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mercredi 14 août 2024

La librairie "Oxygène" à Neufchâteau

La revue "Le Carnet et les Instants" a la bonne idée de mettre en avant les librairies indépendantes de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Cette fois, elle s'intéresse à Guy Pierrard qui a transformé l'ancien garage Fiat de son père en une libraire "Oxygène", inaugurée en 1999 :

"Les quotidiens et les magazines sont complémentaires. Les revues d'histoire ou de géographie comme "Géo" ou "National Geographic" sont pratiquement des livres. Ils sont aussi éditeurs. Si je prends un domaine qui m'intéresse beaucoup, il y a les revues d'histoire :  "39-45", "Normandie", "Ligne de feu, ligne de front", "Moyen Age", "Diplomatie", etc. Il y a aussi tous les hors-séries, par exemple du Monde. Cela m'a permis d'attirer un public qu'un libraire pur n'a pas. Je vends plus de "Monde diplomatique" que "France Dimanche" ou "Ici Paris" parce que je pense que beaucoup de personnes ne s'attendent pas à trouver de la presse ici.

On propose un peu de tout. J'aime l'histoire, je vends donc probablement un peu plus de récits historiques. La littérature représente un tiers des ventes, avec une poussée récente du policier. Autre rayon important : celui consacré au livre de poche, une section de plus en plus prisée, sans oublier celui réservé à la BD et à la littérature jeunesse qui compte pour un quart du chiffre d'affaires. J'ai également organisé par trois fois une foire bisannuelle du livre de poche : certains rencontres, surtout celles autour du développement personnel, rassemblaient jusqu'à 400 personnes, ce qui pour n'est pas mal du tout pour Neufchâteau.

En général, j'essaie d'avoir les nouveautés d'écrivains belges comme Paul Colize, Barbara Abel, Armel Job évidemment qui est de la région, comme Patricia Hespel qu'une lectrice m'a fait découvrir. Et les éditions Weyrich de Neufchâteau :  les gens s'identifient à ce qu'ils proposent comme beaux livres sur la nature ou les livres sur la guerre qui intéressent notre public". 

Plus d'infos :    Oxygène - 26, rue Saint-Roch à Neufchâteau - 061/ 27. 15. 12

mercredi 8 septembre 2021

L'actualité de Françoise Pirart

                        


L'auteure Françoise Pirart a répondu aux questions du journal "La Province" début août :

"Pourquoi avoir ré-édité le roman "Chicoutimi n'est plus si loin" ?
- J'ai publié une vingtaine de romans chez différents éditeurs en Belgique et en France. Les éditions Luce Wilquin, qui avaient sorti "Chicoutimi n'est plus si loin" en 2014, ont cessé leurs activités. Comme l'éditeur Olivier Weyrich lançait sa collection Editions du Sablon, j'ai eu la chance de voir mon livre faire partie des parutions toutes récentes. L'idée qu'il revive et trouve de nouveaux lecteurs m'enchantait. "Chicoutimi n'est plus si loin"  est l'histoire de deux frères adolescents qui fuguent vers le Canada après avoir commis un acte irréparable. Ils vivent des aventures, errent, se cachent et font de belles rencontres. Liés par un secret inavouable et par leur passé, ils n'ont qu'une envie :  rejoindre la ville de Chicoutimi au Québec. Leur itinéraire chaotique va les conduire à travers des forêts pleines de dangers. A tout moment, le lecteur se demande s'ils parviendront à leur but, d'autant qu'ils sont suivis de loin en loin par un homme qui les soupçonne. C'est une sorte de road movie avec des rebondissements et un questionnement sur le sens de la vie. Avec pour cadre les paysages grandioses du Québec sauvage.

- Comment peut-on se le procurer ?
- Mon roman est disponible en librairie, sur Internet ou directement via le site des éditions Weyrich (collection Sablon).

- Comment trouvez-vous l'inspiration pour écrire vos romans ?
- Question bien difficile ! Tous les éléments de ma vie, de mes rencontres, de mes lectures ou de films que je découvre nourrissent mon imaginaire, même sans que j'en sois consciente. Ensuite viennent le travail de réflexion, l'organisation, puis l'écriture elle-même.

