mercredi 4 avril 2018

Premier roman de Sébastien Ministru

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Né à Mons en 1961,  Sébastien Ministru est journaliste, chroniqueur et auteur de théâtre. Il vient d'écrire son premier roman, intitulé "Apprendre à lire" et publié par les éditions Grasset. Il y aborde le rapport père-fils, l'analphabétisme et l'homosexualité. Comme beaucoup de premiers romans, il y a une bonne part d'autobiographique :   "C'est la vraie vie de mon père dans son enfance que je décris. Je voulais poser un regard sur un homme qui a vécu un vrai drame, enfermé dans son manque de dialogue. Le rapport père-fils est le thème principal de mon roman. J'ai vécu ce rapport entre deux hommes de façon particulière avec mon père, deux hommes qui n'ont pas appris à laisser tomber les murs de la gêne et de la pudeur".

Présentation du roman :   Antoine, directeur de presse sexagénaire, efficace et tyrannique, partage sa vie avec son ami Alex et dont le père italien en fin de vie, émet un jour le souhait d'apprendre à lire et à écrire. Ce privilège, il en a été privé dans une enfance vécue à la dure et personne n'a jamais soupçonné dans quelle souffrance ce manque l'a plongé. Mais Antoine se sent démuni pour apprendre à lire à son père que tout sépare de lui. Alors il demande à Ron, un jeune prostitué dont il loue les services sexuels, de s'atteler à cette lourde tâche d'apprentissage. C'est lui qui parviendra à rapprocher le père et le fils.
                         

mercredi 28 mars 2018

Luc Beyer de Ryke (1933-2018)

                               

Né en 1933 à Gand,  ce journaliste belge d'1m 92 ("la taille du général", disait-il) grandit dans une famille francophone de Flandre. Il porte les noms de son père Jean Beyer, chirurgien décédé quand il avait trois ans, et de son père de Ryke, avocat, qui l'a adopté. Il effectue des études de sciences politiques et de journalisme à l'Université Libre de Bruxelles, puis devient le présentateur vedette du journal télévisé de la RTBF de 1961 à 1979 sous le nom de Luc Beyer (le directeur de l'information ne voulant pas d'un nom à rallonges).

Luc Beyer de Ryke a raconté ses débuts :   "Un de mes profs de l'ULB, en sciences po et journalisme, m'avait averti du fait qu'on cherchait des commentateurs à la télé. J'ai téléphoné au rédacteur en chef, Paul Demol. Il m'a dit que ma voix était bonne en m'invitant à venir voir comment ça se passait à Flagey. C'était un dimanche, au printemps 1960. Et 24 heures plus tard, j'étais sur antenne. Ce ne fut pas une réussite. A l'époque, c'était "marche ou crève" puisque le stage se faisait à l'écran. Je constate qu'on trouve aujourd'hui comme hier d'excellents journalistes, mais qu'ils ont moins que nous ne l'avions probablement de culture générale. C'est tout et rien, ce qu'on conserve quand on a tout oublié, comme disait Edouard Herriot". 

Parallèlement, il commence sa carrière politique au sein du parti libéral :  il est conseiller provincial de Flandre Orientale de 1961 à 1965, puis conseiller communal à Gand de 1965 à 1979. Sur le plan privé, il est le papa de deux fils (Gilles et Benoît) et a six petits-enfants. Francophone de Flandre, il était attaché à défendre sa langue dans le nord de notre pays. Les yeux tournés vers la culture française, il est un grand admirateur du général de Gaulle et s'est marié à Colombey-les-Deux-Eglises!

De 1979 à 1989, Luc Beyer de Ryke est député européen libéral. Il a confié :  "J'ai siégé à Strasbourg pendant dix ans. Cela s'est malheureusement mal terminé. Ma carrière politique a été brisée par Jean Gol. En fait, j'ai effectué une mission en Palestine. A mon retour, j'ai rendu compte devant le Parlement Européen de la répression israélienne envers les Palestiniens. Ce rapport a fait grand bruit. Le Parlement Européen a demandé à Israël de permettre à l'Europe de commercer avec les Palestiniens. Jean Gol n'a pas du tout apprécié cette prise de position qui ne convenait pas à l'électorat juif. J'ai été relégué à une place de suppléant puis banni du parti libéral. Ce fut la fin de ma carrière politique. Un moment très difficile...".

