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mercredi 20 mai 2020

"Zebraska" (Isabelle Bary)

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L'auteure belge Isabelle Bary a accordé une interview à l'hebdomadaire "Le Soir Mag" au sujet de son roman "Zebraska", paru aux éditions Luce Wilquin :

"Dans votre roman, vous évoquez tout l'univers des enfants à haut potentiel. Un beau sujet qui vous tient à cœur?
- Un univers magnifique. Je disais à mon fils, quand il était petit et trouvait difficilement sa place : "Regarde, tous les héros de livres sont à haut potentiel. Ils s'en prennent plein la figure mais ils finissent toujours par triompher par leur supplément d'âme".  Ce sont des êtres hypersensibles, qui se sentent souvent seuls, incompris, qui réfléchissent vite. Petit, Tim n'avait pas les mêmes centres d'intérêt que les autres enfants. Son langage approchait fort celui des adultes. Lors d'un test de logopédie, on l'a détecté à haut potentiel (je dis bien "détecté", pas "diagnostiqué"). J'ignorais ce que cela recouvrait, mais je voyais qu'il était rejeté, jamais invité aux anniversaires des autres. Il semblait bizarre...

- Vous voulez lever tous ces a priori?
- Les enfants à haut potentiel sont très attachants, mais ils ne sont pas perçus ainsi. Tim a envie d'être comme les autres, surtout à l'adolescence quand se fait sentir un besoin d'appartenance au groupe. Les parents doivent aussi démystifier ce côté différent, qui les fait parfois se sentir incapables à tort. Comme tous les parents, on a envie, mon mari et moi, que nos fils soient heureux. On est parfois désespéré. Tim est pour moi comme un enfant miroir. Il nous emmène dans sa détresse, un cercle vicieux dans lequel on ne doit pas entrer. Avec beaucoup d'amour, on y arrive.

- Le roman s'appelle "Zebraska" car on est "dans la peau d'un zèbre", un petit garçon atypique né avec une Formule 1 dans la tête : comment apprivoiser ce surdoué ?
- En fait, c'est un roman d'amour. Quand tout a été mis en place, je me suis dit que je voulais faire partager mon expérience aux autres. Et j'ai choisi le roman, et non pas un récit sous forme de témoignage. Le roman a un pouvoir que les autres livres (les essais, les ouvrages de psychologie ou de développement personnel) n'offrent pas. Le roman a ce petit quelque chose en plus, il emmène les lecteurs par les émotions dans l'histoire. Ce livre leur appartient. Ils peuvent se l'approprier par le petit trou de la serrure. Maintenant que Tim est hyperépanoui, avec des amis, une petite amie adorable, des études qui fonctionnent bien, je me dois de dire qu'on est au bout du tunnel. Je lui faisais lire des chapitres en lui demandant son avis, en en parlant librement. Ce livre s'adresse aussi aux gens qui ignorent tout des hauts potentiels :  ce ne sont pas des êtres bizarres. Ils sont simplement connectés au monde de manière différente.

- Ce dialogue vous permet de nous glisser qu'on doit tous exprimer notre côté zèbre. Vous qui étiez ingénieure commerciale diplômée de Solvay, vous préférez l'écriture. Il faut écouter ses élans fondamentaux?
- Tout à fait. On vit dans un monde de performance. Je n'aime pas ce "moutonnage". La seule énergie renouvelable qui vaille la peine, c'est notre différence à chacun, source de progrès. C'est un éloge à la différence. Curieusement, dans mon roman, le monde vit un énorme burn out, une bascule, où la différence ouvre l'avenir. On a tous un peu de zèbre en nous, qui sonne dans nos têtes".

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mercredi 9 janvier 2019

Fin des éditions Luce Wilquin

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Triste nouvelle :  après plus de trente ans dans le monde littéraire, l'éditrice belge Luce Wilquin a décidé d'arrêter ses activités fin 2018. Sa maison d'édition avait démarré en Suisse en 1987, avant de s'installer en 1992 à Avin en Hesbaye liégeoise. En 31 ans, elle a publié 552 titres, dont les Belges Daniel Charneux, Geneviève Damas, Michel Claise, Françoise Houdart (16 romans publiés chez Luce Wilquin!) ou Isabelle Bary. Sa maison d'édition était très reconnue dans tout le monde littéraire francophone et avait reçu plusieurs prix. Malheureusement, des problèmes de santé empêchent Luce Wilquin de continuer. Ayant vainement cherché un repreneur, elle a décidé d'annoncer l'arrêt de ses activités en décembre 2018.

Nous la félicitons pour l'excellent travail qu'elle a accompli à la tête de sa maison d'édition, et nous lui souhaitons un bon rétablissement.

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mercredi 14 novembre 2018

"Le tiers sauvage" (Aliénor Debrocq)

Née en 1983 à Mons, Aliénor Debrocq a effectué des études en histoire de l'art avec une thèse sur le mouvement Cobra. Partie habiter à Bruxelles, elle a travaillé dans la communication pour Musiq'3 et dans l'enseignement, avant de se lancer dans le journalisme et l'écriture :

Elle a confié au groupe Vers l'Avenir :   "Au début, mon travail de journaliste s'exerçait plutôt dans les galeries d'art puis, depuis un an, je fais beaucoup de papiers littéraires. J'avais envie de m'amuser à mélanger les codes littéraires. J'estime que l'opposition entre littérature grand public et élitiste est une distinction factice. On peut aimer lire des choses différentes et on peut les combiner dans un seul roman. En commençant à écrire, j'avais plusieurs histoires dans la tête. Finalement, deux personnages ont émergé et j'ai mélangé les deux histoires.

En Belgique, l'imaginaire, que ce soit au cinéma ou en littérature, est quasi uniquement parisien ou américain. Si auparavant, je n'aimais pas trop ancrer mes histoires dans un contexte, ici, ça avait une importance. Car, une des questions posées par le roman concerne la place des auteurs belges dans la littérature. Pourquoi la Belgique ne leur accorde-t-elle pas une plus grande place? En Suisse, par exemple, les auteurs du pays sont systématiquement privilégiés et mis en avant. Je voulais parler de tout ça sur le ton humoristique. Je ne suis pas dans la revendication. Les belgicismes, par exemple, il faut les mettre en italique. Ca m'agace un peu car leur présence a du sens. J'ai envoyé mon manuscrit assez largement à la machinerie parisienne...mais finalement, c'est l'éditrice belge Luce Wilquin qui l'a publié. C'est une belle aventure.

Ecrire un second roman me paraît moins difficile. Je pense que le moment important, c'est celui où on prend la décision et le temps de se consacrer à l'écriture. Mettre le muscle en action. Après, ça vient plus facilement et ça continue à travailler tout seul...".