- Y a-t-il un thème récurrent dans vos livres ?
- Plusieurs thèmes y sont omniprésents :  l'amitié, l'amour, les rapports parfois complexes entre les êtres humains. La folie aussi ou plutôt le moment de léger déséquilibre que nous rencontrons tous un jour et qui peut nous faire basculer d'un côté ou de l'autre du miroir. J'essaie toujours de rendre chaque personnage intense pour que le lecteur puisse s'attacher à lui. Et mes héros, même s'ils se posent beaucoup de questions, restent dans l'action.

- Une autre passion ?
- La musique et notamment le saxophone que je pratique depuis huit ans, après avoir joué du piano et de la guitare. Cela fait aussi quelques années que je me suis prise d'une véritable passion pour le russe : un apprentissage ardu mais qui m'apporte beaucoup de satisfaction personnelle lorsqu'on parvient enfin à tenir une conversation avec l'un ou l'autre ami russophone. Un de mes romans ("Sans nul espoir de vous revoir") se passe d'ailleurs en Russie au 19ème siècle. Je m'intéresse également aux animaux sauvages et surtout au sort misérable des animaux d'élevage qui, selon moi, est indigne d'une société comme la nôtre.

- Des projets ?
- L'an prochain, les éditions Meo publieront mon recueil de nouvelles intitulé "Tout est sous contrôle". Titre paradoxal s'il en est ! En effet, dans chacune des histoires, mes personnages perdent plus ou moins le contrôle de leur existence. Certaines nouvelles se terminent de manière poétique ou surréaliste, parfois comique. La parution est prévue pour mai 2022, si tout se passe bien d'ici là".

mercredi 25 août 2021

La collection "La traversée" des éditions Weyrich

Initiée par l'asbl Lire et Ecrire, la collection "La traversée" (publiée par la maison d'édition belge Weyrich) n'a pas d'équivalent dans l'édition francophone. Ces textes sont issus d'un partenariat unique en son genre entre des auteurs reconnus et des adultes en formation d'alphabétisation. Chaque livre fait l'objet en amont d'un travail sur la langue réalisé en dialogue avec le public apprenant. Depuis 2012, la collection compte vingt-sept titres comptant maximum 80.000 signes. Afin d'encourager l'apprentissage, les auteurs privilégient le présent, les mots simples, les phrases courtes. Les mots plus rares peuvent être utilisés à condition que l'explication apparaisse dans le texte. Avant la publication, les apprenants effectuent une lecture critique de la première version du roman. Tous les retours sont ensuite compilés et remis à l'auteur afin de l'accompagner dans son écriture vers une plus grande accessibilité. Pour l'impression, on veille à identifier les types de polices et de mises en pages qui facilitent la lecture. 

Dans l'ordre alphabétique, voici les 27 romans déjà publiés :

- BABA Luc,  "Nous serons heureux"

- CECI Jean-Marc,  "L'herbe dorée"

- COLLINS Christophe,  "Le voleur de lunettes"

- CORNELIS Michel,  "Le silence de Cologne"

- DAMAS Geneviève,  "Monsieur André"

- DAUSSAIN Jacqueline,  "Après ta mort"

- DELPERDANGE Patrick,  "Toute une vie"

- DEUTSCH Xavier,  "Sans dire un mot"

- DE RAEVE Vincent,  "Histoires ordinaires"

- DEVOLDER Eddy,  "La Mémé"

- DOLPHIJN Frédérique,  "Un autre choix"

- ECHTERBILLE Jean-Pierre,  "Gros"

- ENGEL Vincent,  "Epices et sentiments"

- FAIRON Amandine,  "L'attente"

- HESPEL Patricia,  "L'écharpe rose"

- JAMAR Corine,  "La grande lessive"

- JAUNIAUX Jean,  "Les chapeaux rouges"

- KOSMA Edgar,  "La femme cougar"

- MABARDI Véronika,  "Rue du Chêne"

- MULONGO Salomé,  "Le duel"

- NYS-MAZURE Colette,  "Anna"

- RAUCY Claude,  "Les cerises de Salomon"

- ROBBERECHT Thierry,  "La fille de la Poésie"

- RUWET Claire,  "Du sang sur le couteau"

