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mercredi 29 mai 2024

"Le passager d'Amercoeur" (Armel Job)

                                     

Ancien enseignant, ancien directeur d'école, Armel Job poursuit sa carrière d'auteur depuis une trentaine d'années et a été élu membre de l'Académie Royale de langue et de littérature françaises de Belgique. A l'occasion de la sortie de son nouveau roman "Le passager d'Amercoeur", Armel Job a répondu aux questions du Soir Mag :

"Quelle est la genèse de ce roman ?

- Cette histoire est inspirée par des souvenirs de jeunesse. Avec le temps qui passe, on réfléchit à ce qu'il s'est produit dans notre vie. J'ai repensé à quelqu'un que j'ai connu, dont je me suis inspiré pour créer le personnage de Momo. Je l'ai fréquenté un temps, puis on s'est perdu de vue. J'ai par la suite entendu des anecdotes à son sujet. Il est notamment décédé jeune dans des circonstances dramatiques. J'ai donc fait appel à une série de souvenirs pour composer les personnages de ce livre, qui est une fiction du début à la fin. J'ai ensuite construit un roman sur des thèmes qui m'intéressaient, comme une relation mère/fils possessive.

- L'amour d'une maman pour son enfant est particulièrement puissant. Mais à double tranchant ?

- Totalement. Momo est dévoré par l'amour excessif de sa mère. Sa vie s'est construite en opposition à cela, il est en révolte permanente. Mais c'est un amour dont il n'arrive pas à se dépêtrer, car il est fasciné par sa maman. Il est coincé au milieu de sentiments contradictoires. Tout ce qu'il fait est le résultat de l'ambiguïté vécue depuis son enfance. Il a subi des relations incestueuses et cela a des répercussions sur sa vie. Je trouvais intéressant d'aborder le thème des relations incestueuses d'une mère envers son fils, comme l'a étudié Boris Cyrulnik. Il n'existe pratiquement aucune plainte dans ces cas-là.

- On sent que la psychologie de vos personnages est primordiale ?

- C'est essentiel en effet. Mon travail consiste à comprendre comment les gens réagissent aux différentes situations qu'ils vivent. Dans mes livres, je distille un peu d'intrigue policière, une technique pour retenir l'attention du lecteur. Mais ce qui compte vraiment, c'est essayer de comprendre comment chacun se débrouille avec la réalité. Comme par exemple un homme qui est sous l'emprise d'une femme. Je pense que le roman sert à cela, à montrer comment on interprète le réel avec les modestes moyens que nous avons à notre disposition.

- Que retirez-vous de l'écriture de ce roman ?

- L'occasion de réfléchir à ce que sont les êtres humains et le monde dans lequel nous vivons. La démarche du romancier est celle de la curiosité. Je m'interroge sur les autres en mettant en scène des personnages. J'espère, quand je livre le résultat de mes réflexions au lecteur, que celui-ci est également amené à se poser des questions. Un roman est réussi s'il permet au lecteur de s'interroger. Dans la vie, on est tenté de poser des jugements rapidement, on a rarement le loisir de réfléchir posément aux sujets abordés ou vécus par les autres. Le roman permet de le faire".

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mercredi 19 avril 2023

"Le meurtre du docteur Vanloo" (Armel Job)

                                    


A l'occasion de la sortie de son roman "Le meurtre du docteur Vanloo" (aux éditions Robert Laffont),  l'auteur belge Armel Job s'est confié à la revue catholique "Dimanche" :

"Ce qui m'intéressait, ce n'est pas ce meurtre, qui est plutôt une manière d'accrocher l'attention du lecteur. Il importe de voir les réactions des personnes confrontées à cet événement. Pratiquement tous le font en couple. Je pars dans les mêmes conditions que mon lecteur. Je soupçonne même plusieurs de mes personnages d'être responsables de cet assassinat ! J'ai différentes issues possibles mais, au fur et à mesure que je fais agir les personnages du roman, ils prennent une certaine consistance. Et il arrive un moment où je suis obligé de m'incliner devant leur personnalité ! Les responsabilités s'établissent vraiment de cette manière. Je m'impose toujours de ne pas modifier ce qui a déjà été rédigé. L'enquête policière ne constitue pas le fil conducteur de mon roman, puisqu'il y a beaucoup d'épisodes indépendants de l'enquête elle-même.

Je ne vois pas pourquoi mes romans se dérouleraient ailleurs qu'en Belgique. La bourgeoisie est la même partout. Dans la mesure où vous mettez en scène des personnes qui appartiennent à tel univers social ou à telle profession, c'est universel ! Mes romans sont ancrés en Belgique, et dans de petites localités ou villes, mais cela peut être transporté n'importe où.

Un auteur doit travailler avec sa totale subjectivité. Selon la définition de Jean Giono, un romancier est un raconteur d'histoires. Quelquefois, je tombe sur un fait divers et je l'utilise comme point de départ, mais je n'en fais pas la chronique. C'est une opportunité. En réalité, j'ai peu utilisé les faits divers. J'écris pour le lecteur. J'aime bien le traiter avec une certaine élégance et parsemer des remarques qui le feront sourire. C'est un signe de complicité. Il est très important qu'un auteur fasse comprendre à son lecteur qu'il le considère comme une personne intelligente. Le roman n'est pas l'occasion de lui asséner des vérités, mais de réfléchir ensemble. 

Il y a des personnages que je préfère. Mais j'essaie de me montrer le plus juste possible, même avec celui dont les actions ne sont pas correctes. Je n'aime pas mettre en scène des personnages trop tranchés : uniquement bons ou mauvais. Tous les êtres humains sont complexes. Et le propre du roman, c'est de permettre au lecteur d'aller à la rencontre de ce qui fait un être humain. C'est une occasion de l'inviter à la prudence, à ne pas juger trop vite. 

C'est un roman sur la société telle que je la perçois, sur un monde qui serait en danger de disparition dans la littérature. De nos jours, celle-ci s'intéresse beaucoup à des situations très particulières et à tout ce qui tourne autour de minorités tout à fait respectables. Mais peut-être qu'elles sont en train d'expulser de la littérature ce qui fait le commun des mortels... Le plus gros de la société est composé de gens ordinaires qui ont besoin, eux aussi, de se retrouver dans la littérature. Or la littérature française est souvent bourgeoise : elle s'adresse à une certaine classe de la société. Un très grand nombre de romansse déroule souvent dans des milieux intellectuels, aisés, avec des gens qui ont le temps de se triturer l'esprit à propos de leur vie... Vous pouvez lire beaucoup de romans avant d'y trouver un vétérinaire et un fermier !  Moi, ce sont pourtant des gens que je vois à la campagne ! J'aime bien de leur donner une existence. 

L'auteur a un rôle dans la société. Il est là pour donner matière à réfléchir, poser des questions. Asséner ses opinions serait détestable. A l'inverse, on referme un bon roman en restant perplexe. Sa lecture peut nous inciter à poser un autre regard sur la société, à chasser nos préjugés, à nous éloigner des stéréotypes de représentation. J'ai de la sympathie pour les gens que je connais le mieux et avec lesquels j'ai eu une relation plus sentimentale. Mais je ne fais quand même pas une littérature de classe".

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mercredi 6 janvier 2021

"Sa dernière chance" (Armel Job)

          


L'écrivain et académicien belge Armel Job (72 ans) a répondu aux questions de "Plus Magazine" :

"Où nous emmenez-vous dans "Sa dernière chance"  ?

- L'action se passe principalement à Verviers et à Liège.

- Liège où vous avez fait vos études de philologie classique, la ville de Simenon :  on ressent chez vous une attirance pour cette ville ?

- J'ai passé toute mon enfance à la campagne, puis j'ai été interne au séminaire de Bastogne. Un internat est plutôt une sorte de no man's land. La première ville que j'ai connue, c'est Liège quand je suis arrivé à l'université. Après six ans d'enfermement à Bastogne, pour ainsi dire, j'étais rendu à la liberté. J'habitais en Outremeuse. J'aimais bien l'odeur de la ville, on sentait le coke des aciéries à l'époque, les bateaux sur le fleuve, la gouaille populaire, les vendeurs de crème glacée en tripoteur, les marchants ambulants qui criaient en wallon. Et j'aimais la vie intellectuelle de l'université, le challenge que représentaient des études ardues, qui rendaient la vie plus piquante. Je me souviens des matins pleins de fraîcheur où, l'estomac noué, je partais pour une journée de sept ou huit examens à la file. Dès que je reviens à Liège, ces impressions de jeunesse et de liberté me reviennent à l'esprit.

- Vous vivez dans un village ardennais, proche des forêts et d'une rivière :  est-ce source d'inspiration ?