Vous pouvez retrouver un compte-rendu détaillé du roman "Le tiers sauvage" sur le site "Le Carnet et les Instants" du Service de Promotion des Lettres de la Fédération Wallonie-Bruxelles :   https://le-carnet-et-les-instants.net/2018/10/08/debrocq-le-tiers-sauvage/

mercredi 31 octobre 2018

"Les dix-sept valises" (Isabelle Bary)

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A 50 ans, l'auteure belge Isabelle Bary vient de sortir un nouveau roman, "Les dix-sept valises", publié aux éditions Luce Wilquin. Elle a répondu aux questions du journaliste Bernard Meeus pour "Le Soir Mag" :

"Votre 10ème roman parle de l'avantage de voir les choses positivement. C'est si précieux à notre époque?
- Oui, je crois. Je suis toujours étonnée de voir des gens avec un passé difficile réagir parfois mieux que nous qui n'avons pas à nous plaindre. C'est un vrai talent de voir les choses de façon positive. Pour les autres, cela suppose un apprentissage pour se transformer, s'alléger, chausser les lunettes roses de la félicité. Cela permet de changer le regard qu'on porte sur le monde moins pesant. Mon héroïne,  Alicia, est ainsi. Elle est plus heureuse que Mathilde, qui est pourtant gâtée. Chez Alicia, c'est même inné ; elle n'en est pas consciente. Je suis parfois ainsi, moi aussi :  à privilégier ce qui ne va pas, comme ces parents qui voient un 15/20 sur le bulletin de leur enfant et cherchent les cinq fautes plutôt que de se dire que c'est déjà un bon résultat. Tout est une question d'approche.

- Le voyage occupe aussi une belle place dans cette fiction : vous vouliez traiter de la double appartenance, à deux pays, à deux cultures?
- Alicia est mi-algérienne, mi-marocaine. Comme beaucoup de femmes de sa génération, elle s'est sentie acculturée avec des parents nés là-bas et des valeurs d'ici. Elle est assise entre deux chaises. Elle balance entre ses racines et sa vie à Bruxelles. En fait, cette histoire est une histoire vraie, dictée par une amie. Elle voulait la partager mais ne savait pas comment s'y prendre. Elle m'a demandé de l'écrire mais je ne voulais pas d'un récit biographique, mais bien d'une fiction avec sa façon à elle de voir le monde, bienveillante, toujours ouverte en toutes choses, qui vise à cultiver le beau. Elle fut le terreau, la muse de cette fiction qui lui ressemble de près mais qui ne recoupe pas tout à fait son parcours, le tout dans un esprit de confiance mutuelle.

- Un mot sur les 17 valises?
- Elles existent vraiment!  Elles les suivent durant le voyage vers l'Algérie :  17 valises pour cinq, à trimballer en taxi, en train, en bateau, avec plein de cadeaux pour la famille. Ces 17 valises, Alicia va finir par les poser dans un geste qui n'est pas anodin.

- Un dernier mot sur le fond :   on voit affluer les livres incitant les lecteurs à être positifs. Etes-vous sur cette ligne?
- Pas tout à fait. Je laisse aux gens le soin de choisir. Ce n'est pas un guide, ni des conseils. Mais je n'aime pas les fins sombres. Je préfère laisser une porte ouverte. C'est un honneur d'être choisie par des lecteurs. Je ne les prends pas pour des idiots. Et je ne prends un thème (ce fut déjà le cas avec les secrets de famille ou les enfants à haut potentiel) que s'il est universel ou qu'il peut faire avancer la compréhension de nous-mêmes".

mercredi 13 septembre 2017

"Rien n'arrête les oiseaux" (François Salmon)

Deux ans après le succès de "Rien n'est rouge", l'enseignant tournaisien François Salmon sort un nouveau recueil de huit nouvelles, intitulé "Rien n'arrête les oiseaux", publié par les éditions Luce Wilquin. C'est l'artiste Gordon War qui signe la couverture.

François Salmon s'est confié au journal "Le Courrier de l'Escaut" :   "Un jour que je surveillais un examen dans une classe de quatrième, je me suis donné une heure pour trouver dix idées. Sur les huit nouvelles publiées ici, cinq sont venues de ce moment-là, en regardant autour de moi :  la carte du monde au mur, une paire de chaussures, ce qui se passait derrière la fenêtre,... Je suis resté sur le plaisir de raconter une histoire, ce qui est mon principal moteur. Ce que je cherche avant tout, c'est la légèreté. Je voudrais que mes petites histoires soient comme des bulles de savon qui volent à la dérive dans notre quotidien. Je trouve super important de continuer à défendre ces histoires de rien, ces récits dérisoires, d'assumer la fantaisie et l'imaginaire quand l'actualité nous inciterait plutôt à la gravité et à la morosité. Tout en me disant qu'ils avaient pris du plaisir, quelques lecteurs ont critiqué la complexité du vocabulaire du premier recueil. C'est vrai que même si cela m'amuse, il ne faut pas qu'à un moment, un mot trop compliqué retarde la lecture".

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mercredi 16 mars 2016

"Retour à Domme" (Françoise Houdart)

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L'auteur belge Françoise Houdart vient de présenter officiellement son tout nouveau roman à la bibliothèque de Boussu (commune hennuyère où elle habite) :  "Retour à Domme".  C'est son 17ème roman depuis 1990, tous publiés par les éditions Luce Wilquin ("Je suis fidèle à ma maison d'édition. Luce fait très bien son travail. Et puis, elle est une des rares en Belgique à défendre le roman belge").


Françoise Houdart a expliqué l'origine de son nouveau roman :   "Je racontais à mon petit-fils une histoire lorsqu'un oiseau est venu s'échouer contre une vitre de la véranda. Mon petit-fils était inquiet pour cet oiseau. De ce détail de la vie quotidienne est partie mon histoire. Mon roman raconte le lien entre un petit garçon et sa grand-mère. Une histoire qui débute avec un oiseau mort. La grand-mère fait croire à son petit-fils que cet oiseau va revoler. Il n'en sera rien évidemment, surtout que le petit-fils est conscient de la situation et fera semblant que... Un lien indéfectible sera alors tissé entre ces deux personnages".


Si vous voulez savoir la suite, il vous reste à lire "Retour à Domme"...


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mercredi 15 avril 2015

500ème ouvrage des éditions Luce Wilquin

Créée en 1992, la maison d'édition belge Luce Wilquin vient de passer le cap du 500ème ouvrage, avec la sortie de "Dans le bleu de ses silences" de Marie Célentin (886 pages). En faisant le bilan, Luce Wilquin explique que 340 de ces 500 ouvrages sont le fait de 90 auteurs francophones (belges et autres) "récidivistes", fidélisés par l'enseigne jusqu'à y signer 16 romans comme c'est le cas de l'auteur belge Françoise Houdart, Prix triennal Charles Plisnier pour "Les profonds chemins".


