mardi 24 décembre 2013
jeudi 5 décembre 2013
"Vallotton, le soleil même la mort" (Colette Nys-Mazure)
A l'occasion de la sortie de "Vallotton, le Soleil ni la mort" inspiré du tableau "Le ballon" (1899) de Félix Vallotton, Colette Nys-Mazure a répondu à mes questions par mail :
"Comment est né ce projet?
- J'avais déjà écrit pour Dominique Tourte des éditions Invenit un ouvrage consacré au tableau du Pensionnaire de Saraceni : "Le reniement de Saint-Pierre", joyau du musée de la Chartreuse de Douai. Cet ouvrage étant épuisé, au lieu de le ré-éditer, il m'a demandé de travailler autour d'un tableau de Félix Vallotton à l'occasion de la rétrospective qui se tient actuellement au Grand Palais à Paris. Nous sommes tombés d'accord sur "Le ballon". Il m'a laissé carte blanche. Je me suis informée sur Vallotton, j'ai vu ses œuvres et lu son roman "La vie meurtrière". J'ai d'abord tout écrit en poésie, puis tout en prose. Et j'ai ensuite allié les deux en alternant.
- Pouvez-vous nous expliquer la signification du titre?
- Il est emprunté à une maxime du grand La Rochefoucauld du XVIIème siècle : "Le soleil ni la mort ne peuvent se regarder en face". J'y ai vu l'aire solaire du tableau mais aussi sa plus grande part d'ombre. J'ai entendu les échos entre cette œuvre et ma propre vie, notamment dans l'enfance.
- Ce n'est pas la première fois que la peinture est associée à vos livres (je pense notamment à "L'espace du pardon" et "Perdre pied"). Etes-vous une passionnée de peinture? Quels sont vos peintres préférés?
- Oui, j'ai consacré deux autres ouvrages encore à la peinture : "Célébration de la lecture" et "A nous deux!". J'aurais aimé être peintre mais je ne pouvais pratiquer peinture et écriture tout en élevant une famille, en enseignant, etc. Donc j'ai dû choisir, mais je compense en écrivant à partir de la peinture, en collaborant avec des artistes contemporains (préfaces, livres d'artistes). J'en aime tant et tant à toutes les époques et dans de nombreux pays! En vrac : Manet, Klee, Matisse, Bonnard, de La Tour, Soulage, Vieira da Silva, Zoran Music... Des Japonais et des Italiens, des anonymes d'hier et d'aujourd'hui... Aussi difficile que de choisir entre des poètes!
- J'ai lu que vous aviez eu un coup de cœur pour le jeune poète belge Antoine Wauters. Pouvez-vous nous en parler?
- Lors des lectures en vue de l'attribution du Prix de la Ville de Tournai, j'ai découvert avec émotion et émerveillement "Césarine de nuit". Un conte d'amour et de mort, de tendresse et de violence, puissamment poétique, qui plonge ses racines dans l'humus des grands mythes de l'humanité. L'écriture est fluide : elle coule de source et adopte une forme de poèmes en prose très cadrés. Les métaphores s'incisent en nos imaginaires et la musique ne nous quitte plus.
- Quels sont vos projets littéraires pour les prochains mois?
- J'ai plusieurs livres de poésies en préparation avec des artistes français et belges".
Cliquez ci-dessous sur "Nys-Mazure Colette" pour retrouver 18 autres articles qui lui sont consacrés.
mercredi 27 novembre 2013
Prix des Lycéens 2013
Lancé il y a 20 ans, le Prix des Lycéens bénéficie aujourd'hui de la participation de 2.500 élèves de l'enseignement secondaire supérieur de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Pendant six mois, ils doivent lire 10 romans sélectionnés et apprennent à argumenter, affiner leurs choix et défendre leurs points de vue. Véritable plaidoyer pour la lecture auprès des jeunes, le Prix des Lycéens (organisé tous les deux ans) a également pour objectif de promouvoir des écrivains belges contemporains d'expression française, puisque cinq romans d'entre eux sont proposés à la lecture des jurés. Des fictions qui permettent à la jeune génération d'enrichir son éventail de lectures, de découvrir de nouveaux univers, de se confronter à des histoires nées chez nous.
Autre originalité du prix : celui-ci permet de rencontrer les écrivains de la présélection, de nouer un autre rapport avec la littérature. Ces animations sont organisées dans les classes, les bibliothèques ou les librairies. Les classes sont invitées à prolonger leurs lectures par diverses réalisations : correspondances, poèmes, blogs de lectures, mises en scènes, interviews, peintures, bandes dessinées, etc.
