mercredi 18 février 2026
Les librairies Club / Standaard Boekhandel
mercredi 17 septembre 2025
"La Petite Librairie" à Heusy
"La Petite Librairie" a été inaugurée en 2021 à Heusy, un village près de Verviers. Sa responsable Virginie Sonveau s'est confiée à la revue "Le Carnet et les Instants" du Service de Promotion des Lettres de la Fédération Wallonie-Bruxelles :
"Quand j'ai terminé ma rhéto, j'avais envie de continuer à baigner dans l'univers des livres sans avoir d'objectif professionnel en tête. Les études de romanes m'ont passionnée. Après ma licence, j'ai passé le diplôme d'agrégation en français et français langue étrangère pour pouvoir enseigner. C'est un métier que j'aimais beaucoup et que j'aime toujours. Mais je gardais dans un coin de la tête mon rêve d'ado de travailler un jour dans une librairie.
J'aimais beaucoup les liens en classe et je les vis maintenant, sous une forme différente, avec mes clients. Et ça, je ne le soupçonnais pas. J'avais envie de travailler en librairie pour lire, pour partager mes coups de coeur littéraires, pour en discuter, mais je n'imaginais pas que la dimension humaine prendrait autant de place dans le métier. Assez rapidement, à partir d'un livre, on dévie sur des sujets qui, parfois, touchent intimement ou personnellement les clients. Comme c'est un petit magasin où je travaille seule, je finis par avoir une relation régulière avec certains d'entre eux et à lier des amitiés. Il arrive parfois qu'un client demande un livre parce qu'il a envie de chercher des conseils sur un sujet comme le deuil, le burn-out, la séparation.
Petit à petit, j'ai réduit mes heures dans l'enseignement jusqu'à y renoncer. Au mois de juin de l'année passée, j'ai dû prendre la décision de démissionner pour pouvoir continuer ici. Ce fut le choix d'une passion car les conditions sont fort différentes de celles de l'enseignement. C'est un choix risqué que j'ose faire à l'approche de la cinquantaine. J'ai suivi une formation en distanciel grâce au logiciel Librisoft, un programme utilisé pour la gestion d'une librairie. Pour tout ce qui est démarches auprès des banques, la logistique commerciale, le statut d'indépendant, j'ai pu compter sur mon mari, lui-même indépendant. Le Syndicat des libraires francophones de Belgique est précieux aussi. Il fédère les différentes librairies à travers ses activités et crée un chouette esprit entre libraires. Je considère les autres libraires comme des collègues, pas comme des concurrents. Et être une librairie labellisée, c'est une reconnaissance et un gage de qualité pour les lecteurs.
Quand je me suis lancée, j'ai choisi de privilégier le roman, car c'est ce que j'affectionne le plus et que je connais le mieux. Je n'avais que de la littérature blanche et des romans historiques, policiers, ainsi qu'un rayon détente. Je n'avais ni développement personnel, ni voyages, ni jeunesse. Petit à petit, je me suis adaptée à la clientèle et aux demandes. C'est ainsi que maintenant, j'ai des mini-rayons pour tout ce qui est paralittérature. Je me tiens au courant des sorties, via des émissions, des critiques littéraires. Les représentants font aussi un chouette boulot.
Cela reste une question pour moi : faut-il intégrer la littérature belge à la littérature générale ou la séparer ? J'avais lu qu'un écrivain belge s'étonnait que les libraires créent un rayon de littérature belge, comme si elle ne faisait pas partie de "LA" littérature. Mais je note que chaque fois que je publie sur Facebook une recension sur un auteur belge ou local, il y a un vrai intérêt de la part des lecteurs.
J'ai eu la chance de recevoir Jérôme Colin, mais j'ai dû délocaliser l'événement parce qu'il y avait plus de nonante inscrits. Lorsqu'il est venu présenter son livre "Les dragons", il était lui-même fort ému et cette fragilité, cette émotion, assez inattendues étaient communicantes. A la suite d'un passage sur scène au centre culturel de Verviers, Adeline Dieudonné a accepté de venir au magasin pour une rencontre. Ces rencontres sont des bonus et une bonne manière de faire connaître la librairie, de rencontrer de nouveaux publics".
Plus d'infos : www.petitelibrairie.be
mercredi 23 juillet 2025
La librairie "Twist" à Ottignies
En 2018, Isabelle Delhaye rachète "Le petit bouquineur", une librairie-presse-tabac-jeux de hasard installée depuis une vingtaine d'années à Ottignies. Elle s'est confiée à la revue "Le Carnet et les Instants" du Service de Promotion des Lettres de la Fédération Wallonie-Bruxelles :
"En janvier 2019, trois mois après l'achat, j'ai décidé de me concentrer sur la littérature, même si ce n'était pas évident pour une petite librairie de quartier. A 18 ans, je voulais déjà reprendre une librairie. Depuis toujours, et je ne remercierai jamais assez mes parents, je baigne dans le monde du livre. Je n'ai pas de formation de libraire, mais j'ai une bonne formation en gestion, ce qui est essentiel quand on veut tenir une librairie, car les marges sont étroites et les charges de plus en plus importantes. Il faut avoir des points de contrôle réguliers sur tout ce qui touche l'aspect commercial, procéder à des analyses de chiffres, négocier des remises avec les fournisseurs ou des contrats avec les écoles et bibliothèques.