- SKOWRONEK Nathalie,  "Paradis blanc"

- SIMAR Evelyne,  "L'invitation"

- VAN ACKER Christine,  "Le monde de Nestor"

mercredi 29 avril 2020

Nouveau roman de Geoffrey Van Hecke

                        Afficher l’image source

Il y a quelques années, je vous avais parlé de Geoffrey Van Hecke que j'avais rencontré à la Foire du Livre de Bruxelles et qui est très sympathique :   https://ecrivainsbelges.blogspot.com/search/label/Van%20Hecke%20Geoffrey

Quoi de neuf depuis lors pour ce jeune auteur belge ?  Il a été élu conseiller communal à Berchem-Sainte-Agathe, où il est chef du groupe bilingue libéral Open VLD / MR. Sur le plan littéraire, il a sorti un nouveau roman, " -196° ", aux éditions Weyrich.

Voici la présentation de " -196° " :

"L'agent fédéral Julian Mc Donnell enquête sur des fonds occultes aux ramifications multiples et internationales. Rapidement freiné par des règles diplomatiques et certains conflits internes, il comprend que ses recherches touchent un point ultrasensible. Soupçonnant les services secrets mexicains, il fait la connaissance de Sandra lors d'un passage à Las Vegas. Rencontrée dans des circonstances particulières, son identité l'est encore plus. Cette jolie jeune femme que ne refuserait aucun homme est centenaire. De l'autre côté de l'Atlantique, aux Pays-Bas, un homme d'affaires retrouve sa grand-mère qu'il avait tant aimée et décédée deux ans plus tôt. Contre l'avis de tous et les pressions croissantes, il s'entête et refuse de croire à un fantôme ou à une supercherie…".

Cliquez ci-dessous sur "Editions Weyrich" pour retrouver mes autres articles sur cette maison d'édition belge.

mercredi 8 août 2018

"Dos au public" (Léo Beeckman)

Je vous ai déjà parlé de la maison d'édition belge Weyrich et de leur collection "Plumes du Coq", et j'ai choisi cette fois de lire  "Dos au public", le roman posthume de Léo Beeckman. Né dans une famille modeste de Gand en 1948, il se passionne pour le théâtre et la littérature en autodidacte. Installé en région bruxelloise, il travaille pendant plus de trente ans pour les Lettres belges francophones jusqu'à sa retraite, participant à de nombreux salons à l'étranger. Il est décédé à Schaerbeek en 2017, quelques mois avant la sortie de son premier roman.

"Dos au public" est un roman bien écrit et agréable à lire qui se passe entre Gand, Malines et Bruxelles. Il raconte la vie d'Arthur Degroot qui quitte sa ville natale de Gand pour faire son service militaire. Son supérieur Gaston lui propose de jouer de la contrebasse dans un petit orchestre, ce qui lui permettra d'éviter différentes corvées. Afin de surmonter sa peur, Arthur se place dos au public, ce qui explique le titre du livre. Le service militaire tant redouté devient une période très heureuse pour lui. Quelques années plus tard, afin de le sortir de sa dépression, son épouse Rachel retourne sur le passé d'Arthur à la recherche de ses amis musiciens. Et sans vouloir en dire trop, la fin du roman est totalement inattendue, et plus profonde que ce que le reste du livre aurait pu laisser croire. Bref, ce premier - et malheureusement dernier - roman de Léo Beeckman est plutôt réussi.

Cliquez ci-dessous sur "Editions Weyrich" pour découvrir d'autres livres de cette maison d'édition belge.

mercredi 28 juin 2017

"L'Enfance unique" (Frédéric Saenen)

                                                      saenen.png    

Présentation de l'auteur :
Né en 1973, diplômé en philologie romane de l'Université de Liège, Frédéric Saenen a déjà publié, dans la collection "Plumes du Coq" des éditions Weyrich, les deux premiers volets de "sa trilogie de la tension et du hasard" :  "La Danse de Pluton" en 2011 et "Stay Behind" en 2014. Il est également critique littéraire auprès de sites de référence (notamment "Le Carnet et les Instants" du Service de Promotion des Lettres en Fédération Wallonie-Bruxelles) et essayiste ("Dictionnaire du pamphlet" et "Pierre Drieu la Rochelle face à son oeuvre").