Il sera conseiller communal à Uccle de 1983 à 2012. Soucieux du patrimoine de la commune, il est un ardent défenseur du Kauwberg, du Plateau Avijl et des marronniers de l'avenue Churchill. Lors des élections communales de 2000, la liste PRL-FDF se déchire entre les partisans d'Eric André et les soutiens du prince Stéphane de Lobkowicz (dont Luc Beyer de Ryke) ; aucun des deux n'obtiendra finalement le mayorat. Lors des élections de 2012, il se présente à la 15ème place sur la liste CDH à Uccle, mais n'obtient que 209 voix et n'est plus élu. 

Sur le plan professionnel, il retourne à la RTBF comme journaliste et correspondant de 1989 à 1998. Il écrit une dizaine d'ouvrages, dont "Tocsin pour la Belgique", "Les lys de Flandre : vie et mort des francophones de Flandre (1302-2002)", "La Belgique en sursis", "Chemins d'Orient : les déchirures (Algérie, Liban, Israël, Palestine)".

Ces dernières années, Luc Beyer de Ryke se partageait entre sa maison de Laethem-Saint-Martin et Paris, où habitait Françoise Germain-Robin, sa compagne depuis trente ans et reporter à "L'Humanité". Depuis 2008, il présidait l'Académie du Gaullisme, une association qui recevait régulièrement à Paris des figures politiques et culturelles de tous bords.

Luc Beyer de Ryke est décédé à Paris d'une rupture de l'aorte à l'âge de 84 ans. Ses obsèques ont eu lieu en l'église de Laethem-Saint-Martin. Un hommage lui a été rendu au conseil communal d'Uccle. Professeur à l'Ecole Européenne à Bruxelles, son fils Benoît a confié :   "Sa mort a surpris tout le monde. Il était en bonne santé. C'est brutal mais ce fut sans douleur, nous a dit l'hôpital où il a été emmené en urgence".

De mon côté, j'ai eu la chance de le rencontrer une fois à la Foire du Livre de Bruxelles, et il était très sympathique. J'ai lu un de ses livres, dont voici le compte-rendu ci-dessous.

"La Belgique et ses démons"  de Luc Beyer de Ryke (éditions Mols)

Alors que l'avenir du pays est incertain, le journaliste Luc Beyer de Ryke revient sur les mythes fondateurs et destructeurs de la Belgique. Tout commence au 15ème siècle lorsque les principautés, duchés et comtés se regroupent progressivement au sein d'un même Etat sous l'impulsion des ducs de Bourgogne, et commencent donc à avoir une histoire commune (à l'exception de la principauté de Liège). Ils nous ont laissé un riche patrimoine culturel :   Jan Van Eyck, Hans Memling, Roger de la Pasture, p.ex.  Charles le Téméraire et sa fille Marie de Bourgogne reposent à l'église Notre-Dame de Bruges.

La Bataille des Eperons d'Or en 1302 a été choisie comme fête régionale flamande dans les années 70, et le ministre-président Luc Van den Brande avait même évoqué l'indépendance de la Flandre pour son 700ème anniversaire en 2002. Que s'est-il réellement passé?  Furieux de l'alliance de son vassal le comte de Flandre avec l'Angleterre, Philippe le Bel (roi de France) l'emprisonne et occupe le comté. Soutenus par des troupes namuroises (alliées au comte de Flandre), les bourgeois et artisans remportent la victoire le 11 juillet 1302 contre les chevaliers français. A cette époque, le comté ne correspond pas à la Flandre actuelle, et comprend la Zélande et le Nord-Pas de Calais. Le terme "Flamand" désigne ses habitants, qu'ils parlent français ou la langue locale. Pendant longtemps, cette victoire est présentée comme une résistance "belge" à l'envahisseur, et le roi Albert Ier y fait allusion dans un discours en 1914 lors de l'invasion des Allemands. Puis, la Bataille des Eperons d'Or est reprise comme symbole par le mouvement nationaliste flamand alors que l'histoire démontre qu'ils ont peu de liens entre eux.

Au nord du pays, certains vénèrent Henri Conscience, auteur du "Leeuw van Vlaanderen" (Le Lion des Flandres) qui valorise la langue néerlandaise. Mais ils oublient de signaler qu'il a participé à la révolution belge de 1830, qu'il a reçu une aide financière du roi Léopold Ier pour publier ses oeuvres, et qu'il a eu droit à des funérailles nationales. Son amour de la Flandre et de la langue néerlandaise n'étaient pas incompatibles avec l'Etat belge.

