vendredi 19 février 2021
Récompense pour l'auteure belge Colette Nys-Mazure
mercredi 3 février 2021
Récompense pour l'auteure belge Françoise Lison-Leroy
L'auteure belge Françoise Lison-Leroy a reçu le Prix François Coppée 2020 de l'Académie française pour son livre "Les blancs pains" paru en 2019 aux éditions Esperluète.
A cette occasion, Françoise Lison-Leroy a répondu aux questions du journal "Le Courrier de l'Escaut" :
"Est-ce important pour une auteure d'avoir un prix ?
- C'est surtout très important pour l'éditeur parce que le livre sera un peu plus diffusé. En poésie, c'est bienvenu, surtout pour une petite maison d'édition qui fait du très bon travail et qui prend des risques. Personnellement, c'est une belle reconnaissance de mon travail pendant toutes ces années. Je n'ai pas fait carrière dans la poésie, j'estime juste avoir eu beaucoup de chance d'avoir pu continuer à faire ce que j'aime tout en enseignant et en écrivant des articles pour le journal. Je n'ai pas de pression. Personne ne me rappelle que je dois sortir quelque chose en 2020. J'aime ne pas être attachée à un seul éditeur parce que ça me permet beaucoup de rencontres. C'est l'éditrice de l'Esperluète, Anne Leloup qui, après avoir lu mon texte, m'a mise en contact avec l'illustratrice du recueil, Diane Delafontaine. C'est amusant : elle est domiciliée à Ecaussinnes et son compagnon est originaire de Blandain.
- Le thème du recueil (la mort d'une petite fille) n'était pas forcément évident à illustrer ?
- Effectivement. La petite soeur de mon papa avait 18 mois quand elle est morte. Il a toujours entretenu sa petite tombe à Wodecq. J'ai continué à le faire. Pour moi, c'est important d'avoir une place quelque part. La thématique touche tellement les gens que, lors de la présentation du livre à Wodecq, il y avait 100 personnes. Cette célébration des racines du village à travers cette reconnaissance me fait tellement plaisir, car ce recueil apprécié par un jury à Paris a été écrit dans le Tournaisis et concerne le village de Wodecq, le hameau du Camp du Pont précisément. C'est tellement important pour moi de rester ancrée quelque part. Je ne suis pas une grande voyageuse, mais j'aime beaucoup être ailleurs de temps en temps, pour savoir comment c'est par rapport à ici.
- Quand et comment écrivez-vous ?
- Quand suffisamment d'éléments ont mûri dans ma tête, je me mets à l'écriture. Généralement, pas plus d'une heure par jour, souvent le matin, toujours dans la même pièce réservée exclusivement à l'écriture : où il n'y a pas le téléphone, pas d'ordinateur, bref aucune tentation. Je relis chaque fois ce que j'ai écrit la veille pour me remettre dans le rythme. Je reste habitée par le sujet tant que l'écriture n'est pas terminée. Mais je ne m'isole jamais complètement. L'écriture est importante pour moi, mais je veille à ce que ce travail ne pèse pas sur mon entourage, sur la famille, sur le quotidien, sur les rencontres.
- Respectez-vous des rituels d'écriture ?
- Mes poèmes commencent toujours dans un bloc de feuilles tout à fait ordinaire. Après, je recopie dans un autre cahier. Puis dans un plus beau carnet, en apportant chaque fois des corrections avec toujours un peu moins de ratures. Après ces trois étapes, je tape tout à l'ordinateur et je corrige autant de fois que nécessaire. Je n'ai jamais rien envoyé d'autre à un éditeur qu'une impression d'ordinateur. Toujours par la poste, parce que c'est selon moi le chemin le plus naturel. Et c'est aussi une volonté de tenter sa chance comme tout le monde. Il m'est arrivé de devoir attendre trois ou quatre mois avant d'avoir une réponse. Parfois, je n'ai eu aucune réponse. Mais je ne téléphone pas.
- Sur quoi travaillez-vous pour l'instant ?
- Je n'écris pas pour l'instant, je n'en ai pas envie, je ne suis pas disponible. Je connais des personnes touchées par le coronavirus, et l'atmosphère est telle qu'on ressent l'inquiétude de tout le monde autour de soi. Un livre de poésie pour enfants, déjà écrit depuis un certain temps, va sortir en 2021".
