Petit Belge : Avant de faire publier votre premier livre, vous avez toutes les deux créé un blog et choisi un pseudonyme. Pourquoi avez-vous fait ces deux choix et qu'est-ce que cela vous a apporté?
Edmée : Quand j'étais petite, je jouais à être une (merveilleuse) princesse adorée de tous mais d'une sauvagerie assez impressionnante (je grimpais aux arbres, me battais à l'épée et avais une chevelure avec laquelle j'aurais pu étrangler plus d'un impoli). Mais j'avais un grain de beauté sur le bras qui, lorsque je le voyais au cours de mon jeu, me rappelait cruellement que je n'étais "que" moi. Je me suis donc peut-être offert non pas la couronne d'une princesse, mais un second moi. Je me sens plus libre d'écrire sous un pseudonyme qui est un de mes prénoms de baptême et le nom d'une rue commerçante de ma ville natale, Verviers. Quant au blog, au départ, je l'ai fait pour présenter mon premier roman "Les Romanichels". Or ils ont mis si longtemps à être prêts qu'entretemps, je m'étais mise à parler de bien d'autres choses, et à me prendre au jeu. Maintenant, j'y tiens beaucoup et essaie de garder ma discipline autant que possible.
Nicole : Depuis toujours, j'aime écrire, j'ai rempli des cahiers entiers achetés tout neufs et de préférence tout rouges, de mes petites pensées personnelles. Tellement personnelles que tôt ou tard les cahiers se retrouvaient plongés dans les feux de joie de la cheminée...sous mes yeux nostalgiques de voir partir en fumée tant de mots dont je ne retrouverai plus jamais la trace. La peut d'être percée à jour par une indiscrétion commandait cet acte de destruction massive! C'est pour cette raison que l'anonymat de la toile me séduisait tellement : écrire sous les yeux du monde entier, tout en restant cachée de mon entourage... Quel paradoxe tentant! Et puis, il y avait la magie incroyable de voir affichés sur la fenêtre de mon ordinateur, accessibles à chacun, les mots que j'écrirais, mes mots à moi. Cela me semblait proprement fascinant! Je me prenais à rêver que moi aussi, je pourrais écrire de belles choses sur l'écran du monde entier, que je pourrais être lue par des dizaines de lecteurs que j'imaginais bien sûr intéressés et enthousiastes. Ecrire et être lue dans un même élan, je n'osais y penser, moi qui jusqu'alors n'avais confié qu'à mes tiroirs les plus secrets quelques mots inachevés. J'avais envie d'écrire et je me prenais à rêver qu'on me lise... Comme tant d'autres, je me suis donc peu à peu laissée séduire par l'idée exaltante de déposer dans le vaste monde du Net les traces indélébiles et passionnantes de ma vie, en réalité pas toujours si passionnante que çà et même parfois franchement quelconque. Mais qui sait? Ma vie prendrait peut-être un autre relief si elle s'affichait sur l'écran de cet ordinateur qui décidément prenait de plus en plus de place dans ma vie... Le pseudo choisi sur un coup de coeur pour sa musicalité était obligatoire, l'anonymat était à ce prix.
Petit Belge : Nicole en a déjà parlé dans la première question, mais vos romans et les textes de vos blogs sont en partie autobiographiques?
Nicole : En ce qui concerne mes livres, "Tout d'un blog" et mon récit de vie "L'enfant à l'endroit, l'enfant à l'envers" racontent beaucoup de moi, bien sûr... Même chose en ce qui concerne mon blog, qui sont des billets d'humeur à propos du quotidien, de la vie : c'est du personnel qui peut rencontrer le vécu des autres. Mon recueil de nouvelles raconte des histoires de fiction. J'ai voulu sortir de la facette "personnelle", récit de vie, faire autre chose...inventer des personnages et les aventures qu'ils vivent, j'ai aimé çà!