- J'y trouve la tranquilité nécessaire à mon travail. Quand je suis en panne dans l'écriture, je vais me promener en forêt. Je ne pense à rien, je marche et curieusement, les idées accourent toutes seules. Mais je ne cherche pas à fourrer la nature dans mes romans. Je suis plus intéressé par les humains que par le décor.

- Comment vous préparez-vous à l'écriture d'un roman ?

- Pour commencer un roman, j'ai seulement besoin d'une idée d'histoire. Je ne m'informe en route que sur des points techniques très particuliers. Si je tue quelqu'un dans l'histoire, je demande à un médecin légiste l'état du cadavre quand on va le découvrir. Je ne vais pas sur les lieux. Au besoin, je consulte Google Street. J'ai étudié la documentation seulement pour "Dans la gueule de la bête" qui traite du sort des juifs à Liège pendant la guerre car je devais respecter les événements historiques et pour "Loin des mosquées" à propos des mariages arrangés dans la communauté turque.

- Ecrire :  pour vous, est-ce loisir, plaisir, contrainte ?

- Travail essentiellement, parfois douleur, heureusement aussi joie de la découverte. Tout ce qui vaut la peine demande de la peine.

- Vous publiez un roman par an. Vous imposez-vous un horaire quotidien ?

- J'écris tous les jours de 8h à midi, et de 16h30 à 18h45, heure à laquelle je bois une bière avec ma femme.

- Depuis peu, vous êtes membre de l'Académie Royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique. Est-ce une consécration, une place officiellement reconnue dans le monde des écrivains ?

- Le sentiment le plus important pour moi dans cette désignation a été la surprise la plus totale qu'elle m'a causée. Jamais il ne me serait venu à l'esprit de briguer un siège à l'Académie. Je me suis toujours tenu à l'écart de l'intelligentsia littéraire. Quand on m'en a informé, j'ai d'abord pensé que c'était une blague. Il y a à l'Académie des gens très brillants. Je ne sais ce que certains m'ont trouvé, mais ils étaient en nombre suffisant pour m'adouber. J'en reste étonné".

La suite de cette interview se trouve dans "Plus Magazine"...

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mercredi 4 mars 2020

"La disparue de l'île Monsin" (Armel Job)

Afficher l’image sourceL'auteur belge Armel Job sort un nouveau roman :  "La disparue de l'île Monsin", paru aux éditions Robert Laffont. Il s'est inspiré d'un fait divers liégeois survenu il y a quelques années le long de la Meuse au niveau du pont barrage de l'île Monsin.

A l'occasion de la sortie de ce nouveau livre, Armel Job a répondu aux questions des quotidiens du groupe Sud Presse :

"C'est ce fait divers qui a inspiré votre histoire?
- Oui. A l'époque, qui remonte quand même à quelques années, j'avais été très ému par ces événements. J'avais gardé des coupures de journaux, pris des notes, et j'avais bien l'intention de les utiliser un jour. J'ai fait un essai mais je ne pouvais pas écrire, il y avait encore trop d'émotion. J'ai renoncé, écrit un ou deux romans, et récemment, j'ai repris cette histoire. Mais le fait divers n'est pas omniprésent dans le roman. Il n'est que sous-jacent, un repère vers lequel on se dirige petit à petit.

- La couverture laisse penser que le drame sera beaucoup plus présent?
- C'est un choix de mon éditrice et je n'étais absolument pas d'accord!  J'avais demandé qu'on ne mentionne pas le fait divers :  pour moi, ce n'était pas l'élément important. En même temps, c'est une pro et elle a peut-être eu raison. Elle a beaucoup insisté!  Pour le lecteur, qui a lu la quatrième de couverture, le fait divers restera sous-jacent, pas plus mal. Il ne découvrira son importance que plus tard.

- Le thème de la disparition n'est pas neuf chez vous?
- Une fois fini, j'ai eu l'impression que ce livre clôturait une trilogie. J'avais déjà traité deux fois de la disparition. Une fois celle d'un tout petit enfant de 13 mois ("Tu ne jugeras point"), puis celle d'une ado de 15 ans ("En son absence"), et cette fois une personne adulte. Le thème me plaît :  à partir du moment où quelqu'un sort du champ, on se demande ce qui s'est passé et pour quelles raisons.

- Et où puisez-vous votre inspiration?
- Cela peut partir d'un fait divers, mais c'est aussi ce que je vois autour de moi. Cela peut être une rencontre, des souvenirs. En tout cas, il y a toujours un questionnement. Et je vais essayer de me mettre dans la peau de mes personnages. Ici, une femme qui vient déclarer à un policier la disparition de sa fille adulte. Comment est-ce que ce policier vit ça? Que pense-t-il? Et elle, que ressent-elle? C'est ça qui est passionnant à imaginer…

- Les ados sont souvent présents dans vos romans. Ici aussi. C'est un âge de la vie particulier, selon vous?
- C'est une catégorie que j'aime beaucoup :   ils vont seulement entrer dans la vie et se posent beaucoup de questions, plus existentielles qu'à d'autres moments. Une fois qu'on est lancé dans la vie, on a son boulot, ses préoccupations. Qu'est-ce que la vie?  Le sens de la vie?  Ce sont des questions qui s'estompent par la suite. Un adolescent, lui, ne se demande pas comment il va gagner un maximum de fric".

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mercredi 27 mars 2019

"Une drôle de fille" (Armel Job)

                                 Afficher l’image source

A l'occasion de la sortie de son nouveau roman "Une drôle de fille",  l'auteur belge Armel Job a répondu aux questions des journaux du groupe L'Avenir :

"Votre histoire débute dans une famille quasi idéale. Tout paraît simple et soudain tout se complique...
- J'adopte un peu le vieux principe de Simenon. Mon histoire se déroule chez des gens ordinaires et soudain, un événement extraordinaire va provoquer de la passion, des choses enfouies vont refaire surface. Chez Simenon, cet événement extraordinaire est tragique, souvent un meurtre. Le paradoxe, dans "Une drôle de fille", c'est que cet événement, c'est juste une jeune fille qui est l'innocence même. Mais cette présence anodine va être le grain de sable dans l'engrenage. Et ça va détruire toute une famille. 

- Mais le mal était déjà dans le fruit?
- Je pense que la tranquilité d'une société repose toujours, d'une certaine manière, sur le silence concernant certains éléments ou événements. Tous, dans notre vie, il nous est arrivé de dire "on va écraser, on n'en parle plus". Mais parfois, certaines circonstances font que des "cadavres" qu'on avait mis sagement dans le placard ressuscitent.

- Sans dévoiler le fond de l'histoire, c'est aussi le harcèlement féminin qui est abordé?
- Mon histoire se déroule à la fin des années 50 mais trouve son origine durant la guerre. J'y traite du problème du harcèlement et je pense qu'il n'a pas évolué. Aujourd'hui, simplement, les femmes réagissent d'une façon plus déterminée. Surtout depuis qu'existent des mouvements comme MeToo et autres. Avant, on taisait beaucoup de choses mais les problèmes étaient vraiment les mêmes. C'est vraiment au centre de mon roman. Gilda, la mère, voit en Josée, la jeune fille qu'elle a été. Elle a peur et s'interroge :  que va-t-il se passer?

- Puis vient la rumeur qui va faire basculer les choses?
- De nos jours, on appellerait ça des fake news. C'est vraiment ce que nous vivons aujourd'hui. Une masse silencieuse veut exercer un contrôle social sur les autres. Dans la petite ville, tout est lisse jusqu'à l'arrivée de Josée, mais lorsque des problèmes surviennent, on se souvient que Gilda n'était finalement qu'une petite servante avant d'épouser Ruben. Les vieux griefs ressurgissent...

- Vous terminez votre roman par un post-scriptum écrit en 2018 : c'était nécessaire?
- Ce n'est pas la première fois que je le fais, mais ici, c'était important de le faire. Il était intéressant de rappeler le destin de chaque personnage. Parce que ça montre que Josée, personnage central du roman, disparaît complètement. Personne ne sait ce qu'elle est devenue. Elle n'a finalement aucune importance, et c'est cette indifférence qui me touchait". 

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mercredi 11 avril 2018

"Une femme que j'aimais" (Armel Job)

L'écrivain belge Armel Job vient de sortir un nouveau roman :  "Une femme que j'aimais", publié par les éditions Robert Laffont. L'histoire se passe au milieu des années 90 à Charleroi. Alors qu'elle attend son neveu Claude à qui elle veut révéler un secret, Adrienne meurt brutalement en tombant dans sa cuisine. Accident ou meurtre? Claude décide de découvrir ce qu'elle voulait lui révéler...