Lauréats du Prix des Lycéens :
- 1993 : "Choses qu'on dit la nuit entre deux villes" de Francis Dannemark
- 1995 : "Le passeur de lumière" de Bernard Tirtiaux
- 1997 ; "Le jeu du roman" de Louise L. Lambrichs
- 1999 : "Antigone" de Henri Bauchau
- 2001 (ex-aequo) : "Quatrième étage" de Nicolas Ancion et "Oubliez Adam Weinberger" de Vincent Engel
- 2003 : "Helena Vannek" d'Armel Job
- 2005 (ex-aequo) : "La grande nuit" d'André-Marcel Adamek et "La seconde vie d'Abram Potz" de Foulek Ringelheim
- 2007 : "Pitié pour le mal" de Bernard Tirtiaux
- 2009 : "Le journaliste français" de Tuyet-Nga Nguyen
- 2011 : "Tu ne jugeras point" d'Armel Job
- 2013 : "Les étoiles de l'aube" de Bernard Gheur
Bernard Gheur raconte cette aventure dans la dernière revue "Le Carnet et les Instants" :
"Ayant eu la chance d'être sélectionné parmi les cinq finalistes du Prix des Lycéens, j'ai accompli, durant plusieurs mois, une sorte de tournée des écoles secondaires aux quatre coins de la Belgique francophone : Le Roeulx, Spa, Jodoigne, Châtelet, Châtelineau, Basècles, Péruwelz, Woluwe-Saint-Lambert, Ferrières, Embourg, Beloeil, Braine-l'Alleud, Verviers, Jumet, Gembloux, Lessines, Jambes, Waremme, Uccle, Arlon. Une vingtaine de professeurs m'ont invité à rencontrer leurs élèves. Enfin, lecture faite, 2.500 jeunes ont connu le délice d'élire leurs livres préférés.
Le 8 mai, une partie de cette jeune armée a convergé vers le Passage 44 à Bruxelles. Par bonheur, ce fut mon jour V. J'ai sous les yeux le travail de français d'une rhétoricienne. La couverture indique : Mon journal de bord - Les étoiles de l'aube - Prix des Lycéens 2013 - Sarah - 6C. Le journal intime de cette jeune fille - manuscrit comme il se doit - est d'une nature singulière. Il s'agit d'un journal de lecture. A mesure que Sarah progresse dans la traversée de mon roman, elle note ses impressions. Selon les jours, elle se dit intriguée, désorientée ou captivée. Parfois elle ne me rate pas : "Trop de témoignages sur la guerre. Cela devient lassant!". Pour conclure, la jeune fille écrit : "Ce livre 'a ouvert les yeux sur la vie qu'ont eue nos grands-parents et arrières-grands-parents". Pour l'auteur du roman, ce journal de bord, plein de sincérité, riche de sens critique, est un document très éclairant.
J'aurais dû tenir, de mon côté, un journal de mes pérégrinations. Tant de souvenirs intenses s'y rattachent. Rencontrer ses lecteurs et lectrices, les yeux dans les yeux, bavarder avec eux à cœur ouvert, être interrogé sur ses personnages comme s'ils étaient vivants. Quelle rare, quelle belle expérience! Les questions fusent. Pénétrantes. Les filles se mettent en évidence. Certains garçons restent cois. Je les comprends. Je voudrais leur confier qu'à leur âge, pour rien au monde, je n'aurais pris la parole dans ce genre de circonstance.
Et toutes ces enseignantes, si impliquées dans la réussite de l'aventure, si désireuses de susciter des moments magiques. Parmi les exercices proposés, inventer une fin différente pour "Les étoiles de l'aube". Alisson, Audrey et Marianne s'y collent. Leurs variantes ne manquent pas d'astuce romanesque ; elles sont en tout cas plus romantiques que mon épilogue. Quand je croisais les autres finalistes, et que nous échangions nos impressions, nous convenions que c'était, à chaque fois, un merveilleux bain de jouvence. Et un encouragement puissant à reprendre notre bâton d'écrivain, à nous hasarder sur le long chemin solitaire d'un nouveau roman".
Autre originalité du prix : celui-ci permet de rencontrer les écrivains de la présélection, de nouer un autre rapport avec la littérature. Ces animations sont organisées dans les classes, les bibliothèques ou les librairies. Les classes sont invitées à prolonger leurs lectures par diverses réalisations : correspondances, poèmes, blogs de lectures, mises en scènes, interviews, peintures, bandes dessinées, etc.