Edmée : Comme Nicole, le premier roman contient beaucoup d'éléments personnels réels, mêlés à de la fiction parce qu'il ne s'agit pas du tout d'une histoire vraie (je me souviens d'un ami français qui, horrifié, y a tellement cru qu'il m'a dit : "mais comment as-tu pu abandonner ton enfant???"). Le second aussi, mais avec plus de fiction. Le troisième sera un recueil de nouvelles où je pense que seuls les éléments de décor ou de mise en scène sont parfois réels, ou un personnage secondaire. Le blog, c'est personnel oui, mais je ne cherche pas à en faire un journal ou une sorte d'autobiographie. Ce sont les choses qui m'ont marquée, ont accroché ma curiosité, et que je cherche à partager.
Petit Belge : La famille, ses secrets et ses dessous de table, ainsi que la relation mère-fille sont présents dans vos ouvrages respectifs?
Edmée : Toute famille a des secrets, tout cercle social en a. Les secrets sont les tabous que l'on a enfreint, et donc forcément, les maisons sont tapissées de secrets. Ca me fascine, d'autant plus que, finalement, les gens sont de fameux comédiens! Quant à la relation mère-fille, je la trouve toujours intriguante aussi. Après tout, une mère est une mère au sortir de notre regard, nous ses enfants, mais elle est une jeune femme dans le sien propre - heureuse ou déjà lasse de ce que la vie pouvait lui offrir - et une fille inexperte dans le regard de ses parents. Elle peut aussi être une amante exceptionnelle ou une épouse trop conventionnelle aux yeux de son époux. Mais elle n'est la mère que pour ses enfants, et son rôle peut lui plaire ou pas, l'user, la ravir, l'amuser parce qu'elle confie les enfants à des nannies et offre un baiser parfumé du soir, la tuer parce qu'elle est seule et n'en sort pas. Ce sont des relations difficiles et qui ne trouvent leur plénitude, je pense, que sur la longue durée, la longue attente, la longue patience.
Nicole : La famille, ses failles, ses douleurs, son manque de dialogue sont évoqués surtout dans mon livre "L'enfant à l'endroit, l'enfant à l'envers"...mais aussi sous forme de fiction dans mes nouvelles. Dans mon récit de vie, j'ai tenté d'explorer quelque peu toutes ces failles, à travers les visages de trois générations de femmes. J'ai voulu aussi retrouver mes souvenirs d'enfant, ceux qui s'obstinaient à se cacher dans ma mémoire sélective. Je l'ai fait pour que mes enfants puissent avoir accès à leur histoire et puissent à leur tour la transmettre plus librement à leurs enfants. Quant à la relation mère-fille, elle n'a pas été simple pour moi, ce fut le berceau de beaucoup d'incompréhensions. L'amour et la haine s'y sont côtoyés bien souvent. J'ai voulu croire jusqu'au bout que l'amour pouvait triompher de tout par le dialogue et qu'il n'y a aucune malédiction d'incompréhension définitive. Je crois fermement que, quel que soit le passé, le futur reste sans cesse à construire et qu'il est dans nos mains!
Petit Belge : Vous dénoncez toutes les deux l'hypocrisie et les conventions de certains milieux, liées notamment à la religion et au "qu'en dira-t-on?". Etes-vous la rebelle de votre famille?
Edmée : Je suis certainement la rebelle, mais je ne me voyais pas comme telle. On me regardait un peu comme celle qui ne comprenait rien, la cigale impénitente, et on me sérinait "pierre qui roule n'amasse pas mousse"... C'est vrai que je n'ai pas de mousse, mais peut-être suis-je une pierre brute? Et je ne suis ni anti-religion, ni anti-famille, et je reconnais la nécessité des conventions aussi. Mais tout est dans la mesure, car souvent, c'est le fait de cacher les choses pour ne pas faire de mal aux enfants, à une épouse, à un groupe humain qui fera le plus grand désastre en fin de compte car le secret viendra au jour quand même, mais à la manière d'une bombe.
Nicole : Non, je ne suis une rebelle. Je suis juste une femme en quête de vérité. S'il me faut dire quelque chose (principalement par l'écriture), je tente de le dire tant dans le respect de l'autre que dans la fidélité à moi-même. Je suis bien plus encore une femme en quête d'amour (aussi bien donné que reçu), sans doute idéaliste à ce niveau... Je suis capable de me taire, de prendre sur moi, pour ne pas blesser l'autre...et de continuer seule au profond de moi-même mon chemin d'humanité. C'est aussi pour cette raison que j'aime écrire : il m'est donné l'occasion de m'exprimer de manière non-violente. Maintenant, dans ma fratrie, je suis considérée comme un peu "à part"...