La première fracture entre nos communautés a lieu lors de la première guerre mondiale. Le mythe des soldats flamands morts parce qu'ils ne comprenaient pas les ordres donnés par des officiers en majorité francophones s'installe ("L'image est exagérée mais pas inexacte" , fait remarquer Luc Beyer de Ryke). Pendant ce temps, le reste du pays est occupé par les Allemands qui tentent de diviser les Belges en appliquant la "Flamenpolitik" du gouverneur militaire von Bissing (création de l'université flamande de Gand, p.ex.). Après la première guerre mondiale, le mouvement nationaliste flamand qui était jusque là patriote et belge, commence à revendiquer l'indépendance de la Flandre.

Au sud du pays, la lettre de Jules Destrée en 1912 fait du bruit :   "Sire, il n'y a pas de Belges. Vous régnez sur deux peuples :  des Wallons et des Flamands".  Il se reconvertit cependant en grand patriote belge après la guerre. La Question Royale montre des différences de sensibilité entre le nord et le sud. Avant de mourir en 1962, le syndicaliste wallon André Renard lance l'idée du fédéralisme. L'auteur évoque les tentations rattachistes de l'écrivain Charles Plisnier et de certains responsables politiques francophones (Daniel Ducarme et Jean Gol, p.ex.).

Luc Beyer de Ryke s'intéresse aussi aux mythes entourant nos rois. Il montre comment "l'oeuvre civilisatrice congolaise" de Léopold II est présentée aujourd'hui différemment dans les manuels scolaires. Il dévoile ensuite un roi Albert Ier plus complexe que son surnom de "roi-chevalier", et cite les similitudes avec son fils Léopold III. Le règne du roi Baudouin est marqué par la transformation de la Belgique en un Etat fédéral.

De la célèbre citation de Jules César ("De tous les peuples de la Gaule, les Belges sont les plus braves") à la victoire électorale de Bart De Wever en 2010,  l'auteur nous retrace plusieurs siècles d'histoire dans cet ouvrage intéressant, objectif et agréable à lire. 

mercredi 21 mars 2018

Appel du Musée Verhaeren de Sint-Amands

Madame, Monsieur,
Chers amis d'Emile Verhaeren,

Vous l'avez probablement déjà appris par la presse :   à partir du 1er janvier 2018, les provinces en Flandre se sont vues retirer leurs compétences en matière culturelle. Le Musée Emile Verhaeren a toujours pu exister grâce au soutien de la province d'Anvers. Grâce aux subventions de la province, au soutien de la commune de Sint-Amands et des membres de l'Association Emile Verhaeren, nous avons développé le musée et œuvré à l'élargissement de ses collections.

La suppression des compétences culturelles au niveau provincial n'est donc pas sans conséquences pour les subventions du Musée Verhaeren. Heureusement, on a fini par trouver une solution constructive par le biais du Vlaams Fonds der Letteren :  à partir du 1er janvier 2018, il va garantir les subventions du Musée Verhaeren pendant deux ans. Après 2020, le financement doit se faire par le biais du Fonds des Communes. L'existence du musée est donc assurée et nous pouvons envisager l'avenir avec une certaine confiance.

Pour cette année, nous vous annonçons deux expositions :

- "Frieda van Dun : 4 saisons en dialogue avec Verhaeren" (du 4 mars au 6 juin 2018)

- "Verhaeren-Montald : amitié, art et poésie" (du 17 juin au 13 octobre 2018)

Toutefois, le soutien financier des membres reste important :  ces moyens supplémentaires nous permettent de soutenir le fonctionnement de notre musée. C'est dans ce sens que nous voudrions lancer un appel à chacun pour adhérer à l'Association Emile Verhaeren. Notre association est très active et mérite certainement votre soutien. Il y a moyen de choisir entre une affiliation individuelle (20 euros) ou une affiliation familiale (30 euros), mais vous pouvez aussi devenir membre d'honneur (100 euros).

En tant que membre de l'association, vous bénéficiez non seulement de l'entrée gratuite au musée, mais aussi d'une réduction sur l'achat des catalogues. De plus, vous recevrez un bulletin d'information, des invitations personnelles pour les activités du musée, et vous serez informés des diverses manifestations touchant Verhaeren dans d'autres institutions.

Nos vifs remerciements au nom de l'Association Emile Verhaeren.