Lauréats du Prix des Lycéens :
- 1993 : "Choses qu'on dit la nuit entre deux villes" de Francis Dannemark
- 1995 : "Le passeur de lumière" de Bernard Tirtiaux
- 1997 ; "Le jeu du roman" de Louise L. Lambrichs
- 1999 : "Antigone" de Henri Bauchau
- 2001 (ex-aequo) : "Quatrième étage" de Nicolas Ancion et "Oubliez Adam Weinberger" de Vincent Engel
- 2003 : "Helena Vannek" d'Armel Job
- 2005 (ex-aequo) : "La grande nuit" d'André-Marcel Adamek et "La seconde vie d'Abram Potz" de Foulek Ringelheim
- 2007 : "Pitié pour le mal" de Bernard Tirtiaux
- 2009 : "Le journaliste français" de Tuyet-Nga Nguyen
- 2011 : "Tu ne jugeras point" d'Armel Job
- 2013 : "Les étoiles de l'aube" de Bernard Gheur
Bernard Gheur raconte cette aventure dans la dernière revue "Le Carnet et les Instants" :
"Ayant eu la chance d'être sélectionné parmi les cinq finalistes du Prix des Lycéens, j'ai accompli, durant plusieurs mois, une sorte de tournée des écoles secondaires aux quatre coins de la Belgique francophone : Le Roeulx, Spa, Jodoigne, Châtelet, Châtelineau, Basècles, Péruwelz, Woluwe-Saint-Lambert, Ferrières, Embourg, Beloeil, Braine-l'Alleud, Verviers, Jumet, Gembloux, Lessines, Jambes, Waremme, Uccle, Arlon. Une vingtaine de professeurs m'ont invité à rencontrer leurs élèves. Enfin, lecture faite, 2.500 jeunes ont connu le délice d'élire leurs livres préférés.
Le 8 mai, une partie de cette jeune armée a convergé vers le Passage 44 à Bruxelles. Par bonheur, ce fut mon jour V. J'ai sous les yeux le travail de français d'une rhétoricienne. La couverture indique : Mon journal de bord - Les étoiles de l'aube - Prix des Lycéens 2013 - Sarah - 6C. Le journal intime de cette jeune fille - manuscrit comme il se doit - est d'une nature singulière. Il s'agit d'un journal de lecture. A mesure que Sarah progresse dans la traversée de mon roman, elle note ses impressions. Selon les jours, elle se dit intriguée, désorientée ou captivée. Parfois elle ne me rate pas : "Trop de témoignages sur la guerre. Cela devient lassant!". Pour conclure, la jeune fille écrit : "Ce livre 'a ouvert les yeux sur la vie qu'ont eue nos grands-parents et arrières-grands-parents". Pour l'auteur du roman, ce journal de bord, plein de sincérité, riche de sens critique, est un document très éclairant.
J'aurais dû tenir, de mon côté, un journal de mes pérégrinations. Tant de souvenirs intenses s'y rattachent. Rencontrer ses lecteurs et lectrices, les yeux dans les yeux, bavarder avec eux à cœur ouvert, être interrogé sur ses personnages comme s'ils étaient vivants. Quelle rare, quelle belle expérience! Les questions fusent. Pénétrantes. Les filles se mettent en évidence. Certains garçons restent cois. Je les comprends. Je voudrais leur confier qu'à leur âge, pour rien au monde, je n'aurais pris la parole dans ce genre de circonstance.
Et toutes ces enseignantes, si impliquées dans la réussite de l'aventure, si désireuses de susciter des moments magiques. Parmi les exercices proposés, inventer une fin différente pour "Les étoiles de l'aube". Alisson, Audrey et Marianne s'y collent. Leurs variantes ne manquent pas d'astuce romanesque ; elles sont en tout cas plus romantiques que mon épilogue. Quand je croisais les autres finalistes, et que nous échangions nos impressions, nous convenions que c'était, à chaque fois, un merveilleux bain de jouvence. Et un encouragement puissant à reprendre notre bâton d'écrivain, à nous hasarder sur le long chemin solitaire d'un nouveau roman".
Libellés :
Ancion Nicolas
,
Bauchau Henri
,
Engel Vincent
,
Gheur Bernard
,
Job Armel
,
Tirtiaux Bernard
mardi 19 novembre 2013
Récompenses pour l'écrivain belge Antoine Wauters
Né à Liège en 1981, Antoine Wauters est philosophe de formation et co-éditeur de la revue "Langue Vive". Lauréat du Prix Pyramides 2008, il reçoit la même année le Prix Polak de l'Académie Royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique. Il a déjà publié "Os" (éditions Tétras-lyre), "La bouche en quatre" (éditions Le Coudrier), "Debout sur la langue" (éditions Maelströn), "Trois poètes belges" (éditions du Murmure), "Ali si on veut" (éditions Cheyne) et "Césarine de nuit" (éditions Cheyne).
La comédienne française Isabelle Nanty a eu un coup de cœur pour "Césarine de nuit" et l'a lu sur scène à plusieurs reprises, notamment à Bruxelles, Paris et Toulouse (voir photo ci-dessous). La poète Colette Nys-Mazure confie dans le dernier numéro de "Le Carnet et les Instants" : "Le jeune Belge Antoine Wauters et son conte "Césarine de nuit" est sans doute ma plus récente commotion poétique".
Cet automne, "Césarine de nuit" vient de recevoir deux récompenses littéraires :
- Prix Marcel Thiry 2013 (d'une valeur de 2.500 euros) remis par la Ville de Liège
- Prix littéraire triennal de la Ville de Tournai 2013 (d'une valeur de 7.500 euros).