Vous pouvez le retrouver en interview via ce lien :  lacauselitteraire.fr/entretien-avec-frederic-saenen

Présentation de son dernier livre (quatrième de couverture) :
Quand? En 1973, et quelques années après. Où? A Grâce-Hollogne. Qui? Mamy, "Grand-Popa", leur fille Ginette, le petit Frédéric qui vient de lui naître, sans oublier l'inénarrable caniche Boy. Quoi? Le quotidien, mené au rythme des petites gens qui peuplent l'interminable rue de Ruy. Le quotidien, c'est-à-dire l'éternité quand on est enfant unique... Dans un style puissant et vibrant d'émotion, Frédéric Saenen rend hommage à ces figures essentielles que furent ses grands-parents maternels, mais aussi au wallon.



mercredi 26 octobre 2016

Les 5 ans de la collection Plumes du Coq

Plumes du coq

Après avoir exercé le métier d'imprimeur, Olivier Weyrich lance en 2002 une maison d'édition qui porte son nom, et l'implante chez lui à Neufchâteau en province du Luxembourg. Le succès est au rendez-vous et l'entreprise emploie aujourd'hui sept salariés. Il commence par l'édition de beaux livres et d'ouvrages pratiques, mais il confie que "j'ai réalisé qu'il me fallait une collection littéraire pour être reconnu comme éditeur".

La collection "Plumes du Coq" est dirigée par un triumvirat composé d'un éditeur (Olivier Weyrich) et de deux directeurs de collection (Christian Libens et le regretté Alain Bertrand, remplacé ensuite par Frédéric Saenen).

Christian Libens explique à la revue "Le Carnet et les Instants" :   "Nous publions de la littérature générale ayant pour spécificité des décors totalement ou partiellement enracinés en Belgique francophone. Nous ouvrons une fenêtre aux auteurs d'ici et maintenant". Frédéric Saenen rajoute : "Nous publions de la littérature qui s'assume comme ancrée, située dans des territoires qui n'ont pas toujours auparavant été valorisés ni considérés comme un cadre digne de ce nom pour le roman. Mais écrire une histoire qui se passe en Belgique n'est pas un sésame. L'exigence littéraire prime : ce que nous recherchons, c'est l'affirmation d'une parole originale, dans un cadre wallo-bruxellois".

Que trouve-t-on dans le catalogue de la collection "Plumes de Coq"?   "Les étoiles de l'aube" (Bernard Gheur), "La malédiction de l'abbé Choiron" (Armel Job), "La danse de Pluton" (Frédéric Saenen), "La forêt d'Apollinaire" (Christian Libens), "Ma mère, par exemple" (André-Joseph Dubois), "Le grand cerf" (Nicolas Marchal), "Chaussée de Moscou" (Xavier Deutsch), "La promesse d'Almache" (Alain Dantinne), etc.

Personnellement, j'ai lu trois livres de cette collection :

- "Le lait de la terre" (Alain Bertrand) :  http://ecrivainsbelges.blogspot.be/2013/01/le-lait-de-la-terre-alain-bertrand.html

- "L'été sous un chapeau de paille" (Alain Bertrand) :   http://ecrivainsbelges.blogspot.be/2014/07/lete-sous-un-chapeau-de-paille-alain.html

- "L'Enfance unique" (Frédéric Saenen) :   http://ecrivainsbelges.blogspot.be/2017/07/lenfance-unique-frederic-saenen.html

Et c'est "L'été sous un chapeau de paille" qui est mon préféré parmi ces trois livres.

La plupart des titres de la collection s'écoulent à 400 ou 500 exemplaires, à l'exception du livre "Les étoiles de l'aube" de Bernard Gheur qui a eu plus de succès et obtiendra le Prix des Lycéens de Littérature. Olivier Weyrich explique :   "Economiquement, la collection n'a pas un véritable impact sur la maison d'édition. On arrive juste à l'équilibre, atteint grâce aussi à l'aide de la Fédération Wallonie-Bruxelles. "Plumes de Coq" valide par son existence les autres ouvrages publiés chez Weyrich. Grâce à la collection, nous sommes reconnus comme une véritable maison d'édition".


mardi 15 juillet 2014

"L'Eté sous un chapeau de paille" (Alain Bertrand)

                                          Photo : Rendez-vous ce soir, 20h, à la salle des 3 Ours.


