Et oui, la rentrée littéraire approche... Le 27 août, le nouveau livre de l'écrivain belge Nicolas Ancion (http://www.nicolasancion.com/), "L'homme qui valait 35 milliards", sortira au Grand Miroir (éditions Luc Pire). Je ne l'ai pas lu, mais l'action se passe dans la Cité Ardente avec la sidérurgie en toile de fond. Outre ses talents d'écrivain, Nicolas est également un pro de la communication : site Internet, blog, Facebook, visite dans les classes, etc. (cette remarque vaut aussi pour l'auteur belge Vincent Engel). Pour marquer la sortie de son nouveau livre, il a pensé à une vidéo très bien faite que vous pouvez trouver sur YouTube ou sur son blog http://ancion.hautetfort.com/ . Bien pensé! Et comme il sait que je suis son travail et que nous nous sommes rencontrés en mars à la Foire du Livre de Bruxelles (en plus, il est sympa!), il a eu la gentillesse de m'avertir personnellement de cette sortie, ainsi que d'autres bloggeurs probablement. Comment dès lors ne pas avoir envie de l'aider?
Allez, chers lecteurs fidèles de ce blog, apportez un petit coup de pouce à un auteur belge et vous aurez en plus le plaisir de pouvoir discuter par mail avec lui. Bon vent Nicolas!
P.S. Ce serait intéressant d'avoir l'avis d'autres écrivains (la Bande des Nez Rouges, Philippe Desterbecq, Jean Botquin, etc.) et de Bob, notre ami libraire : que pensez-vous de la communication de Nicolas?
dimanche 16 août 2009
lundi 3 août 2009
Interview de l'auteur belge Pierre Coran
Il y a quelques semaines, je vous avais déjà parlé de Pierre Coran qui fête en 2009 ses 50 ans de carrière littéraire. J'ai retrouvé une longue interview qu'il avait accordée l'an dernier à la revue "Le Carnet et les Instants" :
"Comment en êtes-vous venu, en étant instituteur, à vous lancer dans l'écriture pour la jeunesse?
- J'avais publié un premier livre de poésie. Un élève de 5ème primaire m'a dit : "Pourquoi avez-vous écrit pour les parents et pas pour nous?". Interloqué, j'ai écrit ce soir-là un poème que j'ai mis au tableau le lendemain. Les élèves m'ont dit : "Ce n'est pas mal mais il faudra nous en écrire d'autres". Je me suis rendu compte qu'en 1960, la littérature de jeunesse n'existait pas, qu'elle était tout au plus embryonnaire. Même Maurice Carême faisait alors ses livres à compte d'auteur! Moi aussi, je faisais paraître mes livres moi-même aux Editions Le Cyclope. Des tirages de 5.000 exemplaires parfois, sans même d'illustration! Je les vendais très bon marché à des associations. Ma mise récupérée, je sortais un autre livre de poèmes. A la fin des années 70, Casterman m'a fait confiance et j'ai commencé à faire carrière dans l'écriture pour enfants. Entretemps, j'étais devenu directeur d'école et çà devenait dur de faire les deux. C'est donc en 1978 que j'ai décidé de quitter l'enseignement pour vivre de ma plume. Je gardais un jour de cours comme professeur d'histoire de la littérature au Conservatoire Royal de Mons. Cela m'a permis de faire carrière.
- A cette époque, était-il possible de vivre de sa plume en écrivant pour la jeunesse?
- C'était très difficile, mais possible. Bien sûr, j'ai fait d'autres choses, comme des scénarios pour la télévision, principalement pour des dessins animés. J'ai aussi écrit sur commande. Je ne revendique pas ces livres-là, mais on peut dire qu'ils m'ont appris mon métier. D'ailleurs, c'était cela ou rentrer dans l'enseignement. J'avais un congé de deux ans pour convenance personnelle et c'était la débrouille! Je n'ai jamais signé de contrat avec un éditeur, ni Grasset, ni le Seuil, ni Flammarion. C'est trop contraignant et çà ne permet pas de vivre de ses livres.
- Vous écrivez tous les jours?
- J'écris presque quotidiennement quand j'écris un roman. Quant aux poèmes, c'est quand ils viennent, quelquefois en pleine nuit! Je les accumule jusqu'au jour où je les réunis. Je publie aujourd'hui cinquante fables. On m'avait mis en garde : "Les fables, ce n'est pas du tout commercial!". Mais finalement, le livre sort chez Grasset. J'ai eu le Prix La Fontaine dans le temps, mais je n'avais jamais utilisé les fables. Avec l'illustrateur français Christophe Besse, on vient de signer des "Antifables". Il faut comprendre que c'est un livre anti-gnangnan. Avant nous, il y a bien eu les "Antimémoires" d'André Malraux!
- Quel conseil donneriez-vous à un auteur débutant?
- Si j'avais un conseil à donner aux plus jeunes, c'est qu'il faut se battre et ne surtout pas tenir compte des modes. Si on y croit, on se bat pour. Aujourd'hui, c'est un phénomène, la littérature de jeunesse. A condition de publier beaucoup, on peut en vivre. Les livres qui marchent bien permettent d'avoir des animations et ce sont ces animations qui font vivre les auteurs. Il faut savoir que ce ne sont jamais les livres ni leurs droits d'auteur qui permette d'avoir une vie d'auteur à temps plein, mais les animations autour de nos livres. Si on ne sort pas assez de livre, on n'a plus d'animations... Si on fait un métier d'écriture, il ne faut pas privilégier l'argent. J'aimais bien être directeur d'école, mais je ne pouvais pas faire les deux en même temps. Ce métier m'a permis de voyager, d'être invité à des salons du livre, de faire des animations jusqu'au Sénégal ou en Louisiane. Je n'ai jamais regretté, mais bien sûr j'ai un mode de vie beaucoup plus modeste que celui que j'aurais pu avoir.