Je voulais m'approprier ma librairie, lui donner une image qui me corresponde, et même si "Le petit bouquineur" avait changé, peu de gens s'en rendaient compte. J'ai fait appel à une personne extérieure pour repenser notre charte graphique. On s'est vite entendu sur le nouveau nom, "Twist", un nom jeune, peps, plein de vitalité.
On parle avec les gens de ce qu'on lit, et la passion se transmet. Etre à l'écoute des clients, ne pas avoir peur de leur proposer des livres qu'ils n'ont pas l'habitude de lire, être attentif à leurs retours, négatifs comme positifs. On essaie de susciter une curiosité et de créer une attente. On aime beaucoup mettre en avant des auteurs et autrices belges de la région, avec un endroit dédié. La clientèle sait qu'il y a cet espace et se tourne dès lors plus spontanément qu'avant vers les nouveautés belges, à côté des best-sellers qui se vendent presque tout seuls, à la différence de nos écrivains qui n'ont pas de grosses machines marketing qui les accompagnent. J'essaie d'organiser une animation par mois, des rencontres où l'on privilégie les témoignages, l'échange car notre public est à la recherche d'histoires à partager".
Plus d'infos : www.librairietwist.be
mercredi 26 mars 2025
La librairie de la Reine à Binche
mercredi 4 décembre 2024
Les 30 ans de la librairie Antigone à Gembloux
Chers amis lecteurs, vous avez un rôle à jouer : soutenez nos librairies indépendantes ! Leur métier n'est pas facile avec la concurrence d'Amazon. La revue "Le Carnet et les Instants" a la bonne idée de les mettre à l'honneur.
Laurence Merveille s'est confiée à la revue à l'occasion des 30 ans de la librairie Antigone qu'elle a reprise à Gembloux :
"La librairie a toujours été une passion et dès que j'ai pu me réorienter, je n'ai pas hésité. En 2001, j'ai travaillé trois mois avec Patrice Gilly qui tenait à l'époque Point-Virgule à Namur, ce qui m'a remise dans l'ambiance et m'a permis de peaufiner mon expérience. C'était une manière de retourner à mes premiers amours, la lecture et la littérature, que m'avaient transmises une prof du secondaire et un père qui emmenait ses enfants une fois par semaine à la bibliothèque.
J'ai une âme d'indépendante. On a cette fibre dans ma famille. J'aime gérer. En secondaire, j'avais opté pour les latines et les sciences économiques. J'avais déjà des notions de gestion avant d'entrer dans la vie professionnelle. Cet aspect est important, car être libraire, ce n'est pas que vivre de la littérature.
Jacques Gérard m'a engagée en octobre 2001, ce qui m'a permis de me familiariser avec la clientèle de la librairie et de nouer des contacts commerciaux avec les bibliothèques et les écoles de l'entité. Jacques faisait tout à la main, avec des cahiers pour la comptabilité où il notait tous les mouvements, des feuilles de commande, etc. Il allait chercher lui-même les colis chez les distributeurs de l'époque. Cela prenait beaucoup de temps. Avec l'informatique, l'image de la librairie s'est améliorée, car la clientèle a constaté une nette amélioration dans la gestion des commandes et dans la rapidité des livraisons. Cela l'a encore plus fidélisée. Cela fait donc bientôt 20 ans que j'ai repris Antigone.
D'abord, l'accueil et le conseil. Les clients viennent chez moi parce que je lis les livres que je vends. Je leur raconte les histoires, leur dis si c'est bien écrit. Je ne peux pas tout lire évidemment, mais je peux les orienter dans la masse des livres qui sortent toutes les semaines. Je suis de près l'actualité littéraire en lisant la presse, même si je n'en vends pas. Je m'informe aussi avec "Le Carnet et les Instants". C'est important d'être curieux.
Le service est l'un de mes atouts également. Je n'ai pas peur de chercher et de commander un livre édité par un petit éditeur français. Les clients savent que je me décarcasse pour eux. C'est important également de nouer des partenariats. Ma libraire est installée à côté du collège d'enseignement secondaire Saint-Guibert. Depuis 2003, la librairie s'occupe de sa rentrée scolaire, ce partenariat est très positif pour les deux parties. J'ai aussi des relations avec la faculté de Gembloux.
Autre clé : avoir un bon comptable, en qui on a confiance, à qui on ose poser des questions. Sans oublier le commercial : je suis très impliquée dans l'essor économique de la ville comme membre de l'Union des Indépendants de Gembloux. J'aide à l'organisation de manifestations dans le centre. J'ai recours à la monnaie locale. J'aime assurer moi-même des animations avec des auteurs. J'y retrouve un plaisir de ma formation de romaniste, celui de l'analyse d'un texte. Cela me stresse, mais je passe outre".
mercredi 14 août 2024
La librairie "Oxygène" à Neufchâteau
La revue "Le Carnet et les Instants" a la bonne idée de mettre en avant les librairies indépendantes de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Cette fois, elle s'intéresse à Guy Pierrard qui a transformé l'ancien garage Fiat de son père en une libraire "Oxygène", inaugurée en 1999 :
"Les quotidiens et les magazines sont complémentaires. Les revues d'histoire ou de géographie comme "Géo" ou "National Geographic" sont pratiquement des livres. Ils sont aussi éditeurs. Si je prends un domaine qui m'intéresse beaucoup, il y a les revues d'histoire : "39-45", "Normandie", "Ligne de feu, ligne de front", "Moyen Age", "Diplomatie", etc. Il y a aussi tous les hors-séries, par exemple du Monde. Cela m'a permis d'attirer un public qu'un libraire pur n'a pas. Je vends plus de "Monde diplomatique" que "France Dimanche" ou "Ici Paris" parce que je pense que beaucoup de personnes ne s'attendent pas à trouver de la presse ici.