Plus d'infos sur Antoine Wauters : http://antoinewauters.eklablog.com
Et pour le contacter : antoinewauters@gmail.com
mercredi 6 novembre 2013
Interview de Michelle Fourez
Née à Ath (province de Hainaut) en 1951, Michelle Fourez vient de sortir son septième roman, intitulé "Une famille", aux éditions Luce Wilquin. A cette occasion, elle a répondu aux questions de Michel Zumkir pour la revue "Le Carnet et les Instants" :
"Venez-vous, comme souvent vos héroïnes, du monde rural?
- J'ai grandi dans une famille de paysans d'un autre âge. Nous habitions une toute petite ferme, très inconfortable, sans eau courante, avec le fumier au milieu de la cour, la cave à charbon sous l'étable. Mes grands-parents vivaient avec nous. Nous étions entre deux époques, celle d'avant la mécanisation où l'on arrachait les pommes de terre et les betteraves à la main et celle de la surindustrialisation. J'ai gardé de cette enfance une image et des souvenirs fabuleux. J'avais un territoire de jeux immense : les jardins, des prairies où je pouvais courir jusque tout au bout, un étang qui n'était pas dangereux.
- Quand est arrivée la mécanisation dans votre ferme?
- Jusqu'à mes 10 ans, nous n'avions pas de tracteur. Puis les choses ont basculé, nous avons acheté des tas de machines qui faisaient les choses à notre place. Ce n'est pas que mes parents avaient décidé de changer leur façon de cultiver mais le monde agricole s'est mis à se modifier radicalement quelques années après la seconde guerre mondiale.
- Combien aviez-vous de frères et de sœurs?
- J'avais un frère qui m'a servi de modèle pour plusieurs de mes personnages. Très brillant, il s'est pourtant détruit. Je crois que je lui en veux de cela tout autant que j'en suis triste. Je me suis posé des milliers de questions sur le pourquoi des choses parce qu'il était le préféré de ma mère. Peut-être est-ce parce qu'il était le préféré qu'il est devenu ce qu'il était, un alcoolique très tôt. Parfois, je me dis que si j'avais vécu dans une autre famille, plus lisse, je ne serais pas devenue écrivain.
- Est-ce que votre famille ressemble à celle de votre dernier roman, une famille murée dans et par le silence?
- Oui, c'était comme cela, même si nous vivions dans la plainte, les hurlements. Mon grand-père paternel était très virulent, grossier, bouffeur de curé. Si cela gueulait, vitupérait, les choses importantes, essentielles, elles, ne se disaient pas. Très vite, je suis devenue solitaire. Je me réfugiais au pied des saules, au fond de la prairie, près de l'étang. Avant de commencer à écrire, j'ai parlé aux herbes, aux fleurs et aux arbres. J'avais les végétaux pour confidents. Je vivais dans l'absence de tendresse, sur le qui-vive, je leur racontais cela, comme je boitais dans mon cœur. Je leur disais : "je veux être heureuse, je suis heureuse". Je me suis construite comme une spectatrice d'un jeu auquel je ne voulais pas prendre part.
- La campagne est très présente dans vos livres, mais Bruxelles aussi. D'où vous vient cette attirance pour cette ville?
- Bruxelles sera toujours dans mon cœur et dans mes livres. Enfant, je n'en connaissais pas d'autres. J'y venais, avec ma mère, une fois l'an, au moment des fêtes. Nous mangions des pistolets que nous n'avions pas à la ferme. Nous allions à l'Innovation et voir les illuminations de la rue Neuve. C'est un des seuls bons souvenirs que j'ai avec ma mère. Pour moi, LA ville, c'est Bruxelles. Mais je ne pourrais pas y vivre. J'ai les pieds sur terre, il me faut de la terre, un jardin. Je ne peux pas imaginer vivre loin de là où j'ai grandi. Je suis de mon enfance avant tout.
- Quand avez-vous découvert la littérature?
- Très tôt, la littérature a pris une place dans ma vie. J'adorais la Comtesse de Ségur. Dès que j'ai su lire, j'ai demandé des livres à la Saint-Nicolas. Vers 6-7 ans, j'ai commencé d'aller à la bibliothèque de ma propre initiative. Sans le conseil de personne, je choisissais des livres. Plus tard, à l'école de la ville, une institutrice m'a prise en affection et, en cachette, me donnait des livres. Ensuite, je les ai achetés moi-même, pas beaucoup, mais quand même. Paradoxalement, si nous étions pauvres, nous avions beaucoup de journaux à la maison : "Le Courrier de l'Escaut", "Le Ligueur", "Le Sillon Belge", "L'Alliance Agricole" et "Femmes d'aujourd'hui".
- Venant de ce milieu populaire, d'où vous est venue l'idée d'étudier à l'université?
- Il n'y a pas de malheur sans bonheur comme on dit. Ma mère détestait plus que tout son métier de fermière, elle disait que même le diable n'aurait pas voulu le faire. Elle aurait souhaité être institutrice. Obligée de quitter l'école à 14 ans, elle regrettait très vivement de n'avoir pu étudier. Elle a fait en sorte que mon frère, de cinq ans mon aîné, aille à l'université. Comme il n'y a pas réussi et que ma mère voulait réussir par personne interposée, j'ai profité de l'aubaine. Je me suis inscrite à l'ULB. Je ne veux pas de médaille pour cela mais je suis la première fille du village à être entrée à l'université.