- Pouvez-vous nous dire un mot de vos animations dans les écoles?
- Dans les salons du livre, je participe à des animations sur mes romans et ma poésie. Il existe aussi une animation dans mon village natal, où je suis né en 1934, à Saint-Denis dans la banlieue de Mons. Je lui ai consacré une trilogie romanesque inspirée de mon enfance pendant la guerre. Les écoles peuvent venir y passer trois heures, découvrir le village et les lieux réels où s'est déroulée l'action des "Commandos des pièces-à-trous". Au préalable, ils ont lu l'un ou l'autre des romans de la trilogie qui vient de reparaître chez Milan dans une édition à 6 euros.
- Quel est l'auteur vivant que vous aimez particulièrement en littérature de jeunesse?
- Ce sont des femmes et elles sont deux, autant pour ce qu'elles écrivent que pour ce qu'elles sont : Susie Morgenstern et Marie-Aude Murail.
- Quels sont les poètes qui vous ont nourri?
- Raymond Queneau tout d'abord! Ses textes me parlent et je les écoute! En 1966, quand j'ai sorti "Enfants du Monde", une anthologie de poésies écrites par des enfants des écoles Freinet, il a salué publiquement l'initiative. Ensuite, Jacques Prévert, qui fut pour moi un premier choc, à seize ans. A la bibliothèque de l'école normale pour instituteurs, j'emprunte "Paroles" et lis avec délectation ses poèmes à dire si différents des chefs d'oeuvre classiques qu'il nous était demandé de mémoriser. Parmi les Belges, il y a Norge pour qui j'ai une admiration sans réserve. On ne s'est jamais rencontrés mais on s'est écrit. Quant à Henri Michaux, ce qui m'a épaté et amené à découvrir ses voyages en mots et ses hallucinations, c'est le "Plume" joué admirablement au théâtre par Philippe Geluck. Je m'en voudrais de ne pas citer Achille Chavée. Il m'est arrivé, un jour, de signer mes premiers albums à compte d'auteur en sa compagnie. Ce samedi-là, il a fait danser mon fils Carl sur ses genoux.
- Comment considérez-vous le fait que votre fils Carl Norac marche dans vos pas?
- J'en suis heureux. L'autre jour, il devait recevoir la médaille de la province du Hainaut. Comme les trains ne roulaient pas, c'est moi qui suis allé la recevoir pour lui! Je crois n'avoir jamais rien fait pour que Carl m'imite. Simplement, si j'avais été cordonnier, il aurait commencé à taper sur des bottines dès l'enfance. J'ai été son instituteur pendant deux ans et je n'ai pas voulu jouer au papa contraignant. Je lui avais dit : "Si tu veux écrire, il te reste à travailler beaucoup". Disons que j'ai sans doute été le déclic. Bien sûr, il y a des similitudes : il a démissionné de son travail au même âge que moi. Il a fait sa vie tout seul et je ne l'ai jamais aidé. Ce que nous faisons est tout à fait différent et j'en suis ravi.
- Vous avez collectionné les prix prestigieux (prix de la Pléiade 1964, prix Jean de la Fontaine 1979, grand prix de poésie pour la jeunesse à Paris en 1989 pour n'en citer que quelques-uns). Qu'a représenté pour vous le prix triennal?
- J'ai eu peu de prix mais des prix importants. Ici, dans ce premier prix triennal, ce qui m'intéresse surtout, c'est qu'une ministre a reconnu la littérature de jeunesse comme littérature à part entière. On nous a reconnus, Marie Wabbes, Kitty Crowther et moi-mêmes, comme auteurs de littérature de jeunesse, mais aussi tous les autres qui vont suivre. Cela compte, car toutes les générations qui suivent vont s'installer dans quelque chose d'enfin reconnu. Il y aura des prix l'année prochaine et les suivantes. C'est çà qui est formidable. Et Fadila Laanan va entrer dans l'histoire de la culture en Belgique comme la première à avoir réellement reconnu la littérature de jeunesse.
- Jusqu'ici, vous pensez qu'il y avait une sorte de condescendance?
- Oui, je le pense. Surtout à l'époque où j'ai commencé à écrire. On n'est pas vraiment pris au sérieux quand on écrit pour les enfants. Ca me poursuit parfois encore aujourd'hui : certains de mes romans dits pour adolescents pourraient tout aussi bien être lus comme romans pour adultes. Une autre conséquence, pour ma poésie celle-là, est que je suis rarement repris dans les anthologies alors que j'ai écrit pas mal de poèmes pour adultes. Mais je n'en souffre pas. Je ne suis pas tellement dans le milieu littéraire et je n'entends pas ses rumeurs... Quand j'aime bien quelqu'un qui écrit bien, je le lui dis. Si je n'aime pas, je me tais".
(interview extraite de la revue bimestrielle "Le Carnet et les Instants").
"Comment en êtes-vous venu, en étant instituteur, à vous lancer dans l'écriture pour la jeunesse?