Plus d'infos :  www.emileverhaeren.be

mercredi 14 mars 2018

"La trilogie des Pièces-à-Trou" (Pierre Coran)

Dans cette trilogie, l'écrivain et instituteur belge Pierre Coran raconte la deuxième guerre mondiale vécue par une bande de garçons dans son village natal de Saint-Denis, près de Mons. Elle se compose de trois tomes :   "Le Commando des Pièces-à-Trou" (en 1940),  "La fronde à bretelles" (au milieu de la guerre) et "La Nuit des Pélicans" (en 1944), tous trois publiés aux éditions Milan Poche Junior.

A partir de ses souvenirs personnels, Pierre Coran a écrit trois romans bien adaptés aux enfants de 10-12 ans, pour leur faire comprendre l'invasion des Allemands en 1940, la vie quotidienne sous l'occupation dans un petit village de campagne, la résistance, la traque des juifs, la collaboration, le marché noir, la Libération en 1944.

Cette trilogie est un bel outil pour les enseignants pour leur cours d'histoire et le devoir de mémoire auprès des enfants.

Cliquez ci-dessous sur "Coran Pierre" pour retrouver mes autres articles consacrés à cet auteur belge.

mercredi 7 mars 2018

Nouveau livre d'Anne-Michèle Hamesse

                                                 

Anne-Michèle Hamesse vient de sortir un nouveau recueil de nouvelles, intitulé "Ma voisine a hurlé toute la nuit" et publié aux éditions du Cactus Inébranlable.  Voici un compte-rendu de ce livre par Carine-Laure Desguin :   http://www.aloys.me/2016/12/carine-laure-desguin-a-lu-ma-voisine-a-hurle-toute-la-nuit-d-anne-michele-hamesse.html

Qui est Anne-Michèle Hamesse ?  Née en 1948, cette Bruxelloise passe de la peinture à l'écriture. Romancière, elle a écrit plusieurs ouvrages ayant pour thèmes l'amour, la solitude et l'enfermement :  "Natale", "Le jeune homme de Calais", "Bella disparue", "Le voleur", "Villa Théodore", p.ex. Elle est aussi une passionné de théâtre, dont elle est une chroniqueuse régulière pour les revues "Le Non-Dit" et "La Revue Générale". Son roman "Bella disparue" a été adapté et mis en scène par Jack Levi pour la compagnie Côté Village. Enfin, elle est l'actuelle présidente de l'Association des Ecrivains Belges (www.ecrivainsbelges.be), dont le siège se trouve dans la maison de Camille Lemonnier.

Son site Internet personnel :   www.amhamesse.be

mercredi 28 février 2018

Les Roulades Littéraires Corsées

Créées en 2015, les Roulades Littéraires Corsées ont lieu à "L'Ilot Corse", situé à côté de l'hôtel communal d'Ixelles.

François-Xavier Van Caulaert a raconté l'histoire et les objectifs de ces Roulades à la revue "Le Carnet et les Instants" :

"Les Roulades Littéraires Corsées sont nées en deux temps. En août 2015, Willy Lefèvre, Jean Jauniaux et Pierre Kutzner déjeunent ensemble et discutent littérature et écrivains. En se quittant, ils se disent que ce serait chouette de dîner, une fois par mois, entre écrivains et passionnés de littérature. Cela serait une occasion pour discuter de thèmes qui leur sont chers et de découvrir de nouveaux ouvrages. Très vite, Willy évoque avec moi ce projet qu'il va mettre en place avec ces deux personnes. Puis, pour diverses raisons, le projet ne semble pas aboutir. Dès lors, nous évoquons la possibilité de lancer le projet à deux. Un soir, je trouve le nom et le propose à Willy Lefèvre.

Willy est la roue avant ou arrière du tandem que nous formons. Les Roulades se construisent tout au long de nos passionnantes discussions. C'est un partage permanent entre nous. Nous nous faisons découvrir mutuellement des personnes, des lieux, des livres, des éditeurs de tous horizons. Puis, de manière très pratique, il prend en main la création des visuels liés à la promotion. Il se charge aussi de récolter des traces des Roulades :  photos, prises de vue et montages vidéo de certaines rencontres. Il lui est également arrivé de mener certains entretiens comme celui en compagnie d'Alain Cadéo. 