- Quand avez-vous commencé à écrire?
- A 13 ans, j'ai décidé d'écrire mon premier roman. J'ai dû rédiger trois pages! Je crois que cela s'appelait "Je suis heureuse de vivre", ou quelque chose comme cela. Et j'écrivais mon journal, tous les jours. Plus tard, à 30 ans, je me suis inscrite, j'ai envie de dire bêtement, à un atelier d'écriture à Tournai. Les participants appréciaient mes textes ; cela m'a encouragée. "Ferdinand", une nouvelle écrite à partir d'une photo, a été publiée dans le recueil "Saisons d'Escaut" aux éditions Unimuse, aux côtés de textes de Françoise Lison-Leroy, Michel Voiturier, Colette Nys-Mazure et Michèle Vilet. L'été suivant, à partir de cette nouvelle, j'ai écrit "Rue de l'Amourette", une sorte de saga familiale, que j'ai envoyée partout, notamment au Prix de la Ville de Mons. Dominique Rolin y était membre du jury. Elle l'a appréciée et l'a passée au comité de lecture de Gallimard. J'ai été reçue là-bas. Ils m'ont demandé si je n'avais rien d'autre. Je n'avais rien d'autre. J'ai traîné longtemps avec ce premier texte mais il n'a jamais été publié. Luce Wilquin, à qui je fais une totale confiance, l'a lu plus tard. Elle l'a trouvé inabouti.
- En vous lisant, on ne peut s'empêcher de penser que vos livres ont une origine autobiographique?
- Bien sûr, j'écris d'où je viens et je n'essaie pas de le cacher. Je suis dans une création kaléidoscopique. Je secoue des petites pierres de couleur et à chaque secouement, une autre image est formée. Certaines pierres sont plus grosses que d'autres. Mes proches savent l'origine de ces pierres, mais l'important, c'est que les autres, ceux qui ne me connaissent pas, trouvent sa cohérence au texte. On s'en fout de qui je suis, de ma vie privée. Marguerite Duras et Gabriel Garcia Marquez ont aussi fait leur œuvre à partir de leur vie, de leurs obsessions.
- Pourquoi vos héroïnes s'appellent souvent Françoise?
- C'est une espèce de clin d'œil qui dit : "Françoise, c'est moi, je viens de là". Mon grand-père, l'anticlérical, m'appelait "Mam'zèle Françouse", parce que je parlais français avec ma mère, parfois avec mon père, avec mes poupées et mon amie d'enfance quand elle venait à la maison. Quand il m'entendait parler français, il me lançait : "Mam'zèle Françouse, d'viseu comme on vos a appris". Il voulait dire que je devais parler en picard et non en français. Comme je passe de cet ancrage familial à mes romans, je ne pourrais le dire, je ne me vois presque jamais écrivant. Je peux juste vous dire que j'écris, à la main, sur la table de la cuisine ou celle de la terrasse quand il fait beau. Tout d'un coup, le livre est là. Je le tape alors à l'ordinateur, ce qui n'est pas mon fort, mais je le fais. Je n'ai pas conscience de ce qui se passe, c'est comme si cela venait de la lune. Je n'ai aucune intention derrière la tête, vous comprenez? C'est une mise à distance d'une douleur et d'une joie. Je ne trouve pas cela jouissif d'écrire. Ce le devient quand la page est écrite, quand je la lis".
"Venez-vous, comme souvent vos héroïnes, du monde rural?
- J'ai grandi dans une famille de paysans d'un autre âge. Nous habitions une toute petite ferme, très inconfortable, sans eau courante, avec le fumier au milieu de la cour, la cave à charbon sous l'étable. Mes grands-parents vivaient avec nous. Nous étions entre deux époques, celle d'avant la mécanisation où l'on arrachait les pommes de terre et les betteraves à la main et celle de la surindustrialisation. J'ai gardé de cette enfance une image et des souvenirs fabuleux. J'avais un territoire de jeux immense : les jardins, des prairies où je pouvais courir jusque tout au bout, un étang qui n'était pas dangereux.
- Quand est arrivée la mécanisation dans votre ferme?
- Jusqu'à mes 10 ans, nous n'avions pas de tracteur. Puis les choses ont basculé, nous avons acheté des tas de machines qui faisaient les choses à notre place. Ce n'est pas que mes parents avaient décidé de changer leur façon de cultiver mais le monde agricole s'est mis à se modifier radicalement quelques années après la seconde guerre mondiale.
- Combien aviez-vous de frères et de sœurs?