- J'avais publié un premier livre de poésie. Un élève de 5ème primaire m'a dit : "Pourquoi avez-vous écrit pour les parents et pas pour nous?". Interloqué, j'ai écrit ce soir-là un poème que j'ai mis au tableau le lendemain. Les élèves m'ont dit : "Ce n'est pas mal mais il faudra nous en écrire d'autres". Je me suis rendu compte qu'en 1960, la littérature de jeunesse n'existait pas, qu'elle était tout au plus embryonnaire. Même Maurice Carême faisait alors ses livres à compte d'auteur! Moi aussi, je faisais paraître mes livres moi-même aux Editions Le Cyclope. Des tirages de 5.000 exemplaires parfois, sans même d'illustration! Je les vendais très bon marché à des associations. Ma mise récupérée, je sortais un autre livre de poèmes. A la fin des années 70, Casterman m'a fait confiance et j'ai commencé à faire carrière dans l'écriture pour enfants. Entretemps, j'étais devenu directeur d'école et çà devenait dur de faire les deux. C'est donc en 1978 que j'ai décidé de quitter l'enseignement pour vivre de ma plume. Je gardais un jour de cours comme professeur d'histoire de la littérature au Conservatoire Royal de Mons. Cela m'a permis de faire carrière.
- A cette époque, était-il possible de vivre de sa plume en écrivant pour la jeunesse?
- C'était très difficile, mais possible. Bien sûr, j'ai fait d'autres choses, comme des scénarios pour la télévision, principalement pour des dessins animés. J'ai aussi écrit sur commande. Je ne revendique pas ces livres-là, mais on peut dire qu'ils m'ont appris mon métier. D'ailleurs, c'était cela ou rentrer dans l'enseignement. J'avais un congé de deux ans pour convenance personnelle et c'était la débrouille! Je n'ai jamais signé de contrat avec un éditeur, ni Grasset, ni le Seuil, ni Flammarion. C'est trop contraignant et çà ne permet pas de vivre de ses livres.
- Vous écrivez tous les jours?
- J'écris presque quotidiennement quand j'écris un roman. Quant aux poèmes, c'est quand ils viennent, quelquefois en pleine nuit! Je les accumule jusqu'au jour où je les réunis. Je publie aujourd'hui cinquante fables. On m'avait mis en garde : "Les fables, ce n'est pas du tout commercial!". Mais finalement, le livre sort chez Grasset. J'ai eu le Prix La Fontaine dans le temps, mais je n'avais jamais utilisé les fables. Avec l'illustrateur français Christophe Besse, on vient de signer des "Antifables". Il faut comprendre que c'est un livre anti-gnangnan. Avant nous, il y a bien eu les "Antimémoires" d'André Malraux!
- Quel conseil donneriez-vous à un auteur débutant?
- Si j'avais un conseil à donner aux plus jeunes, c'est qu'il faut se battre et ne surtout pas tenir compte des modes. Si on y croit, on se bat pour. Aujourd'hui, c'est un phénomène, la littérature de jeunesse. A condition de publier beaucoup, on peut en vivre. Les livres qui marchent bien permettent d'avoir des animations et ce sont ces animations qui font vivre les auteurs. Il faut savoir que ce ne sont jamais les livres ni leurs droits d'auteur qui permette d'avoir une vie d'auteur à temps plein, mais les animations autour de nos livres. Si on ne sort pas assez de livre, on n'a plus d'animations... Si on fait un métier d'écriture, il ne faut pas privilégier l'argent. J'aimais bien être directeur d'école, mais je ne pouvais pas faire les deux en même temps. Ce métier m'a permis de voyager, d'être invité à des salons du livre, de faire des animations jusqu'au Sénégal ou en Louisiane. Je n'ai jamais regretté, mais bien sûr j'ai un mode de vie beaucoup plus modeste que celui que j'aurais pu avoir.
- Pouvez-vous nous dire un mot de vos animations dans les écoles?
- Dans les salons du livre, je participe à des animations sur mes romans et ma poésie. Il existe aussi une animation dans mon village natal, où je suis né en 1934, à Saint-Denis dans la banlieue de Mons. Je lui ai consacré une trilogie romanesque inspirée de mon enfance pendant la guerre. Les écoles peuvent venir y passer trois heures, découvrir le village et les lieux réels où s'est déroulée l'action des "Commandos des pièces-à-trous". Au préalable, ils ont lu l'un ou l'autre des romans de la trilogie qui vient de reparaître chez Milan dans une édition à 6 euros.
- Quel est l'auteur vivant que vous aimez particulièrement en littérature de jeunesse?
- Ce sont des femmes et elles sont deux, autant pour ce qu'elles écrivent que pour ce qu'elles sont : Susie Morgenstern et Marie-Aude Murail.
- Quels sont les poètes qui vous ont nourri?
- Raymond Queneau tout d'abord! Ses textes me parlent et je les écoute! En 1966, quand j'ai sorti "Enfants du Monde", une anthologie de poésies écrites par des enfants des écoles Freinet, il a salué publiquement l'initiative. Ensuite, Jacques Prévert, qui fut pour moi un premier choc, à seize ans. A la bibliothèque de l'école normale pour instituteurs, j'emprunte "Paroles" et lis avec délectation ses poèmes à dire si différents des chefs d'oeuvre classiques qu'il nous était demandé de mémoriser. Parmi les Belges, il y a Norge pour qui j'ai une admiration sans réserve. On ne s'est jamais rencontrés mais on s'est écrit. Quant à Henri Michaux, ce qui m'a épaté et amené à découvrir ses voyages en mots et ses hallucinations, c'est le "Plume" joué admirablement au théâtre par Philippe Geluck. Je m'en voudrais de ne pas citer Achille Chavée. Il m'est arrivé, un jour, de signer mes premiers albums à compte d'auteur en sa compagnie. Ce samedi-là, il a fait danser mon fils Carl sur ses genoux.
- Comment considérez-vous le fait que votre fils Carl Norac marche dans vos pas?
