mercredi 23 août 2023
"Les Dragons" (Jérôme Colin)
jeudi 8 juin 2023
Colette Nys-Mazure et le vis-à-vis
Colette Nys-Mazure a écrit une chronique très juste sur le vis-à-vis dans la revue catholique "Dimanche". Cela m'a rappelé un soir de Foire du Livre de Bruxelles où je me suis retrouvé par hasard dans le train...avec Colette Nys-Mazure. Nous avons parlé ensemble une demi-heure de lecture. Un très beau souvenir !
Voici le texte de Colette Nys-Mazure :
Vis en ancien français désignait le visage, ce qu'on voit, la figure, la face. Ce n'est pas inutile de s'en souvenir en notre univers d'écrans qui s'interposent entre les personnes au travail, dans les relations ou les loisirs. Je discutais volontiers avec la guichetière de la gare, de la banque, d'un accueil....mais la machine à distribuer titres de transport, billets ou toutes à travers le dédale des bâtiments administratifs et des hôpitaux ne m'en offre plus guère l'occasion.
Dans les surfaces commerciales anonymes, je repère l'un ou l'autre solitaire en quête d'un contact, s'efforçant de retenir mon attention autour d'une salade moins fraîche ou d'une nouvelle marque de bière. Le distributeur, le service électronique n'aura jamais raison du besoin de parole.
Si j'aime la foule de visages inconnus, connus, reconnus, j'ai une préférence pour le tête-à-tête, les moments plus intimes de colloque singulier. Lors des fêtes amicales, des échanges vibrants, bruyants en tous sens, je n'en recherche pas moins ces instants privilégiés où je ne m'adresse qu'à une seule personne, que ce soit face-à-face autour d'une table ou côte-à-côte en marchant. Je provoque cette chance d'alterner le groupe et l'individu. Cette proximité sans promiscuité que je chéris.
Dans une famille heureuse de se retrouver, il me semble essentiel de sauvegarder des aires de rencontre privilégiée avec l'un puis l'autre au gré des circonstances, saisies sans hésiter. Ce samedi ne manquait pas de projets mais voici qu'une petite-fille propose de venir partager repas et promenade. Je modifie aussitôt mon programme.
Nous voici flânant dans un bois lourdement parfumé à l'ail des ours. Elle évoque son travail, apprentissages, plaisirs, interrogations. Je lui raconte le dernier film apprécié, en l'occurence "Le bleu du caftan" réalisé par Maryam Touzani, sa noblesse, la beauté des images et des êtres. Elle s'y intéresse, demande des précisions avant de raconter à son tour "Everything everywhere all at once" réalisé par Daniel Scheinert et Daniel Kwan, dont je n'ai perçu que la rumeur sans en connaître le contenu. Elle m'explique ce qui l'a fascinée dans cette audacieuse fiction couronnée de nombreuses distinctions : les choix et leurs conséquences.
Nous enjambons les branches mortes, évitons le centre boueux du chemin encaissé, elle me retient dans une descente glissante. Sans avoir senti le temps filer, nous sommes étonnées d'atteindre déjà l'issue du bois, au moment où pénètrent une femme et son énorme chien blanc.
Lorsqu'elle enfourche gaillardement son vélo pour rentrer chez elle, je me sens accrue par notre simple conversation. Cinquante-cinq ans nous séparent, aujourd'hui on dirait onze générations ! Dans la mesure où s'accélère l'évolution, cinq ans suffisent pour tout modifier. Et cependant, nous pouvons nous rejoindre, nous ouvrir l'une à l'autre des horizons insoupçonnés, nous enrichir. Elle m'a permis d'entrevoir son imaginaire autant que ses préoccupations professionnelles. Je la connais mieux et ne l'en aime que davantage.