Parmi les récompenses de la maison d'édition, citons le Prix Rossel et le Prix des cinq continents de la francophonie pour "Si tu passes la rivière" de Geneviève Damas, le Prix Soroptimist 2014 de la romancière francophone pour "La vie selon Hope" d'Isabelle Bary, les traductions en plusieurs langues étrangères. Luce Wilquin précise :  "C'est surtout un réel bonheur dans la défense de la littérature de fiction et des relations chaleureuses avec les écrivains, les libraires et les bibliothécaires, les diffuseurs, les distributeurs et les collègues éditeurs, basés avant tout sur le respect mutuel".


Bravo à cette petite équipe (composée de Luce Wilquin, André Delcourt et Lucile Poulain), et bonne continuation à cette maison d'édition belge qu'il faut soutenir et encourager en achetant leurs livres. J'ai déjà parlé sur ce blog de plusieurs auteurs édités par cette maison (Colette Nys-Mazure, Geneviève Damas, Michèle Fourez, Françoise Pirart et Françoise Houdart), et il vous suffit de cliquer ci-dessous sur "Editions Luce Wilquin" pour retrouver facilement et rapidement ces articles.

lundi 23 juin 2014

"Colette Nys-Mazure : accordée au vivant" (Mathieu Gimenez)

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Née à Wavre en 1939,  Colette Nys-Mazure a été élevée dans sa famille du Tournaisis suite au décès de ses parents dont elle parle souvent dans son œuvre. Elle a été professeur de français de 1961 à 1999. Son premier recueil, "La vie à foison", a été publiée en 1975. Elle a ensuite écrit de nombreux poèmes, pièces de théâtre, essais et nouvelles. Son œuvre a été récompensée par plusieurs prix littéraires, et traduite dans de nombreuses langues étrangères. Sur le plan privé, de son mariage en 1961 avec Jean-Marie, elle a eu cinq enfants et une dizaine de petits-enfants.


En 2005, un ouvrage avait déjà été consacré au travail de Colette Nys-Mazure sous la forme d'un long entretien avec Christophe Henning :  "La liberté de l'amour". Neuf ans plus tard, le professeur Mathieu Gimenez nous propose une analyse très minutieuse de son œuvre dans la collection "L'œuvre en lumière" des éditions Luce Wilquin. Bravo à Mathieu Gimenez pour l'important travail de lecture, recherche et analyse que cet ouvrage a nécessité.


L'auteur nous rappelle son enthousiasme, son optimisme, sa foi, son féminisme, son amour des petites joies du quotidien, de la peinture et du travail avec d'autres artistes, ses différents genres d'ouvrages, son plaisir de vivre dans le nord et près de l'Escaut, ses 11 livres co-écrits avec Françoise Lison-Leroy, ses thèmes de prédilection, son envie de faire aimer la poésie, etc.


Que conclut Mathieu Gimenez au terme de son analyse ?    "L'œuvre entière de Colette Nys-Mazure est marquée par une volonté farouche de dire ce monde dans ce qu'il a de plus partagé par l'ensemble de ses habitants. Parfaitement unanimiste, son œuvre parle de la singularité et de la pluralité de l'Homme. Cette ambition n'est pas vaine, elle est remarquable. Héritière de Jules Romain, elle propose un ensemble cohérent qui mêle différents genres pour brosser un portrait réaliste du monde. Accordée au vivant, elle était assurément la mieux placée pour accomplir cette tâche qui se devait de respecter le monde dans sa diversité et dans son unité. Il fallait qu'elle ait senti le monde, qu'elle se soit laissée traverser par lui, qu'elle se soit mise à sa place. Parfaitement poreuse à la souffrance comme à la joie, elle pouvait être la poète du vivant. Elle s'est employée à devenir celle qui oserait regarder le réel dans les yeux, non pour le défier ou le fouler aux pieds, mais pour l'accepter et le chevaucher".


Cet ouvrage n'est pas destiné au grand public. Il s'adresse soit aux professeurs de français et spécialistes littéraires, soit aux personnes ayant déjà lu des livres de Colette Nys-Mazure qui méritait cet hommage. C'est une Grande Dame de la littérature belge.

mercredi 9 avril 2014

Interview de Geneviève Damas

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Geneviève Damas s'est confiée à la revue "Le Carnet et les Instants" que vous pouvez recevoir gratuitement sur simple demande auprès du Service de Promotion des Lettres de la Fédération Wallonie-Bruxelles :

"Comment et quand êtes-vous arrivée à l'écriture?
- Toute petite, ce qui m'intéressait, c'était de faire du théâtre, de jouer des personnages. Aussi j'écrivais des pièces pour mes copines et moi. J'ai notamment adapté "Le gendarme de Saint-Tropez". Adolescente, j'ai également écrit un journal, des poèmes, des trucs. Plus tard, en sortant de l'IAD, je me suis rendu compte que les pièces écrites par les autres ne me satisfaisaient pas. Par exemple, un prof a voulu m'engager, comme comédienne, à jouer un texte de Karl Valentin, mais je n'aime pas Karl Valentin. Je sais qu'il ne faut pas penser ainsi, mais c'est comme çà. Il m'a dit :  "On se voit en septembre?". Je n'ai pas osé dire non, mais je ne l'ai pas recontacté. J'ai compris que si je ne travaillais pas avec un matériau qui me touche, cela n'irait pas. J'ai alors commencé à écrire des adaptations de romans. J'ai notamment transposé "L'invention de la solitude" de Paul Auster, mais les droits m'ont été refusés. Il fallait que je mette 50.000 francs français sur la table avant même le début des discussions. Je n'avais pas cet argent. J'ai fait d'autres adaptations, cela m'amusait beaucoup. Je réécrivais des parties complètes. Ce fut ma manière de pénétrer l'écriture. Au début des années 2000, j'ai écrit une petite pièce de théâtre pour enfants. Elle était trop bavarde, je racontais dix fois la même chose. Mon compagnon l'a lue et m'a conseillé de répondre à un appel à projets de la SACD. Cela marquerait, m'a-t-il dit, le fait que je ne faisais pas que jouer, que j'écrivais aussi. J'ai été sélectionnée. On m'en a demandé un deuxième, et de fil en aiguille, j'en ai écrit d'autres. Je n'avais jamais pensé devenir écrivain, en faire mon métier. Je me rendais simplement compte qu'une journée où j'écrivais me rendait joyeuse. Ensuite est venue la rencontre avec Hubert Nyssen. Il m'a dit que j'avais l'étoffe d'un écrivain et que je devais écrire tous les jours. Je découvrais un territoire inexploré. J'ai écrit une quinzaine de pièces. Comme il faut du temps pour qu'un spectacle soit monté, à un moment, je me suis dit :  pourquoi n'écrirais-je pas des nouvelles? J'ai participé à un atelier d'écriture avec Michel Lambert qui m'a beaucoup apporté. Ensuite, assez naturellement, je suis passée au roman.