- J'en suis heureux. L'autre jour, il devait recevoir la médaille de la province du Hainaut. Comme les trains ne roulaient pas, c'est moi qui suis allé la recevoir pour lui! Je crois n'avoir jamais rien fait pour que Carl m'imite. Simplement, si j'avais été cordonnier, il aurait commencé à taper sur des bottines dès l'enfance. J'ai été son instituteur pendant deux ans et je n'ai pas voulu jouer au papa contraignant. Je lui avais dit : "Si tu veux écrire, il te reste à travailler beaucoup". Disons que j'ai sans doute été le déclic. Bien sûr, il y a des similitudes : il a démissionné de son travail au même âge que moi. Il a fait sa vie tout seul et je ne l'ai jamais aidé. Ce que nous faisons est tout à fait différent et j'en suis ravi.
- Vous avez collectionné les prix prestigieux (prix de la Pléiade 1964, prix Jean de la Fontaine 1979, grand prix de poésie pour la jeunesse à Paris en 1989 pour n'en citer que quelques-uns). Qu'a représenté pour vous le prix triennal?
- J'ai eu peu de prix mais des prix importants. Ici, dans ce premier prix triennal, ce qui m'intéresse surtout, c'est qu'une ministre a reconnu la littérature de jeunesse comme littérature à part entière. On nous a reconnus, Marie Wabbes, Kitty Crowther et moi-mêmes, comme auteurs de littérature de jeunesse, mais aussi tous les autres qui vont suivre. Cela compte, car toutes les générations qui suivent vont s'installer dans quelque chose d'enfin reconnu. Il y aura des prix l'année prochaine et les suivantes. C'est çà qui est formidable. Et Fadila Laanan va entrer dans l'histoire de la culture en Belgique comme la première à avoir réellement reconnu la littérature de jeunesse.
- Jusqu'ici, vous pensez qu'il y avait une sorte de condescendance?
- Oui, je le pense. Surtout à l'époque où j'ai commencé à écrire. On n'est pas vraiment pris au sérieux quand on écrit pour les enfants. Ca me poursuit parfois encore aujourd'hui : certains de mes romans dits pour adolescents pourraient tout aussi bien être lus comme romans pour adultes. Une autre conséquence, pour ma poésie celle-là, est que je suis rarement repris dans les anthologies alors que j'ai écrit pas mal de poèmes pour adultes. Mais je n'en souffre pas. Je ne suis pas tellement dans le milieu littéraire et je n'entends pas ses rumeurs... Quand j'aime bien quelqu'un qui écrit bien, je le lui dis. Si je n'aime pas, je me tais".
(interview extraite de la revue bimestrielle "Le Carnet et les Instants").
samedi 25 juillet 2009
Sauvons le Musée Emile Verhaeren à Roisin
Alors qu'on ne cesse de nous parler de la candidature de Mons au titre de capitale culturelle européenne en 2015, un groupe de citoyens tente d'attirer l'attention sur le Musée Emile Verhaeren à Roisin (à une vingtaine de kilomètres de Mons) qui attend depuis des années pour être rénové et réouvert au public... Pour ceux qui ne le connaissent pas, Emile Verhaeren (1855-1916) est un grand poète belge qui est né près d'Anvers, écrivait en français, a été traduit dans de nombreuses langues et passait ses vacances à Roisin.
Pourtant, le Musée Emile Verhaeren dans son village natal de Sint-Amands fonctionne parfaitement. Le village de Roisin est situé au milieu du Parc Naturel des Hauts-Pays qui connaît un bel essor touristique et possède de chaleureux gîtes ruraux. Le site du "Caillou-qui-bique" est fréquenté tout au long de l'année par des écoliers en classe de forêt qui ont un atelier poésie autour de Verhaeren à leur programme...sans pouvoir entrer dans le musée qui lui est consacré! Le parking accueille les voitures de nombreux promeneurs qui vont se balader dans le bois tout proche.
Bref, toutes les conditions sont remplies...sauf la bonne volonté du monde politique. La Province du Hainaut avait racheté le bâtiment et avait prévu 750.000 euros pour l'aménagement en Musée Verhaeren d'une part, et en siège du Parc Naturel des Hauts-Pays d'autre part. Mais le dossier bloque au niveau de la région wallone et de la commune des Honnelles. Aussi des citoyens se mobilisent pour mettre toutes les autorités compétentes autour d'une table et trouver une solution à cette situation qui dure depuis plusieurs années...
Une journée de sensibilisation aura lieu le samedi 1er août 2009 à Roisin : cérémonie officielle à 11h au château de Bargette (rue Emile Verhaeren,3 - Roisin) avec dépôt de fleurs devant la statue du poète, suivi d'une promenade familiale de 4km autour du site du "Caillou-qui-bique" afin de découvrir le circuit des pierres gravées de poèmes d'Emile Verhaeren.
Plus d'infos auprès des organisateurs René Legrand (legrandrene@skynet.be) et Muriel Vigneron (muvigneron@hotmail.com).
Pourtant, le Musée Emile Verhaeren dans son village natal de Sint-Amands fonctionne parfaitement. Le village de Roisin est situé au milieu du Parc Naturel des Hauts-Pays qui connaît un bel essor touristique et possède de chaleureux gîtes ruraux. Le site du "Caillou-qui-bique" est fréquenté tout au long de l'année par des écoliers en classe de forêt qui ont un atelier poésie autour de Verhaeren à leur programme...sans pouvoir entrer dans le musée qui lui est consacré! Le parking accueille les voitures de nombreux promeneurs qui vont se balader dans le bois tout proche.