Petit Belge : Autre ressemblance entre vos écrits : les femmes y sont très présentes et les hommes sont souvent à l'arrière-plan. Est-ce un choix ou un hasard?
Edmée : Ma vie m'a portée à construire autour de moi un mur de femmes. A savourer la force et la présence des femmes. Parce que les hommes furent, en fait, peu présents...en tout cas positivement présents. J'ai grandi dans un monde de femmes : ma mère (divorcée), sa mère (séparée), la gouvernante (une vieille demoiselle malgré de nombreux prétendants), des tantes veuves ou divorcées, des amies de ma mère célibataires ou "plantées là"... L'homme semblait ne faire que de brèves apparitions et disparaître.
Nicole : Difficile de répondre à cette question. Je répondrais spontanément que c'est un hasard, mais ce genre de hasard n'existe pas vraiment... J'aime me glisser dans la peau des femmes, essayer de mieux les comprendre, essayer de savoir ce qu'elles peuvent vivre. Mais je suis tout aussi intriguée par le monde masculin, il me fascine tout autant. Alors hasard sans doute... En tout cas, ce ne fut pas un choix délibéré. J'aime beaucoup les hommes (rires)!
Petit Belge : Quelles difficultés et quelles bonnes surprises avez-vous rencontrées pour faire connaître vos livres et votre blog?
Nicole : Je n'ai pas cherché à faire connaître mon blog. J'étais au début une simple anonyme qui écrivait simplement sur la vaste toile. Mais très vite les lecteurs sont venus... Cela m'a surprise... Il semblait qu'on aimait me lire, je n'en revenais pas mais c'était du bonheur. Ecrire et avoir cette chance d'être lue, que demander de plus? Mes lecteurs sur mon blog sont bien plus nombreux que les lecteurs de mes livres... Et la surprise la plus merveilleuse, c'est que mes livres se sont fait connaître en priorité grâce à mes amis blogueurs. C'est mon meilleur réseau!
Edmée : Les bonnes surprises ont été l'aide de gens, comme toi Petit Belge, qui ont fait que mon blog a bien démarré et avec lui l'annonce faite au bon peuple de la sortie de mon livre, ce qui a duré plus d'un an. J'ai donc eu des fidèles du blog qui ont acheté le livre. Maintenant, les éditions Chloé des Lys ne font pas de promotion ou presque, c'est donc à l'auteur de se débrouiller. Un petit noyau d'auteurs se soutient et s'entraide, ce qui assure une bonne relation sans rivalité et des échanges d'idées. Un auteur m'a, par exemple, mis une vidéo promotionnelle sur youtube, et je viens d'avoir une interview de Bob Boutique - autre auteur - qui vient de passer dans l'émission Actu TV de juin 2011. Je vais participer un peu plus à des événements littéraires, maintenant que je suis en Belgique. J'espère donc que çà aidera...
Petit Belge : Quels sont vos projets littéraires?
Nicole : Une publication des billets les plus commentés des Petites Paroles de Coumarine (très bientôt). Une publication collective d'ici la fin de l'année, dont je ne peux encore rien dire. Et puis d'autres choses en chantier...mais je préfère ne pas dévoiler ce genre de projet tant qu'ils ne se trouvent pas finalisés. J'en profite pour annoncer que le 7 septembre à 9h30, je serai interviewée dans les locaux de la Sabam dont je fais partie (dans le cadre des Mercredis du Livre). Et que le 16 octobre, je participe en tant qu'auteure au "Curieux dimanche" à la bib. Sésame à Schaerbeek (interview et dédicaces vers 13h, les détails suivront). Ces deux interviews concernent les "Dessous de table", éditions Mémory Press, 2010.
Edmée : Là pour le moment, je laisse un peu de place et d'espace à "De l'autre côté de la rivière, Sibylla". Et je pense sortir, l'année prochaine, un recueil de nouvelles (chic, diront certains, moins de personnages!) d'amour et de mals d'amour... Mais pour entretenir la forme, je compte aussi continuer à faire les petits concours littéraires qui passent, ne serait-ce que parce que c'est chaque fois un défi qui me stimule et m'évite de penser que "çà, c'est pas pour moi!".
