mercredi 24 octobre 2018

Prix Bourse de la Découverte 2018 pour Sébastien Ministru

                            Sébastien Ministru

Au début de cette année 2018, je vous avais parlé de la sortie de "Apprendre à lire", le premier roman de Sébastien Ministru, paru aux éditions Grasset :   http://ecrivainsbelges.blogspot.com/2018/04/premier-roman-de-sebastien-ministru.html

La princesse Caroline de Monaco vient de lui remettre le Prix Bourse de la Découverte 2018, attribué par la Fondation Prince Pierre de Monaco. C'est la première fois qu'un auteur belge reçoit cette récompense dotée de 12.000 euros. Toutes nos félicitations à Sébastien Ministru !

Vous pouvez retrouver un compte-rendu détaillé de ce roman sur le site Le Carnet et les Instants du Service de Promotion des Lettres de la Fédération Wallonie-Bruxelles :   https://le-carnet-et-les-instants.net/2018/02/10/ministru-apprendre-a-lire

mercredi 17 octobre 2018

Nouvelle de Rémi Bertrand

                                       

Licencié en philologie romane, papa de deux garçons, Rémi Bertrand est un auteur belge de 36 ans dont je vous ai déjà parlé :   http://ecrivainsbelges.blogspot.com/search/label/Bertrand%20Rémi

Il vient de sortir une nouvelle d'une trentaine de pages, intitulée "24 secondes par image". C'est l'histoire d'un garçon demandeur d'emploi qui vient de vivre une rupture sentimentale. La veille de la Saint-Valentin, le facteur lui apporte un recommandé envoyé par son ex qui l'invite au restaurant....   "24 secondes par image" est publiée par les éditions Lamiroy (www.lamiroy.be) qui a un concept original :  chaque vendredi, ils sortent une nouvelle au prix de 4 euros.

mercredi 10 octobre 2018

"Les prénoms épicènes" (Amélie Nothomb)

A l'occasion de la rentrée littéraire, notre célèbre baronne Amélie Nothomb nous a sorti son 27ème roman :  "Les prénoms épicènes", publié aux éditions Albin Michel. Qu'est-ce qu'un prénom épicène? C'est un prénom qui n'a pas de genre, ce qui est le cas des trois héros principaux du roman (Claude, Dominique et Epicène). Il est un peu le livre miroir de "Frappe-toi le cœur", paru l'an dernier :  l'un évoque une petite fille rejetée par sa mère et l'autre une petite Epicène qui n'aime pas son père Claude(Amélie Nothomb précise que ce n'est pas autobiographique et qu'elle adore ses parents!).

Je vous propose de lire un compte-rendu très détaillé du roman et une interview-vidéo de l'auteure sur le blog "Le Carnet et les Instants" du Service de Promotion des Lettres de la Fédération Wallonie-Bruxelles (vous y trouverez d'autres comptes-rendus d'écrivains belges) :   https://le-carnet-et-les-instants.net/2018/08/23/nothomb-les-prenoms-epicenes/

Et vous, quels sont vos coups de cœur parmi les romans d'Amélie Nothomb?

mercredi 3 octobre 2018

"La vraie vie" (Adeline Dieudonné)

                          «Ce que j’aime chez mon héroïne, c’est sa façon de refuser le statut de proie».

En Belgique francophone, c'est incontestablement la grosse découverte de cette rentrée littéraire :  "La vraie vie", le premier roman d'une jeune Bruxelloise de 36 ans, publié par les éditions L'Iconoclaste. Elle a raconté son parcours à la presse :   "Mon parcours est assez chaotique. J'ai une formation de comédienne, mais ça n'a jamais vraiment marché. Alors, j'ai fait des tas de boulots :  assistante de production, travail dans un cabinet d'architectes, j'ai même vendu des sextoys! Puis, voici trois ans, la crise de la trentaine, les attentats, la violence, je me suis interrogée sur plein de choses. J'étais un peu désespérée face à toute cette violence, inquiète pour l'avenir de mes enfants. Et un jour, j'ai commencé à écrire....  Cette histoire, elle est un peu sortie de nulle part. J'ai fait beaucoup d'impro dans ma vie et j'ai fait la même chose en commençant mon roman. C'est comme ça qu'il est né. Puis, j'ai réfléchi : qu'avais-je voulu dire? Et j'ai écrit".