Bref, toutes les conditions sont remplies...sauf la bonne volonté du monde politique. La Province du Hainaut avait racheté le bâtiment et avait prévu 750.000 euros pour l'aménagement en Musée Verhaeren d'une part, et en siège du Parc Naturel des Hauts-Pays d'autre part. Mais le dossier bloque au niveau de la région wallone et de la commune des Honnelles. Aussi des citoyens se mobilisent pour mettre toutes les autorités compétentes autour d'une table et trouver une solution à cette situation qui dure depuis plusieurs années...
Une journée de sensibilisation aura lieu le samedi 1er août 2009 à Roisin : cérémonie officielle à 11h au château de Bargette (rue Emile Verhaeren,3 - Roisin) avec dépôt de fleurs devant la statue du poète, suivi d'une promenade familiale de 4km autour du site du "Caillou-qui-bique" afin de découvrir le circuit des pierres gravées de poèmes d'Emile Verhaeren.
Plus d'infos auprès des organisateurs René Legrand (legrandrene@skynet.be) et Muriel Vigneron (muvigneron@hotmail.com).
vendredi 17 juillet 2009
50 ans de carrière de Pierre Coran
Né en 1934 à Saint-Denis près de Mons, Eugène Delaisse devient instituteur et sort son premier livre, "Le fiel" en 1959. Il choisit d'écrire sous le nom de Pierre Coran, puis de quitter son métier pour se consacrer entièrement à la littérature de jeunesse (poèmes, romans, etc.). Il a reçu différentes récompenses (comme le Prix Jean de la Fontaine 1979) et une école primaire de Mons porte son nom. Sa bibliographie compte 130 livres... En cette année 2009, l'auteur belge Pierre Coran fête donc ses 75 ans et ses 50 ans de carrière, aura droit cet automne à une exposition rétrospective au Centre de Littérature de Jeunesse de Bruxelles, et est nominé pour le Prix Hans Christian Andersen 2009 ("le Prix Nobel de littérature de jeunesse") qu'aucun Belge n'a jamais reçu. Sa recette pour réussir? "Il ne faut pas être pressé, il faut durer. Quand un livre sort, même si c'est un succès, je repars à zéro. Et il faut rester libre, ne pas demander de subsides, d'aides. Ca doit être au mérite. J'ai toujours voulu rester indépendant. Mon papa est mort quand j'avais 13 ans. J'ai dû m'assumer. J'avais une maman formidable. Pour elle, que je sois instituteur était le sommet". Notons que le fils de Pierre Coran est également écrivain sous le nom de Carl Norac (C-O-R-A-N dans le désordre). Bon anniversaire Pierre!
samedi 27 juin 2009
"La liberté de l'amour" (C. Nys-Mazure et C. Henning)
"La liberté de l'amour" est une conversation de 2005 entre le journaliste Christophe Henning et Colette Nys-Mazure (née en 1939) qui dédie cet ouvrage "à ceux et celles qui m'ont communiqué l'intime conviction d'un amour plus fort que la mort". Son enfance est, en effet, marquée par le décès de ses parents qu'elle raconte en détail dans son livre "L'enfant neuf". Elle rend hommage à l'attention que lui ont prodiguée ses oncles et tantes du Tournaisis, ainsi que Mère Marie-Tarcisius qui lui a transmis sa foi mais l'a découragée d'entrer au couvent : "Je la sentais désireuse de m'aider à trouver ma voie propre, sans aucun préjugé. Outre l'amour inconditionnel, elle m'a révélé le respect de la liberté, l'autonomie de chacun (...) Je suis convaincue que c'est une sainte authentique de notre temps, mais elle n'a nul besoin de canonisation officielle".
Colette raconte ensuite sa rencontre avec son époux - qui avait perdu, lui aussi, sa maman - et confie : "Il se peut qu'influencés par ces débuts tragiques et par la qualité de notre entourage, nous ayons jeté toutes nos forces dans un couple résolu à durer. C'était et c'est un projet fort. Nous avons souhaité une famille nombreuse et désiré l'élargir en accueillant des enfants d'ailleurs, par le biais d'un organisme international". Elle évoque aussi la maternité ("Le fait de donner la vie n'implique pas de donner sa vie pour les enfants"). Trois de ses cinq enfants vivent aujourd'hui à l'étranger et on sent une pointe de tristesse de ne voir ses petits-enfants que deux ou trois fois par an. Mais elle ajoute : "Allons! Ils sont heureux et font leur vie avec allégresse, n'est-ce pas ce que tu souhaites?".
Professeur de français de 1961 à 1999, Colette Nys-Mazure obtient en 1975 le Prix Froissart dont la récompense était l'édition de son premier livre, "La vie à foison". Elle revient sur "Célébration du quotidien", publié en 1997, qui a marqué sa carrière littéraire : "Nous nous masquons notre réalité mortelle, nous fuyons vers l'arrière ou vers l'avant en négligeant ce présent très quotidien qu'il nous est donné de vivre ; nous recherchons l'extraordinaire et c'est lorsque l'ordinaire nous est interdit que nous en mesurons la valeur". Colette Nys-Mazure refuse cependant d'être enfermée dans le courant minimaliste cher à Philippe Delerm. Elle nous raconte ensuite ses quatre résidences d'écrivain - notamment à l'Academia Belgica à Rome - et son besoin d'avoir deux heures solitaires le matin pour lire et écrire.