Dès le départ, notre volonté commune à Willy et à moi a été de créer des moments de rencontres, de découvertes et de partage autour du livre de manière globale. Il y avait l'envie de faire découvrir ou redécouvrir des personnes ayant un parcours de vie lié au livre par leur métier ou/et leur passion. Dès lors, c'était une évidence de ne pas seulement limiter les Roulades à des écrivains, ce qui est trop souvent le cas dans les rencontres programmées en librairies. Ouvrir permet de diversifier, d'offrir le plus de découvertes possibles par rapport au monde du livre. Les livres n'existent pas seulement grâce aux auteurs. Il faut également des éditeurs, des libraires, des chroniqueurs.

Chaque Roulade est différente, ne fût-ce que par la personnalité qui y est accueillie. Je dirais qu'il n'y a pas vraiment une méthode de préparation unique. Pour certaines Roulades, notamment celles consacrées aux éditeurs, je suis allé rencontrer ceux-ci auparavant, afin de discuter de leur métier, de leur parcours, de leur vision du secteur. Pour les écrivains, je me plonge dans tout ou partie de leur bibliographie. En revanche, pour chaque Roulade, mon côté documentaliste ressort. En effet, je prends chaque fois le temps, et un plaisir certain, à fouiller Internet pour trouver des informations sur les invités. Je lis des articles, je regarde des vidéos d'entretiens quand il en existe. Je m'imprègne du parcours de l'invité et de son oeuvre lorsque c'est un écrivain. Cela me permet de ne rédiger que peu de questions à l'avance, car je tiens à laisser une place importante à la spontanéité. Rebondir sur ce que la personne face à moi raconte, ne pas coincer l'entretien dans des questions trop préparées.

Je pense que ce que je suis, les passions qui m'animent m'ont poussé à vouloir œuvrer dans le monde du livre. Après, je dirais qu'il y a la curiosité de découvrir des livres, des auteurs, des éditeurs, mais surtout la passion du partage. Etre un passeur de quelque chose, et cela en toute humilité. Et toutes ces valeurs, ces sentiments et ces actions rejoignent ce qui anime le bibliothécaire que je suis.

Je continue de nourrir et d'enrichir ma connaissance de la littérature belge contemporaine et du milieu du livre belge. C'est sa richesse et sa diversité qui nous avaient donné envie, notamment, de lancer les Roulades. Après deux années et plus de vingt soirées, j'ai encore pu faire de nouvelles rencontres, de nouvelles découvertes. C'est une littérature en constante évolution, qui voit naître de nouveaux talents chaque année, et au cœur de laquelle des écrivains continuent de tracer leur sillon, bâtissant ainsi une oeuvre. Tout cela est réjouissant et je pense qu'il faut continuer de porter cette littérature, de la partager, de la rendre contagieuse, et cela au travers d'articles dans des revues et des soirées".

mercredi 21 février 2018

Les Editions Diagonale

La maison d'édition belge Diagonale a été créée en 2014 par Ann-Gaëlle Dumont (romaniste) et Pascaline David (philosophe et scénariste). Après avoir ré-édité "Les conquêtes véritables" de Nicolas Marchal (lauréat du Prix Première 2009), elles ont publié cinq premiers romans, ce qui fait l'originalité de cette maison d'édition. Plus d'infos :   www.editionsdiagonale.com

Pascaline David a répondu aux questions de la revue "Le Carnet et les Instants" :

"Pourquoi avez-vous eu l'idée de lancer une maison d'édition consacrée aux premiers romans?
- En 2014, lorsque nous avons créé Diagonale, Ann-Gaëlle Dumont et moi, rien n'était vraiment fait pour les auteurs d'un premier roman. Certes, des prix existaient mais c'était à peu près tout. Chaque année, on entendait ces chiffres vertigineux. Les grands éditeurs reçoivent une marée de manuscrits par la poste :  un toutes les huit minutes chez Gallimard, cinq par jour chez Actes Sud, autant chez Grasset, etc. S'il n'y a pas quelqu'un pour le sortir de la pile (les mots même d'Hubert Nyssen que nous avions rencontré), c'est mission impossible d'être remarqué.

Nous avons voulu faire quelque chose. Le début d'un auteur est primordial. Etre publié, c'est une forme de naissance, d'entrée officielle dans la littérature. Si on désire être publié, c'est qu'on écrit pour un public, l'envie est là de rencontrer des lecteurs. En même temps, il est si difficile pour un auteur de savoir se situer vis-à-vis de son travail d'écriture. Est-ce le moment? Ou dois-je encore travailler? L'éditeur a ici une vraie responsabilité. C'est le premier qui adoube un auteur, goûte à son univers, identifie un style. C'est lui qui dit :  tu es prêt, on va y aller. C'est aussi important de refuser un manuscrit que de le sélectionner. On pense par exemple à la trajectoire de Jean-Philippe Toussaint :  elle aurait été tout autre si elle avait débuté par la parution d' "Echecs" au Seuil, chez Ramsay ou chez Denoël, plutôt qu'avec "La salle de bain" chez Minuit. 