L'héroïne et narratrice du roman a 10 ans lorsque commence le récit et 15 ans lorsqu'il se termine. Elle vit dans un vieux lotissement avec son petit frère Gilles, sa maman transparente et craintive face au père, un homme violent. L'histoire bascule le jour où le siphon à chantilly du marchand de glace éclate littéralement la tête du pauvre homme face au petit Gilles tétanisé. L'enfant va perdre son sourire et verser petit à petit dans la violence, entraîné par son père. Pour redonner le sourire à son frère, la gamine va décider d'échapper à cette vie en cherchant à remonter le temps et empêcher le stupide accident du glacier. L'adolescente doit ensuite accepter que c'est dans la réalité qu'elle doit trouver une solution...

Adeline Dieudonné fait une entrée triomphale dans les Lettres Belges :  déjà Prix FNAC 2018,  "La vraie vie" est désormais en lice pour les prix Goncourt et Renaudot! Elle a répondu aux questions de la journaliste Lucile Poulain pour "Le Soir Mag" :

"Vous abordez des sujets graves tels que la violence conjugale. L'aspect engagé de votre histoire était-il voulu?
- Honnêtement, ce n'était pas prémédité. Le rapport de l'homme à la nature et ses pulsions animales font partie de ce que j'appelle "mes obsessions". Je me suis imprégnée de sa relation avec le monde vivant, l'état de prédation qu'il entretient en tant que chasseur et qu'il peut calquer sur sa famille ou son entourage, encore de nos jours. Ce qui est aussi palpable dans la tension du livre, c'est l'inquiétude que j'ai pour mes enfants et les générations à venir. Mais avec la chasse, il y a aussi la survie, et ma petite héroïne découvre peu à peu ce qu'elle a à disposition pour s'en sortir dans la vie. Quel métier, quels alliés... Finalement, c'est plein d'espoir.

- On découvre des personnages qui ressemblent à Monsieur et Madame Tout-le-monde. A quel point vous êtes vous inspirée de votre vraie vie?
- Le drame initial - que je ne vais pas révéler - se voulait être un souvenir d'enfance. Ensuite, j'ai fait des mélanges de plusieurs familles, c'est un grand melting-pot de gens que j'ai croisés. J'ai, par exemple, donné le prénom d'une femme que je connais à un des personnages pour lui rendre hommage :  Lyuba. Son histoire m'avait profondément bouleversée et j'ai fait en sorte qu'elle s'en tire mieux dans le livre que dans la vraie vie...

- Vous êtes mère de deux petites filles. Ont-elles été tentées de lire le récit de votre jeune héroïne?
- Non, elles sont trop jeunes. Par contre, l'autre jour, je ré-écoutais la version audio du livre que j'ai enregistrée il y a quelques semaines (j'ai même dû passer un casting!) et ma plus grande était près de moi. J'ai été très amusée de la voir rire aux éclats en écoutant, ça l'intrigue beaucoup, elle se demande qui sont ces gens et d'où viennent les horreurs que je raconte. J'ai d'ailleurs redécouvert le livre en enregistrant la lecture, c'était une expérience incroyable. J'ai beaucoup pleuré à certains passages, je ne m'y attendais pas du tout.

- Vous avez commencé à écrire il y a seulement deux ans. Quel a été votre déclic?
- Je traversais une sorte de crise de la trentaine. Un matin, alors que j'étais au chômage depuis peu, je me suis demandé ce que j'allais faire de ma journée. Une amie m'a conseillé par téléphone d'écrire ce que je ressentais, et c'est comme ça que ma première nouvelle a vu le jour. Ce dont je suis sûre, c'est qu'aujourd'hui, je n'ai plus envie de faire de choix. J'espère pouvoir continuer à être comédienne, à écrire, à rester éclectique dans mes activités, sans devoir me forcer à faire quoi que ce soit.

- Votre roman est apparu sur la liste des candidats au prix Goncourt. Comment avez-vous reçu la nouvelle?
- C'est mon éditrice qui m'a appelée en haut-parleur, avec toute son équipe de filles derrière elle. C'est une meute de louves, 100% féminine et féministe!  On a hurlé de bonheur toutes ensemble, c'était un superbe moment. Je dois dire qu'en ce moment, je m'amuse beaucoup, je fais de magnifiques rencontres. En réalité, je n'en reviens toujours pas...".