- Pourquoi écrivez-vous souvent sous la forme du monologue? 
- Le premier texte de théâtre que j'ai écrit comptait quatre personnages. Puis j'ai mis en scène une pièce où nous étions six. C'était la foire tant au niveau de la disponibilité des comédiens que de l'argent. Aussi j'ai décidé d'écrire un monologue :  cela ne coûterait rien, permettrait de renflouer la compagnie et je me rendrais toujours libre pour jouer.

- Le monologue est aussi la forme que l'on trouve dans vos romans?
- J'ai travaillé dans un théâtre en France et je ne cessais d'entendre :  "Le français n'est pas vraiment ta langue". Le côté maternel de ma famille est flamand, alors certainement qu'il n'est pas totalement ma langue. Mais moi, au théâtre, ce qui m'intéresse, c'est de tordre la langue, d'essayer de comprendre comment elle est parlée, cette langue, notamment par ceux qui n'ont pas le droit de cité en littérature et au théâtre, et de me l'approprier. Le monologue intérieur de mes romans me permet cela aussi.

- Comment naissent vos personnages?
- Ils surgissent de la langue. Ils sont une façon de parler, un rythme, je les découvre en écrivant. Après, je barre, rature, recommence. Je suis lente, je fais, défais, refais. Je ne conçois pas de plan, j'invente ma structure au moment où j'écris. En général, j'ignore où je vais. Quelquefois jaillissent des fulgurances, des choses qui m'apparaissent et je sais qu'elles vont rester telles quelles. Alors je dois remonter, réécrire pour garder la cohérence. Jean-Luc Outers dit très bien :  "Ecrire, c'est faire advenir une histoire qu'on portait au fond de soi et que l'on ignorait". Je pense que c'est çà, écrire.

- Vous commencez "Histoire d'un bonheur" par le monologue d'un personnage antiphatique. Ne prenez-vous pas le risque de perdre le lecteur tout de suite?
- C'est un risque à courir. J'aime beaucoup le personnage d'Anita. J'ai voulu travailler sur les troubles bipolaires, sur le décalage total avec le réel qu'ils provoquent. Quand les sujets sont en phase up, ils se placent en position héroïque, toute puissante, ils reconstruisent le réel. Je trouve le livre de Delphine de Vigan, "Rien ne s'oppose à la nuit", sur la maladie de sa mère, très beau, mais cela reste de l'autofiction. Je voulais aller ailleurs, partir dans la fiction. Dans le premier monologue où Anita est en période maniaque, elle est très sûre d'elle, elle sait comment marche le monde. Cela ne la rend pas très sympathique. En même temps, elle dit de ces choses, des énormités et elle ne s'entend pas les dire. Je trouve cela tellement triste quand elle dit que son chien, en quatre années, lui a apporté plus de joies que sa fille en vingt-huit ans. Elle croit qu'elle contrôle la réalité mais nous, nous entendons un avis d'échec. J'ai aussi voulu écrire sa phase dépressive. C'est le monologue qui clôt le roman. A chaque fois, Anita est dans une image excessive d'elle-même.

- Que saviez-vous de ce livre avant de l'écrire?
- J'ai commencé à écrire l'épisode du chapeau, quand Anita se demande si elle doit porter un chapeau à l'enterrement de sa belle-mère. Puis petit à petit, la bipolarité est arrivée. A un moment donné, j'ai vu que je n'arrivais plus à écrire, je me demandais ce qui se passait, j'ai réinterrogé la structure. Anita était parvenue au terme de ce qu'elle avait à dire. Il fallait la confronter à une autre réalité que la sienne. C'est là qu'ont surgi les monologues des autres personnages.

- Est-ce que l'angoisse est la même à la sortie d'un roman qu'à la veille d'une première?
- Pour une pièce de théâtre que vous avez écrite et qui n'est pas jouée par vous, l'angoisse est d'envoyer les autres au casse-pipe avec un texte raté. Lorsque je suis la seule en scène, en revanche, l'anxiété de la comédienne prime sur celle de l'auteure. Quant à la publication de mon premier roman, je n'avais aucune appréhension : il avait été refusé partout! Il était à la fin de sa vie quand Luce Wilquin l'a accepté. Tout ce qui s'est présenté par la suite a été une véritable surprise. "Histoire d'un bonheur" me tient beaucoup à cœur, même si j'entrevois ses limites, les choses sur lesquelles je pourrais encore progresser. Le Prix des Cinq Continents m'a permis de rencontrer des écrivains incroyables, africains ou haïtiens, des écrivains importants pour moi, comme Danny Laferrière, des écrivains pour qui la littérature ne constitue pas un passe-temps agréable, mais un véritable engagement. Dès lors, pour moi, publier ne peut plus être un acte léger, même si je ne fais pas de mon livre un acte politique, pas du tout.

- Pouvez-vous nous dire quand les nouvelles du recueil "Benny, Samy, Lulu et autres nouvelles" ont été écrites?
- La nouvelle est le premier pied que j'ai posé dans une écriture non dramatique. C'était un saut dans l'inconnu. Au départ, comme je l'ai dit, j'ai participé à un atelier d'écriture avec Michel Lambert. Avant de le rencontrer, je n'avais aucune idée de ce qu'était une nouvelle sauf que c'était plus court qu'un roman. J'ai découvert un genre très dense qui demande beaucoup de concision et un enjeu ciblé. Et en cela, cette écriture est assez proche du théâtre. J'ai appris le plaisir qu'il y a à ne pas tout dire et le travail de la chute. Mais c'est un genre excessivement difficile. A priori, on pourrait croire qu'il nécessite moins de temps qu'un roman mais il n'en est rien. La nouvelle demande de la minutie, c'est quelque chose comme de l'horlogerie, fascinant et épuisant.

- Pourquoi "Histoire d'un bonheur" se déroule-t-il en France et non en Belgique?
- Cela me permet, à moi, de dire que cette histoire n'est pas autobiographique. Je n'avais pas non plus envie d'inscrire la problématique des banlieues, qui est abordée à travers le personnage de Noureddine, dans une perspective wallonne. J'avais peur de faire régionaliste belge ou qu'on se dise que je parle de la Belgique des frères Dardenne. Ce que filment les frères Dardenne ne concerne pas que la Belgique, mais les gens ne peuvent s'empêcher de dire : "En Belgique, il se passe de ces choses...". On m'a beaucoup parlé, à la remise du Prix des Cinq Continents, du problème de l'analphabétisme en Belgique. J'ai essayé de leur expliquer que l'analphabétisme n'était qu'un élément de mon roman, mais pour eux, j'avais soulevé un vrai problème belge... Le roman n'était pourtant pas situé dans un pays en particulier! Comme "Histoire d'un bonheur" a lieu à Lyon, cette lecture biaisée devrait être évitée.