Voici le dernier livre de l'écrivain et professeur belge Alain Bertrand, né à Gand en 1958 et décédé à Bastogne en 2014. Dans sa bibliographie, on trouve des romans ("Massacre en Ardenne", "Le lait de la terre", p.ex.), trois essais (sur Georges Simenon, Maigret et Jean-Claude Pirotte), de la prose et des récits. C'est aussi le 20ème ouvrage de la collection "Plumes du Coq" qu'il dirigeait avec Christian Libens au sein des éditions Weyrich.


"L'Eté sous un chapeau de paille", ce sont 37 chroniques de vacances qui nous rappellent des anecdotes, des histoires drôles et des mésaventures qu'on a parfois également rencontrées. Voici quelques extraits :


"Alors que Dieu crie dans le désert, le GPS susurre dans les embouteillages. Sa diction est celle d'une conseillère conjugale. Il ne lui manque que la boîte à mouchoirs à côté du volant pour jouir de toute son efficacité. Les papas agacés par leur progéniture ceinturée à l'arrière du véhicule feraient bien de s'en inspirer. Le GPS articule les mêmes répliques sur un ton modéré autant de fois que nécessaire. Il contribue à rectifier les erreurs de trajectoire avec une patience de confesseur. Un sang-froid mâtiné d'un zeste de douceur lui tient de pédagogie".


"Tout va pour le mieux dans le meilleur de la Provence :  il faut le proclamer urbi et orbi, le griffonner au dos des cartes postales, le communiquer par SMS à ses potes, le jeter à la gueule des collègues dès son retour au boulot. Même ma femme était super, comme au premier jour, surtout quand elle s'est mise à ressembler à une olive de Nyons. Au point qu'on a fait l'amour, si, si, l'amour à la provençale, au cours de la sieste, et si bourrés au pastis que j'ai cru que c'était une partouze, avec sa sœur jumelle. Et après? Disons que je suis rentré dans le ciment frais, comme un coureur de fond de classement, au Tour de France. Plus je m'épongeais à l'eau, moins je voyais la route".


"Le bronzage n'est rien s'il est accompagné de ces gloussements de plaisir qui font le sel des vacances. Au contraire du sédentaire, qui a si peu de chose à raconter, l'estivant porte l'adjectif et l'adverbe au pavois. Dès son retour d'Espagne, le bureau, l'atelier résonnent de cent feux d'artifice, de mille points d'exclamation, de cent mille clichés qui bruissent du chant des grillons, des vagues, des guitares et des voluptés. C'est pour ces minutes de gloire qu'on part se ruiner à l'étranger, pour ces secondes où les autres nous écoutent répandre des bonheurs qu'ils n'ont pas connus et que la vie leur refusera. Les congés payés sont un rite, comme allumer sa télévision ou pousser un caddie au supermarché. Avant de réenfiler ses habits d'esclave et de s'en retourner, voûté comme un fouet, au comptoir, à l'usine, dans la salle des profs".


"A peine réveillé par des cloches ou des coqs en crise de nerfs, l'homme s'arrache de sa nuit blanche et s'en vient risquer une congestion au-dessus d'un évier jauni et crevassé. Barbe naissante et gros pull, il enfume la salle à manger avec du bois mort et des bûches éclatées à la cognée dans l'air glacial de novembre. Car rien ne fonctionne, c'est l'apanage de la seconde résidence. Le robinet crache une eau rouillée, les fusibles grésillent et çà sent le brûlé, çà empeste la fumée, çà épluche une à une les diverses couches de papier peint".

jeudi 6 février 2014

Alain Bertrand à la Foire du Livre de Bruxelles

                                                                                          

Alain Bertrand sera en séance de dédicaces à la Foire du Livre de Bruxelles le samedi 22 février 2014 de 14h à 15h. Voici ci-dessous le compte-rendu d'un de ses romans que j'ai lu.