Armel Job a répondu aux questions du groupe Vers l'Avenir :

"De Claude ou d'Adrienne, quel est le personnage principal de votre histoire?
- C'est bien sûr Adrienne. Claude, c'est le substitut de l'auteur qui se pose bien des questions sur Adrienne. Mais il est vrai que le lecteur apprend petit à petit à connaître Claude. Plus son enquête piétine ou emprunte des fausses pistes, plus lui-même se découvre et se livre. C'est souvent en s'intéressant à une autre personne qu'on découvre des choses en nous-mêmes.

- L'histoire d'Adrienne vous a été inspirée par un fait réel?
- Oui, en partie. C'est une lectrice qui m'en a donné l'idée. Une dame qui m'a raconté sa propre histoire. Elle était née sous X et ignorait qui étaient son père et sa mère qui lui avaient donné la vie. Et cette histoire était d'autant plus touchante que cette dame a découvert la vérité très tard (elle avait alors près de 68 ans). Ca m'a vraiment ému. Et je crois que quand on écrit un roman, on doit être touché par l'histoire que l'on raconte. Tout cela m'a donné envie d'écrire un récit autour d'une naissance mystérieuse.

- Adrienne est un personnage complexe, comme vous les aimez?
- Oui. Elle a un côté charmant et mystérieux face à son neveu. Elle le fascine aussi. Elle vit seule dans une grande maison, est assez secrète. Mais plus tard et petit à petit, on découvre son histoire et elle est comme toute vie humaine... Adrienne est émouvante dans sa passion de jeunesse sacralisée par la mort de l'homme qu'elle aimait, puis il y a toutes les retombées. Ses remords qui l'empêchent d'aimer même ses enfants. Elle passe toute sa vie à côté des autres. Il y a alors beaucoup d'égoïsme en elle et elle finit par faire énormément de tort autour d'elle.

- Jusqu'à l'arrivée de Claude?
- Je pense qu'elle a beaucoup aimé Claude. Elle a trouvé en lui un homme attentif à ce qu'elle était. Quelqu'un qui n'avait aucune ambition sexuelle vis-à-vis d'elle, qui ne portait pas un regard d'homme sur elle, mais celui d'un être humain sur un autre être humain.

- Claude le naïf?
- C'est vrai. C'est quelqu'un qui porte un regard sur les choses sans a priori, assez naïvement mais aussi sans se prendre au sérieux. Il a une grande qualité : son ouverture d'esprit. Il est prêt à accepter de remettre sans cesse en cause son interprétation de l'histoire tout en se moquant des élucubrations qu'il a lui-même échafaudées. Il représente l'humanité commune. Nous échafaudons sans cesse des théories sur les gens qui nous entourent. Mais Claude continue à chercher. En ce sens, il est le romancier parfait. C'est ce que devrait faire tout romancier :  refuser les explications stéréotypées et aller au bout de ses investigations. Nous nous contentons trop vite de banales explications.

- Vous donnez l'impression de n'être pas maître à bord de votre roman?
- Disons que je n'ai pas d'idée préconçue sur la façon dont l'histoire va se dérouler. Des personnages apparaissent, me poussent parfois à écrire des histoires secondaires. Et même me donnent souvent des idées que je développe dans d'autres romans!". 

mercredi 15 mars 2017

"En son absence" (Armel Job)

Dans son dernier roman intitulé "En son absence",  l'écrivain belge Armel Job évoque les réactions d'une petite communauté confrontée à une disparition inexpliquée. En 2005, dans un petit village des Ardennes belges, Bénédicte (15 ans) n'est pas montée dans le bus qu'elle prend chaque jour, et n'est jamais arrivée à l'école. Comme la plupart de ses romans, "En son absence" se déroule en vase clos dans un petit village où les langues se délient, où l'ami d'hier est le suspect de demain.

Armel Job a confié à la presse :   "Je n'ai pas eu l'impression d'écrire un polar, du moins pas au sens strict. Mais on peut utiliser la technique du polar pour pousser le lecteur à se plonger plus facilement dans la description des êtres humains. Cependant, contrairement à un "vrai" roman policier, l'enquête, ici, est totalement secondaire.

Les disparitions d'adolescents sont assez courantes. Le début de mon histoire fait d'ailleurs clairement penser à une affaire récente et dramatique qui s'est déroulée dans la région d'Arlon. Et l'attention des gens est alors très centrée sur le sort du ou de la disparu(e). Mais il me semble que très souvent, on oublie ce qu'il y a derrière. Des gens qui attendent, morts d'angoisse. Des parents qui doivent renouveler leurs relations avec leurs proches, montrer ce qu'ils ont au fond d'eux-mêmes. C'est çà qui m'intéressait plutôt que la disparition et l'enquête qu'elle entraîne.

J'évite de me laisser emporter par la documentation. J'ai simplement cherché quelques renseignements concernant la procédure judiciaire. J'ai essayé de reconstituer des moments dramatiques par la fiction, dans une démarche d'empathie vis-à-vis de ces affaires qui m'ont touché. Je travaille simplement comme un romancier, pas un journaliste. Sans dévoiler la fin, ce roman, c'est aussi la rencontre de deux mondes différents. Celui des adultes, des parents, un monde marqué par toutes les affaires de disparitions et celui des jeunes qui quittent un jour le nid familial. J'évoque beaucoup la filiation. Les relations père-fille, je connais car j'en ai trois. Mais les jeunes ne vivent pas cette relation de la même façon. Ils s'en vont. Il y a une rupture entre deux générations".

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mercredi 20 juillet 2016

Confidences d'Armel Job

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A l'occasion de la sortie de son 20ème livre, l'auteur belge Armel Job s'est confié à la revue "Le Carnet et les Instants".

Sur son début de carrière littéraire :  "J'ai commencé à écrire en vue de la publication relativement tard puisque je ne suis publié que depuis 1995. J'avais 47 ans. Jusqu'alors, la plume me démangeait, mais je n'avais jamais pensé qu'un jour, je pourrais être édité. Comme professeur, j'avais l'impression d'être productif dans la sphère des idées, de la création, de l'écrit. Comme directeur, quelque chose me manquait et, dès lors, j'ai tenté ma chance chez des éditeurs. Je ne me suis pas mis à écrire tout à coup à 40 ans, j'avais déjà une passion pour l'écriture, mais quand j'ai entamé "La reine des Spagnes", c'était avec le projet de présenter le manuscrit à un éditeur. Denys Pryen, le directeur des éditions L'Harmattan, était séduit par les références au monde rural wallon, il y trouvait une touche originale. Mon travail lui évoquait son enfance".

Sur l'Ardenne au centre de son oeuvre :   "C'est une drôle de question ; on la pose rarement à un auteur français qui situe ses livres à Paris. Ce choix est simplement lié au fait que je suis un auteur belge qui vit en Ardenne. Je trouve naturel de situer mes romans dans des lieux que je connais le moins mal. Cette question est peut-être typiquement belge car très longtemps, nos auteurs ont répugné à situer l'action de leurs livres en Belgique, comme si elle n'était pas digne d'accueillir leur narration, avec la crainte d'être catalogués comme auteurs régionalistes. Du fait que nous utilisons la langue du voisin, il y a comme une gêne ou une pudeur à situer nos romans en Belgique. A une époque pas si lointaine, nos auteurs pensaient devoir s'établir à Paris pour connaître le succès. Pour moi, la notion d'auteur belge n'a pas d'importance. Je suis né, je vis et j'écris en Belgique. C'est ma réalité. Au Québec, il n'y a pas cette espèce de gêne qu'ont les Belges vis-à-vis de leur pays. Ils n'hésitent pas à introduire des expressions typiquement québécoises dans leurs livres. Lors d'un entretien sur Radio Canada, l'animateur a montré un intérêt pour ce reflet que mes romans offrent de la Belgique. Et jamais mon éditeur français ne m'a demandé que mes livres se passent ailleurs qu'en Belgique. Au contraire, cela l'intéresse que je parle de la réalité belge. La littérature belge, cela devrait être la littérature qui se passe en Belgique".

Sur ses études et sa carrière d'enseignant des langues anciennes :   "J'ai suivi des études classiques parce qu'elles étaient plus conformes à mes goûts littéraires, et classiques car plus scientifiques. L'influence se marque à deux niveaux :  comme romancier, j'utilise une méthode philologique, l'étude des textes en allant au-delà de leurs apparences, car ces textes appartiennent à un monde éloigné de nous, ce qui nous oblige à une interprétation. Le romancier que je suis adopte une approche similaire. Ensuite, du point de vue de la langue, être obligé de traduire le génie d'une autre langue dans sa propre langue apporte énormément à l'écriture, tant sur le fond que sur la forme. Pendant des années, je me suis creusé la cervelle pour rendre de la haute littérature classique en français, par exemple la brièveté des effets littéraires de Tacite. Chaque année, je m'astreignais à traduire de nouveaux textes avec mes élèves".