Petit Belge : Quel regard porterz-vous sur cette interview croisée, et sur le travail et l'écriture l'une de l'autre?
Edmée : Je dois dire que j'aime énormément ce que fait Coumarine. Je visite moins son blog - je visite moins tous les blogs - parce que j'ai moins de temps, mais je le garde, avec quelques autres, "pour la bonne bouche". J'ai lu deux de ses livres avec fascination et, sans vouloir me comparer à elle, quelque part je me reconnais en elle sur bien des points. On a, je pense, le même regard sur les choses, bien qu'elle me paraisse plus sage que moi (dans le bon sens!). Coumarine, pour moi, est une dame! Son écriture est belle, profonde, sans langue de bois et sans vulgarité. J'aime beaucoup, beaucoup !!!
Nicole : Je n'ai lu que le premier roman d'Edmée qui m'a un peu déroutée par l'abondance des personnages et la complexité de son intrigue. C'est le genre de livre qu'il faut lire d'une traite, sous peine de perdre le fil de l'histoire. Edmée écrit de manière ample, avec une grande richesse de vocabulaire. Cette écriture ample et recherchée, apparaît aussi sur son blog et suscite souvent l'admiration de ses lecteurs. Edmée écrit moins sur son blog que moi, ce qui me permet quant à moi, de la lire régulièrement. Quant à cette interview croisée, j'ai trouvé l'idée originale et intéressante : Edmée et moi, nous nous ressemblons pas mal, nous sommes contemporaines, nous écrivons et publions depuis peu, et nous tenons un blog à visée plutôt littéraire. D'autre part, la place de la femme, chez elle comme chez moi, est prédominante, et cependant nous ne sommes ni l'une, ni l'autre des "féministes". N'ayant pas lu toutes ses réponses, ce sera donc une (belle) surprise de découvrir l'ensemble de l'interview... Merci Petit Belge de nous avoir permis cette confrontation amicale.
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mercredi 6 juillet 2011
mardi 5 avril 2011
"Les dessous de tables" (Nicole Versailles)
Dans son roman autobiographique "L'enfant à l'endroit, l'enfant à l'envers", Nicole Versailles nous racontait combien elle avait souffert de ne pas être comprise par ses parents, de vivre une enfance bridée par les corsets de la religion, et dénuée de toute fantaisie, liberté et joie de vivre. Ce recueil de 18 nouvelles en est un peu le prolongement car il explore les secrets de famille, les non-dits, les dessous de table. Autre ressemblance : la présence des femmes au coeur de ces deux livres. On retrouve tous un peu de nos vies dans ces nouvelles qui traitent de nos rapports les uns avec les autres. Ce recueil est très bien écrit, mais j'ai été plus touché par "L'enfant à l'endroit, l'enfant à l'envers" et j'ai trouvé que certains passages un peu crus n'apportaient rien.
Le livre se termine par un bon résumé de la Vie : "Il y aura toujours des pommes dans les pommiers du grand jardin familial. Il y aura toujours des automnes pour les cueillir, pour les éplucher et les cuire dans la cuisine, au gré des bavardages, des éclats de rire, des silences et des chagrins de la vie. Au fil du temps, des naissances et des morts qui jalonnent l'histoire de cette grande maison familiale. Et il pense que c'est dans l'ordre des choses...".
Le livre se termine par un bon résumé de la Vie : "Il y aura toujours des pommes dans les pommiers du grand jardin familial. Il y aura toujours des automnes pour les cueillir, pour les éplucher et les cuire dans la cuisine, au gré des bavardages, des éclats de rire, des silences et des chagrins de la vie. Au fil du temps, des naissances et des morts qui jalonnent l'histoire de cette grande maison familiale. Et il pense que c'est dans l'ordre des choses...".
lundi 27 septembre 2010
Nouveau livre de Nicole Versailles
Romaniste et animatrice d'ateliers d'écriture, Nicole Versailles se met à écrire sur le tard. Elle se fait connaître à partir de 2004 grâce à son blog (http://coumarine.blogspot.com/). Cette expérience lui inspire son livre "Tout d'un blog", un essai-témoignage paru aux Editions Couleurs Livres. Elle a écrit un roman autobiographique très émouvant, "L'enfant à l'endroit, l'enfant à l'envers", dont je vous avais parlé (http://ecrivainsbelges.blogspot.com/2010/04/lenfant-lendroit-lenfant-lenvers-nicole.html). Et j'ai eu la joie de la rencontrer par hasard en mars dernier à la Foire du Livre de Bruxelles.
