prendre lui-même au sérieux. Il y a souvent un rapport avec le fantastique, au moins en filigrane. En tout cas, elle prend ses distances avec les sempiternelles histoires de famille. L'intérêt de l'histoire et la qualité de l'écriture, renforcés par une connotation humaniste, loin des thèmes stéréotypés et du nombrilisme parisien.
L'édition belge souffre d'un manque de reconnaissance, de la part du milieu journalistique comme des libraires et des bibliothécaires, alors que la jeune génération des éditeurs belges francophones s'entraide et se soutient comme jamais".
Cela rejoint le constat que je fais depuis le début de ce blog... Plus d'infos sur les éditions M.E.O. : https://www.meo-editions.be/auteurs
mercredi 7 octobre 2026
L'auteur belge Giuseppe Santoliquido
mercredi 23 septembre 2026
La librairie Molière à Charleroi
Fondée il y a 43 ans, la librairie Molière est aujourd'hui la plus grande librairie indépendante de Wallonie. Et d'abord quel bâtiment ! Construit entre 1907 et 1911 par l'architecte De La Croix, ce bâtiment néogothique a hébergé l'ancien hôtel des Postes au 68, boulevard Tirou. Il a été classé en 1992 et mis en vente par l'Etat en 1995, avec comme condition de vente la remise d'un projet sur la destination du lieu. Le projet de la librairie Molière (qui était auparavant boulevard Audent) est retenu.
Jacques Rouben, codirecteur de la librairie, s'est confié à la revue "Le Carnet et les Instants" :
"Je défends les mêmes valeurs que Thérèse Labye, la fondatrice : préserver la lecture et la beauté des lieux. Notre objectif est de garder l'endroit lisible, de faciliter les recherches de notre clientèle, notamment à travers la communication, l'image, l'aménagement des lieux ou la disposition des présentoirs des éditeurs.
Le métier de libraire a été bouleversé sur les vingt dernières années, mais aucun monopole n'est sain. La concurrence, je l'ai toujours vue comme un stimulant. Celle des géants du web, Amazon et plateformes de streaming en passant par le commerce en ligne, a poussé les librairies à revoir leur fonctionnement. Molière avait déjà acquis une expérience dans le domaine via sa plateforme de vente en ligne qui représente 10% de notre chiffre d'affaires.
Le livre est un sujet vivant et mouvant. Nous faisons tout notre possible pour rester la librairie à la page. C'est pourquoi nous mettons en évidence des thématiques naissantes qui suscitent l'intérêt de notre clientèle selon l'actualité. Nous réaménageons constamment des rayons en fonction des sujets de société. J'en ai créé un sur l'intelligence artificielle bien avant qu'elle ne fasse le buzz. Des rayons naissent, certains meurent, d'autres grandissent. La librairie, c'est aussi observer et s'adapter, afin que le public y retrouve ce qu'il vit à l'extérieur.
Les demandes d'éditeurs et d'auteurs sont nombreuses pour des animations ou conférences. Ce n'est pas simple de refuser, c'est frustrant pour les écrivains comme pour nous. Ces animations sont rarement rentables, elles mobilisent des personnes en soirée, des heures de travail. L'énergie pour faire venir le public est énorme, raison pour laquelle nous avons une chargée de communication externe. Pour des auteurs moins connus, notamment de la région, nous réfléchissons à un nouveau format, à savoir des tables de dédicaces disposées dans la librairie, un jour par an, avec plusieurs écrivains que l'o n'a pas pu contenter".
Infos pratiques : www.moliere.com
mercredi 9 septembre 2026
"Ommegang 1930" (Patrick Weber / Thomas Liera)
mercredi 26 août 2026
Les 100 ans de la librairie Corman à Ostende
On continue notre tour des librairies de notre pays et on va cette fois à la côte belge pour une librairie qui fête son 100ème anniversaire en cette année 2026. L'enseigne a changé trois fois d'adresse dans la ville : d'abord à l'avenue Buyl, puis à la Witte Nonnenstraat, et depuis 2023 à la Leopold I Plein, non loin du célèbre bateau Mercator. Parmi ces clients, l'enseigne a vu défiler Albert Einstein, Hugo Claus, Constant Permeke, Paul-Henri Spaak, Jean-Baptiste Baronian, Tom Lanoye ou Carl Norac.
Cette librairie a été créée par Mathieu Corman, né dans une famille bilingue de la région d'Eupen. En 1926, il épouse une cousine Maria Klinkenberg. Il voyage et écrit des articles, mais décide parallèlement d'ouvrir des libraires qui porte son nom. Il y aura des librairies Corman à Ostende, Knokke, Anvers et Bruxelles, mais seule subsiste celle d'Ostende.
Mathieu Corman écrit plusieurs livres, dont "Ami, entends-tu ?" (un roman clairement autobiographique mettant en scène un libraire engagé aux côtés d'anarchistes en Catalogue) et "Salud Camarada!" (sur ses souvenirs du bombardement de Guernica par l'armée fasciste de Franco). Il subit plusieurs perquisitions de police suite à la présence dans sa vitrine d'ouvrages considérés à l'époque comme licencieux, voire pornographiques. Ce libraire hors du commun se suicide en 1975 dans un bois de sa région natale dans des circonstances restées obscures.