- Est-ce imaginable que ce roman soit porté un jour sur scène?
- Oui, mais il ne le sera pas par moi. Si quelqu'un a envie de le prendre, je le donne avec bonheur. Je suis trop dedans, je ne vois pas ce qu'on peut faire avec des monologues intérieurs. Au théâtre, pour moi, la tension provient de ce qui est dit et de ce qui est tu. Je peux dire, par exemple, à quelqu'un que je l'aime beaucoup et, au fond, ne pas le penser. Dans "Histoire d'un bonheur", les personnages sont tellement dans leur vérité que je ne saurais comment atteindre cette tension dramatique. Le monologue intérieur, c'est le luxe de ce qui n'est jamais entendu. Je dis luxe, parce que pour moi, auteure, cela me permet d'accéder à un autre espace mental que je ne peux pas aborder au théâtre. La parole du monologue intérieur n'est pas une parole naturaliste. Noureddine ne parlerait pas comme çà dans la vie, ce n'est pas sa façon de parler que j'écris. Je décale sa langue. Dans le roman et les nouvelles, je décale une langue. Et dans le décalage, je trouve une autre réalité. J'invente une langue réelle mais qui n'est pas entendue dans la vie".

mercredi 6 novembre 2013

Interview de Michelle Fourez

Née à Ath (province de Hainaut) en 1951, Michelle Fourez vient de sortir son septième roman, intitulé "Une famille", aux éditions Luce Wilquin. A cette occasion, elle a répondu aux questions de Michel Zumkir pour la revue "Le Carnet et les Instants" :

"Venez-vous, comme souvent vos héroïnes, du monde rural?
- J'ai grandi dans une famille de paysans d'un autre âge. Nous habitions une toute petite ferme, très inconfortable, sans eau courante, avec le fumier au milieu de la cour, la cave à charbon sous l'étable. Mes grands-parents vivaient avec nous. Nous étions entre deux époques, celle d'avant la mécanisation où l'on arrachait les pommes de terre et les betteraves à la main et celle de la surindustrialisation. J'ai gardé de cette enfance une image et des souvenirs fabuleux. J'avais un territoire de jeux immense : les jardins, des prairies où je pouvais courir jusque tout au bout, un étang qui n'était pas dangereux.

- Quand est arrivée la mécanisation dans votre ferme?
- Jusqu'à mes 10 ans, nous n'avions pas de tracteur. Puis les choses ont basculé, nous avons acheté des tas de machines qui faisaient les choses à notre place. Ce n'est pas que mes parents avaient décidé de changer leur façon de cultiver mais le monde agricole s'est mis à se modifier radicalement quelques années après la seconde guerre mondiale.

- Combien aviez-vous de frères et de sœurs?
- J'avais un frère qui m'a servi de modèle pour plusieurs de mes personnages. Très brillant, il s'est pourtant détruit. Je crois que je lui en veux de cela tout autant que j'en suis triste. Je me suis posé des milliers de questions sur le pourquoi des choses parce qu'il était le préféré de ma mère. Peut-être est-ce parce qu'il était le préféré qu'il est devenu ce qu'il était, un alcoolique très tôt. Parfois, je me dis que si j'avais vécu dans une autre famille, plus lisse, je ne serais pas devenue écrivain.

- Est-ce que votre famille ressemble à celle de votre dernier roman, une famille murée dans et par le silence?
- Oui, c'était comme cela, même si nous vivions dans la plainte, les hurlements. Mon grand-père paternel était très virulent, grossier, bouffeur de curé. Si cela gueulait, vitupérait, les choses importantes, essentielles, elles, ne se disaient pas. Très vite, je suis devenue solitaire. Je me réfugiais au pied des saules, au fond de la prairie, près de l'étang. Avant de commencer à écrire, j'ai parlé aux herbes, aux fleurs et aux arbres. J'avais les végétaux pour confidents. Je vivais dans l'absence de tendresse, sur le qui-vive, je leur racontais cela, comme je boitais dans mon cœur. Je leur disais : "je veux être heureuse, je suis heureuse". Je me suis construite comme une spectatrice d'un jeu auquel je ne voulais pas prendre part.

- La campagne est très présente dans vos livres, mais Bruxelles aussi. D'où vous vient cette attirance pour cette ville?
- Bruxelles sera toujours dans mon cœur et dans mes livres. Enfant, je n'en connaissais pas d'autres. J'y venais, avec ma mère, une fois l'an, au moment des fêtes. Nous mangions des pistolets que nous n'avions pas à la ferme. Nous allions à l'Innovation et voir les illuminations de la rue Neuve. C'est un des seuls bons souvenirs que j'ai avec ma mère. Pour moi, LA ville, c'est Bruxelles. Mais je ne pourrais pas y vivre. J'ai les pieds sur terre, il me faut de la terre, un jardin. Je ne peux pas imaginer vivre loin de là où j'ai grandi. Je suis de mon enfance avant tout.

- Quand avez-vous découvert la littérature?
- Très tôt, la littérature a pris une place dans ma vie. J'adorais la Comtesse de Ségur. Dès que j'ai su lire, j'ai demandé des livres à la Saint-Nicolas. Vers 6-7 ans, j'ai commencé d'aller à la bibliothèque de ma propre initiative. Sans le conseil de personne, je choisissais des livres. Plus tard, à l'école de la ville, une institutrice m'a prise en affection et, en cachette, me donnait des livres. Ensuite, je les ai achetés moi-même, pas beaucoup, mais quand même. Paradoxalement, si nous étions pauvres, nous avions beaucoup de journaux à la maison : "Le Courrier de l'Escaut", "Le Ligueur", "Le Sillon Belge", "L'Alliance Agricole" et "Femmes d'aujourd'hui".

- Venant de ce milieu populaire, d'où vous est venue l'idée d'étudier à l'université?
- Il n'y a pas de malheur sans bonheur comme on dit. Ma mère détestait plus que tout son métier de fermière, elle disait que même le diable n'aurait pas voulu le faire. Elle aurait souhaité être institutrice. Obligée de quitter l'école à 14 ans, elle regrettait très vivement de n'avoir pu étudier. Elle a fait en sorte que mon frère, de cinq ans mon aîné, aille à l'université. Comme il n'y a pas réussi et que ma mère voulait réussir par personne interposée, j'ai profité de l'aubaine. Je me suis inscrite à l'ULB. Je ne veux pas de médaille pour cela mais je suis la première fille du village à être entrée à l'université.