Accepter un texte à un stade intermédiaire de maturité n'est pas un bon service à rendre à son auteur. C'est le jeter sur le marché alors qu'il n'est pas au meilleur de sa forme. Après, il doit se débrouiller pour convaincre et subsister. C'est ce qu'on pourrait d'ailleurs reprocher à l'autoédition et au compte d'auteur. Il n'y a aucun filtre. Hormis quelques surprises, les auteurs apparaissent comme des diamants bruts, un peu à l'abandon.

Nous avons fait le pari de donner de notre temps et de notre énergie pour les auteurs d'un premier roman, qu'ils se trouvent, à notre estime, à deux doigts de la ligne de maturité ou qu'ils aient encore beaucoup de chemin à faire. Nous avons envie de nourrir, d'instruire et d'intervenir à cette étape-là de la création littéraire par une proposition éditoriale particulière. Etre un interlocuteur professionnel privilégié pour des nouveaux auteurs. 

Ainsi, pour les manuscrits présentant beaucoup de difficultés, nous avons jusqu'à présent envoyé une fiche de lecture documentée aux auteurs. Bien sûr, celle-ci est à prendre avec une certaine réserve : ce n'est là qu'un avis parmi d'autres. L'idéal serait d'en avoir plusieurs. Quant aux manuscrits qui nous semblent publiables, nous avons engagé, avec l'accord de l'auteur, un travail de perfectionnement. C'est ce qui est arrivé au roman "Quand les ânes de la colline sont devenus barbus" de John Henry, ou "Le modèle" de Manuel Capouet. Etre un éditeur de petite taille nous donne cette flexibilité.

- Quelles particularités trouvez-vous aux premiers romans?
- Souvent, dans un premier roman, l'auteur donne beaucoup de lui-même, de son histoire. Il y a une vraie fraicheur. Stylistique aussi.

- Comme vous avez souvent affaire à des auteurs débutants, est-ce que cela nécessite un gros travail d'accompagnement de votre part?
- La plupart des manuscrits que nous recevons ne permettent pas un travail d'accompagnement. Tout simplement, la matière n'est pas là. Il faudrait tout reprendre et, pour le style, ce n'est pas vraiment possible. Par contre, pour les 1 à 2% restants, nous proposons à leurs auteurs de les pousser le plus loin possible. Quitte à couper, p.ex., un chapitre ou parfois certaines parties, dans les dialogues s'ils sont trop bavards. 

- Est-ce que cela n'est pas frustrant de lancer de nouveaux écrivains et de ne pas les suivre au cours de leur carrière?
- L'idée est bien de les suivre après la parution du premier livre. Il est vrai qu'au début, nous pensions nous contenter des seuls premiers romans, mais on nous a rapidement conseillé de suivre nos auteurs. Il ne suffit pas de semer horizontalement, il faut également voir la forêt pousser. Il serait également dommage de renoncer à la confiance qui s'est installée lors d'un premier travail éditorial. Même si aujourd'hui, nous n'en sommes pas encore là. Le seul deuxième roman que nous avons publié est "Autour de la flamme" de Daniel Charlez d'Autreppe, dont le premier roman avait été publié, il y a quelques années maintenant, dans la collection Baleine (appartenant à ce moment au Seuil), sous un pseudonyme".

La suite de cette interview se trouve dans la revue "Le Carnet et les Instants" que vous pouvez recevoir gratuitement par courrier sur simple demande auprès du Service de Promotion des Lettres de la Fédération Wallonie-Bruxelles

Prix Première 2018

Lors de la Foire du Livre de Bruxelles sera remis le Prix Première 2018. Porté par la RTBF, il est décerné depuis 2007 par des auditeurs qui se prononcent sur une présélection de dix premiers romans venus de toute la francophonie. En une décennie, trois Belges se sont illustrés :

- Nicolas Marchal :   Prix Première 2009 pour "Les conquêtes véritables"

- Nicole Roland :   Prix Première 2011 pour "Kosaburo, 1945"

- Antoine Wauters :    Prix Première 2014 pour "Nos mères"