Sur le monde rural :  "Plus que rural, le contexte de mes livres est provincial, évoque le monde des petites villes ou des gros villages de province. Je suis intéressé par cet univers car on peut y délimiter plus facilement un microcosme qui se prête mieux à l'observation. Une unité de lieu sur une société délimitée permet plus facilement de l'ausculter sous le microscope, de la disséquer. Encore  une fois, j'essaie d'écrire sur ce que je connais le moins mal. Je ne suis pas un homme de la ville. Je me méfie un peu des intellectuels dans un roman car ils risquent d'y introduire un débat d'idées qui ne concerne qu'une infime partie des lecteurs. Si le romancier observe la société, ce qui est son rôle pour moi, il doit se pencher sur les gens ordinaires qui sont majoritaires. Une tendance des écrivains est d'évoquer leur monde, le microcosme auquel ils appartiennent, avec leurs problèmes spécifiques. Je préfère observer le monde des gens simples, souvent négligé, qui mérite pourtant de figurer en littérature comme n'importe quel autre".

Romans historiques? :  "Non. Je n'écris pas de roman historique comme a pu le faire Alexandre Dumas. Je ne veux pas que le lecteur ait des personnages célèbres comme références. Dans mes romans, l'Histoire est un décor et j'essaie d'aller voir comment des êtres particuliers vont se situer et réagir par rapport à des circonstances historiques. Ainsi, dans "Le conseiller du Roi", je m'intéresse principalement à la vie du personnage central, ses relations avec sa femme, avec sa maîtresse. Quand l'Histoire me sert de référent, je veille néanmoins à ce que les événements soient véridiques. En écrivant "Dans la gueule de la bête", je me suis focalisé sur ces trous de l'Histoire, par le biais de personnages fictifs, pour en reconstituer l'épaisseur humaine. Celle-ci n'a pas de place dans les études historiques, car c'est une science qui ne s'embarrasse pas des individualités".

Sur son dernier livre, "Histoires pas très catholiques" :   "J'ai écrit pas mal de nouvelles dont la plupart sont déjà parues en revues ou en ouvrages collectifs. Celles de ce recueil se situent évidemment en Ardennes et ont toutes un lien avec la religion catholique. Après les avoir un peu retravaillées, j'ai également fait en sorte qu'au moins un personnage croisé dans une nouvelle se retrouve dans une autre.  Je viens d'une époque marquée par une éducation religieuse, rigide, et je suis resté très intéressé par les questions religieuses et éthiques. J'ai écrit une pièce de théâtre intitulée "Le concile de Jérusalem", qui relate la rencontre entre Paul, Pierre et Jacques, le frère du Christ. Elle vient d'être montée par Jean-Claude Idée au Théâtre du Gai Savoir à Liège, à celui de la place des Martyrs à Bruxelles et au Théâtre 14 à Paris. Je voulais montrer des gens vraiment modernes, avec des dialogues musclés".

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mercredi 6 juillet 2016

Sommaire de la revue "Le Carnet et les Instants" (n°191)

"Le Carnet et les Instants" est une revue trimestrielle gratuite que vous pouvez obtenir sur simple demande auprès du Service de Promotion des Lettes de la Fédération Wallonie-Bruxelles (carnet.instants@cfwb.be ou secretariat.promolettres@cfwb.be). C'est Nausicaa Dewez qui en est la rédactrice en chef. Elle est complémentaire de leur site Internet le-carnet-et-les-instants.net

Sommaire du n°191 de la revue "Le Carnet les Instants" (juillet-août-septembre 2016) :

- Editorial "Ecrivain, ce métier" par Nausicaa Dewez

- Dossier "Aperçu du polar belge francophone contemporain"

- Hommage à Liliane Wouters, décédée en février dernier

- Rencontre avec Armel Job à l'occasion de la sortie de son 20ème livre

- Rencontre avec l'artiste et auteur Aurélie William Levaux

- Présentation des Prix littéraires 2016 de la Fédération Wallonie-Bruxelles

- Découverte des rencontre culino-littéraires du "Gout des Lettres" à Néthen

- Interview du scénariste et illustrateur Stibane (alias Luc Van Linthout)

- Présentation du PILEn (Partenariat Interprofessionnel du Livre et de l'Edition numérique)

- Hommage à l'écrivain Marcel Thiry à l'occasion du 100ème anniversaire du corps expéditionnaire belge dont il fit partie


jeudi 23 juin 2016

La littérature belge francophone en classe

En prévision d'un prochain congrès de la Fédération Internationale des Professeurs de Français, une centaine de professeurs ont répondu à un questionnaire (95 professeurs du secondaire supérieur, 12 professeurs du secondaire inférieur, 10 professeurs de l'enseignement supérieur).

Ces enseignant distinguent des auteurs belges liés au "patrimoine" et des auteurs belges de la littérature contemporaine. La frontière n'est cependant pas nette : certains estiment que c'est après la deuxième guerre mondiale, d'autres jusqu'aux années 1980, tandis que des professeurs estiment que la littérature contemporaine englobe des oeuvres du milieu du XXème siècle quand elle relève de la littérature de genre (comme "L'assassin habite au 21" de Stanislas-André Steeman et "Malpertuis" de Jean Ray).

Qui sont les auteurs belges que ces professeurs font lire à leurs élèves?  Parmi les auteurs belges liés au "patrimoine",  Maurice Maeterlinck et Georges Rodenbach se détachent très nettement (tous deux cités 30 fois), suivis par Charles De Coster (cité 14 fois), Emile Verhaeren (cité 13 fois), Camille Lemonnier (cité 12 fois), Marie Gevers (cité 9 fois), Michel De Ghelderode (cité 9 fois), Madeleine Bourdouxhe (cité 8 fois), René Baillon (cité 8 fois) et Jean Ray (cité 7 fois).  Parmi les auteurs belges de la littérature contemporaine,  c'est Armel Job et Amélie Nothomb qui sont les plus lus (tous deux cités 21 fois), suivis par Nicolas Ancion (16 fois), Georges Simenon (cité 13 fois), Thomas Gunzig (cité 12 fois), Jacqueline Harpman (citée 11 fois), Henry Bauchau (cité 8 fois), André-Marcel Adamek (cité 8 fois), les auteurs du Prix des Lycéens (cités 7 fois), Barbara Abel (citée 7 fois).

Jean-Louis Dufays enseigne la littérature à l'UCL et explique les trois plus-values à la lecture d'auteurs belges :

"D'abord, la proximité. Il y a plus de chances que les élèves s'intéressent à la lecture d'une oeuvre si les décors dans lesquels évoluent les personnages, la réalité décrite appartiennent à leur environnement culturel. Ensuite, cela contribue à construire le lien social et culturel. Même si la Belgique, contrairement à la France, peine à se construire une spécificité culturelle, et même si les classes sont de plus en plus multiculturelles, la lecture d'auteurs belges aide à s'interroger sur ce qui fait l'identité des habitants de ce pays, qu'ils soient de souche ou non. Enfin, il y a le côté pratique : les auteurs belges contemporains sont accessibles. Les enseignants peuvent inviter en classe la littérature qui se crée, donner aux jeunes l'occasion de questionner les écrivains, les illustrateurs sur leur pratique. Ils peuvent aussi les emmener voir les créations de ces artistes. Quand on assiste à un spectacle, quand on rencontre un écrivain, il y a une incitation à participer de manière active à la culture d'aujourd'hui, voire à en devenir un acteur, en écrivant, en chantant, en montant sur scène".

Où les professeurs de français recherchent-ils des informations sur la littérature belge?  Ils consultent avant tout la presse écrite ("Le Soir" et "La Libre Belgique"), la radio (La Première) et la télévision (l'émission "Livres à domicile"). Apparaissent ensuite les discussions entre collègues, la revue "Le Carnet et les Instants" (qu'on peut recevoir gratuitement sur simple demande auprès du Service de Promotion des Lettres de la Fédération Wallonie-Bruxelles), les réseaux sociaux et les blogs littéraires, ainsi que le Prix des Lycéens.

Propriété de la Fédération Wallonie-Bruxelles, la collection Espace Nord (www.espacenord.com) rassemble plus de trois cent titres du patrimoine littéraire francophone belge. Ses atouts? Format de poche, prix accessible, dossier pédagogique (renseignements sur la vie de l'auteur, genèse du texte, cadre spatio-temporel, personnages, style, etc.).

Rappelons que les textes légaux n'imposent pas l'étude des auteurs belges en formation initiale. Les enseignants qui les abordent, le font par choix et par goût personnels. Chez les plus petits, plus de 5.000 enfants de 3 à 13 ans ont participé à "La petite fureur", prolongeant la lecture de livres de chez nous par une création. Il y a aussi le projet "Ecrivains en classe" qui permet d'accueillir un auteur ou un illustrateur en classe (du fondamental au supérieur) avec leurs déplacements défrayés.