On propose un peu de tout. J'aime l'histoire, je vends donc probablement un peu plus de récits historiques. La littérature représente un tiers des ventes, avec une poussée récente du policier. Autre rayon important : celui consacré au livre de poche, une section de plus en plus prisée, sans oublier celui réservé à la BD et à la littérature jeunesse qui compte pour un quart du chiffre d'affaires. J'ai également organisé par trois fois une foire bisannuelle du livre de poche : certains rencontres, surtout celles autour du développement personnel, rassemblaient jusqu'à 400 personnes, ce qui pour n'est pas mal du tout pour Neufchâteau.
En général, j'essaie d'avoir les nouveautés d'écrivains belges comme Paul Colize, Barbara Abel, Armel Job évidemment qui est de la région, comme Patricia Hespel qu'une lectrice m'a fait découvrir. Et les éditions Weyrich de Neufchâteau : les gens s'identifient à ce qu'ils proposent comme beaux livres sur la nature ou les livres sur la guerre qui intéressent notre public".
Plus d'infos : Oxygène - 26, rue Saint-Roch à Neufchâteau - 061/ 27. 15. 12
mercredi 24 juillet 2024
La librairie "La traversée" à Verviers
Bernard Quickels, le responsable de la librairie "La traversée" à Verviers, s'est confié à la revue "Le Carnet et les Instants" de la Fédération Wallonie-Bruxelles :
"J'ai toujours aimé lire. Chez mes parents, il y avait en permanence des livres à disposition, divers et variés, même si je n'ai jamais été forcé de lire. J'ai dévoré les bandes dessinées de Johan et Pirlouit, les Astérix. Pendant une quinzaine d'années, j'ai travaillé dans plusieurs librairies où j'ai découvert tous les aspects du métier : la vente au comptoir, le conseil aux clients, les relations avec les bibliothèques, la réception des marchandises, les factures, ... Cela m'a donné un gros bagage. J'ai aussi gagné la confiance des fournisseurs, car certains se montrent frileux avec un libraire qui sort de nulle part.
Le nom "La traversée" est venu d'un brainstorming avec ma femme. Il nous est apparu que lire un livre, c'est comme une croisière entre deux continents, une traversée des mers entre deux cultures, une manière de créer des ponts. J'associe aussi la lecture à l'idée de lenteur, ce qui fait du bien dans notre monde actuel. Finalement, "traversée" est un terme assez bateau, c'est le cas de le dire, un terme générique derrière lequel on peut mettre tout ce que l'on veut. C'est poétique et j'aime sa sonorité.
Après un an, j'ai engagé un employé. Après deux ans, j'en avais deux et aujourd'hui, j'ai six collaborateurs. Je suis assez fier d'avoir ainsi créé de l'emploi. Les gens ressentent votre passion. Commencer petit, suivre de près les commandes des clients, gagner la confiance de ses fournisseurs en les payant à temps, être très présent sur les réseaux sociaux pour aller chercher les gens où ils sont, bien s'intégrer dans la ville où l'on s'installe, par exemple en mettant en avant les auteurs locaux ou en répondant aux demandes de sponsors. A Verviers, j'ai la chance de ne pas avoir de librairie en périphérie, comme les "Club", des chaînes où les choix des livres est dicté par une centrale d'achats.
Je mets en vente ce que je veux, même si je dois contenter un très large public. Celui de Verviers est assez cultivé, très au fait des critiques littéraires dans la presse, en radio et à la télé. Verviers a toujours été une ville culturelle. Elle a été le siège des éditions Marabout. Plusieurs auteurs de bandes dessinées y sont nés ou y ont vécu. Il y a aussi le théâtre et un conservatoire réputé. Verviers est la petite soeur de Liège, ville universitaire dont plusieurs enseignants vivent dans la région et viennent se fournir ici. Il y a chez nous une attirance naturelle pour le livre. Il y a toujours eu au moins deux librairies dans la cité.
On n'a pas vraiment de spécialité, j'essaie de développer tous les rayons. Notre fer de lance, c'est la littérature en général, les romans policiers, de science-fiction, etc. Quand on me présente un beau livre d'archéologie, sur l'Egypte en particulier, je le prends. Vendre un bouquin pointu représente un beau défi et me donne un sentiment de grande fierté. Et de joie : on aurait envie d'embrasser le client !
Je ne peux pas dire que je mets la littérature belge plus en avant que d'autres. Je n'ai ni table, ni étagère d'auteurs belges. Ce n'est pas un combat pour moi. Pourtant, j'en lis. Je n'ai pas vraiment de demandes non plus. En juillet, une de mes collègues a mis en avant dix livres belges sur nos réseaux sociaux. Nous en avons un certain pourcentage dans notre stock. Comme la librairie est toujours en mouvement et en pleine expansion, rien ne dit que dans un futur proche, je ne mettrai pas davantage en avant ces livres.