- J'avais un frère qui m'a servi de modèle pour plusieurs de mes personnages. Très brillant, il s'est pourtant détruit. Je crois que je lui en veux de cela tout autant que j'en suis triste. Je me suis posé des milliers de questions sur le pourquoi des choses parce qu'il était le préféré de ma mère. Peut-être est-ce parce qu'il était le préféré qu'il est devenu ce qu'il était, un alcoolique très tôt. Parfois, je me dis que si j'avais vécu dans une autre famille, plus lisse, je ne serais pas devenue écrivain.
- Est-ce que votre famille ressemble à celle de votre dernier roman, une famille murée dans et par le silence?
- Oui, c'était comme cela, même si nous vivions dans la plainte, les hurlements. Mon grand-père paternel était très virulent, grossier, bouffeur de curé. Si cela gueulait, vitupérait, les choses importantes, essentielles, elles, ne se disaient pas. Très vite, je suis devenue solitaire. Je me réfugiais au pied des saules, au fond de la prairie, près de l'étang. Avant de commencer à écrire, j'ai parlé aux herbes, aux fleurs et aux arbres. J'avais les végétaux pour confidents. Je vivais dans l'absence de tendresse, sur le qui-vive, je leur racontais cela, comme je boitais dans mon cœur. Je leur disais : "je veux être heureuse, je suis heureuse". Je me suis construite comme une spectatrice d'un jeu auquel je ne voulais pas prendre part.
- La campagne est très présente dans vos livres, mais Bruxelles aussi. D'où vous vient cette attirance pour cette ville?
- Bruxelles sera toujours dans mon cœur et dans mes livres. Enfant, je n'en connaissais pas d'autres. J'y venais, avec ma mère, une fois l'an, au moment des fêtes. Nous mangions des pistolets que nous n'avions pas à la ferme. Nous allions à l'Innovation et voir les illuminations de la rue Neuve. C'est un des seuls bons souvenirs que j'ai avec ma mère. Pour moi, LA ville, c'est Bruxelles. Mais je ne pourrais pas y vivre. J'ai les pieds sur terre, il me faut de la terre, un jardin. Je ne peux pas imaginer vivre loin de là où j'ai grandi. Je suis de mon enfance avant tout.
- Quand avez-vous découvert la littérature?
- Très tôt, la littérature a pris une place dans ma vie. J'adorais la Comtesse de Ségur. Dès que j'ai su lire, j'ai demandé des livres à la Saint-Nicolas. Vers 6-7 ans, j'ai commencé d'aller à la bibliothèque de ma propre initiative. Sans le conseil de personne, je choisissais des livres. Plus tard, à l'école de la ville, une institutrice m'a prise en affection et, en cachette, me donnait des livres. Ensuite, je les ai achetés moi-même, pas beaucoup, mais quand même. Paradoxalement, si nous étions pauvres, nous avions beaucoup de journaux à la maison : "Le Courrier de l'Escaut", "Le Ligueur", "Le Sillon Belge", "L'Alliance Agricole" et "Femmes d'aujourd'hui".
- Venant de ce milieu populaire, d'où vous est venue l'idée d'étudier à l'université?
- Il n'y a pas de malheur sans bonheur comme on dit. Ma mère détestait plus que tout son métier de fermière, elle disait que même le diable n'aurait pas voulu le faire. Elle aurait souhaité être institutrice. Obligée de quitter l'école à 14 ans, elle regrettait très vivement de n'avoir pu étudier. Elle a fait en sorte que mon frère, de cinq ans mon aîné, aille à l'université. Comme il n'y a pas réussi et que ma mère voulait réussir par personne interposée, j'ai profité de l'aubaine. Je me suis inscrite à l'ULB. Je ne veux pas de médaille pour cela mais je suis la première fille du village à être entrée à l'université.
- Quand avez-vous commencé à écrire?
- A 13 ans, j'ai décidé d'écrire mon premier roman. J'ai dû rédiger trois pages! Je crois que cela s'appelait "Je suis heureuse de vivre", ou quelque chose comme cela. Et j'écrivais mon journal, tous les jours. Plus tard, à 30 ans, je me suis inscrite, j'ai envie de dire bêtement, à un atelier d'écriture à Tournai. Les participants appréciaient mes textes ; cela m'a encouragée. "Ferdinand", une nouvelle écrite à partir d'une photo, a été publiée dans le recueil "Saisons d'Escaut" aux éditions Unimuse, aux côtés de textes de Françoise Lison-Leroy, Michel Voiturier, Colette Nys-Mazure et Michèle Vilet. L'été suivant, à partir de cette nouvelle, j'ai écrit "Rue de l'Amourette", une sorte de saga familiale, que j'ai envoyée partout, notamment au Prix de la Ville de Mons. Dominique Rolin y était membre du jury. Elle l'a appréciée et l'a passée au comité de lecture de Gallimard. J'ai été reçue là-bas. Ils m'ont demandé si je n'avais rien d'autre. Je n'avais rien d'autre. J'ai traîné longtemps avec ce premier texte mais il n'a jamais été publié. Luce Wilquin, à qui je fais une totale confiance, l'a lu plus tard. Elle l'a trouvé inabouti.