Dans le chapitre intitulé "Enseigner savoir et saveur", Colette confie : "Aujourd'hui, le travail de l'enseignant se trouve sérieusement compliqué : d'une part, l'école n'est qu'un des accès à l'information et son crédit s'est affaibli ; d'autre part, les élèves sont habitués à zapper lorsqu'une émission les ennuie, et surtout, ils ont tant d'énergie à dépenser que, faute d'activité physique quotidienne, l'attention soutenue au cours leur devient difficile, voire impossible". Aujourd'hui retraitée, elle préfère animer des ateliers d'écriture que donner une conférence, et tente de faire redécouvrir le plaisir de la lecture à ses stagiaires.
Colette Nys-Mazure évoque ensuite la société de consommation, les nouvelles technologies, la religion et son souhait d'être enterrée au Jardin des Poètes au sommet du Mont Saint-Aubert. Même si la mort est souvent évoquée dans cet ouvrage, on le termine avec un message positif d'espoir et d'optimisme. C'est un bon résumé de la vie et de l'oeuvre de cette Grande Dame de la littérature belge dont les médias ne parlent pas assez.
Colette raconte ensuite sa rencontre avec son époux - qui avait perdu, lui aussi, sa maman - et confie : "Il se peut qu'influencés par ces débuts tragiques et par la qualité de notre entourage, nous ayons jeté toutes nos forces dans un couple résolu à durer. C'était et c'est un projet fort. Nous avons souhaité une famille nombreuse et désiré l'élargir en accueillant des enfants d'ailleurs, par le biais d'un organisme international". Elle évoque aussi la maternité ("Le fait de donner la vie n'implique pas de donner sa vie pour les enfants"). Trois de ses cinq enfants vivent aujourd'hui à l'étranger et on sent une pointe de tristesse de ne voir ses petits-enfants que deux ou trois fois par an. Mais elle ajoute : "Allons! Ils sont heureux et font leur vie avec allégresse, n'est-ce pas ce que tu souhaites?".
Professeur de français de 1961 à 1999, Colette Nys-Mazure obtient en 1975 le Prix Froissart dont la récompense était l'édition de son premier livre, "La vie à foison". Elle revient sur "Célébration du quotidien", publié en 1997, qui a marqué sa carrière littéraire : "Nous nous masquons notre réalité mortelle, nous fuyons vers l'arrière ou vers l'avant en négligeant ce présent très quotidien qu'il nous est donné de vivre ; nous recherchons l'extraordinaire et c'est lorsque l'ordinaire nous est interdit que nous en mesurons la valeur". Colette Nys-Mazure refuse cependant d'être enfermée dans le courant minimaliste cher à Philippe Delerm. Elle nous raconte ensuite ses quatre résidences d'écrivain - notamment à l'Academia Belgica à Rome - et son besoin d'avoir deux heures solitaires le matin pour lire et écrire.
Dans le chapitre intitulé "Enseigner savoir et saveur", Colette confie : "Aujourd'hui, le travail de l'enseignant se trouve sérieusement compliqué : d'une part, l'école n'est qu'un des accès à l'information et son crédit s'est affaibli ; d'autre part, les élèves sont habitués à zapper lorsqu'une émission les ennuie, et surtout, ils ont tant d'énergie à dépenser que, faute d'activité physique quotidienne, l'attention soutenue au cours leur devient difficile, voire impossible". Aujourd'hui retraitée, elle préfère animer des ateliers d'écriture que donner une conférence, et tente de faire redécouvrir le plaisir de la lecture à ses stagiaires.
Colette Nys-Mazure évoque ensuite la société de consommation, les nouvelles technologies, la religion et son souhait d'être enterrée au Jardin des Poètes au sommet du Mont Saint-Aubert. Même si la mort est souvent évoquée dans cet ouvrage, on le termine avec un message positif d'espoir et d'optimisme. C'est un bon résumé de la vie et de l'oeuvre de cette Grande Dame de la littérature belge dont les médias ne parlent pas assez.
samedi 20 juin 2009
"La Mandarine Blanche" (Rémi Bertrand)
Né à Charleroi (Belgique) en 1982, Rémi Bertrand a effectué des études de philologie romane et d'édition à l'Université Catholique de Louvain-la-Neuve. En 2001, il participe à un séminaire d'écriture organisé par l'écrivain belge Vincent Engel qui débouche sur la publication confidentielle de sa nouvelle "Le gant". Après des stages chez les éditions Fayard et Gallimard à Paris, l'année 2005 voit le début de sa carrière littéraire : les Editions du Rocher publient son essai "Philippe Delerm et le minimalisme positif" (en janvier) et son premier roman "La Mandarine Blanche" (en octobre).
"La Mandarine Blanche" est une courte fiction de 74 pages sur l'euthanasie et l'acharnement thérapeutique qui se lit en une bonne heure. Au début, j'ai été un peu perturbé par la construction originale de cet ouvrage, conçu comme un puzzle en trois histoires, répondant chacune à trois périodes de la vie du narrateur (l'enfance, l'âge adulte et la mort). Au fil des pages, j'ai cependant mieux compris les intentions de Rémi Bertrand. Je conseille d'ailleurs une deuxième lecture qui fait apparaître avec évidence l'agencement du texte et fait mieux comprendre certains jeux de mots et allusions.
L'histoire : de son enfance à sa mort, le narrateur trentenaire Jonathan Demain semble n'avoir jamais quitté l'univers blanc et mystérieux de l'hôpital. A l'âge de six ans, il rencontre Robert le Toubib qui lui explique la signification des soins palliatifs. J'aime beaucoup cette phrase pleine de poésie ("Moi, j'aurais plutôt appelé çà la salle d'apaisement ou le coin des fées").
Victime d'un accident de travail, Jonathan est maintenu artificiellement en vie, mais refuse l'acharnement thérapeutique dont son père a été victime avant lui.