"Le lait de la terre" (éditions Weyrich)
L'écrivain belge Alain Bertrand habite et enseigne à Bastogne. Il est l'auteur d'une dizaine d'ouvrages, dont un essai sur Simenon. Dans "Le lait de la terre", il nous raconte l'histoire de Charles, un professeur, qui quitte Bruxelles pour vivre dans un village d'Ardenne où il espère naïvement trouver le calme et le bon air.

Charles y fait la connaissance d'un monde rural confronté à la crise de l'agriculture, aux normes européennes et au prix du lait peu favorable aux fermiers. Parmi ceux-ci, la belle Irène retient son attention :   "L'amour, Charles n'en connaît pas plus le mode d'emploi que celui de la machine à laver, et si sa belle paysanne lui a laissé des arômes de feuille morte et le toucher de sa chair rousse, il n'a pas osé, il n'a pas pu, il n'a pas eu la force de l'arracher à son christ en marcel, de l'entraîner au-dessus du plancher des vaches, de la basse-cour fienteuse, de l'Ardenne secouée de vent, jusqu'à la couche monumentale des nuages, là où les âmes succombent à toutes les tentations sous l'œil échauffé du soleil".

"Le lait de la terre" est un roman de terroir bien écrit, avec humour et une pointe d'Orval, qui me fait penser au style d'Armel Job et de René Henoumont. On ressent que l'auteur aime profondément son Ardenne. Voici sa belle description de la Gaume :

"La Gaume est une fille de joie adossée à l'Ardenne boisée. Elle a de jolies feuilles de vigne et tend ses collines vers le sud, en agitant un drapeau bleu, blanc, rouge. Le genou troussé, un talon à plat contre l'écorce, la belle a la cuisse tiédie par un soleil qui cligne de l'œil tous les jours de l'année. Juste à côté, en Ardenne, il pleut comme vache qui pisse en toute saison, et même la nuit, même l'hiver, même au cours des messes de mariage. Affaire de microclimat, susurre l'office de tourisme de Virton. Autant vérifier sur place s'il y a des mirabelles, des orchidées, et puis des cigales qui déroulent des chansons d'amour provençal... Le prospectus touristique dévoile une jeune femme sans minceurs inutiles, les joues en forme de pommes, la gorge imitant une cuesta - front abrupt et versant en pente douce - la lèvre rincée au cidre. Le verre prêt à être choqué, clin d'œil vers le spectateur, semble une incitation à la villégiature intime".

mercredi 5 février 2014

Michel Carly à la Foire du Livre de Bruxelles

Michel Carly  Né en 1947, Michel Carly est un universitaire belge, scénariste et biographe de Simenon. Il vient aussi d'écrire un ouvrage sur le peintre belge René Magritte (voir compte-rendu ci-dessous). Il sera en séance de dédicaces à la Foire du Livre de Bruxelles le samedi 22 février 2014 de 15h30 à 17h.

"La Belgique de Magritte" (éditions Weyrich)
Grâce à cet ouvrage bien documenté et joliment illustré, nous suivons les traces du peintre belge René Magritte. Tout commence dans la province du Hainaut :  il naît à Lessines en 1898, mais ses parents reviennent en 1900 à Gilly auprès de la famille maternelle. Leur implantation en 1904 dans un quartier bourgeois de Châtelet symbolise la réussite du père de René dans les affaires (bureau d'assurances et représentant commercial notamment). Son enfance n'est pas heureuse et l'atmosphère familiale est pesante entre une mère dépressive et un père absent et hautain. A Châtelet, René joue avec les enfants du quartier, prend ses premiers cours de dessin et se passionne pour Fantômas. En 1912, sa mère se suicide en se jetant dans la Sambre. Son père dilapide ensuite ses avoirs en spéculations et en jouant aux courses.

En 1916, René s'installe dans la capitale et entame ses études à l'Académie des Beaux-Arts de Bruxelles, notamment auprès du peintre Constant Montald et de l'écrivain Georges Eekhoud. Il épouse Georgette Berger (fille d'un boucher de Marcinelle) en 1922 civilement à la commune de Saint-Josse et religieusement à l'église Sainte-Marie. Leur union sera heureuse.