A sa mort en 1975, c'est André Kemp (ami et comptable de la famille) qui reprend la gestion de la librairie jusqu'en 1996. Puis, son fils Michel et actuellement sa petite-fille Valérie, professeur de gym de formation.
Valérie Kemp s'est confiée à la revue "Le Carnet et les Instants" :
"Quand mon père est décédé, je n'ai pas pu lâcher le livre. Chez nous, il y avait juste quatre sièges dans le living et le reste était occupé par des livres. Mon grand-père André Kemp, professeur d'histoire, avait déjà repris la librairie au décès de Mathieu Corman et lui avait promis de veiller sur ses deux enfants.
Il ne faut pas avoir peur...d'être un petit peu contrarié. Il s'agit d'avoir sa personnalité, de ne pas suivre le courant du moment. Des livres qui ne marchent pas ailleurs peuvent trouver leurs lecteurs ici, mais des livres plus connus sont aussi mis à disposition. Il faut trouver le bon équilibre entre rentabilité et authenticité. Notre clientèle est très variée. Différente d'ailleurs aussi car elle sait qu'elle va trouver ici ce qu'elle ne trouve pas chez d'autres. Nous connaissons aussi la plupart de nos lecteurs et leurs goûts".
La libraire propose des livres en néerlandais, en français, en anglais, en espagnol, en allemand et en italien. Infos pratiques : https://boekhandelcorman.be/
mercredi 12 août 2026
L'auteur belge Alain Bertrand (1958-2014)
Alain Bertrand commence par la publication de trois essais : "Georges Simenon" en 1988 à La Manufacture, "Maigret" en 1994 chez Labor et "Jean-Claude Pirotte" en 1995 chez Labor également. En 1998, son premier livre de prose littéraire, "Lazare ou la lumière du jour" est publié par Le Temps qu'il fait, reçoit des échos positifs et le prix Eugène Schmits de l'Académie Royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique. Alain Bertrand devient directeur de la collection "Le Point du Jour" chez Quorum, une maison belge aujourd'hui disparue où il va publier une douzaine d'ouvrages dans les années 90, puis conseiller littéraire chez Labor.
En 2003, il sort trois titres : "Le Bar des Hirondelles" chez Labor, "Monsieur Blanche" au Castor Astral et "La lumière des polders" chez Arléa. Plus tard, "On progresse" est publié par Dilettante et "Je ne suis pas un cadeau" par l'éditeur bordelais Finitude. C'est également Finitude qui publiera le prochain livre d'Alain Bertrand cet automne : "Une si jolie fermette", un livre en grand format illustré par Daniel Casanave, illustrateur et auteur de bande dessinée.
Parallèlement à son oeuvre personnelle, Alain Bertrand continue à porter des projets éditoriaux et se lance dans une nouvelle aventure avec l'éditeur Weyrich, maison spécialisée à l'origine dans l'édition des beaux livres sur la nature et le terroir : "Olivier Weyrich de Neufchâteau m'a contacté il y a deux ans pour réfléchir à une collection littéraire. J'ai d'abord pensé au roman policier mais, à une époque où la Belgique vacillait, j'ai ressenti, sans que ce soit de l'opportunisme, que c'était le moment de s'interroger sur l'identité wallonne, qui pour moi est en construction. Ce n'est pas du régionalisme qui est généralement passéiste. Il s'agit de réfléchir à une littérature inscrite dans un territoire selon les différents points de vue des auteurs, sans oublier de raconter des histoires et de proposer une qualité littéraire et stylistique. Il n'y a pas que l'ancrage wallon. Ce n'est pas une école coincée par une idéologie. Rien n'est plus différent que l'univers de Bernard Gheur et son évocation poétique de Liège sous la guerre ou celui de Frédéric Saenen qui propose un roman noir autour des banlieues liégeoises. Si mon dernier roman "L'oeil de la mouche" est paru là, c'est parce que je crois en cette collection. C'était aussi un cadeau à Olivier Weyrich qui m'a confié l'animation de cette collection, animation que je partage avec d'autres personnes. Le titre de la collection, "Plumes du Coq", a été le plus difficile à trouver, jusqu'à ce qu'il jaillisse de la bouche de la compagne de Frédéric Saenen, alors que nous partagions une potée aux choux".
Son roman "Le lait de la terre"
Charles y fait la connaissance d'un monde rural confronté à la crise de l'agriculture, aux normes européennes et au prix du lait peu favorable aux fermiers. Parmi ceux-ci, la belle Irène retient son attention : "L'amour, Charles n'en connaît pas plus le mode d'emploi que celui de la machine à laver, et si sa belle paysanne lui a laissé des arômes de feuille morte et le toucher de sa chair rousse, il n'a pas osé, il n'a pas pu, il n'a pas eu la force de l'arracher à son christ en marcel, de l'entraîner au-dessus du plancher des vaches, de la basse-cour fienteuse, de l'Ardenne secouée de vent, jusqu'à la couche monumentale des nuages, là où les âmes succombent à toutes les tentations sous l'oeil échauffé du soleil".