Avec un alliage étrange de pudeur mal placée, de discrétion respectable mais équivoque, de crainte de ne pas être à la hauteur, mais aussi la fausse conviction que le fossé des âges est pratiquement infranchissable, nous nous retenons d'oser le dialogue, de lancer l'invitation alors que si nous sautons le pas, nous sommes émerveillés de la qualité des partages. Derrière les visages, tant de paysages imprévisibles. Derrière les conduites surprenantes, différentes de celles que l'éducation nous a inculquées autrefois, nous découvrons des modes de vie passionnants. Au lieu de nous retirer, de nous restreindre et parfois de nous racornir, nous élargissons notre champ de vue, de vie.
Qu'est-ce qui t'anime, qu'est-ce qui te fait vivre ? En nous, ce désir flagrant et jamais rassasié : fais-moi voir Ton visage.
Colette Nys-Mazure
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mercredi 24 mai 2023
La librairie "Chantelivre" à Tournai
La revue "Le Carnet et les Instants" continue - avec raison - de mettre à l'honneur des librairies du sud du pays. Voici un extrait des confidences de Catherine Vanmansart qui dirige la librairie "Chantelivre" à Tournai :
"La fondatrice avait ouvert un beau magasin de livres jeunesse et de jeux-jouets. Au fur et à mesure, elle a engagé plusieurs personnes. Je suis arrivée en 1999. Le lieu étant assez petit et pas très bien configuré, nous avons prospecté pour trouver une surface de plus de 100 m2 dans le centre-ville, ce qui était une de nos priorités. Les représentants nous encourageaient à ouvrir un rayon livre adultes plus important, mais l'espace manquait. C'est un couple de clients qui nous a parlé du pâté de maisons Notre-Dame avec cinq bouts de murs qu'ils étaient en train de rénover.
Cette ancienne demeure entraîne quelques contraintes. Nous ne pouvons pas toucher aux croisillons en pierre des fenêtres, ce qui complique l'aménagement des vitrines. Mais cela contribue aussi à ce que des gens qui ne viendraient peut-être pas en librairie entrent chez nous pour découvrir l'intérieur.
Il y a une grande part de fantasmes autour du métier de libraire. On nous imagine lire des livres toute la journée, que tout est magique, mais il y a toute l'intendance, la chaîne du livre, les frustrations face à nos concurrents directs sur Internet. Mais chaque fois que j'ouvre une caisse, je garde toujours l'émerveillement face aux nouveautés. Depuis 2-3 ans, Covid oblige, il y a plus de demande pour des livres feel good sur la bienveillance, le bien-être. Et si quelqu'un arrive au livre grâce au feel good, tant mieux, d'autant qu'il y a du bon feel good.
Les grands-parents aiment beaucoup offrir des livres. Le public le plus difficile à capter, ce sont les adolescents. Pour moi, c'est une petite tristesse. Il y a des enfants que l'on connaît depuis toujours, qui sont venus bébés, mais qui décrochent de la lecture à 14-15 ans. C'est frustrant alors qu'il y a tellement de bons romans jeunesse. Chaque année, je fais une sélection de titre jeunesse pour les écoles de Tournai, et Juliette propose des rencontres à la librairie. Les animations bébé fonctionnent toujours bien, il y a beaucoup de demandes.
Nous avons d'autres partenariats avec "Tournai, ville en poésie", le salon littéraire Tournai la Page, le prix triennal de littérature de la ville de Tournai, le festival Les Inattendues. On s'implique aussi dans l'opération "Lisez-vous le belge?"".