Nicole Versailles vient de sortir un nouveau livre, intitulé "Les dessous de table". Comme je n'ai malheureusement pas encore eu le temps de le lire, j'ai sollicité l'aide de l'auteur belge Evelyne Wilwerth qui a gentiment accepté de m'en faire un (très beau) compte-rendu :
"Nicole Versailles possède vraiment le sens de la nouvelle, celui de la densité et de la chute. Ce genre littéraire lui va comme un gant. Elle affiche une belle maîtrise narrative. Ces courts textes me paraissent bien circonscrits, bien cadrés. Pas de graisse, pas de frioritures. Elle a l'art de jouer avec le lecteur (elle nous mène sur une fausse piste, elle propose des devinettes). Son regard est humain, imprégné de tendresse. Même si elle met en scène la cruauté, la malhonnêteté, la vilenie et une foule de petites horreurs. Regard humain donc, et aigu, fourrageur d'âmes. Ce qui est le boulot des écrivains... Elle sait faire passer la souffrance. Puis elle a l'art de personnifier les objets. Une caractéristique de son univers. En outre, il s'agit d'un vrai ensemble de nouvelles, avec ces éléments rassembleurs que sont la table et la couleur rouge. Quelques thèmes récurrents m'ont frappée : la vieillesse, la maladie, la perte de mémoire. Et je noterais aussi une dimension historique et politique qui donne une puissance supplémentaire au livre. Bref, un véritable contenu. Moulé dans une écriture vive et juste".
Nicole Versailles vient de sortir un nouveau livre, intitulé "Les dessous de table". Comme je n'ai malheureusement pas encore eu le temps de le lire, j'ai sollicité l'aide de l'auteur belge Evelyne Wilwerth qui a gentiment accepté de m'en faire un (très beau) compte-rendu :
"Nicole Versailles possède vraiment le sens de la nouvelle, celui de la densité et de la chute. Ce genre littéraire lui va comme un gant. Elle affiche une belle maîtrise narrative. Ces courts textes me paraissent bien circonscrits, bien cadrés. Pas de graisse, pas de frioritures. Elle a l'art de jouer avec le lecteur (elle nous mène sur une fausse piste, elle propose des devinettes). Son regard est humain, imprégné de tendresse. Même si elle met en scène la cruauté, la malhonnêteté, la vilenie et une foule de petites horreurs. Regard humain donc, et aigu, fourrageur d'âmes. Ce qui est le boulot des écrivains... Elle sait faire passer la souffrance. Puis elle a l'art de personnifier les objets. Une caractéristique de son univers. En outre, il s'agit d'un vrai ensemble de nouvelles, avec ces éléments rassembleurs que sont la table et la couleur rouge. Quelques thèmes récurrents m'ont frappée : la vieillesse, la maladie, la perte de mémoire. Et je noterais aussi une dimension historique et politique qui donne une puissance supplémentaire au livre. Bref, un véritable contenu. Moulé dans une écriture vive et juste".
vendredi 10 septembre 2010
La rentrée de nos auteurs (3ème partie)
Philippe Leuckx : "Deux livres sont sortis au printemps : "Selon le fleuve et la lumière" (éditions Le Coudrier) et "Le beau livre des visages" (éditions Maelström, coll. Bookleg, n°67). Le premier sera présenté à l'Association des Ecrivains Belges par Jacques Vandenschrick le mercredi 20 octobre 2010 à 18h. Je lirai des fragments du deuxième le 23 septembre 2010 dans le cadre de l'opération "Mort au pilon" à Bruxelles. Le 13 novembre 2010, à Tournai la Page, je signerai à deux stands : celui du Coudrier et celui des "Déjeuners sur l'herbe" où paraît à cette occasion le livre "Le coeur se hausse jusqu'au fruit". Au printemps 2011, deux collaborations à des ouvrages anthologiques : "Piqués des vers" (éditions La Renaissance du Livre), une anthologie de 300 poèmes belges, n°300 de la collection Espace/Nord, et chez Devillez, une anthologie des écrivains des 20 ans de résidence à Rome à l'Academia Belgica".
