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mercredi 27 mai 2015

La promotion des Lettres Belges...en Tchéquie et Slovaquie

La revue "Le Carnet et les Instants" (le-carnet-et-les-instants.net) a interviewé Veronika Kleplova qui coordonne différentes initiatives de promotion des Lettres Belges francophones en Tchéquie et Slovaquie :


"En quoi consiste votre travail auprès de la Délégation Wallonie-Bruxelles de Prague?
- Notre délégation a pour mission principale d'assurer le relais entre les autorités des pays concernés, d'assurer la présence de la Fédération Wallonie-Bruxelles dans le maximum de domaines qui relèvent de nos compétences, de mieux faire connaître la Belgique francophone aux populations de notre juridiction, et d'aider les Wallons et les Bruxellois à établir les contacts nécessaires à la réalisation de leurs projets. Depuis 2008, je suis chargé de mission, responsable plus particulièrement des affaires culturelles (ma collègue Patricia Krobova travaille, quant à elle, surtout pour l'enseignement) en Tchéquie et en Slovaquie. Je suis la personne de contact pour la scène culturelle dans différents domaines, notamment pour les organisateurs de festivals en tous genres. Ma tâche est de présenter l'événement qui nous est proposé à mes supérieurs à Bruxelles et de leur donner un avis basé sur mes connaissances de la situation locale.


- D'où vous vient votre intérêt pour la culture et la littérature belges?
- Des hasards de la vie... J'ai fait mes études à l'Institut de Théâtre à Prague (je suis marionnettiste de formation ; j'ai exercé ce métier pendant 20 ans). Donc on peut dire que je connais la scène culturelle tchèque, et en particulier la scène théâtrale.


- Quels événements et activités organisez-vous pour la diffusion de la littérature belge?
- Les initiatives sont nombreuses. Nous avons tout d'abord une bibliothèque dans notre bureau :  de la littérature belge francophone, des œuvres sur la politique, l'histoire, les sciences humaines, des bandes dessinées, etc. La bibliothèque est fréquentée surtout par des étudiants de l'Université Charles, où enseigne une lectrice belge (une autre lectrice est affectée à l'Université de Brno), et une des missions de ces lectrices est de promouvoir la littérature belge. La Délégation Wallonie-Bruxelles participe aussi à la Foire du Livre de Prague depuis sa création en 1994 et y occupe son propre stand. C'est Léo Beeckman, chargé de mission du Service de Promotion des Lettres, qui a assuré la présence des éditeurs belges francophones à cette occasion. Nous y avons accueilli plusieurs écrivains belges :  Thomas Gunzig, Nicolas Ancion et Werner Lambersy, entre autres. Depuis 2011, nous participons régulièrement au festival Nuit de la Littérature (nous avons successivement mis à l'honneur "Kuru" de Thomas Gunzig, "Le frère du pendu" de Marianne Sluszny, "La salle de bain" de Jean-Philippe Toussaint, et cette année nous présenterons "Back up" de Paul Colize). Nous participons aussi depuis plusieurs années aux Journées de la Francophonie. Dans le cadre de Plzen 2015 (capitale culturelle européenne avec Mons), nous participons au projet "Meeting Littérature". Nous avons mis à disposition une trentaine de livres belges qui sont, avec les livres des treize autres pays représentés, installés dans des cafés ou lieux culturels où le public plzenois peut les lire au cours de l'année. Nous collaborons avec les organisateurs du Prague Writers Festival qui a invité quelques auteurs belges avec notre soutien (ce fut le cas par exemple de Werner Lambersy). Nous avons soutenu le troisième numéro de la revue littéraire TVAR, consacrée à la littérature belge francophone (Patrick Roegiers, Georges Rodenbach, Paul Nougé, Patrick Declerck, p.ex.).


- Le public répond-il favorablement aux invitations et événements que vous mettez en place?
- Nous participons à des événements d'une grande renommée où le public est donc assuré et nombreux. Notre système d'invitations électroniques fonctionne bien, lui aussi.


- Quels sont les auteurs belges francophones qui rencontrent le plus de succès en Tchéquie?
- La Tchéquie n'est pas un pays très francophone... Les Tchèques connaissent Simenon, Maeterlinck, Ghelderode, Amélie Nothomb, Jean-Philippe Toussaint...mais souvent ces auteurs sont considérés comme français!  Tous ces écrivains sont traduits en tchèque, de même que Nicolas Ancion, Henry Bauchau, Thomas Gunzig, Werner Lambersy, Henry Michaux, André Schmitz, Marcel Thiry ou encore Marguerite Yourcenar.

mercredi 27 novembre 2013

Prix des Lycéens 2013

Lancé il y a 20 ans, le Prix des Lycéens bénéficie aujourd'hui de la participation de 2.500 élèves de l'enseignement secondaire supérieur de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Pendant six mois, ils doivent lire 10 romans sélectionnés et apprennent à argumenter, affiner leurs choix et défendre leurs points de vue. Véritable plaidoyer pour la lecture auprès des jeunes, le Prix des Lycéens (organisé tous les deux ans) a également pour objectif de promouvoir des écrivains belges contemporains d'expression française, puisque cinq romans d'entre eux sont proposés à la lecture des jurés. Des fictions qui permettent à la jeune génération d'enrichir son éventail de lectures, de découvrir de nouveaux univers, de se confronter à des histoires nées chez nous.