- Quand avez-vous commencé à écrire?
- A 13 ans, j'ai décidé d'écrire mon premier roman. J'ai dû rédiger trois pages! Je crois que cela s'appelait "Je suis heureuse de vivre", ou quelque chose comme cela. Et j'écrivais mon journal, tous les jours. Plus tard, à 30 ans, je me suis inscrite, j'ai envie de dire bêtement, à un atelier d'écriture à Tournai. Les participants appréciaient mes textes ; cela m'a encouragée. "Ferdinand", une nouvelle écrite à partir d'une photo, a été publiée dans le recueil "Saisons d'Escaut" aux éditions Unimuse, aux côtés de textes de Françoise Lison-Leroy, Michel Voiturier, Colette Nys-Mazure et Michèle Vilet. L'été suivant, à partir de cette nouvelle, j'ai écrit "Rue de l'Amourette", une sorte de saga familiale, que j'ai envoyée partout, notamment au Prix de la Ville de Mons. Dominique Rolin y était membre du jury. Elle l'a appréciée et l'a passée au comité de lecture de Gallimard. J'ai été reçue là-bas. Ils m'ont demandé si je n'avais rien d'autre. Je n'avais rien d'autre. J'ai traîné longtemps avec ce premier texte mais il n'a jamais été publié. Luce Wilquin, à qui je fais une totale confiance, l'a lu plus tard. Elle l'a trouvé inabouti.

- En vous lisant, on ne peut s'empêcher de penser que vos livres ont une origine autobiographique?
- Bien sûr, j'écris d'où je viens et je n'essaie pas de le cacher. Je suis dans une création kaléidoscopique. Je secoue des petites pierres de couleur et à chaque secouement, une autre image est formée. Certaines pierres sont plus grosses que d'autres. Mes proches savent l'origine de ces pierres, mais l'important, c'est que les autres, ceux qui ne me connaissent pas, trouvent sa cohérence au texte. On s'en fout de qui je suis, de ma vie privée. Marguerite Duras et Gabriel Garcia Marquez ont aussi fait leur œuvre à partir de leur vie, de leurs obsessions.

- Pourquoi vos héroïnes s'appellent souvent Françoise?
- C'est une espèce de clin d'œil qui dit : "Françoise, c'est moi, je viens de là". Mon grand-père, l'anticlérical, m'appelait "Mam'zèle Françouse", parce que je parlais français avec ma mère, parfois avec mon père, avec mes poupées et mon amie d'enfance quand elle venait à la maison. Quand il m'entendait parler français, il me lançait :  "Mam'zèle Françouse, d'viseu comme on vos a appris". Il voulait dire que je devais parler en picard et non en français. Comme je passe de cet ancrage familial à mes romans, je ne pourrais le dire, je ne me vois presque jamais écrivant. Je peux juste vous dire que j'écris, à la main, sur la table de la cuisine ou celle de la terrasse quand il fait beau. Tout d'un coup, le livre est là. Je le tape alors à l'ordinateur, ce qui n'est pas mon fort, mais je le fais. Je n'ai pas conscience de ce qui se passe, c'est comme si cela venait de la lune. Je n'ai aucune intention derrière la tête, vous comprenez? C'est une mise à distance d'une douleur et d'une joie. Je ne trouve pas cela jouissif d'écrire. Ce le devient quand la page est écrite, quand je la lis".

dimanche 21 octobre 2012

Nouveau roman de Françoise Pirart

L'auteur belge Françoise Pirart est passionnée par les Lettres depuis toujours :  "Quand j'étais petite, enfant et adolescente, j'étais une grande lectrice. J'avais en plus la chance d'avoir une soeur qui avait six ans de plus que moi. Je mélangeais donc la littérature pour enfants et pour adultes. Je pouvais passer du "Club des 5" aux écrits de Zola ou de Sartre. A l'époque, je ne comprenais pas tout forcément, mais je les découvrais. Ce qui me plaît dans la lecture, c'est d'être entraîné par des personnages qui ont une vie différente de la mienne. Quand j'ai écrit mon dernier roman, je n'étais pas à Mons, mais dans la neige, dans les ténèbres comme mon personnage. C'était très prenant", a-t-elle confié au groupe Sud Presse.

Françoise Pirart a travaillé dans différents milieux professionnels (équitation, secrétariat, traduction, p.ex.). Aujourd'hui, elle vit de l'écriture : elle organise des ateliers d'écriture, elle travaille pour l'asbl Alpha Mons-Borinage (alphabétisation des adultes), elle écrit des romans et la biographie de particuliers. Elle habite à Casteau près de Mons. Son dernier roman s'appelle "Sans nul espoir de vous revoir" et est sorti en septembre dernier aux Editions Luce Wilquin. Il raconte l'histoire de Jérémy qui se lance en 1820 dans la traversée de l'Empire russe jusqu'en Sibérie. Pendant ce temps, Elisabeth se désespère à Paris...

Françoise Pirart écrit également la biographie de particuliers à qui elle fournit un manuscrit sous format papier et numérique. Certains tentent ensuite de le faire publier, tandis que d'autres font imprimer des exemplaires juste pour la famille. Elle a raconté à Sud Presse comment était né ce projet :  "C'était un jeune homme qui voulait qu'on écrive l'histoire de sa grand-mère slovaque qui avait eu un destin particulier. Elle avait traversé l'Europe en guerre dans l'idée de prendre un bateau en partance pour les Etats-Unis. Tout est parti de là. C'était ma première expérience dans ce domaine. Bien souvent, il y a l'idée de laisser une trace pour les descendants, mais ce n'est pas la seule raison. Pour certains, il y a une idée thérapeutique sous-jacente. En parlant, ils se libèrent d'un poids. D'autres veulent témoigner de leur parcours pour que les gens sachent qu'il y a moyen de s'en sortir malgré tout. Et puis, parfois, il y a des raisons beaucoup plus mystérieuses que je n'arrive pas toujours à déterminer moi-même. Les rencontres sont indispensables car il faut qu'une relation de confiance s'installe. Je demande aussi aux gens de fournir un maximum de documents, de photos, de lettres. C'est parfois bouleversant mais je suis bouleversée à distance. Quand on met des mots sur tout çà, cela devient aussi un travail. Je rentre dans la vie des gens mais j'en sors aussitôt. Je ne me sers jamais de leurs témoignages pour mes romans. Enfin, il faut que le livre soit attrayant, agréable à lire, qu'il y ait du suspense, des personnages touchants".

mardi 14 février 2012

Les 20 ans de la maison d'édition belge Luce Wilquin

A l'occasion des 20 ans de sa maison d'édition, Luce Wilquin (www.wilquin.com) raconte son parcours dans la revue "Le Carnet et les Instants". Après avoir travaillé dans plusieurs maisons d'éditions, elle se lance :

"Comme nous devions à terme rentrer en Belgique, j'ai fondé en février 1992 une maison d'édition de droit belge. J'avais des auteurs suisses, mais belges aussi, comme Françoise Houdart et Gérard Adam qui furent en fait les deux premiers auteurs publiés à cette enseigne. J'ai travaillé sur les deux pays depuis Lausanne, mais en revenant en Belgique tous les mois pour une semaine. J'étais basée chez mes parents à Dour, ce qui fut donc la première adresse de la maison. Devenue éditrice indépendante, les portes sont alors beaucoup plus difficiles à ouvrir que comme salariée, et il importe de faire ses preuves. C'était un peu rude, mais somme toute normal. Je voulais construire un catalogue de qualité, et je me suis toujours refusée à sortir le carnet de chèques pour solliciter des auteurs d'autres maisons comme cela se fait souvent. Ceux qui sont venus chez moi l'ont toujours fait de leur propre chef.