Souhaitons bon vent à Adeline Dieudonné pour la suite de sa carrière littéraire !



mercredi 12 septembre 2018

Interview de Thomas Gunzig

L'écrivain belge Thomas Gunzig enseigne également la littérature dans les écoles supérieures artistiques de La Cambre et de Saint-Luc à Bruxelles. Il a répondu aux questions de la revue "Profs" de la Fédération Wallonie-Bruxelles :

"Vous êtes écrivain mais aussi professeur dans deux hautes écoles :  est-ce un atout? est-ce complémentaire?
- Eh bien, cela dépend des moments. Parfois, je me dis que je préférerais consacrer mon temps à l'écriture. Et d'autres où j'observe que j'aime faire parler la littérature aux étudiants. Cela m'aide à voir clair, à organiser ma pensée, à me documenter, à mettre des mots sur des choses pas si évidentes que ça : ce qu'est la littérature, la création d'une ambiance, d'un code narratif, ... Mais avoir une totale liberté sur le contenu de mes cours est vital pour moi. Si je devais suivre un programme, je n'en serais pas capable et j'arrêterais.

- Vous accordez une place importante aux auteurs belges dans vos cours?
- Non. Je n'aime pas la segmentation en catégories. Je n'ai pas de formation en littérature et l'écriture est quelque chose que j'ai vraiment apprise sur le tas. Alors, je construis mes cours comme un cochon qui cherche des truffes, qui repère les odeurs, les parfums. A mes étudiants, je parle des auteurs, des livres qui m'ont donné du plaisir. L'émotion ressentie, c'est peut-être plus important que le contenu du cours. Plus qu'une série de connaissances apprises par cœur, à retenir, à répéter à l'examen. Ce qui reste des études, ce sont les émotions que l'enseignant a transmises à ses élèves.

- Faible en orthographe, vous avez conquis un diplôme universitaire et vous êtes devenu écrivain. Que pensez-vous de la place donnée à l'orthographe dans le cursus des élèves?
- C'est vrai qu'à partir de la 4ème secondaire où on cesse de ne faire que de la grammaire et de l'orthographe pour étudier des textes, j'ai adoré. Mais avant, je me suis pris des kilos de mépris, d'ironie, de remarques acerbes. En fait, la langue, c'est un outil génial, mais ça n'a rien à voir avec l'orthographe. La langue et l'orthographe, ce sont deux choses tellement différentes! La langue est vivante, elle porte plein de choses merveilleuses. L'orthographe, elle, sert à la codifier. Elle est pénalisante, excluante : ce qui reste dans les esprits, c'est que si vous n'avez pas une bonne orthographe, c'est que vous êtes idiot. Cela ne veut pas dire qu'il ne faut pas l'apprendre : c'est un outil ingrat qu'il faut apprendre de la meilleure façon possible, par exemple en montrant qu'elle a varié au cours des siècles, comme le montrent bien les créateurs du spectacle "La convivialité". Pas en la présentant comme le mètre-étalon de la brillance ou de la non-brillance d'un élève. Combien de jeunes ont envie d'écrire plein de choses et n'osent pas parce qu'ils ont une mauvaise orthographe!

- Vos personnages sont souvent des antihéros et vos livres traduisent une critique de la société. L'école d'aujourd'hui prépare-t-elle les jeunes à y trouver leur place?
- Non. Je pense qu'elle essaie de faire des élèves prêts pour le monde du travail, la vie dans l'entreprise. Alors qu'elle devrait les ouvrir à la curiosité, aux arts, aux sciences. On apprend par la passion, la curiosité, pas en reproduisant des connaissances acquises avec ou sans plaisir. C'est peut-être une des causes de tant de décrochages et d'échecs. Et qu'on arrête de dire que les jeunes ne trouveront pas de travail! Les gens passionnés par une matière sont plus à s'intégrer que ceux qui sont performants. Pourquoi ne pas allonger le nombre d'années passées à l'école? Sortir du système de la succession de cours de cinquante minutes? Et pourquoi forcer des enfants à rester assis, à se concentrer, à apprendre pendant huit heures, alors que ce sont des boules d'énergie? Quand j'écris, j'ai des difficultés à me concentrer plus de deux heures d'affilée. 