A Bruxelles, on retrouve René au café "A l'enseigne de la fleur en papier doré" (non loin de l'Académie des Beaux-Arts) et à "Le Cirio", une brasserie Art Nouveau où se déroulaient les réunions du groupe surréaliste de Bruxelles dans la seconde moitié des années 20. C'est là qu'il rencontre un de ses meilleurs amis :  le poète Jean Scutenaire, natif d'Ollignies (près de Lessines). En 1928, René peint plus de 100 toiles et expose ses œuvres à la galerie L'Epoque à Bruxelles. L'année suivante, il séjourne à Cadaqués (Espagne) chez Salvador Dali.

René expose, pour la première fois, au palais des Beaux-Arts de Bruxelles en 1931. En 1939, il dessine, pour le Comité de Vigilance des Intellectuels Antifascistes, une affiche intitulée "Le vrai visage de Rex", qui représente Degrelle et Hitler. Dans les années 40, son style change ; il adopte une palette et une technique impressionnistes. Les expositions se multiplient :   Paris, Bruxelles, New York, Rome, Venise, Dallas, Londres, etc. Il réalise 8 toiles pour la décoration du casino de Knokke, et une peinture murale pour le palais des Congrès de Bruxelles et le palais des Beaux-Arts de Charleroi.

Sur le plan privé, les époux Magritte mènent une vie simple et déménagent plusieurs fois :  à la rue Esseghem à Jette de 1930 à 1954 (période la plus créatrice du peintre), au boulevard Lambermont à Schaerbeek de 1954 à 1957, et enfin dans le quartier cossu de la rue des Mimosas à Schaerbeek de 1957 à son décès en 1967. Ils sont inhumés au cimetière de Schaerbeek.

Le Musée René Magritte est inauguré en 2009 sur la place Royale en plein centre de Bruxelles, et présente plus de 200 œuvres de l'artiste belge.

dimanche 18 août 2013

"Le prisonnier des collines" (Erik Sven)

                                                                                Couverture           
Né à la côte belge en 1971, Erik Sven est traducteur et a une passion pour la vallée de la Semois. C'est là qu'il a choisi de planter le décor de son premier roman, publié par une maison d'édition wallonne.

Un matin de 2001, Jean Mélaize vient boire une tasse de café chez ses voisins Robert et Marie-Louise. Il leur fait part de son souhait de revoir la forêt, la rivière, la ferme de Gerardfontaine et la Table des Sorcières qu'il a explorées soixante ans plus tôt avec Marie-Louise. Au fil de sa promenade, le vieil homme se souvient du jeune Jean, de son histoire, de ses regrets, et de la deuxième guerre mondiale qui a changé la destinée de beaucoup de personnes. Le passé ne leur appartient plus, mais est-il trop tard pour profiter du présent?

"Le prisonnier des collines" est un roman de terroir bien écrit, qui me fait penser au style d'Armel Job, René Henoumont ou Alain Bertrand.

mardi 30 avril 2013

"Bouillon, la Semois" (Jean-Marc Buchet et Maurice Pirotte)

                                                         
                                                 Couverture
Ce très bel album-photos nous emmène le long de la vallée de la Semois, une rivière du sud-est de la Belgique qui traverse la cité historique et touristique de Bouillon. Le photographe Jean-Marc Buchet a choisi comme point de départ un poème sur la Semois de l'écrivain bouillonnais Maurice Pirotte. Chaque strophe de son poème est illustrée d'une photo de Jean-Marc Buchet.

Voici ce poème sur la Semois :