Si vous êtes enseignant, n'hésitez pas dans les commentaires à nous faire part de vos expériences, suggestions et remarques !



mercredi 30 mars 2016

"Et je serai toujours avec toi" (Armel Job)

                                                  couverture


Présentation du roman :
Un soir de 1995, Branko, victime d'une panne de voiture, frappe à la porte de la maison de Teresa dans nos Ardennes. Cette jolie veuve d'origine polonaise, fervente catholique, vit avec ses deux fils Tadeusz et André. Branko est un réfugié croate, et s'impose vite comme une aide précieuse pour Tadeusz qui a repris en main la brasserie familiale. Teresa est persuadée que cet homme lui est envoyé par Dieu par son défunt époux pour les aider. Mais un crime est commis, Branko est soupçonné et arrêté, et il apparaît qu'il a commis bien pire lors de la guerre en ex-Yougoslavie...


Confidences de l'auteur :
"Je pense qu'un des rôles du roman, c'est de poser des questions. C'est ce que je fais ici, entre autres sur la notion de justice. Une notion qui prête à interprétation et qui, dès lors, mérite d'être analysée. Ce qui m'a toujours frappé, c'est qu'il y a vraiment deux poids, deux mesures. Si je suis un petit gangster minable qui se fait arrêter, je n'échappe pas à la justice. Mais si je massacre des gens pendant une guerre, il y a très peu de chance, finalement, que je sois condamné. Un tribunal comme La Haye, et comme d'autres auparavant, c'est le gros poisson qui les intéresse. Il faut que la société sache qu'en fait, beaucoup de crimes restent impunis. On peut pardonner mais pas effacer un crime, même Dieu ne peut le faire. Mais je pense que pardonner, c'est donner par-delà. Permettre à un être humain de se rétablir. Teresa ne peut pas dire "Je ferme les yeux" à Branko ; ce serait l'empêcher de renouer avec son humanité. Même le prêtre à qui se confie Branko ne prononce pas le mot "pardon". Il le "délie" de ses pêchés. Une façon d'inciter Branko à continuer à vivre, à regagner peut-être sa dignité. Vous savez, je n'ai rien inventé. Mon roman explore le même thème que "Crime et châtiment" de Dostoïevski. Et la réponse aussi est la même : il vaut mieux assumer".


Cliquez ci-dessous sur "Job Armel" pour retrouver mes autres articles sur cet écrivain belge.

mercredi 4 mars 2015

Dossier pédagogique de "Le conseiller du Roi" d'Armel Job

s                                                            Le conseiller du roi | Espace Nord


La collection Espace Nord
La collection Espace Nord rassemble plus de 300 titres du patrimoine littéraire belge francophone. Elle offre un catalogue d'auteurs remarquables et veille à la ré-édition d'œuvres indisponibles. Caractérisée par son format de poche, son prix accessible et la présence de dossiers pédagogiques, la collection Espace Nord est une référence auprès du monde scolaire et du public depuis trente ans. Son comité de lecture se compose de spécialistes reconnus de la littérature belge francophone, comme Christian Libens et Jean-Luc Outers. Elle est propriété de la Fédération Wallonie-Bruxelles et est géré par Les Impressions Nouvelles. Plus d'infos :  www.espacenord.com


Les dossiers pédagogiques d'Espace Nord
Que contiennent-ils?   Des analyses d'un titre ou d'un aspect (courants, thèmes, personnages, etc.) de la collection Espace Nord, avec résumé, contexte de rédaction, biographie, proposition de séquence de cours, prolongements, enrichis de matériaux iconographiques et documentaires soigneusement choisis par les Archives du Musée de la Littérature. Ces dossiers pédagogiques sont disponibles en version HTML, téléchargeables gratuitement aux formats PDF et EPUB. Bref, un outil clair et attractif d'une vingtaine de pages, un appui direct au travail du professeur pour faciliter l'apprentissage de la littérature belge.


Un exemple concret : le dossier pédagogique de "Le conseiller du Roi" de l'auteur belge Armel Job (ce dossier a été réalisé par Charlotte Van Asbroeck)


Biographie d'Armel Job
Armel Job est un auteur belge contemporain. Né le 24 juin 1948 à Heyd au sud de Liège, il passe toute sa vie à la campagne, ce qui marquera son écriture. Après des études secondaires, Armel ira au Petit Séminaire de Bastogne où il poursuivra des études classiques dans un cadre catholique. Au cours de ces années déjà, Armel s'intéresse à la culture (piano, théâtre, lecture, etc.). Il termine ensuite quatre ans de philologie classique à Liège et est engagé comme professeur de latin et de grec au Séminaire de Bastogne. Après 23 ans d'enseignement, il devient, en 1993, le directeur de cet établissement belge réputé.


En 2010, il décide de se consacrer entièrement à son métier d'écrivain et quitte l'enseignement. Il vit aujourd'hui dans la campagne belge avec sa femme et leurs trois filles. En 1995, alors qu'il est encore directeur, il publie son premier roman, "La Reine des Spagnes", aux éditions L'Harmattan. Avec "La femme manquée" en 2000, aux éditions Robert Laffont, il fait son entrée sur la grande scène et gagne pas moins de trois prix littéraires. Il publiera ensuite 15 romans et recevra de nombreux prix. Son dernier roman, "Dans la gueule de la bête", est paru en 2014 chez Robert Laffont.


Résumé du livre
Le conseiller du Roi, Henry Gansberg Van der Noot, se tord la cheville durant une partie de chasse. Son infirmière sera Aline, celle qui deviendra par la suite sa maîtresse et portera son enfant. Ainsi commence l'histoire que nous raconte Armel Job : celle du conseiller du Roi mise en parallèle avec celle du Roi lui-même.


A la fin de la deuxième guerre mondiale se pose la question du retour du roi Léopold III en Belgique. En effet, son mariage avec Lilian Baels déplaît au peuple. Henry est là pour l'aider à gérer la situation. Pour cela, il travaille à Bruxelles où vivent sa femme et ses enfants. Lui, la majeure partie du temps, vit à Barzée dans les Ardennes. C'est là qu'il reçoit en secret des personnages importants et qu'il vit son histoire d'amour avec Aline.


Une histoire d'amour entachée par des insultes à l'encontre de sa maîtresse, fille du village qui sort de sa condition en fréquentant un homme de haut rang. Fâché et blessé, le conseiller cherchera le responsable de ces insultes. De là s'ensuivront la mort d'un homme, Lambert, une enquête menée par plusieurs personnages, de nombreux secrets et de nombreuses révélations. Au fil de l'histoire, les personnages révèlent au lecteur et à leurs pairs toute une série de secrets. En voici quelques-uns.


Premièrement, le conseiller a tué Lambert alors qu'il traversait sa propriété. Son corps a été transporté dans les bois par Grosjean, le père d'Aline, et Julien. Rosa, la gouvernante, se doute de quelque chose. Ses soupçons en amèneront d'autres ainsi que certaines vérités.


Deuxièmement, le fils d'Aline est en réalité celui de Lambert dont elle était amoureuse. Il est l'auteur des mots d'insultes, fâché qu'Aline lui préfère le conseiller. Il n'est donc pas antiléopoldiste comme le pensait le conseiller.

Enfin, l'histoire se termine par deux morts :  celle du conseiller et celle du député Lahaut. Le conseiller, lors d'une partie de chasse, est abattu. La mort semble accidentelle aux yeux des personnages, mais le lecteur attentif aura compris que le procureur, le général et le sénateur auront préféré se débarrasser discrètement de ce témoin gênant qui refusait leur plan. Plan dont la mort de Lahaut faisait partie : celle-ci devait en effet créer le trouble nécessaire au retour du roi Léopold sur le trône.


Les différents personnages
Henry Gansberg Van der Noot (le conseiller du Roi), Aline (la maîtresse du conseiller), Martha (la femme du conseiller), Jeannette (la réceptionniste), Grosjean (le père d'Aline et de Roger), Julien (le jardinier), Rosa (la gouvernante et femme de Julien), Marianne (fille de Nicole, amoureuse de Lambert), Lambert Renard (le commis d'imprimerie, amoureux d'Aline qui lui préfère Henry), Césarine (la sage femme) et...Lilian Baels (le personnage historique).