- Le Pacte pour un Enseignement d'excellence propose un parcours d'éducation à la créativité et aux arts durant tout le parcours scolaire. Avec, notamment, de la pratique artistique, des rencontres avec des artistes. Un signe que la créativité et l'imaginaire seront davantage favorisés?
- Un premier pas intéressant. Mais il faut consacrer du temps à ces activités-là. Des blocs de cinquante minutes, cela ne suffit pas. Faire venir des auteurs en classe, c'est bien mais il faut aussi permettre aux élèves d'aller dans les lieux culturels, de sortir des classes. Il y a tellement de choses à faire en dehors!

- Vous maniez un humour décalé, caustique, parfois noir. Quelle place l'humour peut-il occuper à l'école? Quelles limites?
- A manier avec prudence. Si on se moque des faibles, c'est de la maltraitance. Dans mes chroniques matinales en radio,  je me moque de gens infiniment plus puissants que moi. C'est une sorte d'hygiène démocratique.

- Quel message adresseriez-vous aux enseignants à la rentrée?
- Courage!  Vous faites un métier proche de la création. Parfois, on ne trouve pas les mots, on n'arrive pas à susciter l'attention. Le professeur, il ne peut pas arriver en classe avec son sac à dos de problèmes. Pour les élèves, avant d'être quelqu'un, c'est un prof. Et un élève, c'est chaque fois particulier, c'est chaque fois une pochette surprise. Moi, j'ai eu de la chance de m'en sortir ; j'ai beaucoup travaillé et certains enseignants m'ont encouragé. On n'imagine pas l'effet que cela fait sur un enfant quand un enseignant lui dit, avec sincérité "C'est bien". Ce sont des déclarations importantes, des choses qui touchent".


mercredi 8 août 2018

"Dos au public" (Léo Beeckman)

Je vous ai déjà parlé de la maison d'édition belge Weyrich et de leur collection "Plumes du Coq", et j'ai choisi cette fois de lire  "Dos au public", le roman posthume de Léo Beeckman. Né dans une famille modeste de Gand en 1948, il se passionne pour le théâtre et la littérature en autodidacte. Installé en région bruxelloise, il travaille pendant plus de trente ans pour les Lettres belges francophones jusqu'à sa retraite, participant à de nombreux salons à l'étranger. Il est décédé à Schaerbeek en 2017, quelques mois avant la sortie de son premier roman.

"Dos au public" est un roman bien écrit et agréable à lire qui se passe entre Gand, Malines et Bruxelles. Il raconte la vie d'Arthur Degroot qui quitte sa ville natale de Gand pour faire son service militaire. Son supérieur Gaston lui propose de jouer de la contrebasse dans un petit orchestre, ce qui lui permettra d'éviter différentes corvées. Afin de surmonter sa peur, Arthur se place dos au public, ce qui explique le titre du livre. Le service militaire tant redouté devient une période très heureuse pour lui. Quelques années plus tard, afin de le sortir de sa dépression, son épouse Rachel retourne sur le passé d'Arthur à la recherche de ses amis musiciens. Et sans vouloir en dire trop, la fin du roman est totalement inattendue, et plus profonde que ce que le reste du livre aurait pu laisser croire. Bref, ce premier - et malheureusement dernier - roman de Léo Beeckman est plutôt réussi.

Cliquez ci-dessous sur "Editions Weyrich" pour découvrir d'autres livres de cette maison d'édition belge.

mercredi 1 août 2018

Exposition sur Paul Willems à Bruxelles

Jusqu'au 19 octobre, les Archives & Musée de la Littérature à Bruxelles proposent l'exposition "Paul Willems : le ludique et le tragique", consacré à ce grand écrivain et dramaturge belge décédé en 1997.

Né en 1912 dans le joli village de Missembourg en province d'Anvers, Paul est le fils du peintre Frans Willems et de l'écrivain Marie Gevers. C'est dans le décor du domaine familial qu'il organise des petits spectacles adaptés de contes, ce qui constitue ses premiers pas de dramaturge. Après la deuxième guerre mondiale, ses pièces de théâtre oscillent entre le ludique et le tragique. Il reçoit plusieurs prix littéraires importants, et devient membre de l'Académie Royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique.

Dans les années 1980, Paul Willems revient à la forme du récit et publie des nouvelles. Sa santé décline ne lui permet pas de terminer son dernier livre, "Le Musée des Epaves". Il décède en 1997 à Anvers.