En jouant sur la corde sensible des lecteurs, ce roman est un plaidoyer pour l'euthanasie, comme le prouve cet extrait : "La vie ne m'intéresse plus. Ni celle des autres, ni la mienne. J'ai trop mal pour m'en préoccuper. Je souffre trop pour la désirer encore. Dis-moi où est l'interrupteur : j'appuierai moi-même puisque tu ne t'y résous pas. Donne-moi la morphine. Calme mes convulsions. Soulage mon thorax ; ma poitrine brûle à chaque inspiration. Fais-moi ingurgiter toutes tes substances ; apporte-moi les gélules pour qu'on les voie enfin, pour que la chimie tue la chimie et que l'homme retrouve sa dignité. Je te l'ai dit : je n'attendrai pas demain. C'est maintenant ; il faut agir. Je ne veux pas revivre le destin de mon père. Je ne veux pas disparaître : je veux mourir".
Un seul reproche : je regrette l'absence des arguments des adversaires de l'euthanasie que le narrateur aurait pu discuter. Ce mini-débat aurait été intéressant au sein du roman. Souhaitons une longue carrière à ce jeune et talentueux écrivain belge...
"La Mandarine Blanche" est une courte fiction de 74 pages sur l'euthanasie et l'acharnement thérapeutique qui se lit en une bonne heure. Au début, j'ai été un peu perturbé par la construction originale de cet ouvrage, conçu comme un puzzle en trois histoires, répondant chacune à trois périodes de la vie du narrateur (l'enfance, l'âge adulte et la mort). Au fil des pages, j'ai cependant mieux compris les intentions de Rémi Bertrand. Je conseille d'ailleurs une deuxième lecture qui fait apparaître avec évidence l'agencement du texte et fait mieux comprendre certains jeux de mots et allusions.
L'histoire : de son enfance à sa mort, le narrateur trentenaire Jonathan Demain semble n'avoir jamais quitté l'univers blanc et mystérieux de l'hôpital. A l'âge de six ans, il rencontre Robert le Toubib qui lui explique la signification des soins palliatifs. J'aime beaucoup cette phrase pleine de poésie ("Moi, j'aurais plutôt appelé çà la salle d'apaisement ou le coin des fées").
Victime d'un accident de travail, Jonathan est maintenu artificiellement en vie, mais refuse l'acharnement thérapeutique dont son père a été victime avant lui.
En jouant sur la corde sensible des lecteurs, ce roman est un plaidoyer pour l'euthanasie, comme le prouve cet extrait : "La vie ne m'intéresse plus. Ni celle des autres, ni la mienne. J'ai trop mal pour m'en préoccuper. Je souffre trop pour la désirer encore. Dis-moi où est l'interrupteur : j'appuierai moi-même puisque tu ne t'y résous pas. Donne-moi la morphine. Calme mes convulsions. Soulage mon thorax ; ma poitrine brûle à chaque inspiration. Fais-moi ingurgiter toutes tes substances ; apporte-moi les gélules pour qu'on les voie enfin, pour que la chimie tue la chimie et que l'homme retrouve sa dignité. Je te l'ai dit : je n'attendrai pas demain. C'est maintenant ; il faut agir. Je ne veux pas revivre le destin de mon père. Je ne veux pas disparaître : je veux mourir".
Un seul reproche : je regrette l'absence des arguments des adversaires de l'euthanasie que le narrateur aurait pu discuter. Ce mini-débat aurait été intéressant au sein du roman. Souhaitons une longue carrière à ce jeune et talentueux écrivain belge...
jeudi 11 juin 2009
Chronique de Michel Lambert
A certains, le monde des Lettres fait peur. Il apparaît comme mystérieux, replié sur lui-même, plein de morgue, cultivant l'ego, tout petit monde dans le vaste monde. Pourtant on y trouve en raccourci, comme disait Brassens à propos des amours d'un jour, l'essentiel de ce qui fait la vie du vaste monde : ses problèmes, ses farces, ses drames, ses fidélités, ses injustices, sa gravité, sa légèreté. A l'instar du vaste monde, il fonctionne grâce à des institutions, vit de son commerce, de ses marchés, sa géographie est complexe, traversée de cénacles, de réseaux, d'instances qui distribuent blâmes et récompenses. Sa légitimité, il la tire de son lectorat qui choisit avec plus ou moins de goût, mais librement, ses élus sur les tables des libraires.
C'est un monde où il se passe toujours quelque chose. L'actualité n'y a pas de répit. Ainsi cette information datant de la fin mars mais qui ne risque pas de vieillir : François Weyergans a été élu à l'Académie française où il succède à l'ancien commissaire-priseur Maurice Rheims. Bravo le Belge! Ou plutôt le Franco-Belge. Décidément, le nouvel immortel aura obtenu les plus belles reconnaissances des deux côtés de la frontière : prix Rossel, prix Renaudot, prix Goncourt et maintenant la Coupole.
La joie, la peine. Peu de temps avant cette élection, une voix émue au téléphone nous annonçait au téléphone la disparition du poète Claude Haumont, parti sur la pointe des pieds. Cet homme discret, ami de Balthazar, Prévot, Chavée, Norge, pour n'en citer que quelques-uns, nul doute qu'il sera immortel dans la mémoire de cette voix émue. Immortel, le fameux mot! Un qui est assuré de l'être pendant longtemps, c'est Georges Simenon : à l'heure où on va bientôt célébrer le vingtième anniversaire de son décès, ses lecteurs restent très nombreux. En poche mais aussi dans la prestigieuse Pléiade, où il figure parmi les meilleures ventes. Pour la petite histoire, sait-on que le père de Maigret faillit être des deux Académies? La Belge et la Française, où François Mauriac le pressait de faire candidature.