Lilian Baels est la seconde épouse du roi Léopold III. Bien que le lecteur ne sache rien d'elle et qu'elle ne prenne jamais la parole dans le roman, Lilian est un personnage important puisque c'est son mariage avec le Roi qui causera, entre autres, la Question Royale dont on parle dans le roman. Armel Job l'utilise également pour expliquer la situation d'incompréhension et de rejet que vit Aline. En effet, tout au long du roman, des parallèles sont tissés entre les deux femmes. Toutes deux "volent" l'homme d'une autre :  Lilian vole le Roi à Astrid, reine très populaire, morte dans un accident de voiture ; tandis qu'Aline profite de la séparation du conseiller et de sa femme Martha. De plus, ces deux femmes accèdent à un rang social qui n'est pas le leur. Enfin, même physiquement, une ressemblance semble se dessiner entre elles.


La Belgique
Tout le roman se déroule en Belgique :  à Barzée, à Bruxelles et à Ostende principalement. Le lecteur aimera reconnaître des noms de lieux et ainsi se représenter les déplacements des personnages. La Belgique est également présente sur le plan historique puisque c'est son Histoire qui sert de prétexte à celle d'Armel Job. L'auteur semble se plaire à dresser le portrait d'une Belgique résolument contemporaine. L'actualité semble en effet nous faire de l'œil lorsque le conseiller dit :  "La politique, c'est précisément d'éviter le champ de bataille. Nous avons obtenu un compromis. Ce pays tout entier est l'incarnation même du compromis". Ou encore losque le sénateur assènera au conseiller :  "Combien de gouvernements entre les deux guerres? A peine sorti d'une crise, on s'embourbe dans la suivante. Il faut que çà cesse, Gansberg".


A suivre sur www.espacenord.com ...

mercredi 25 février 2015

La Foire du Livre de Bruxelles

La Foire du Livre de Bruxelles se tiendra du 26 février au 2 mars 2015 sur le site de Tour et Taxis. Vous trouverez le programme complet et toutes les infos pratiques sur www.flb.be


J'attire juste votre attention sur les séances de dédicaces de quelques auteurs belges dont j'ai déjà parlé sur ce blog  :


- Frank ANDRIAT le dimanche à 14h sur le stand 312


- Jean-Baptiste BARONIAN le samedi à 15h sur le stand 100


- Alain BERENBOOM le vendredi à 18h sur le stand 414, le samedi à 16h sur le stand 300 et à 18h sur le stand 318, le dimanche à 12h sur le stand 211, à 14h sur le stand 300 et à 16h sur le stand 318


- Daniel CHARNEUX le samedi à 11h sur le stand 227 et à 14h sur le stand 235, le lundi à 14h sur le stand 227


- Xavier DEUTSCH le samedi à 14h sur le stand 235 et à 15h sur le stand 313, le dimanche à 10h sur le stand 138 et à 11h sur le stand 110


- Vincent ENGEL le dimanche à 14h sur le stand 136 et à 15h sur le stand 100


- Françoise HOUDART le samedi à 14h sur le stand 227 et le lundi à 11h sur le stand 227


- Armel JOB le samedi à 13h sur le stand 417 et à 16h sur le stand 235


- Françoise LALANDE le vendredi à 19h sur le stand 227, le dimanche à 13h sur le stand 227 et à 14h sur le stand 235, le lundi à 15h sur le stand 227


- Stefan LIBERSKI le samedi à 16h sur le stand 103 et le dimanche à 14h sur le stand 103


- Françoise LISON-LEROY le vendredi à 18h sur le stand 237 et le samedi à 17h sur le stand 237


- Amélie NOTHOMB le samedi à 14h sur le stand 100 et le dimanche à 14h sur le stand 100


- Colette NYS-MAZURE le vendredi à 19h sur le stand 312


- Françoise PIRART le samedi à 11h sur le stand 227 et le dimanche à 16h sur le stand 227


- Dimitri VERHULST le dimanche à 16h et à 18h sur le stand 312


- Evelyne WILWERTH le jeudi à 15h sur le stand 228 et à 18h sur le stand 214, le vendredi à 15h sur le stand 228, le samedi à 15h sur le stand 228 et le dimanche à 17h sur le stand 214

vendredi 14 mars 2014

"Dans la gueule de la bête" (Armel Job)

                                   
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Hannah est une petite fille aimée de ses parents, vive et joyeuse. Elle vit à Liège, où la famille s'est installée, à la recherche de travail et fuyant la peste qui gangrène l'Europe dans les années 30. Quand la guerre éclate, les rafles commencent, Hannah devient Annette et, dans l'orphelinat où elle est placée, elle ne voit plus que ses parents épisodiquement et doit faire comme s'ils étaient de lointains parents. Mais que comprend-elle au drame qui se joue, aux trahisons, au jeu de dupes des adultes et à ce monde devenu fou? Armel Job reconstruit le décor de l'Occupation et nous incite à nous poser cette question : et moi, qu'aurais-je fait?

A l'occasion de la sortie de ce livre, il s'est confié à la journaliste Isabelle Monnart pour "La Dernière Heure" :

"Pour que je me mette à écrire, il faut que quelque chose me touche. Ce livre n'est en rien un cri d'alerte, une sonnette d'arlarme. Mais en étudiant cette époque, on s'aperçoit qu'il y a des choses assez troublantes par rapport à aujourd'hui. Par exemple, tous ces gens qui ont traqué les Juifs, qui les ont arrêtés, n'avaient aucune idée de ce qui allait arriver à ces personnes. On pensait qu'ils seraient renvoyés d'où ils venaient. La plupart étaient arrivés après les années 30 parce qu'on avait besoin d'eux, parce qu'il y avait du travail. Quand les difficultés se sont présentées, on leur a dit qu'on n'avait plus besoin d'eux. Le climat n'était pas spécialement antisémite, mais il y avait un racisme latent envers ceux qu'on appelait les métèques. C'était un des aspects qui m'intéressaient dans ce livre : comment la situation des Juifs avait été perçue par la population.

- Faut-il être plus préparé et plus armé (sans mauvais jeu de mots) pour écrire un livre sur un sujet comme celui-là?
- Oui, je pense. Il faut être très documenté et, en même temps, faire un travail de romancier. Ce n'est pas un roman historique. Ce qui m'intéressait, c'était de rendre vie à ces gens. Près de 70 ans nous séparent de cette guerre, la plupart des témoins ont disparu ou vont disparaître. Ce moment de l'histoire devient véritablement l'Histoire. On va rationnaliser tout çà, schématiser, en faire une page dans un livre, mais derrière tout cela, il y a des vies. Et c'est là que le romancier est essentiel.

- Pourquoi?
- Parce qu'il peut mettre le doigt sur la situation de ces personnes angoissées, mortes de peur. Mettre le doigt sur ceux qui appartenaient à la Résistance, qui n'étaient pas des héros, qui étaient des gens ordinaires, qui ont du courage mais aussi des faiblesses. Dans mon roman, il y a des délations, des gens qui fléchissent. Trop souvent, on schématise, mais la réalité était drôlement plus complexe. Quand on se replonge dans cette période, on se pose forcément cette question : et moi, qu'aurai-je fait?

- Vous avez construit ce livre presque comme un thriller parce qu'on se demande qui va trahir, qui manigance quoi?
- Je n'ai pas voulu être machiavélique. Il y a une part de technique parce que quand on écrit, on espère quand même capter l'intérêt du lecteur. J'avais le souci de maintenir un certain suspense, mais j'ai çà en moi, parce que j'hésite beaucoup et surtout je regarde vivre mes personnages.

- Vous disiez que ce sujet résonnait en vous. Quelque chose vous lie particulièrement à ce pan de l'histoire?
- Non. Mais si vous parlez avec un Liégeois d'aujourd'hui, si vous lui dites qu'on a traqué des Juifs dans sa ville, il ne vous croira pas. J'ai été étudiant à Liège dans les années 60 et jamais personne n'a fait allusion à çà. J'ai habité dans un quartier où il y avait plein de Juifs pendant la guerre, je parlais avec les commerçants qui avaient connu cette époque. Je pense que les Liégeois peuvent être fiers de leur attitude pendant ces années, ils ont refusé d'aider l'occupant. Quand les gens ont constaté les rafles, ils ont vraiment été solidaires. On a sauvé 80% des enfants et 67% des adultes. C'est énorme, même si tous les morts sont des morts de trop".

Armel Job, "Dans la gueule de la bête", éditions Robert Laffont.

samedi 8 février 2014

Armel Job à la Foire du Livre de Bruxelles

                                                                  Armel Job

Armel Job sera en séance de dédicaces à la Foire du Livre de Bruxelles le samedi 22 février 2014 de 11h30 à 16h. J'ai lu un de ses romans, "Helena Vannek".

"Helena Vanek" (éditions Memor)
Né en 1948, l'écrivain belge Armel Job a effectué sa carrière dans l'enseignement et a commencé à être publié en 1995. Son roman "Helena Vannek" a obtenu le Prix Rossel des Jeunes 2002, le Grand Prix Littéraire France/Wallonie-Bruxelles 2002 et le Prix des Lycéens 2003.