Nous essayons d'accueillir le plus d'auteurs possible. Nous recevons beaucoup de demandes, mais je ne peux pas accueillir tout le monde, même si c'est très dur de dire non. J'ai la chance de pouvoir choisir ceux que j'ai envie de mettre en avant : Julia Deck, Hugues Dayez, France Brel, Philippe Saive, Thomas Gunzig, Guy Delhasse, etc".
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mercredi 26 juin 2024
La librairie "La Page d'Après" (Louvain-la-Neuve)
Suite à la faillite de la librairie française "Le Furet du Nord" en 2022, le manque d'une librairie indépendante se faisait sentir dans la ville universitaire de Louvain-la-Neuve. En 2023, Floriane Vreuls et Pierre-Yves Millet ont donc ouvert la librairie "La Page d'Après". Plus d'infos :wwww.lapagedapres.be
Originaire du Brabant wallon, Pierre-Yves Millet s'est confié à la revue "Le Carnet et les Instants" de la Fédération Wallonie-Bruxelles :
"En ce qui me concerne, j'ai été journaliste pendant 21 ans à la RTBF. Diplômé en langues et littératures romanes puis en communication de l'UCL également, je me suis lancé avec bonheur dans le journalisme, tout en me disant que je reviendrais un jour à mes premiers amours : le monde du livre et de la littérature. Basé à la rédaction de Namur, j'ai passé beaucoup de temps à la librairie voisine Papyrus, créée par une amie qui m'a transmis son goût du métier.
Finalement, une opportunité s'est présentée, grâce à l'UCL qui voulait absolument retrouver une librairie indépendante à Louvain-la-Neuve et était prête à apporter son soutien. J'ai alors discuté avec Floriane qui est une amie depuis dix ans et on s'est lancés dans l'aventure. Floriane avait une idée précise de la tonalité qu'elle voulait donner au lieu. Elle a été visionnaire en imaginant un espace zen, avec du blanc, du bois, du vert. On en a discuté avec le menuisier et l'architecte d'intérieur qui ont conçu une librairie où les gens se sentent comme chez eux.
Ce qu'on souhaite proposer, c'est d'abord une ambiance, un accueil. Tout le monde a accès à tous les livres, peut les regarder, les manipuler, s'asseoir pour les parcourir. En plus de l'accueil, de la bienveillance, du conseil, j'aime que la librairie soit un lieu de flânerie, calme et paisible. Que le client ait envie de prendre le temps de regarder les tables, de feuilleter les livres. La librairie est de plain-pied avec une porte à double battant. On a laissé de l'espace entre les rayons. Les meubles sont assez bas. On a aussi enlevé les faux plafonds pour donner de l'air aux 200 mètres carrés. Il n'y a pas de rayonnages centraux qui viendraient couper la vue.
Venant tous les deux de la fonction publique, nous avons dû apprendre à la fois comment créer et gérer une société commerciale et comment développer une librairie indépendante. Il fallait identifier une situation idéale, visible et accessible, avoir un loyer soutenable, établir un bon plan financier (on a calculé qu'il faudrait vendre 150 à 220 livres par jour en tenant compte d'un prix moyen pour être rentable) et s'entourer de vrais libraires. Dès que notre projet a été connu, nous avons reçu énormément de candidatures spontanées. C'est un métier qui attire. Nous avons engagé trois libraires avec une expérience, et nous avons appris le métier sur le terrain grâce à elles.
Nous cherchons à donner une coloration à l'ensemble, et les choix s'affinent au fil du temps, en fonction des demandes et des suggestions du public, singulièrement dans les sciences humaines ou en politique, en philosophie, en développement personnel, il y a toute une gamme de possibilités entre le tout-public et le super spécialisé. La librairie évolue aussi en fonction des problématiques de société. On pressentait une attente forte. Nombre de personnes viennent encore nous dire merci pour notre initiative. Même si d'autres clients ont pris de nouvelles habitudes comme se rendre à la Fnac ou chez Claudine à Wavre et chez Twist à Ottignies. Mais on est convaincus qu'il y a de la place pour trois librairies indépendantes dans la région.
Les collaborations sont presque illimitées... La Maison du développement durable a créé un escape game dans la ville auquel nous participons. Il y a aussi les possibilités offertes par la proximité avec l'université. Nous sommes à son écoute : si les professeurs ont des envies de collaborations, d'inviter des auteurs abordés dans les cours, en littérature par exemple, nous pouvons organiser des rencontres dans la librairie ou relayer les ouvrages des docteur honoris causa comme Bernard Foccroulle. Nous avons également des rapports étroits avec la maison d'édition Academia de Louvain-la-Neuve. C'est ainsi que nous avons organisé un speed dating entre quatre responsables de la maison et des candidats écrivains venus faire le pitch de leur projet. C'était super !".
mercredi 24 mai 2023
La librairie "Chantelivre" à Tournai
La revue "Le Carnet et les Instants" continue - avec raison - de mettre à l'honneur des librairies du sud du pays. Voici un extrait des confidences de Catherine Vanmansart qui dirige la librairie "Chantelivre" à Tournai :
"La fondatrice avait ouvert un beau magasin de livres jeunesse et de jeux-jouets. Au fur et à mesure, elle a engagé plusieurs personnes. Je suis arrivée en 1999. Le lieu étant assez petit et pas très bien configuré, nous avons prospecté pour trouver une surface de plus de 100 m2 dans le centre-ville, ce qui était une de nos priorités. Les représentants nous encourageaient à ouvrir un rayon livre adultes plus important, mais l'espace manquait. C'est un couple de clients qui nous a parlé du pâté de maisons Notre-Dame avec cinq bouts de murs qu'ils étaient en train de rénover.