- En vous lisant, on ne peut s'empêcher de penser que vos livres ont une origine autobiographique?
- Bien sûr, j'écris d'où je viens et je n'essaie pas de le cacher. Je suis dans une création kaléidoscopique. Je secoue des petites pierres de couleur et à chaque secouement, une autre image est formée. Certaines pierres sont plus grosses que d'autres. Mes proches savent l'origine de ces pierres, mais l'important, c'est que les autres, ceux qui ne me connaissent pas, trouvent sa cohérence au texte. On s'en fout de qui je suis, de ma vie privée. Marguerite Duras et Gabriel Garcia Marquez ont aussi fait leur œuvre à partir de leur vie, de leurs obsessions.
- Pourquoi vos héroïnes s'appellent souvent Françoise?
- C'est une espèce de clin d'œil qui dit : "Françoise, c'est moi, je viens de là". Mon grand-père, l'anticlérical, m'appelait "Mam'zèle Françouse", parce que je parlais français avec ma mère, parfois avec mon père, avec mes poupées et mon amie d'enfance quand elle venait à la maison. Quand il m'entendait parler français, il me lançait : "Mam'zèle Françouse, d'viseu comme on vos a appris". Il voulait dire que je devais parler en picard et non en français. Comme je passe de cet ancrage familial à mes romans, je ne pourrais le dire, je ne me vois presque jamais écrivant. Je peux juste vous dire que j'écris, à la main, sur la table de la cuisine ou celle de la terrasse quand il fait beau. Tout d'un coup, le livre est là. Je le tape alors à l'ordinateur, ce qui n'est pas mon fort, mais je le fais. Je n'ai pas conscience de ce qui se passe, c'est comme si cela venait de la lune. Je n'ai aucune intention derrière la tête, vous comprenez? C'est une mise à distance d'une douleur et d'une joie. Je ne trouve pas cela jouissif d'écrire. Ce le devient quand la page est écrite, quand je la lis".
Libellés :
Editions Luce Wilquin
,
Fourez Michelle
vendredi 27 septembre 2013
"Les Ailes de l'espoir" (David Cockney / Pascal Comblez)
"Policier et écrivain, un mélange surprenant?
- Oui, mais je n'étais prédestiné à écrire. C'est arrivé par hasard. Ce n'est pas un rêve que je nourris depuis 20 ans. Je me suis lancé pour raconter la bataille de Mons parce que cette histoire m'a intrigué et que j'avais envie de la faire connaître pour que l'on n'oublie pas ce qui s'est passé.
- Pourquoi vous être lancé avec cette légende des anges de Mons?
- A la base, je ne connaissais pas l'histoire de la bataille de Mons. Un jour, je suis allé au musée militaire et j'ai vu la peinture "Les Anges de Mons" de Marcel Gillis. Je suis resté subjugué par cette peinture ; elle m'interpellait. J'ai discuté avec le responsable qui m'a expliqué qu'il avait rencontré un vétéran. Et cet homme lui a raconté la légende des anges de Mons. Il y croyait tellement qu'il ne fallait surtout pas dire que c'était une légende inventée. Pour lui, l'histoire était véridique! J'ai commencé à m'interroger :
qu'est-ce qui s'est vraiment passé? Je suis rentré, je me suis mis devant mon ordinateur et j'ai écrit.
- Vous décrivez votre livre comme une fiction romancée?
- Oui, je pars de faits réels. Je me suis beaucoup renseigné, j'ai lu, je me suis documenté, car je voulais que mon histoire se base sur la réalité. Après, j'étoffe le roman avec de la fiction, comme une histoire d'amour par exemple. J'ai mis quatre ans à l'écrire, j'ai tout fait de A à Z.
- Vous avez publié ce roman sous le nom de David Cockney. D'où vient ce pseudonyme?
- Il faut savoir que je suis un vrai fan de l'Angleterre et de Londres. Dans mon livre, il y a d'ailleurs beaucoup de références à Londres. Et il y a un quartier dans la ville qui s'appelle Cockney, avec son propre argot, sa propre façon d'être. J'adore ce quartier qui m'a inspiré. Et puis pourquoi David? Je ne sais pas, çà sonnait bien.
- Votre livre est sorti il y a cinq ans. Pourquoi avoir gardé l'anonymat jusqu'à aujourd'hui?
- Je ne voulais pas que l'on sache que c'était moi qui l'avais écrit. Je ne l'ai pas fait pour la gloire, je voulais rester humble et discret. Je l'ai seulement dit à ma famille et quelques amis proches, je ne voulais pas être connu du grand public.
- Et pourquoi vous révéler au grand jour maintenant?
- Je ne sais pas, je me suis réveillé un matin et j'avais envie de le dire. Comme je suis policier à Hornu, je voulais rester discret pour ne pas que l'on me retrouve. Mais maintenant, je ressens cette envie malgré tout de dire à tout le monde que ce livre est de moi. C'est un an avant toutes les commémorations des 100 ans du conflit 1914-1918. C'est peut-être le meilleur moment?