Kate Milie : "Mes activités pour la rentrée? Mon roman "Une Belle Epoque" paru à la fin de l'année 2009 mène tranquillement sa petite vie. Je vais participer à la soirée des auteurs Chloé des Lys organisée à l'Espace Art Gallery (Ixelles) le samedi 23 octobre à 20h. Je serai également présente à la 8ème Foire du Livre Belge qui se tiendra à Uccle (26-27-28 novembre). Depuis le début septembre, je donne un p'tit coup de main à l'équipe d'Actu-TV (Bob Boutique et Daniel Plasschaert), je gère le blog de cette fantastique télé culturelle pas comme les autres : http://actu-tv-web.over-blog.com/ . Je viens de terminer un deuxième roman, l'histoire se passe de nos jours à Bruxelles dans des lieux Art Déco. Un projet de théâtre "à quatre mains" en lien avec la deuxième guerre mondiale m'attend...".
Alexandre Millon : "Je rentre de Toscane ; j'ai terminé un roman".
Françoise Pirart : "Mon dernier ouvrage, "Un acte de faiblesse", un recueil de nouvelles qui vient d'être publié aux Editions Luce Wilquin, a déjà suscité quelques réactions dans la presse, notamment dans le Soir et la Libre Belgique. Les 17, 18 et 19 septembre, je serai présente à la manifestation littéraire de Nancy, "Le livre sur la place". Comme pour toute nouvelle parution, j'attends sans impatience que les choses suivent leur cours : d'autres articles de presse, des rencontres littéraires (l'une est notamment prévue le 20 octobre à Inforfamille), des courriers de lecteurs,...".
Georges Roland : "La rentrée 2010 représente pour moi un tournant. Jusque là, j'avais à mon actif trois romans ("C'est le Broll aux Marolles", "Cartache" et "Le Pantin de l'Impasse") et un recueil de poèmes, "Chansons de Roland", en autoédition. J'accède aujourd'hui à la grande et belle famille des auteurs de Chloé des Lys avec un quatrième roman, "Le Coup du Clerc François", qui doit sortir incessamment. Je mets actuellement la dernière main à un recueil de nouvelles qui s'appellera "Les Démonomanes", dont certains extraits ont été forts appréciés lors de différentes lectures. De plus, j'entame l'écriture d'un cinquième roman, consacré à la vie rurale au début du 20ème siècle, et qui a pour titre "Louis Blanc-Biquet" ".
Nicole Versailles : "Un recueil de nouvelles, "Les dessous des tables", vient de sortir chez Memory Press. Ce sont dix-huit nouvelles dont le fil rouge est la table, les repas de famille ou en tête à tête, les repas de fête ici ou ailleurs, ce qui se dit et ce qui se tait, bref ce qui se passe "en dessous des tables". J'ai aimé écrire ces nouvelles, elles brassent l'éternel humain, que j'ai approché parfois avec émotion, parfois avec humour... Je participe aussi à un projet en collaboration : ce sera un essai sur l'écriture de l'intime, ses aléas, ses difficultés, son approche, ses dangers à savoir l'exhibitionnisme, le nombrilisme, mais aussi sa richesse qui fait que les lecteurs sont touchés par un récit de vie, un journal, un blog...quand ils sont sincères et authentiques... Le chapitre dont je suis chargée porte sur l'autocensure qui m'intéresse en particulier en tant que blogueuse depuis bientôt six ans... En même temps, un nouveau projet se met en route mais dont je ne peux dire davantage".