Plus d'infos : www.chantelivre.be
mercredi 3 mai 2023
L'auteure belge Odile d'Oultremont
mercredi 19 avril 2023
"Le meurtre du docteur Vanloo" (Armel Job)
mercredi 5 avril 2023
Interview d'Ariane Le Fort
mercredi 29 mars 2023
La librairie D Livre à Dinant
Patrick De Munck a ouvert en 2007 la librairie D Livre à Dinant en province de Namur. Il s'est confié à la revue "Le Carnet et les Instants" :
"J'ai toujours voulu être indépendant, ce qui est difficile dans un grand groupe comme Arcelor Mittal. Je voulais être mon propre patron. J'ai découvert ma voie à Banon, un petit village provençal de 1.000 habitants où un libraire a ouvert "Le Bleuet" avec l'équivalent en stock d'une FNAC parisienne, au point d'occuper désormais deux maisons adjacentes. Ce qui était possible à Banon pouvait l'être à Dinant. Dinant parce que Bruxellois à l'origine, j'y vis depuis 31 ans après avoir épousé une Dinantaise. J'ai réalisé une analyse marketing sérieuse de la région en m'appuyant sur une démarche enseignée dans les écoles françaises de formation des libraires. A l'époque, il n'y avait plus de librairie dans un rayon de 30 kilomètres, à part les points presse, et donc un marché à prendre. La zone de chalandise offrait un nombre d'habitants suffisants pour faire vivre une librairie : j'ai ainsi des lecteurs de Philippeville, Florennes, Ciney, Yvoir...et j'en ai même eu de Givet, de l'autre côté de la frontière, avant qu'une FNAC s'y installe. Une fois ma décision prise, j'ai suivi quelques formations proposées par le Syndicat des libraires francophones de Belgique. Et puis, je remercie mes profs d'humanité de m'avoir si bien enseigné la littérature française !
Les contacts interprofessionnels sont importants. On apprend beaucoup en rencontrant des collègues, en découvrant de bonnes pratiques. Cela permet d'offrir un niveau de service performant à nos clients. Se regrouper aide aussi des petites librairies comme la mienne à faire bouger les choses face à de grands groupes de distribution comme Hachette, Madrigal ou Editis. Je suis un petit libraire dans le sens où mon chiffre d'affaires ne me permet pas de peser assez lourd, par exemple pour avoir des marges intéressantes. Le rapport reste inégal. Le syndicat a permis l'émergence de la Banque du Livre, du catalogue informatique. Je viens également d'inaugurer la facture électronique avec les fournisseurs français. Je suis le premier à le faire comme libraire-test en Belgique.
J'avais trois objectifs, et aujourd'hui, nous avons pu réaliser les trois : la librairie physique, la librairie sur la toile et la vente de livres numériques. Déjà à l'époque, en 2007, j'estimais que la librairie en ligne deviendrait incontournable. Comme la révolution de l'imprimerie a duré une centaine d'années pour s'imposer, la révolution du numérique prendra aussi du temps mais fera partie du quotidien des lecteurs dans le futur. Je pense que les deux marchés vont vivre en parallèle et s'équilibrer. Mais à long terme, le livre papier aura moins d'importance en termes de chiffres d'affaires. Aujourd'hui, il pèse pour plus de 90%. Il est fort probable que le rapport va s'inverser dans l'avenir.
J'ai une passion depuis l'enfance pour la lecture, mais il est indispensable d'avoir des bases de gestion pour tenir le coup. Sinon, je lis un peu de tout, de la littérature, de l'économie, de l'histoire, de la politique. Je lis aussi souvent des livres que je ne vends pas, comme la littérature du Moyen Age, qui est un dada personnel, ou la poésie flamande. Je suis preneur d'un livre sur l'histoire de Dinant, car il n'y en a plus depuis longtemps.
Je propose aussi un polar historique, "L'oratoire celte" de Daniel Remacle, un Bruxellois qui vit près de Verdun. C'est un auteur assez curieux, qui s'est autoédité après avoir suivi un atelier d'écriture de Franck Thilliez. Je ne peux pas accepter tous les livres autoédités des nombreux auteurs qui viennent en faire la promotion auprès de moi, mais Daniel Remacle est parvenu à me convaincre que son livre, finaliste du prix Fintro Ecritures noires 2020, aurait été aussi qualitatif s'il était sorti à compte d'éditeur, tant sur le plan du texte que de l'impression".
Plus d'infos : https://www.dlivre.com/