     "Pour parler de la Semois, j'ai besoin de longs bras...
     rêve mystère qui convienne à la candeur d'un tailleur d'images.
     Belle comme pour un premier bal et joie vers moi-même,
     elle passe à chair ardente, maîtresse...
     De quoi s'acoquiner aux orgueilleux soleils!
     Si les touristes, attardés à ses charmes, la déshabillent du regard,
     c'est qu'elle a quelque chose d'indéfinissable, d'irrésistible
     comme flux et reflux de désirs inouïs.
     La Semois, une belle histoire d'amour entre le ciel et la terre
     avec des compagnons qui font flamber le regard.
     Le château du père des croisés,
     les maisons ajustées au terrain inégal
     et le vieux savoir des forêts tout autour!
     Et donnent le rêve, figures nombreuses au silence.
     Grande fille sérieuse,
     un peu mondaine dans la traversée de Bouillon, notre Semois.
     Mais suivons-la dans les rutilances de son vagabondage.
     Elle saute un barrage, s'écorche les genoux au schiste noir
     et disparaît dans un poème envahi du déhanchement des chênes.
     Nous retrouvons cette coureuse de prairies et de terre remuée
     dans la prodigalité du silence et des ombres au lieu-dit La Grotte.
     Là, c'est l'instant de Dieu, elle ralentit son cours
     pour nous dire qu'elle se sent bien dans la prière.
     Puis, elle repart, salue au passage
     les campeurs, bûcherons, pêcheurs, les cisterciennes de Cordemois.
     Elle saute de roche en roche avant de retrouver
     les joncs et les saules inséparables de sa bohème.
     Et nous voyons cette grande fille un peu dingue
     saoulée d'un vin clair descendu des collines
     traverser les prés du Moulin de l'Epine.
     Un décor de western
     où il ne manque que les cow-boys et le saloon de la chevauchée fantastique
     et puis reprend le jeu des amours exaltantes
     sous l'escorte virile de rochers en surplomb.
     Plus loin vers Corbion,
     notre Semois s'enfonce dans le génie affectueux de la nature.
     C'est là qu'elle mettra à nu les racines traçantes des sapins
     qui pour elle jouent à la pagode d'opérette.
     Ajoutez donc à cet amour trafiqué de ciel
     l'énergie sauvage de collines aux reins immenses
     et les forêts où les filles dans les bras des garçons
     se sentent presque femmes...

     Et vous aurez alors un poème qui n'en finira de s'inventer
     au pas lentement cadencé de la vie, de l'espace et du temps".

samedi 26 janvier 2013

"Le lait de la terre" (Alain Bertrand)

L'écrivain belge Alain Bertrand habite et enseigne à Bastogne. Il est l'auteur d'une dizaine d'ouvrages, dont un essai sur Simenon. Dans "Le lait de la terre", il nous raconte l'histoire de Charles, un professeur, qui quitte Bruxelles pour vivre dans un village d'Ardenne où il espère naïvement trouver le calme et le bon air.

Charles y fait la connaissance d'un monde rural confronté à la crise de l'agriculture, aux normes européennes et au prix du lait peu favorable aux fermiers. Parmi ceux-ci, la belle Irène retient son attention :   "L'amour, Charles n'en connaît pas plus le mode d'emploi que celui de la machine à laver, et si sa belle paysanne lui a laissé des arômes de feuille morte et le toucher de sa chair rousse, il n'a pas osé, il n'a pas pu, il n'a pas eu la force de l'arracher à son christ en marcel, de l'entraîner au-dessus du plancher des vaches, de la basse-cour fienteuse, de l'Ardenne secouée de vent, jusqu'à la couche monumentale des nuages, là où les âmes succombent à toutes les tentations sous l'oeil échauffé du soleil".

"Le lait de la terre" est un roman de terroir bien écrit, avec humour et une pointe d'Orval, qui me fait penser au style d'Armel Job et de René Henoumont. On ressent que l'auteur aime profondément son Ardenne. Voici sa belle description de la Gaume :

"La Gaume est une fille de joie adossée à l'Ardenne boisée. Elle a de jolies feuilles de vigne et tend ses collines vers le sud, en agitant un drapeau bleu, blanc, rouge. Le genou troussé, un talon à plat contre l'écorce, la belle a la cuisse tiédie par un soleil qui cligne de l'oeil tous les jours de l'année. Juste à côté, en Ardenne, il pleut comme vache qui pisse en toute saison, et même la nuit, même l'hiver, même au cours des messes de mariage. Affaire de microclimat, susurre l'office du tourisme de Virton. Autant vérifier sur place s'il y a des mirabelles, des orchidées, et puis des cigales qui déroulent des chansons d'amour provençal... Le prospectus touristique dévoile une jeune femme sans minceurs inutiles, les joues en forme de pommes, la gorge imitant une cuesta - front abrupt et versant en pente douce - la lèvre rincée au cidre. Le verre prêt à être choqué, clin d'oeil vers le spectateur, semble une incitation à la villégiature intime".