Cette ancienne demeure entraîne quelques contraintes. Nous ne pouvons pas toucher aux croisillons en pierre des fenêtres, ce qui complique l'aménagement des vitrines. Mais cela contribue aussi à ce que des gens qui ne viendraient peut-être pas en librairie entrent chez nous pour découvrir l'intérieur.
Il y a une grande part de fantasmes autour du métier de libraire. On nous imagine lire des livres toute la journée, que tout est magique, mais il y a toute l'intendance, la chaîne du livre, les frustrations face à nos concurrents directs sur Internet. Mais chaque fois que j'ouvre une caisse, je garde toujours l'émerveillement face aux nouveautés. Depuis 2-3 ans, Covid oblige, il y a plus de demande pour des livres feel good sur la bienveillance, le bien-être. Et si quelqu'un arrive au livre grâce au feel good, tant mieux, d'autant qu'il y a du bon feel good.
Les grands-parents aiment beaucoup offrir des livres. Le public le plus difficile à capter, ce sont les adolescents. Pour moi, c'est une petite tristesse. Il y a des enfants que l'on connaît depuis toujours, qui sont venus bébés, mais qui décrochent de la lecture à 14-15 ans. C'est frustrant alors qu'il y a tellement de bons romans jeunesse. Chaque année, je fais une sélection de titre jeunesse pour les écoles de Tournai, et Juliette propose des rencontres à la librairie. Les animations bébé fonctionnent toujours bien, il y a beaucoup de demandes.
Nous avons d'autres partenariats avec "Tournai, ville en poésie", le salon littéraire Tournai la Page, le prix triennal de littérature de la ville de Tournai, le festival Les Inattendues. On s'implique aussi dans l'opération "Lisez-vous le belge?"".
Plus d'infos : www.chantelivre.be
mercredi 29 mars 2023
La librairie D Livre à Dinant
Patrick De Munck a ouvert en 2007 la librairie D Livre à Dinant en province de Namur. Il s'est confié à la revue "Le Carnet et les Instants" :
"J'ai toujours voulu être indépendant, ce qui est difficile dans un grand groupe comme Arcelor Mittal. Je voulais être mon propre patron. J'ai découvert ma voie à Banon, un petit village provençal de 1.000 habitants où un libraire a ouvert "Le Bleuet" avec l'équivalent en stock d'une FNAC parisienne, au point d'occuper désormais deux maisons adjacentes. Ce qui était possible à Banon pouvait l'être à Dinant. Dinant parce que Bruxellois à l'origine, j'y vis depuis 31 ans après avoir épousé une Dinantaise. J'ai réalisé une analyse marketing sérieuse de la région en m'appuyant sur une démarche enseignée dans les écoles françaises de formation des libraires. A l'époque, il n'y avait plus de librairie dans un rayon de 30 kilomètres, à part les points presse, et donc un marché à prendre. La zone de chalandise offrait un nombre d'habitants suffisants pour faire vivre une librairie : j'ai ainsi des lecteurs de Philippeville, Florennes, Ciney, Yvoir...et j'en ai même eu de Givet, de l'autre côté de la frontière, avant qu'une FNAC s'y installe. Une fois ma décision prise, j'ai suivi quelques formations proposées par le Syndicat des libraires francophones de Belgique. Et puis, je remercie mes profs d'humanité de m'avoir si bien enseigné la littérature française !
Les contacts interprofessionnels sont importants. On apprend beaucoup en rencontrant des collègues, en découvrant de bonnes pratiques. Cela permet d'offrir un niveau de service performant à nos clients. Se regrouper aide aussi des petites librairies comme la mienne à faire bouger les choses face à de grands groupes de distribution comme Hachette, Madrigal ou Editis. Je suis un petit libraire dans le sens où mon chiffre d'affaires ne me permet pas de peser assez lourd, par exemple pour avoir des marges intéressantes. Le rapport reste inégal. Le syndicat a permis l'émergence de la Banque du Livre, du catalogue informatique. Je viens également d'inaugurer la facture électronique avec les fournisseurs français. Je suis le premier à le faire comme libraire-test en Belgique.
J'avais trois objectifs, et aujourd'hui, nous avons pu réaliser les trois : la librairie physique, la librairie sur la toile et la vente de livres numériques. Déjà à l'époque, en 2007, j'estimais que la librairie en ligne deviendrait incontournable. Comme la révolution de l'imprimerie a duré une centaine d'années pour s'imposer, la révolution du numérique prendra aussi du temps mais fera partie du quotidien des lecteurs dans le futur. Je pense que les deux marchés vont vivre en parallèle et s'équilibrer. Mais à long terme, le livre papier aura moins d'importance en termes de chiffres d'affaires. Aujourd'hui, il pèse pour plus de 90%. Il est fort probable que le rapport va s'inverser dans l'avenir.
J'ai une passion depuis l'enfance pour la lecture, mais il est indispensable d'avoir des bases de gestion pour tenir le coup. Sinon, je lis un peu de tout, de la littérature, de l'économie, de l'histoire, de la politique. Je lis aussi souvent des livres que je ne vends pas, comme la littérature du Moyen Age, qui est un dada personnel, ou la poésie flamande. Je suis preneur d'un livre sur l'histoire de Dinant, car il n'y en a plus depuis longtemps.