- Vous allez en rester là avec juste un seul livre?
- Non, je suis en train d'en écrire un autre et j'en prévois déjà un troisième. Trois thèmes me passionnent : l'histoire militaire, la fête de Noël et les combats. Ce sont des sujets qui m'inspirent. Et puis, je suis un passionné de cinéma. Je me suis lancé dans cette aventure en me disant que je pourrais adapter mon livre sur le grand écran. J'ai contacté l'une ou l'autre maison de production. Cela n'a rien donné pour l'instant mais je continue".
Pour commander ce livre : www.publibook.com/librairie/livre.php?isbn=9782748358162
dimanche 15 septembre 2013
Interview de l'écrivain belge Eric-Emmanuel Schmitt
A l'occasion de la sortie de son nouveau roman "Les perroquets de la place d'Arezzo" (du nom d'une place d'Uccle en région bruxelloise), Eric-Emmanuel Schmitt a répondu aux questions de la journaliste Marie-Béatrice Valentin pour les quotidiens du groupe Sud Presse :
"Un nouveau roman, la vie de plein de gens qui vivent place d'Arezzo. Pourquoi justement cette place?
- L'idée m'est venue comme une fulgurance quand j'ai découvert la place d'Arezzo. Il y a donc longtemps déjà que je pense à ce roman. Quand on se fie à ses oreilles, là, on a l'impression d'être au milieu de la jungle, on se croirait dans les tropiques. Mais du côté des yeux, c'est une place d'une ville du nord. Cela m'a amené à une réflexion sur la sexualité. D'un côté, on a des comportements très réglés, et de l'autre, une vie sexuelle intense. C'est la difficile cohabitation entre le corps et l'esprit. Cela dit, le week-end dernier, j'étais en France et en Suisse pour des interviews et, là-bas, les gens croient que j'ai inventé cette place. Ils ne peuvent pas croire qu'un tel endroit existe ici.
- Mais est-ce qu'on fait l'amour, place d'Arezzo, non?
- Comme partout! J'ai voulu faire une encyclopédie romanesque des relations amoureuses. Le point de départ, c'est une lettre anonyme qui est un message d'amour, que reçoivent les habitants de la place. Et on va voir la réaction de chacun à ce message d'amour.
- Vous parlez de romanesque. On ne peut pas parler plutôt d'encyclopédie sexuelle?
- Si, l'idée du livre, c'est de montrer plusieurs classes sociales et plusieurs sexualités qui coexistent, y compris d'ailleurs l'absence de sexualité. J'ai bien décrit mes contemporains.
- Quand vous vous promenez, vous imaginez ce qui se passe derrière les fenêtres?
- Il n'y a rien de plus romanesque qu'une fenêtre : c'est une invitation au voyage... On veut savoir ce qui se passe à l'intérieur, et jusque dans l'alcôve. C'est un support de rêverie. Etre romancier, c'est avoir un passeport pour franchir cette frontière et rentrer dans l'intimité de ces personnes. Dans l'intimité de leur âme et de leur corps, c'est l'enjeu de ce livre.
- Vous vous êtes inspiré de personnages réels pour écrire ce livre? Il y a un écrivain comme vous, un Zachary Bidermann, très DSK...
- Il y a effectivement un écrivain et je le suis également, mais si vous me posez d'autres questions sur la ressemblance entre lui et moi, je ne répondrai pas. Et il y a bien du DSK dans Zachary Bidermann, mais aussi d'autres personnages politiques qu'on ne connaît pas parce qu'ils n'ont pas été éclaboussés par des scandales. Il y a un rapport étrange entre politique et sexualité, et je m'amuse avec ce mythe moderne qu'est devenu DSK. Le personnage de Bidermann illustre ces gens pour qui la sexualité est décompressive.
- Vous vous êtes lancé dans la bande dessinée avec "Poussin 1er". Comment cela vous est venu?
- Depuis des années, j'écrivais des petits contes avec ce poussin qui arrive dans le monde et qui pose plein de questions. Mais je trouvais toujours qu'il lui manquait quelque chose et je me suis rendu compte que c'était le dessin. J'ai rencontré les gens de Dupuis qui ont été emballés. Ils m'ont montré le travail de 40 dessinateurs. J'ai tout de suite choisi Janry (Spirou et Le Petit Spirou), et on s'est mis au travail. Moi, j'ai dû découper le texte comme une bande dessinée. C'est une écriture complètement différente ; il faut réduire à l'essentiel.
- En plus de vos romans et de la bande dessinée, vous êtes directeur artistique du Théâtre Rive Gauche à Paris. Vous êtes très organisé pour mener tout cela de front?
- J'ai horreur de tout ce qui pourrait ressembler à de l'ordre. Mais quand j'écris un livre, je me lève tôt et, là, de 8h du matin à 9h du soir, j'écris".
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