Evelyne Wilwerth : "Ma rentrée des classes à moi, c'est le redémarrage de mes mini groupes d'écriture (apprentissage sur un an). Avec un tout nouveau cartable, bien entendu. Puis la promotion de mon roman "Papillon mortel" (sorti fin avril chez Luce Wilquin) va se poursuivre. Notamment au "Livre sur la place", le salon du livre de Nancy où je suis invitée (les 17, 18 et 19 septembre). Puis en octobre, je vais me jeter dans les flammes de la Fureur de Lire. Avec l'édition d'une plaquette, "Six morts", dont le tirage est de 20.000 exemplaires. Puis la participation à "Voyages de lecteurs" où j'irai dans différentes bibliothèques pour parler de mon travail et représenter le Danemark littéraire, à travers Karen Blixen. Le 20 octobre, "Papillon mortel" sera à l'affiche de la séance de l'Association des Ecrivains Belges".
Kate Milie : "Mes activités pour la rentrée? Mon roman "Une Belle Epoque" paru à la fin de l'année 2009 mène tranquillement sa petite vie. Je vais participer à la soirée des auteurs Chloé des Lys organisée à l'Espace Art Gallery (Ixelles) le samedi 23 octobre à 20h. Je serai également présente à la 8ème Foire du Livre Belge qui se tiendra à Uccle (26-27-28 novembre). Depuis le début septembre, je donne un p'tit coup de main à l'équipe d'Actu-TV (Bob Boutique et Daniel Plasschaert), je gère le blog de cette fantastique télé culturelle pas comme les autres : http://actu-tv-web.over-blog.com/ . Je viens de terminer un deuxième roman, l'histoire se passe de nos jours à Bruxelles dans des lieux Art Déco. Un projet de théâtre "à quatre mains" en lien avec la deuxième guerre mondiale m'attend...".
Alexandre Millon : "Je rentre de Toscane ; j'ai terminé un roman".
Françoise Pirart : "Mon dernier ouvrage, "Un acte de faiblesse", un recueil de nouvelles qui vient d'être publié aux Editions Luce Wilquin, a déjà suscité quelques réactions dans la presse, notamment dans le Soir et la Libre Belgique. Les 17, 18 et 19 septembre, je serai présente à la manifestation littéraire de Nancy, "Le livre sur la place". Comme pour toute nouvelle parution, j'attends sans impatience que les choses suivent leur cours : d'autres articles de presse, des rencontres littéraires (l'une est notamment prévue le 20 octobre à Inforfamille), des courriers de lecteurs,...".
Georges Roland : "La rentrée 2010 représente pour moi un tournant. Jusque là, j'avais à mon actif trois romans ("C'est le Broll aux Marolles", "Cartache" et "Le Pantin de l'Impasse") et un recueil de poèmes, "Chansons de Roland", en autoédition. J'accède aujourd'hui à la grande et belle famille des auteurs de Chloé des Lys avec un quatrième roman, "Le Coup du Clerc François", qui doit sortir incessamment. Je mets actuellement la dernière main à un recueil de nouvelles qui s'appellera "Les Démonomanes", dont certains extraits ont été forts appréciés lors de différentes lectures. De plus, j'entame l'écriture d'un cinquième roman, consacré à la vie rurale au début du 20ème siècle, et qui a pour titre "Louis Blanc-Biquet" ".
Nicole Versailles : "Un recueil de nouvelles, "Les dessous des tables", vient de sortir chez Memory Press. Ce sont dix-huit nouvelles dont le fil rouge est la table, les repas de famille ou en tête à tête, les repas de fête ici ou ailleurs, ce qui se dit et ce qui se tait, bref ce qui se passe "en dessous des tables". J'ai aimé écrire ces nouvelles, elles brassent l'éternel humain, que j'ai approché parfois avec émotion, parfois avec humour... Je participe aussi à un projet en collaboration : ce sera un essai sur l'écriture de l'intime, ses aléas, ses difficultés, son approche, ses dangers à savoir l'exhibitionnisme, le nombrilisme, mais aussi sa richesse qui fait que les lecteurs sont touchés par un récit de vie, un journal, un blog...quand ils sont sincères et authentiques... Le chapitre dont je suis chargée porte sur l'autocensure qui m'intéresse en particulier en tant que blogueuse depuis bientôt six ans... En même temps, un nouveau projet se met en route mais dont je ne peux dire davantage".