Une autre forme d'immortalité, c'est le Nobel. Un seul écrivain belge, Maurice Maeterlinck, eut cette récompense suprême. A l'époque, sa renommée était immense. Aujourd'hui, des colloques se préparent pour commémorer l'événement en automne 2011. Bref, même si on ne le lit plus guère (mais on le joue), il est toujours là. Avec une oeuvre que certains se préparent à revisiter.
Et puis, il y a tous ceux qui ont déserté le monde des Lettres, pour qui, depuis belle lurette, il n'y a plus d'actualité. Ce n'est pas toujours la mort qui les a soustraits au plaisir qu'on avait de les lire. C'est parfois autre chose, mais quoi? Peut-être que le monde des Lettres n'était pas fait pour eux, qu'ils s'y sentaient mal à l'aise? Peut-être que ce monde, après les avoir acceptés, encensés quelquefois, les a rejetés tout à coup. Plus d'éditeur, plus de presse, plus de lecteurs. A moins que la source ne se soit tarie. Des périodes sèches, tous les écrivains en connaissent, ils sont alors déprimés, invivables, scrutant la plus petite goutte annonçant le retour du flux fécond. Dans d'autres cas, les difficultés matérielles ont eu raison de leur disponibilité, les malheurs les ont frappés, et la littérature n'a pu les consoler.
Mais ici comme ailleurs, il ne faut jamais dire jamais. La vie littéraire nous a habitués à des résurrections où le talent l'emporte sur l'oubli. C'est une question d'années, parfois de décennies. Emmanuel Bove, Pierre Bost, André Fraigneau, Jean Freustié, Madeleine Bourdouxhe, Jacqueline Harpman, René Swennen, et combien d'autres, sont de retour parmi nous. Dans le monde des Lettres comme dans le vaste monde, une éclipse ne dure que le temps d'une éclipse.
Chronique de Michel Lambert dans la revue bimensuelle et gratuite "Le Carnet et les Instants" (juin 2009) publiée par le Service de Promotion des Lettres Belges de langue française.
C'est un monde où il se passe toujours quelque chose. L'actualité n'y a pas de répit. Ainsi cette information datant de la fin mars mais qui ne risque pas de vieillir : François Weyergans a été élu à l'Académie française où il succède à l'ancien commissaire-priseur Maurice Rheims. Bravo le Belge! Ou plutôt le Franco-Belge. Décidément, le nouvel immortel aura obtenu les plus belles reconnaissances des deux côtés de la frontière : prix Rossel, prix Renaudot, prix Goncourt et maintenant la Coupole.
La joie, la peine. Peu de temps avant cette élection, une voix émue au téléphone nous annonçait au téléphone la disparition du poète Claude Haumont, parti sur la pointe des pieds. Cet homme discret, ami de Balthazar, Prévot, Chavée, Norge, pour n'en citer que quelques-uns, nul doute qu'il sera immortel dans la mémoire de cette voix émue. Immortel, le fameux mot! Un qui est assuré de l'être pendant longtemps, c'est Georges Simenon : à l'heure où on va bientôt célébrer le vingtième anniversaire de son décès, ses lecteurs restent très nombreux. En poche mais aussi dans la prestigieuse Pléiade, où il figure parmi les meilleures ventes. Pour la petite histoire, sait-on que le père de Maigret faillit être des deux Académies? La Belge et la Française, où François Mauriac le pressait de faire candidature.
Une autre forme d'immortalité, c'est le Nobel. Un seul écrivain belge, Maurice Maeterlinck, eut cette récompense suprême. A l'époque, sa renommée était immense. Aujourd'hui, des colloques se préparent pour commémorer l'événement en automne 2011. Bref, même si on ne le lit plus guère (mais on le joue), il est toujours là. Avec une oeuvre que certains se préparent à revisiter.
Et puis, il y a tous ceux qui ont déserté le monde des Lettres, pour qui, depuis belle lurette, il n'y a plus d'actualité. Ce n'est pas toujours la mort qui les a soustraits au plaisir qu'on avait de les lire. C'est parfois autre chose, mais quoi? Peut-être que le monde des Lettres n'était pas fait pour eux, qu'ils s'y sentaient mal à l'aise? Peut-être que ce monde, après les avoir acceptés, encensés quelquefois, les a rejetés tout à coup. Plus d'éditeur, plus de presse, plus de lecteurs. A moins que la source ne se soit tarie. Des périodes sèches, tous les écrivains en connaissent, ils sont alors déprimés, invivables, scrutant la plus petite goutte annonçant le retour du flux fécond. Dans d'autres cas, les difficultés matérielles ont eu raison de leur disponibilité, les malheurs les ont frappés, et la littérature n'a pu les consoler.
Mais ici comme ailleurs, il ne faut jamais dire jamais. La vie littéraire nous a habitués à des résurrections où le talent l'emporte sur l'oubli. C'est une question d'années, parfois de décennies. Emmanuel Bove, Pierre Bost, André Fraigneau, Jean Freustié, Madeleine Bourdouxhe, Jacqueline Harpman, René Swennen, et combien d'autres, sont de retour parmi nous. Dans le monde des Lettres comme dans le vaste monde, une éclipse ne dure que le temps d'une éclipse.
Chronique de Michel Lambert dans la revue bimensuelle et gratuite "Le Carnet et les Instants" (juin 2009) publiée par le Service de Promotion des Lettres Belges de langue française.
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