Je propose aussi un polar historique, "L'oratoire celte" de Daniel Remacle, un Bruxellois qui vit près de Verdun. C'est un auteur assez curieux, qui s'est autoédité après avoir suivi un atelier d'écriture de Franck Thilliez. Je ne peux pas accepter tous les livres autoédités des nombreux auteurs qui viennent en faire la promotion auprès de moi, mais Daniel Remacle est parvenu à me convaincre que son livre, finaliste du prix Fintro Ecritures noires 2020, aurait été aussi qualitatif s'il était sorti à compte d'éditeur, tant sur le plan du texte que de l'impression".
Plus d'infos : https://www.dlivre.com/
mercredi 10 août 2022
La librairie "L'Oiseau-Lire" à Visé
La revue "Le Carnet et les Instants" a interrogé Pierre et Béatrice Cerfontaine, les fondateurs de cette librairie en 1985.
Pierre Cerfontaine : "En 1985, nous n'avions pas de prêts à rembourser, pas d'enfants. Nous ne risquions pas grand chose. Nous n'imaginions pas que plus de trente ans plus tard, nous serions toujours là, qu'onze personnes travailleraient avec nous dans la librairie, que nous passerions d'un tout petit espace de 34 m2 de l'autre côté de la rue aux 350 m2 d'aujourd'hui avec 32 pièces, et qu'on serait connus jusqu'en France via les auteurs qui viennent chez nous et qui racontent l'accueil qu'on leur réserve. Nous devons être les derniers libraires en activité à avoir encore envoyé nos commandes par la poste ou par téléphone. Avant le fax ! Il y a bien sûr des librairies qui existaient avant la nôtre, mais plus avec les mêmes personnes qu'à leur création, comme "Tropismes" avec la regrettée Brigitte de Meeûs, "Pax" de Philippe Mailleux qui l'a remise, etc.
La littérature de jeunesse était à ses balbutiements. Nous étions peut-être une dizaine de librairies jeunesse à l'époque avec "La parenthèse" à Liège ou "L'ïle ouverte" à Verviers, qui n'existe plus, "Am Stram Gram" et "Le Rat Conteur" à Bruxelles. En librairies généralistes, "Molière" à Charleroi et "La dérive" à Huy étaient des précurseurs, mais beaucoup de libraires ne voyaient pas l'intérêt de se lancer dans la littérature de jeunesse. Aujourd'hui, c'est devenu une branche rentable. Pour l'édition, il y avait essentiellement L'école des loisirs et le Père Castor. Beaucoup d'éditeurs ne s'étaient pas encore lancés en jeunesse.
On ne se camoufle pas : c'est un commerce. On ne vend pas n'importe quoi, n'importe comment, mais on est soumis aux lois du commerce. Certains libraires ont parfois tendance à l'oublier ou n'osent pas le reconnaître. Nous proposons aussi des ouvrages qui ont du succès. On a vendu presque 400 fois le dernier roman de Joël Dicker. D'une part, cela dégage des liquidités pour faire vivre la librairie. D'autre part, de quel droit peut-on juger ce que les gens lisent ? Personne ici ne s'accorde ce droit.
On a envie d'aller chercher l'enfant de l'école, de lui donner l'envie de pousser la porte, qu'il n'ait pas peur et qu'il se sente chez lui. Si on ne propose que du pointu, c'est impossible. Bien sûr, nous proposons aussi nos sélections plus personnelles. Notre rôle, c'est de proposer au public non pas ce qu'il aime, mais ce qu'il pourrait aimer. Notre objectif est de mettre à la portée des enfants et des adultes des livres dont la qualité est telle qu'elle les aidera dans leurs choix, dans le sens du bien commun, qu'elle les aidera à vivre.
D'emblée, je me suis tournée vers les enseignants : ils ont tout de suite accepté qu'une personne extérieure à l'école entre dans leur classe. Au début, je présentais tout un panel de livres depuis la maternelle jusqu'à la fin des humanités, avec l'idée de susciter le plaisir de la lecture et que chaque élève puisse choisir un livre qu'il aimait. Toutes les six semaines, un vendredi car il n'y a pas école le lendemain, de 19h à 21h, la librairie est au club de lecture des ados. Chacun vient raconter ses coups de coeur ou....écouter, sans obligation de prendre la parole".
Plus d'infos : www.loiseaulire.be
mercredi 15 juin 2022
La librairie "Claudine" à Wavre
Diane Platteuw, la responsable de la librairie "Claudine" à Wavre (ouverte depuis octobre 2020), s'est confiée à la revue "Le Carnet et les Instants" :
"Le projet est né d'une réflexion bien mûrie à un moment de ma vie professionnelle. Je lis depuis l'enfance, j'ai toujours aimé partager mes découvertes littéraires. J'étais déjà prescriptrice pour mes connaissances. De plus, je suis fascinée par la créativité et par le croisement des disciplines culturelles. Ouvrir une librairie, c'est faire de ce partage, de ce goût de la découverte une profession. C'est aussi créer un espace qui participe à la diffusion et à la création culturelles. J'avais aussi envie de créer un projet dans la ville où je vis depuis dix ans et dans laquelle je me suis impliquée.