Dans la  première partie, Helena Vannek ("une accidentée de la vie"  selon Armel Job) nous raconte sa jeunesse dans un village de Flandre, peu de temps avant la deuxième guerre mondiale. Après le décès de leur mère, Helena, son frère Tobie et sa sœur Mieke restent avec leur père Théo, un marchand de chevaux de trait discret, autoritaire et respecté. Helena est institutrice. Afin de distraire son fils qui ne parvient pas à faire le deuil de sa maman, Théo engage Guido, un mystérieux apprenti n'aimant pas parler de sa famille et de son passé. Les deux jeunes hommes deviennent vite inséparables. Helena nous raconte son amour pour Guido et nous montre l'influence des Jeunesses Hitlériennes dans notre pays à cette époque. Suite à l'accident de Tobie dont il se sent responsable, Guido quitte la famille Vannek et rejoint le port d'Anvers, où il souhaite être engagé sur un bateau. Helena l'accompagne et tente en vain de l'en dissuader. Une lettre de Guido laissée à Théo, remplie de sous-entendus ambigus, fait croire à la jeune femme que Guido est le fils caché de son père et est amoureux d'elle...

La deuxième partie de ce roman a été écrite, trente ans plus tard à Liège, par Raoul, le fils d'Helena Vannek. Après le décès de sa mère, il est bouleversé par le récit autobiographique qu'elle avait confié à son médecin et que nous avons pu lire dans la première partie. Raoul découvre l'histoire de sa famille maternelle :    "Je ressassai les révélations du cahier L'Ecolier. J'avais maintenant un oncle Tobie mort avant que j'en ai appris l'existence, un autre Guido encore en vie peut-être. Ma tante Mieke, dont mes sœurs et moi nous étions promis de rechercher l'adresse, m'apparaissait si vivante, si séduisante, malgré l'animosité de ma mère, que j'en avais presque un faible pour elle. Mis à part ses funérailles en Flandre, je n'avais pratiquement aucun souvenir de mon grand-père Théo ; et voilà qu'il surgissait d'entre les morts sous le masque hiératique d'un patriarche redoutable. Evidemment, ma mère, surtout, me fascinait : l'exaltation à fleur de peau, donnant tête baissée dans la fatalité. Elle n'avait pas épousé l'homme qu'elle aimait mais mon père".

Afin de connaître toute la vérité, Raoul rencontre sa tante Mieke au Canada. Les rebondissements inattendus se multiplient et rendent la fin du roman passionnnante. En écho à la dernière phrase du récit d'Helena ("A quoi bon se fatiguer à retenir une vie inutile?"), Raoul écrit :   "La tristesse absurde de son existence entière me submergea (...) Sa vie, faute d'être heureuse, aurait été tragique, ce qui laissait grandeur et beauté".  Au terme de ce roman très bien rédigé, je garderai d'Helena Vannek le souvenir d'une vie gâchée par les ambiguïtés d'une lettre.

mercredi 27 novembre 2013

Prix des Lycéens 2013

Lancé il y a 20 ans, le Prix des Lycéens bénéficie aujourd'hui de la participation de 2.500 élèves de l'enseignement secondaire supérieur de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Pendant six mois, ils doivent lire 10 romans sélectionnés et apprennent à argumenter, affiner leurs choix et défendre leurs points de vue. Véritable plaidoyer pour la lecture auprès des jeunes, le Prix des Lycéens (organisé tous les deux ans) a également pour objectif de promouvoir des écrivains belges contemporains d'expression française, puisque cinq romans d'entre eux sont proposés à la lecture des jurés. Des fictions qui permettent à la jeune génération d'enrichir son éventail de lectures, de découvrir de nouveaux univers, de se confronter à des histoires nées chez nous.

Autre originalité du prix : celui-ci permet de rencontrer les écrivains de la présélection, de nouer un autre rapport avec la littérature. Ces animations sont organisées dans les classes, les bibliothèques ou les librairies. Les classes sont invitées à prolonger leurs lectures par diverses réalisations :  correspondances, poèmes, blogs de lectures, mises en scènes, interviews, peintures, bandes dessinées, etc.

Lauréats du Prix des Lycéens :
- 1993 :  "Choses qu'on dit la nuit entre deux villes" de Francis Dannemark
- 1995 :  "Le passeur de lumière" de Bernard Tirtiaux
- 1997 ;  "Le jeu du roman" de Louise L. Lambrichs
- 1999 :  "Antigone" de Henri Bauchau
- 2001 (ex-aequo) :  "Quatrième étage" de Nicolas Ancion et "Oubliez Adam Weinberger" de Vincent Engel
- 2003 :  "Helena Vannek" d'Armel Job
- 2005 (ex-aequo) :  "La grande nuit" d'André-Marcel Adamek et "La seconde vie d'Abram Potz" de Foulek Ringelheim
- 2007 :  "Pitié pour le mal" de Bernard Tirtiaux
- 2009 :  "Le journaliste français" de Tuyet-Nga Nguyen
- 2011 :  "Tu ne jugeras point" d'Armel Job
- 2013 :  "Les étoiles de l'aube" de Bernard Gheur

Bernard Gheur raconte cette aventure dans la dernière revue "Le Carnet et les Instants" :

"Ayant eu la chance d'être sélectionné parmi les cinq finalistes du Prix des Lycéens, j'ai accompli, durant plusieurs mois, une sorte de tournée des écoles secondaires aux quatre coins de la Belgique francophone :  Le Roeulx, Spa, Jodoigne, Châtelet, Châtelineau, Basècles, Péruwelz, Woluwe-Saint-Lambert, Ferrières, Embourg, Beloeil, Braine-l'Alleud, Verviers, Jumet, Gembloux, Lessines, Jambes, Waremme, Uccle, Arlon. Une vingtaine de professeurs m'ont invité à rencontrer leurs élèves. Enfin, lecture faite, 2.500 jeunes ont connu le délice d'élire leurs livres préférés.

Le 8 mai, une partie de cette jeune armée a convergé vers le Passage 44 à Bruxelles. Par bonheur, ce fut mon jour V. J'ai sous les yeux le travail de français d'une rhétoricienne. La couverture indique :  Mon journal de bord - Les étoiles de l'aube - Prix des Lycéens 2013 - Sarah - 6C. Le journal intime de cette jeune fille - manuscrit comme il se doit - est d'une nature singulière. Il s'agit d'un journal de lecture. A mesure que Sarah progresse dans la traversée de mon roman, elle note ses impressions. Selon les jours, elle se dit intriguée, désorientée ou captivée. Parfois elle ne me rate pas : "Trop de témoignages sur la guerre. Cela devient lassant!". Pour conclure, la jeune fille écrit :  "Ce livre 'a ouvert les yeux sur la vie qu'ont eue nos grands-parents et arrières-grands-parents". Pour l'auteur du roman, ce journal de bord, plein de sincérité, riche de sens critique, est un document très éclairant.

J'aurais dû tenir, de mon côté, un journal de mes pérégrinations. Tant de souvenirs intenses s'y rattachent. Rencontrer ses lecteurs et lectrices, les yeux dans les yeux, bavarder avec eux à cœur ouvert, être interrogé sur ses personnages comme s'ils étaient vivants. Quelle rare, quelle belle expérience! Les questions fusent. Pénétrantes. Les filles se mettent en évidence. Certains garçons restent cois. Je les comprends. Je voudrais leur confier qu'à leur âge, pour rien au monde, je n'aurais pris la parole dans ce genre de circonstance.