Evelyne Wilwerth : "Ma rentrée des classes à moi, c'est le redémarrage de mes mini groupes d'écriture (apprentissage sur un an). Avec un tout nouveau cartable, bien entendu. Puis la promotion de mon roman "Papillon mortel" (sorti fin avril chez Luce Wilquin) va se poursuivre. Notamment au "Livre sur la place", le salon du livre de Nancy où je suis invitée (les 17, 18 et 19 septembre). Puis en octobre, je vais me jeter dans les flammes de la Fureur de Lire. Avec l'édition d'une plaquette, "Six morts", dont le tirage est de 20.000 exemplaires. Puis la participation à "Voyages de lecteurs" où j'irai dans différentes bibliothèques pour parler de mon travail et représenter le Danemark littéraire, à travers Karen Blixen. Le 20 octobre, "Papillon mortel" sera à l'affiche de la séance de l'Association des Ecrivains Belges".
lundi 5 avril 2010
"L'enfant à l'endroit, l'enfant à l'envers" (Nicole Versailles)
Ce récit autobiographique de Nicole Versailles est une longue lettre à sa grand-mère Eugénie qu'elle n'a pas connue. Huit mois après son décès, son mari Cyrille se remarie, range tout souvenir de sa première épouse et oblige ses deux enfants à appeler "maman" leur nouvelle belle-mère. Suzanne (la fille d'Eugénie) en souffre et cela aura des conséquences sur ses relations avec sa propre fille Nicole : "Au plus profond de mes révoltes d'adolescente, je n'avais pas compris (mais comment l'aurais-je pu?) que son agressivité, son mal-être permanent n'étaient que l'expression de ses propres souffrances si anciennes et si fondamentales. Où aurait-elle pu apprendre à câliner ses enfants, à les prendre sur ses genoux, à les couvrir de baisers et de tendresses, quand elle-même bien trop tôt, avait dû assumer dans l'angoisse une responsabilité qui n'était pas de son âge?".
Cet extrait résume le coeur de ce livre : Nicole a souffert de ne pas être comprise par ses parents (sa maman en particulier), de vivre une enfance bridée par les corsets de la religion, et dénuée de toute fantaisie, liberté et joie de vivre. Elle décide de se retrancher dans le silence et dans ses rêves : "Ne rien dire, faire semblant de rien, encaisser sans broncher, se tisser une carapace d'indifférence... Il s'agissait de survivre. Quant à vivre, elle se disait que ce serait pour plus tard. Quand elle serait grande. Quand elle serait libre". Et le décès de son cousin à l'âge de 16 ans n'arrange rien...
Notre enfance a une influence considérable sur le reste de notre vie. Cela se ressent très fort dans ce livre émouvant et bien écrit. L'auteur n'a plus envie de se taire et de cacher son journal intime. Afin de tourner définitivement la page sur cette période triste de sa vie, elle a voulu comprendre les causes qui remontent au décès de sa grand-mère Eugénie, et raconter à ses enfants et petits-enfants ce qu'elle a vécu et ressenti. J'espère que cet exercice délicat lui aura permis de faire la paix avec son passé et de se sentir plus libre, plus légère et plus heureuse.
Cet extrait résume le coeur de ce livre : Nicole a souffert de ne pas être comprise par ses parents (sa maman en particulier), de vivre une enfance bridée par les corsets de la religion, et dénuée de toute fantaisie, liberté et joie de vivre. Elle décide de se retrancher dans le silence et dans ses rêves : "Ne rien dire, faire semblant de rien, encaisser sans broncher, se tisser une carapace d'indifférence... Il s'agissait de survivre. Quant à vivre, elle se disait que ce serait pour plus tard. Quand elle serait grande. Quand elle serait libre". Et le décès de son cousin à l'âge de 16 ans n'arrange rien...
Notre enfance a une influence considérable sur le reste de notre vie. Cela se ressent très fort dans ce livre émouvant et bien écrit. L'auteur n'a plus envie de se taire et de cacher son journal intime. Afin de tourner définitivement la page sur cette période triste de sa vie, elle a voulu comprendre les causes qui remontent au décès de sa grand-mère Eugénie, et raconter à ses enfants et petits-enfants ce qu'elle a vécu et ressenti. J'espère que cet exercice délicat lui aura permis de faire la paix avec son passé et de se sentir plus libre, plus légère et plus heureuse.
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