J'ai contacté plusieurs libraires en me proposant comme stagiaire. Yves Limauge m'a accueillie dans sa librairie de Woluwé-Saint-Lambert. Il m'a ensuite engagée pendant un an. Il m'avait dit à l'époque que tenir une librairie est un sport de combat. C'est lui qui m'a appris le métier avec talent et passion. Je lui dois un immense merci pour son parrainage. Nous continuons à nous voir régulièrement. Beaucoup de gens viennent à la librairie pour me demander ce que je leur conseillerais pour ouvrir ce genre de commerce. Je réponds que le passage par une autre librairie me paraît essentiel. Il faut se cogner à la réalité : la trésorerie, les retours, les négociations avec les distributeurs, être attentive à ses charges fixes, etc. Le Syndicat des libraires francophones indépendants est un précieux référent également. Le réseau des libraires indépendantes n'est pas un mythe, et j'ai envie de m'inscrire dans cette dynamique : entre collègues, nous n'hésitons pas à faire appel à l'un ou à l'autre.
Des lecteurs sont venus acheter le livre "Brasiers" de Marie-Pierre Jadin sans savoir qu'elle travaillait ici. Elle apporte une touche particulière au conseil. Elle a une manière différente de lire un texte et de qualifier une écriture, un livre. C'est très excitant aussi de se dire qu'elle est en train d'écrire son deuxième roman. Et Louisa Van Breusegem est stagiaire chez nous. Je l'ai rencontrée dans le cadre d'une réorientation d'études. Elle nous apporte la vivacité de ses 25 ans. Elle appartient à la génération Harry Potter qui traque les nouveautés sur les réseaux sociaux. Elle a un contact différent avec les ados et certains viennent pour elle.
Librairie généraliste veut dire ouverture. C'est même une condition de survie pour nous à Wavre. Cela me plaît d'avoir un public diversifié qui sait que nous nous couperons en quatre pour lui, pour le conseiller, lui apporter le service qu'il attend. En retour, il comprend nos contraintes et accepte d'attendre si nécessaire. Il sait que nous nous inscrivons dans une autre démarche d'Amazon qui entraîne le dépeuplement du centre-ville par la dématérialisation et la décommercialisation du secteur.
Nous avons un rayon essais où les ouvrages féministes occupent pas mal de place. Même si la lecture apparait comme une activité plus féminine, notre clientèle est mixte. Ce féminisme, nous l'incarnons aussi en tant que femmes cheffes d'entreprise engagées dans la vie sociale. Sans avoir un axe militant affirmé, on donne de facto une certaine image".
Soutenons nos libraires ! Plus d'infos : www.librairieclaudine.be
mercredi 16 mars 2022
La librairie "Melpomène" à Mouscron
Maria Paviadakis s'est confiée à la revue "Le Carnet et les Instants" à l'occasion des 45 ans de la librairie "Melpomène" à Mouscron qu'elle a reprise en 2017 :
"J'aime la sonorité du mot, et beaucoup de librairies ont un nom qui renvoie à la culture classique ou à l'Antiquité (comme Agora, Antigone, Bibliopolis, Papyrus). L'épouse du fondateur de la librairie, Jacques Bourgeois, était professeure de latin-grec au collège Sainte-Marie tout proche.
Toute ma famille grecque est partie dans le monde pour faire des affaires après la guerre et le régime des colonels. Je suis heureuse : je suis indépendante, je me développe, je lis, je prends mes décisions moi-même, je suis une passionnée, hyperactive, je fonce puis j'assume ! Heureusement, certaines personnes refusent de passer par Internet, apprécient le conseil et le contact, favorisent le commerce local.
Melpomène, c'est un nom assez pointu, mais je ne souhaite pas donner une image élitiste de la librairie. A l'heure actuelle, il est important d'ouvrir la librairie à des publics très différents. Mouscron est une petite ville avec un centre bourgeois et des quartiers ouvriers qui datent de l'époque industrielle. On est entouré d'une dizaine d'écoles, de nombreux navetteurs viennent de la gare assez proche, il y a un arrêt de bus devant notre vitrine, il faut que celle-ci attire et parle à tout le monde.
La culture doit être à la portée de tout un chacun. Même si une librairie reflète la personnalité du libraire ou de la librairie, j'ai voulu que Melpomène devienne une librairie généraliste. Même si je n'aime pas Musso, je trouve qu'il doit être en magasin. Il y a des mangas aussi qui font que des écoliers reviennent. Ils sont tout contents et je suis fière de les voir revenir.
Catherine est une retraitée et une passionnée comme moi. Elle est à l'affût de "Livres Hebdo", de "Lire", des magazines spécialisés. Elle assiste aux rencontres éditoriales, dévore les services de presse, reçoit les représentants des diffuseurs avec moi pour les précommandes, car c'est impossible de tout lire, de tout avoir, de tout vendre. Il y a trop, beaucoup trop. Ce sont aussi des piles et des piles de livres qu'il faut réceptionner, encoder, mettre en rayons. Il y a trop d'entrées, trop de retours. Heureusement, Catherine est plus sélective que moi. Evidemment, il suffit que vous renvoyiez un ouvrage pour qu'on vous le demande...".