Au bout de dix ans, je commençais à piaffer un peu. On me considérait comme un petit artisan régional. On doutait de la qualité et du travail fait avec les auteurs. Je répondais qu'il fallait leur demander à ces auteurs ce qu'il en était. Pour certains, il fallait presque reconstruire tout le roman. Ce qui a été le plus dur, surtout dans les dix premières années, c'était de faire passer l'idée que je créais un catalogue qui, sur le long terme, pourrait imposer sa cohérence et sa qualité. Côté financier, les choses étaient difficiles aussi.

Puis, cela a évolué. On a maintenant un contrat-programme de cinq ans, une bouffée d'oxygène bienvenue face aux risques à prendre. Il fallait tenir, tenir. Au bout de quinze ans, cela allait déjà beaucoup mieux. On connaissait la maison. J'ai eu des problèmes de diffusion-distribution en France. Ce n'est jamais facile pour un éditeur belge d'imposer ses auteurs dans une France très protectionniste, ce qui n'est pas vrai dans l'autre sens, loin de là... On en est arrivé au point que chaque livre vendu nous faisait perdre de l'argent! Maintenant, çà va mieux, on a créé notre petite structure qui alimente toutes les semaines les librairies françaises, lesquelles nous envoient quotidiennement des commandes. La machine tourne, et l'on travaille régulièrement avec plus de 200 libraires français. En Suisse, çà marche très très bien avec les auteurs suisses (mieux qu'avec les Belges ou les Français). En Belgique, çà va de mieux en mieux parce que les libraires nous soutiennent. On a notre place dans la plupart des librairies et tous nos tirages ont dès lors grimpé.

J'ai toujours mis l'accent sur les relations humaines. J'ai eu quelques expériences malheureuses avec de très bons auteurs avec qui çà s'est mal passé, mais je suis trop vieille pour supporter l'adversité! En fait, je tiens à travailler un peu à l'ancienne dans un esprit familial. Je suis la "maman" de 140 auteurs qui fait en sorte qu'ils se retrouvent au moins une fois par an. Et qu'ils aient des rapports entre eux, notamment lors de rencontres en librairie, où je suis là en général. Cela se passe très bien : les auteurs se lisent et se commentent aussi entre eux. C'est rare dans une maison d'édition. Il y en a même qui lisent les manuscrits des autres avant moi. Certains sont devenus des amis. Cet esprit-là, j'y tiens beaucoup.

Je suis très intuitive. Si la première rencontre avec un auteur ne se passe pas bien, je vais hésiter. Et si je suis traitée comme je ne souhaite pas l'être, ce sera tout de suite non. Défendre un livre aujourd'hui exige de plus en plus d'effort et de travail. Et si l'attelage auteur-éditeur-libraires (important, les libraires) ne file pas dans la même direction, rien ne va plus. Je tiens aussi à maîtriser tout le parcours du livre, du manuscrit à la mise en page et à la couverture, jusqu'aux relations avec la presse. Je ne peux évidemment pas maîtriser la diffusion-distribution, mais, hors le travail du représentant, je noue des contacts privilégiés avec les libraires. L'alchimie prend ou ne prend pas, et parfois un livre sort du lot sans que nous ne l'ayons vraiment prévu, alors qu'un autre qui me paraît excellent ne décolle pas. Ah si l'édition était une science exacte... En fait, l'édition littéraire, c'est toujours une sorte de poker.

Nous sommes très attentifs à l'évolution des technologies et nous sommes la première maison d'édition littéraire en Belgique à prendre le virage du numérique. Je suis pour ma part très attachée au papier, alors on va travailler en parallèle avec les deux. Et faire passer le catalogue au numérique par blocs de 100 titres. Ce qui donnera une seconde vie à certains textes. Je dois avouer que j'ai des gens très efficaces et talentueux parmi mes proches.

Je sors deux romans pour la Foire du Livre de Bruxelles : un de Françoise Lalande, énorme roman à la russe que je tiens pour un chef d'oeuvre, et le beau second roman de Nathalie Cohen. Je travaille aussi à la célébration de nos vingt ans, qui associera les lecteurs, les libraires, les bibliothécaires et les auteurs à une lecture-spectacle : 20 extraits de textes avec deux comédiens et un musicien. La première aura lieu le jeudi 1er mars à la Foire du Livre de Bruxelles. Ce module devrait circuler en Belgique, et si tout va bien, à l'étranger au cours de l'année 2012".

A lire aussi : mes articles sur Françoise Houdart (http://ecrivainsbelges.blogspot.com/2009/12/nee-pelagie-d-francoise-houdart.html) et Geneviève Bergé (http://ecrivainsbelges.blogspot.com/2011/11/le-parcours-litteraire-de-genevieve.html) qui sont toutes deux publiées par les éditions Luce Wilquin.

mardi 1 novembre 2011

Le parcours littéraire de Geneviève Bergé

Dans le dernier numéro de la revue "Le Carnet et les Instants", Geneviève Bergé retrace son parcours littéraire. Après avoir été rédactrice en chef pendant plusieurs années de la revue "Indications", elle écrit son premier roman au début des années 90 :

"A Indications, nous étions attentifs à la diversité de ce qui se publiait ; on ne s'intéressait pas qu'aux maisons qui avaient pignon sur rue. De plus, à l'époque, je lisais beaucoup de poésie, ce qui m'a permis aussi d'apprendre à connaître des maisons d'édition plus confidentielles. J'étais suffisamment en contact avec les éditeurs pour savoir où orienter mes envois. J'avais choisi les grands éditeurs traditionnels parisiens et quelques éditeurs de province que j'aimais bien comme Verdier ou Champ Vallon. A priori, je trouvais que mon manuscrit correspondait plus à ce genre de maison. Sincèrement, je ne pensais pas être éditée. J'espérais simplement recevoir un avis".