"Le lait de la terre" est un roman de terroir bien écrit, avec humour et une pointe d'Orval, qui me fait penser au style d'Armel Job et de René Henoumont. On ressent que l'auteur aime profondément son Ardenne. Voici sa belle description de la Gaume :
"La Gaume est une fille de joie adossée à l'Ardenne boisée. Elle a de jolies feuilles de vigne et tend ses collines vers le sud, en agitant un drapeau bleu, blanc, rouge. Le genou troussé, un talon à plat contre l'écorce, la belle a la cuisse tiédie par un soleil qui cligne de l'oeil tous les jours de l'année. Juste à côté, en Ardenne, il pleut comme vache qui pisse en toute saison, et même la nuit, même l'hiver, même au cours des messes de mariage. Affaire de microclimat, susurre l'office du tourisme de Virton. Autant vérifier sur place s'il y a des mirabelles, des orchidées, et puis des cigales qui déroulent des chansons d'amour provençal... Le prospectus touristique dévoile une jeune femme sans minceurs inutiles, les joues en forme de pommes, la gorge imitant une cuesta - front abrupt et versant en pente douce - la lèvre rincée au cidre. Le verre prêt à être choqué, clin d'oeil vers le spectateur, semble une incitation à la villégiature intime".
Voici le dernier livre de l'écrivain et professeur belge Alain Bertrand, né à Gand en 1958 et décédé à Bastogne en 2014. Dans sa bibliographie, on trouve des romans ("Massacre en Ardenne", "Le lait de la terre", p.ex.), trois essais (sur Georges Simenon, Maigret et Jean-Claude Pirotte), de la prose et des récits. C'est aussi le 20ème ouvrage de la collection "Plumes du Coq" qu'il dirigeait avec Christian Libens au sein des éditions Weyrich.
"L'Eté sous un chapeau de paille", ce sont 37 chroniques de vacances qui nous rappellent des anecdotes, des histoires drôles et des mésaventures qu'on a parfois également rencontrées. Voici quelques extraits :
"Alors que Dieu crie dans le désert, le GPS susurre dans les embouteillages. Sa diction est celle d'une conseillère conjugale. Il ne lui manque que la boîte à mouchoirs à côté du volant pour jouir de toute son efficacité. Les papas agacés par leur progéniture ceinturée à l'arrière du véhicule feraient bien de s'en inspirer. Le GPS articule les mêmes répliques sur un ton modéré autant de fois que nécessaire. Il contribue à rectifier les erreurs de trajectoire avec une patience de confesseur. Un sang-froid mâtiné d'un zeste de douceur lui tient de pédagogie".
"Tout va pour le mieux dans le meilleur de la Provence : il faut le proclamer urbi et orbi, le griffonner au dos des cartes postales, le communiquer par SMS à ses potes, le jeter à la gueule des collègues dès son retour au boulot. Même ma femme était super, comme au premier jour, surtout quand elle s'est mise à ressembler à une olive de Nyons. Au point qu'on a fait l'amour, si, si, l'amour à la provençale, au cours de la sieste, et si bourrés au pastis que j'ai cru que c'était une partouze, avec sa sœur jumelle. Et après? Disons que je suis rentré dans le ciment frais, comme un coureur de fond de classement, au Tour de France. Plus je m'épongeais à l'eau, moins je voyais la route".
"Le bronzage n'est rien s'il est accompagné de ces gloussements de plaisir qui font le sel des vacances. Au contraire du sédentaire, qui a si peu de chose à raconter, l'estivant porte l'adjectif et l'adverbe au pavois. Dès son retour d'Espagne, le bureau, l'atelier résonnent de cent feux d'artifice, de mille points d'exclamation, de cent mille clichés qui bruissent du chant des grillons, des vagues, des guitares et des voluptés. C'est pour ces minutes de gloire qu'on part se ruiner à l'étranger, pour ces secondes où les autres nous écoutent répandre des bonheurs qu'ils n'ont pas connus et que la vie leur refusera. Les congés payés sont un rite, comme allumer sa télévision ou pousser un caddie au supermarché. Avant de réenfiler ses habits d'esclave et de s'en retourner, voûté comme un fouet, au comptoir, à l'usine, dans la salle des profs".
"A peine réveillé par des cloches ou des coqs en crise de nerfs, l'homme s'arrache de sa nuit blanche et s'en vient risquer une congestion au-dessus d'un évier jauni et crevassé. Barbe naissante et gros pull, il enfume la salle à manger avec du bois mort et des bûches éclatées à la cognée dans l'air glacial de novembre. Car rien ne fonctionne, c'est l'apanage de la seconde résidence. Le robinet crache une eau rouillée, les fusibles grésillent et çà sent le brûlé, çà empeste la fumée, çà épluche une à une les diverses couches de papier peint".