Plus d'infos sur "Melpomène" (qui est membre de la plateforme Librel) : www.melpomene.be
Privilégions ces librairies indépendantes belges au lieu d'Amazon !
mercredi 12 janvier 2022
La librairie "Le temps de lire" (Libramont-Chevigny)
A l'occasion des 25 ans de sa librairie, Pierre Bodson s'est confié à la revue "Le Carnet et les Instants" :
"C'est un rêve un peu fou qui s'est réalisé. Originaire de Paliseul dans le Luxembourg belge, j'ai grandi dans la boucherie familiale. Ce n'est pas anodin car j'y ai compris que j'aimerais le contact avec les gens. De plus, les parents de mon meilleur ami d'enfance tenaient une imprimerie et une librairie. Quand ils étaient absents, je prenais la place de cet ami qui n'était pas du tout lecteur. Je craignais le côté gestion et comptabilité. En plus, à l'époque, je me projetais dans l'univers de la chanson, j'étais reconnu pour ma voix remarquée par un professionnel, j'ai participé à des concours de chants, mais mes parents me voyaient plutôt comme instituteur.
Financièrement, c'était un risque et mes parents ont paniqué. D'abord, le projet a été mûri pendant un an avec une étude de marché préliminaire. J'avais l'avantage de ne pas avoir de surface commerciale à louer, et d'être aidé par le salaire de mon épouse. Il faut toujours avancer l'argent pour les livres, parfois des sommes importantes, avant d'en voir le bénéfice. Et la marge bénéficiaire est très faible. Beaucoup s'imaginent que nous gagnons très bien notre vie...mais ils ne prennent pas conscience de la prise de risque ! Le plus gros poste, ce sont les frais de transports. Tout se paie, y compris les retours. Heureusement, nous sommes soutenus par le Syndicat des libraires francophones de Belgique qui fait un travail formidable. Il porte nos revendications et nous soutient sur plusieurs fronts, comme le combat gagné pour le prix unique du livre, la création de Librel pour contrer Amazon, des formations, les relations avec certains partenaires comme les maisons de distribution, etc. Seuls, nous aurions plus de difficultés pour obtenir des résultats.
Il faut concilier la passion de la lecture, la gestion et le feeling avec la clientèle. Les gens sont venus car il y avait un réel manque à l'époque pour les amoureux de littérature et les curieux de culture à Libramont, mais aussi à Saint-Hubert, Neufchâteau et Bertrix. Très vite, ils ont aussi pris l'habitude de commander. Depuis 25 ans, il n'y a pas un seul jour sans une commande. Notre succès est aussi lié à la qualité de la clientèle qui est conciliante et accepte d'attendre ses livres.
Comme petit libraire, on n'a pas beaucoup le temps de lire, c'est le cas de le dire, en particulier tout ce qui paraît aux rentrées littéraires. Heureusement, les représentants ont vite compris le style de la maison, son identité, sa cohérence. Par exemple, nous vendons aussi des cartes postales mais nous privilégions celles avec des textes qui ont du sens. Pour nous aider, il y a aussi tout ce qui tourne autour de notre passion pour la littérature : les grandes émissions comme "La grande librairie", "Sous couverture", en radio "La librairie francophone" que je n'ai pas ratée une seule fois d'autant que des libraires y interviennent, les journaux et les revues dont une qui me tient particulièrement à coeur : "Page".
Si ce sont surtout des dames qui participent à nos animations, je constate qu'il y a maintenant beaucoup de jeunes papas qui s'intéressent à la littérature jeunesse. Sinon, les hommes viennent plus pour les BD et les romans policiers ainsi que pour les livres régionaux ou traitant de la guerre, la nature, le jardinage. Les apéro-lectures, c'est un lieu où l'on partage ses propres expériences, son vécu, ses émotions, où l'on se dévoile parfois à partir d'une fiction. Peut-être les hommes ont-ils plus de mal à se confier ?".
Plus d'infos : letempsdelire.be
Privilégions nos libraires au lieu de commander sur Amazon !
mercredi 28 juillet 2021
Librairie Livre's - Librairie Conviviale à Marche-en-Famenne
mercredi 26 juillet 2017
Les librairies labellisées
Qui sont ces librairies? Citons Tropismes et Quartiers Latins (à Bruxelles), Molière (à Charleroi), Librairie de la Reine (à Binche), Scientia et André Leto (à Mons), Le Point Virgule (à Arlon), Decallone et Siloe (à Tournai), L'Oiseau-Lire (à Visé), DLivre (à Dinant), Chapitre et Papyrus (à Namur), Graffiti (à Waterloo), Antigone (à Gembloux), Parenthèse (à Liège), etc.
Ce label donne accès aux aides de la Fédération Wallonie-Bruxelles pour l'organisation de rencontres littéraires, pour des prêts sans intérêts pour l'aménagement et l'équipement des lieux, pour des abonnements à des outils bibliographiques professionnels. En 2016, la Fédération Wallonie-Bruxelles a financé 314 librairies labellisées afin d'aider ces librairies indépendantes qui doivent faire face à la concurrence des grandes surfaces et d'Internet. Un projet vise aussi à supprimer la "tabelle" afin de diminuer le prix payé par les consommateurs pour l'achat de livres édités en France (soit 70% des livres achetés en Belgique francophone).
Depuis 2014, le Syndicat des librairies francophones s'est vue confier par la Fédération Wallonie-Bruxelles la mission de développer un outil mutualisé devant permettre la commercialisation de livres numériques. Une trentaine de librairies indépendantes participent actuellement à Librel, le portail numérique des librairies francophones de Belgique qui propose aujourd'hui aux particuliers plus de 400.000 titres en français, 200.000 en anglais, 40.000 en néerlandais, et aux bibliothèques plus de 140.000 titres émanant de près de 3.000 éditeurs.