Le manuscrit de son roman "Les Chignons" est accepté par les éditions du Cheyne et Gallimard. Geneviève choisira ces derniers qui le publieront en 1993 : "C'était magique. J'avais si souvent écrit leur adresse quand j'envoyais les articles qu'Indications publiait sur leurs livres. Quand je suis arrivée, j'ai été mise en contact avec Jacques Réda, qui travaillait dans la maison, tandis qu'Alain Bosquet, que je n'ai jamais rencontré, travaillait de l'extérieur. Jacques Réda faisait aussi partie des écrivains que j'appréciais car il écrivait des textes hors genres, inclassables, avec pas mal d'humour et de finesse dans les descriptions. De bonhomie aussi. Intuitivement, c'est ce que je cherchais à faire, même si je ne m'en rendais pas compte à ce moment-là : pouvoir exprimer des événements éventuellement banals sans m'en tenir à la trame d'un roman et mettre en route la machinerie qui leur permet d'exister. Ce qui m'a plu chez Gallimard et chez Jacques Réda, c'est notamment qu'ils publiaient des ouvrages qui ne correspondaient pas aux grands standards. Avant même qu'il ne soit paru, j'étais déjà invitée à droite et à gauche par des gens qui ne l'avaient pas lu, simplement parce que l'éditeur était Gallimard. J'étais propulsée dans le monde littéraire en recevant des invitations, comme je n'en ai jamais plus reçu après".

C'est ainsi qu'elle passe dans une émission de Michel Field sur Antenne 2. "Les Chignons" reçoit le Prix Franz de Wever de l'Académie de littérature et de langue françaises de Belgique, et le Prix France-Belgique de l'Association des Ecrivains de langue française.

Le contrat avec Gallimard oblige l'auteur à leur présenter ses cinq manuscrits suivants et, si les deux premiers sont refusés, le contrat est rompu : "J'ai fait la bêtise de leur envoyer deux manuscrits qui n'étaient pas très bons. Ils ont eu raison de les refuser, même s'ils hésitaient à chaque fois à travers des lettres circonstanciées. Alain Bosquet n'était plus lecteur chez eux et j'ai senti que je n'avais plus personne pour me soutenir, si ce n'est Jacques Réda. Ce qui a été dur, c'est qu'il me reprochait d'écrire quelque chose différent des "Chignons" alors que, pour mon deuxième texte, j'ai précisément eu envie d'écrire différemment, notamment à la suite de remarques de certains de mes lecteurs à propos du premier. Tout est allé trop vite, trop bien avec le premier. Je me demandais ce que j'allais écrire par après, si je n'allais pas être la femme d'un seul livre. Je n'ai pas tellement bien vécu cette première parution, d'être mise aussi rapidement sous les projecteurs, d'avoir des articles tellement élogieux et engageants. A la limite, j'aurais voulu que le livre paraisse et qu'il mène sa vie. Comme certains écrivains qui reçoivent le Goncourt, j'ai eu un peu de mal à retomber sur mes pattes et à trouver ma vraie voie par après. L'écriture et la publication des "Chignons" ont représenté une sorte d'euphorie, mais j'ai l'impression que le vrai travail a commencé après".

Geneviève Bergé retravaille son manuscrit "Au bord du noir" qui est refusé par plusieurs éditeurs. Le romancier Michel Lambert lui suggère de le soumettre aux éditions suisses de L'Age d'Homme. Son fondateur et directeur Vladimir Dimitrijevic a, en effet, constitué un catalogue impressionnant d'écrivains belges, à côté d'autres noms de la littérature mondiale. "Au bord du noir" est paru au début de l'année 1998 pour la Foire du Livre de Bruxelles.

Le troisième livre de Geneviève, "La ménagère et le hibou", est une approche poétique et philosophique de l'oeuvre de Rembrandt à travers le regard d'une femme d'aujourd'hui. Il est refusé par les éditions Gallimard et du Rocher, mais les éditions L'Age d'Homme lui renouvellent leur confiance :

"Vladimir Dimitrijevic avait une politique d'encouragement à ses auteurs. Il n'aurait pas pris n'importe quoi, mais il était disposé à publier des livres moins vendables, en ayant en tête que cet auteur pouvait avoir une trajectoire. Evidemment, en termes de presse, j'ai senti la différence par rapport à Gallimard. Je devais assurer moi-même la promotion en Belgique, ce qui n'est pas mon talent. Je ne suis pas assez entreprenante pour démarcher moi-même. Par contre, j'ai pu rencontrer plusieurs fois Vladimir Dimitrijevic en personne à la Foire du Livre de Bruxelles où il était présent chaque année. C'était toujours sympathique, y compris lorsque je n'ai plus publié chez lui. Il est resté convivial, positif, offrant tous les livres que je voulais sur son stand, prenant des nouvelles sur mes projets, m'invitant à lui présenter d'éventuels manuscrits, s'intéressant à mon travail". A noter que Vladimir Dimitrijevic est décédé le 28 juin 2011 dans un accident de voiture.

Pour son quatrième manuscrit, "Un peu de soleil sur les planchers", Geneviève décide de ne l'envoyer qu'à un seul éditeur, Luce Wilquin : "J'en ai eu assez de toutes ces démarches et ces lettres de refus, qui me déprimaient. J'avais eu l'occasion de rencontrer Luce Wilquin lors d'une soirée littéraire et elle avait l'air de connaître mon travail, au point de me proposer de venir un jour chez elle. De mon côté, j'avais envie d'être un peu moins seule autour de ces questions d'édition et j'avais déjà pu constater que Luce Wilquin était très fidèle à ses auteurs. Elle avait aussi constitué un catalogue intéressant et je lui ai donc proposé mon texte qu'elle a accepté tout de suite".

Geneviève a trouvé la maison d'édition qui lui convenait et qui a publié également son cinquième livre, "Le tableau de Giacomo", paru en 2010 : "J'ai trouvé auprès de Luce Wilquin une éditrice professionnelle, tout en étant accueillie personnellement. J'ai rencontré d'autres auteurs publiés chez elle. Ce que je trouve agréable et honnête, c'est que l'on sent que l'on est dans une relation gagnant-gagnant. Par exemple, quand j'ai été finaliste pour des prix en France, elle a trouvé cela intéressant aussi pour sa maison, qui pouvait de la sorte aller à la rencontre d'autres lecteurs et pénétrer d'autres marchés. On se sent dans un partenariat où chacun a un rôle et quelque chose à gagner. Chaque année, elle a son propre stand à la Foire du Livre de Bruxelles où l'on croise beaucoup de monde".

Plus d'infos sur les éditions Luce Wilquin (qui fêteront leurs 20 ans en 2012) : http://www.wilquin.com/