Et toutes ces enseignantes, si impliquées dans la réussite de l'aventure, si désireuses de susciter des moments magiques. Parmi les exercices proposés, inventer une fin différente pour "Les étoiles de l'aube". Alisson, Audrey et Marianne s'y collent. Leurs variantes ne manquent pas d'astuce romanesque ; elles sont en tout cas plus romantiques que mon épilogue. Quand je croisais les autres finalistes, et que nous échangions nos impressions, nous convenions que c'était, à chaque fois, un merveilleux bain de jouvence. Et un encouragement puissant à reprendre notre bâton d'écrivain, à nous hasarder sur le long chemin solitaire d'un nouveau roman".

samedi 9 mars 2013

Nouveau roman d'Armel Job


couverture  "Le bon coupable", le nouveau roman d'Armel Job, se passe dans un petit village entre Liège et les Ardennes en 1960. C'est dimanche, tout est calme, les femmes sont à la messe, les hommes sur les bords de la rivière, qui pêchent à la mouche. A la demande de sa maman, Clara remonte en courant la rue du Calvaire pour aller chercher son père dont l'atelier est situé de l'autre côté de la rue. Le conducteur, procureur du Roi, ne voit pas la gamine qu'il renverse avant de prendre la fuite. Morte. Quelques instants plus tard, un autre véhicule emprunte la rue du Calvaire. A son bord, un homme ivre qui, trois kilomètres plus loin, va finir sa course dans la rivière. Un coupable tout trouvé...   A l'occasion de la sortie de son nouveau roman, l'écrivain belge Armel Job a répondu aux questions du journal "La Dernière Heure" :

"Vous avez réussi à faire douter le lecteur jusqu'au dernier moment?
- Spontanément, je pense que le lecteur a envie que la justice soit établie, que la vérité éclate et que le bien l'emporte. Mais je pense qu'un happy end dans cette histoire tragique, çà ferait un très mauvais roman. Banal, apaisant. Alors que, pour moi, un livre doit interpeller le lecteur. Je suis très content quand on me dit qu'on n'est pas d'accord! Ca oblige à continuer de se poser des questions... Mais moi, le lecteur, si j'étais dans la situation de cet homme-là, qu'est-ce que j'aurais fait?

- La sous-question est : comment vivre avec çà sur la conscience?
- Le problème se pose d'une manière générale dans le roman. La question centrale est celle de la culpabilité et ce que l'on va faire de ce sentiment. Va-t-on s'appuyer sur ce sentiment pour combattre le mal qui est à notre portée ou est-ce qu'on va, une fois de plus, comme on le fait si souvent dans la vie, user de systèmes dilatoires et continuer à vivre avec des compromis?

- A des degrés divers et pour des raisons diverses, tous les personnages portent une certaine culpabilité : les parents, le frère, le procureur, sa maîtresse?
- Je crois que c'est le reflet de la vie. Qui peut dire qu'il traverse l'existence, tel un chevalier blanc, sans jamais contribuer au mal? Justement, dans un roman, c'est de montrer comment les gens sont véritablement.

- Cette histoire se déroule en 1960. Ca n'aurait pas pu se produire aujourd'hui?
- L'événement lui-même pourrait se passer aujourd'hui... Ce qui est intéressant dans ce procédé littéraire, c'est qu'on met les choses à distance. Les protagonistes sont morts, on sait que l'histoire est terminée et je peux l'examiner comme peut le faire le lecteur. On lui donne le panorama complet de ce qui s'est passé, avec les sentiments des gens et des protagonistes de l'affaire.

- La base de cette histoire, c'est un fait divers dont vous vous êtes souvenu, ou bien c'est purement un travail de romancier?
- Il n'y a pas de sujet totalement fictif... Je voulais écrire un sujet sur un délit de fuite, parce que c'est une situation intéressante pour un romancier : pourquoi une personne qui a commis un délit ne l'assume pas? Comment çà se fait? Et il se fait que quand j'étais enfant, une petite fille de ma famille a été écrasée et je me souviens de çà avec beaucoup d'émotion...

- A la fin de votre livre, vous remerciez un magistrat pour ses conseils sur la justice. En revanche, personne n'a pu vous dire ce qu'était le chagrin d'une mère qui perd son enfant. Et pourtant, c'est d'une justesse...
- Pour la justice elle-même, je voulais simplement savoir ce qui se passait pour ce genre d'événement : un juge d'instruction était-il nommé ou non? Je ne voulais pas commettre d'erreur. Mais ce qui se passe dans la tête du procureur du Roi, c'est moi qui l'imagine. Idem pour ce qui se passe dans la tête de la maman quand elle range la chambre de son enfant. C'est un mystère, même pour moi : je ne sais pas où je vais chercher ces émotions, si ce n'est que tous les êtres humains sont les mêmes. C'est sûr que ce n'est pas le genre de livre qu'on écrit dans un café au milieu du bruit. C'est plutôt après des heures de réflexion... Qu'est-ce que cette femme a pensé? Quand est-elle entrée dans la chambre de son enfant disparu? Qu'y a-t-elle vu? On essaie de l'imaginer... Si on fait ce travail de retour sur nous-même, on est tous capable de ressentir ce que les autres ressentent. Et c'est heureux parce que c'est ce qui fonde la commune humanité".

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samedi 2 mars 2013

43ème Foire du Livre de Bruxelles

La 43ème Foire du Livre de Bruxelles se tiendra du 7 au 11 mars 2013 sur le site de Tour&Taxis. Quelques chiffres :  17.500 m2, 925 auteurs, 1.030 éditeurs, 225 événements et 70.000 visiteurs l'an dernier. Il serait exhaustif de citer ici toutes les animations et séances de dédicaces (pour plus d'infos : www.flb.be), mais voici quelques écrivains belges dont je vous ai déjà parlé et qui seront présents à la Foire du Livre de Bruxelles :   Franck Andriat, Alain Berenboom, Francis Dannemark, Caroline De Mulder, Xavier Deutsch, François Emmanuel, Vincent Engel, Jacques Goyens, Armel Job, Stéphane Lambert, Amélie Nothomb, Colette Nys-Mazure, Dimitri Verhulst, David Van Reybrouck, etc. Bonne foire du livre à tous!

mardi 3 avril 2012

Nouveau roman d'Armel Job

"Loin des mosquées", le nouveau roman d'Armel Job, raconte l'histoire d'une famille turque dans nos Ardennes bien belges (l'an dernier, dans "Les eaux amères", c'est la communauté juive qui était à l'honneur). Armel Job a expliqué sa démarche à la journaliste Isabelle Monnart :

"Je ne suis pas du tout dans une démarche d'exotisme. Ce qui m'intéresse, c'est ce que je vois autour de moi. Je vis dans une petite ville des Ardennes où il y a des étrangers...comme dans les grandes villes. Nous nous croisons tous les jours. Quand je vais faire mes courses, je vois des femmes qui portent le voile, des hommes qui manifestement ne sont pas belges et je me pose des questions, tout simplement. Qui sont ces gens? Des étrangers? Non, ils sont là depuis très longtemps, souvent. J'ai été directeur d'école pendant de nombreuses années et j'accueillais ces enfants nés en Belgique. Ce sont nos enfants aussi. Nous sommes des gens civilisés, çà ne nous gêne pas mais en même temps, on les ignore. On ne veut pas les mettre à l'écart mais eux, c'est eux et nous, c'est nous. Et il n'y a pas véritablement de pont. Pourtant, ces gens, on pourrait à juste titre dire qu'ils sont notre prochain. Or, on les considère comme nos lointains. Il y a quelques années, j'ai été invité à un mariage turc. En quittant la fête, je discutais avec quelqu'un qui m'a dit qu'il s'agissait d'un mariage arrangé, mais pas forcé. La jeune femme, qui ne parlait pas du tout français, était arrivée d'Anatolie quelques jours plus tôt. Son mari, qui avait été un brillant élève, qui avait un excellent emploi, aurait certainement pu contracter une autre union mais non, il avait décidé de se marier conformément à la tradition. Qu'est-ce que le travail d'un romancier, finalement? De la réflexion sur la société, sur les gens qui vivent autour de moi : qui sont-ils? Comment vivent-ils? C'est un travail d'exploration".

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mercredi 30 novembre 2011

Les finalistes du prix Rossel 2011

Décerné depuis 1938, le Prix Rossel est la plus importante récompense que peut obtenir un auteur belge francophone (on le surnomme d'ailleurs souvent le "Goncourt belge"). Le jury est composé d'anciens lauréats (comme Pierre Mertens, Michel Lambert, Ariane Le Fort et Thomas Gunzig), de deux libraires représentant le Syndicat des libraires francophones de Belgique et de Jean-Claude Vantroyen, ancien chef du service Culture du journal "Le Soir". Le Prix Rossel des Jeunes existe depuis 2001 et son jury est composé de rhétoriciens issus d'écoles de la communauté française.

Les cinq nominés du Prix Rossel 2011 sont : "Les eaux amères" d'Armel Job (éditions Laffont), "La séduction des hommes tristes" de Françoise Lalande (éditions Luce Wilquin), "L'atelier de la chair" de Emmanuelle Pol (éditions Finitude), "Kosaburo 1945" de Nicole Roland (éditions Actes Sud) et "Si tu passes la rivière" de Geneviève Damas (éditions Luce Wilquin).

Les cinq nominés du Prix Rossel des Jeunes 2011 sont : "Karen et moi" de Nathalie Skowronek (éditions Arléa), "La reine Alice" de Lydia Flem (éditions Seuil), "Cheyenn" de François Emmanuel (éditions Seuil), "Si tu passes la rivière" de Geneviève Damas (éditions Luce Wilquin) et "Kosaburo 1945" de Nicole Roland (éditions Actes Sud).

Verdict le 7 décembre prochain...