Autre originalité du prix : celui-ci permet de rencontrer les écrivains de la présélection, de nouer un autre rapport avec la littérature. Ces animations sont organisées dans les classes, les bibliothèques ou les librairies. Les classes sont invitées à prolonger leurs lectures par diverses réalisations :  correspondances, poèmes, blogs de lectures, mises en scènes, interviews, peintures, bandes dessinées, etc.

Lauréats du Prix des Lycéens :
- 1993 :  "Choses qu'on dit la nuit entre deux villes" de Francis Dannemark
- 1995 :  "Le passeur de lumière" de Bernard Tirtiaux
- 1997 ;  "Le jeu du roman" de Louise L. Lambrichs
- 1999 :  "Antigone" de Henri Bauchau
- 2001 (ex-aequo) :  "Quatrième étage" de Nicolas Ancion et "Oubliez Adam Weinberger" de Vincent Engel
- 2003 :  "Helena Vannek" d'Armel Job
- 2005 (ex-aequo) :  "La grande nuit" d'André-Marcel Adamek et "La seconde vie d'Abram Potz" de Foulek Ringelheim
- 2007 :  "Pitié pour le mal" de Bernard Tirtiaux
- 2009 :  "Le journaliste français" de Tuyet-Nga Nguyen
- 2011 :  "Tu ne jugeras point" d'Armel Job
- 2013 :  "Les étoiles de l'aube" de Bernard Gheur

Bernard Gheur raconte cette aventure dans la dernière revue "Le Carnet et les Instants" :

"Ayant eu la chance d'être sélectionné parmi les cinq finalistes du Prix des Lycéens, j'ai accompli, durant plusieurs mois, une sorte de tournée des écoles secondaires aux quatre coins de la Belgique francophone :  Le Roeulx, Spa, Jodoigne, Châtelet, Châtelineau, Basècles, Péruwelz, Woluwe-Saint-Lambert, Ferrières, Embourg, Beloeil, Braine-l'Alleud, Verviers, Jumet, Gembloux, Lessines, Jambes, Waremme, Uccle, Arlon. Une vingtaine de professeurs m'ont invité à rencontrer leurs élèves. Enfin, lecture faite, 2.500 jeunes ont connu le délice d'élire leurs livres préférés.

Le 8 mai, une partie de cette jeune armée a convergé vers le Passage 44 à Bruxelles. Par bonheur, ce fut mon jour V. J'ai sous les yeux le travail de français d'une rhétoricienne. La couverture indique :  Mon journal de bord - Les étoiles de l'aube - Prix des Lycéens 2013 - Sarah - 6C. Le journal intime de cette jeune fille - manuscrit comme il se doit - est d'une nature singulière. Il s'agit d'un journal de lecture. A mesure que Sarah progresse dans la traversée de mon roman, elle note ses impressions. Selon les jours, elle se dit intriguée, désorientée ou captivée. Parfois elle ne me rate pas : "Trop de témoignages sur la guerre. Cela devient lassant!". Pour conclure, la jeune fille écrit :  "Ce livre 'a ouvert les yeux sur la vie qu'ont eue nos grands-parents et arrières-grands-parents". Pour l'auteur du roman, ce journal de bord, plein de sincérité, riche de sens critique, est un document très éclairant.

J'aurais dû tenir, de mon côté, un journal de mes pérégrinations. Tant de souvenirs intenses s'y rattachent. Rencontrer ses lecteurs et lectrices, les yeux dans les yeux, bavarder avec eux à cœur ouvert, être interrogé sur ses personnages comme s'ils étaient vivants. Quelle rare, quelle belle expérience! Les questions fusent. Pénétrantes. Les filles se mettent en évidence. Certains garçons restent cois. Je les comprends. Je voudrais leur confier qu'à leur âge, pour rien au monde, je n'aurais pris la parole dans ce genre de circonstance.

Et toutes ces enseignantes, si impliquées dans la réussite de l'aventure, si désireuses de susciter des moments magiques. Parmi les exercices proposés, inventer une fin différente pour "Les étoiles de l'aube". Alisson, Audrey et Marianne s'y collent. Leurs variantes ne manquent pas d'astuce romanesque ; elles sont en tout cas plus romantiques que mon épilogue. Quand je croisais les autres finalistes, et que nous échangions nos impressions, nous convenions que c'était, à chaque fois, un merveilleux bain de jouvence. Et un encouragement puissant à reprendre notre bâton d'écrivain, à nous hasarder sur le long chemin solitaire d'un nouveau roman".