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mercredi 20 janvier 2021
Décès de l'auteure belge Nicole Verschoore
Fin décembre, l'auteure belge Nicole Verschoore est décédée à Knokke à l'âge de 81 ans. Née dans une famille de la bourgeoise gantoise, parfaite bilingue, elle commença par une carrière académique comme assistante à l'Université de Gand, puis se tourne vers le journalisme. Pendant une quinzaine d'années, elle occupe le poste de rédactrice responsable de la culture au quotidien "Het Laatste Nieuws". De 1994 à 1999, elle prend la direction d'un des derniers journaux en français en Flandre : l'hebdomadaire gantois "Le Nouveau Courrier". Après son dernier numéro, elle collabore ensuite à "La Revue Générale" et à "Nouvelles de Flandre".
Outre cette carrière de journaliste, elle était aussi auteure. Elle a d'abord publié les lettres de guerre de son grand-père Alfons Sevens, prisonnier politique de 1914 à 1918. Son premier roman, "Le Maître du bourg", sort en 1994. La vie et les oeuvres des 18ème et 19ème siècles l'inspirent pour le décor historique des trois romans publiés aux éditions Le Cri : "Les parchemins de la tour", "Le Mont Blandin", et "La charrette de Lapsceure". Cette trilogie lui vaut le Prix Michot 2007 de l'Académie Royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique. Elle publie ensuite d'autres romans et un recueil de nouvelles.
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mercredi 6 janvier 2021
"Sa dernière chance" (Armel Job)
L'écrivain et académicien belge Armel Job (72 ans) a répondu aux questions de "Plus Magazine" :
"Où nous emmenez-vous dans "Sa dernière chance" ?
- L'action se passe principalement à Verviers et à Liège.
- Liège où vous avez fait vos études de philologie classique, la ville de Simenon : on ressent chez vous une attirance pour cette ville ?
- J'ai passé toute mon enfance à la campagne, puis j'ai été interne au séminaire de Bastogne. Un internat est plutôt une sorte de no man's land. La première ville que j'ai connue, c'est Liège quand je suis arrivé à l'université. Après six ans d'enfermement à Bastogne, pour ainsi dire, j'étais rendu à la liberté. J'habitais en Outremeuse. J'aimais bien l'odeur de la ville, on sentait le coke des aciéries à l'époque, les bateaux sur le fleuve, la gouaille populaire, les vendeurs de crème glacée en tripoteur, les marchants ambulants qui criaient en wallon. Et j'aimais la vie intellectuelle de l'université, le challenge que représentaient des études ardues, qui rendaient la vie plus piquante. Je me souviens des matins pleins de fraîcheur où, l'estomac noué, je partais pour une journée de sept ou huit examens à la file. Dès que je reviens à Liège, ces impressions de jeunesse et de liberté me reviennent à l'esprit.
- Vous vivez dans un village ardennais, proche des forêts et d'une rivière : est-ce source d'inspiration ?
- J'y trouve la tranquilité nécessaire à mon travail. Quand je suis en panne dans l'écriture, je vais me promener en forêt. Je ne pense à rien, je marche et curieusement, les idées accourent toutes seules. Mais je ne cherche pas à fourrer la nature dans mes romans. Je suis plus intéressé par les humains que par le décor.
- Comment vous préparez-vous à l'écriture d'un roman ?
- Pour commencer un roman, j'ai seulement besoin d'une idée d'histoire. Je ne m'informe en route que sur des points techniques très particuliers. Si je tue quelqu'un dans l'histoire, je demande à un médecin légiste l'état du cadavre quand on va le découvrir. Je ne vais pas sur les lieux. Au besoin, je consulte Google Street. J'ai étudié la documentation seulement pour "Dans la gueule de la bête" qui traite du sort des juifs à Liège pendant la guerre car je devais respecter les événements historiques et pour "Loin des mosquées" à propos des mariages arrangés dans la communauté turque.
- Ecrire : pour vous, est-ce loisir, plaisir, contrainte ?
- Travail essentiellement, parfois douleur, heureusement aussi joie de la découverte. Tout ce qui vaut la peine demande de la peine.
- Vous publiez un roman par an. Vous imposez-vous un horaire quotidien ?
- J'écris tous les jours de 8h à midi, et de 16h30 à 18h45, heure à laquelle je bois une bière avec ma femme.
- Depuis peu, vous êtes membre de l'Académie Royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique. Est-ce une consécration, une place officiellement reconnue dans le monde des écrivains ?
- Le sentiment le plus important pour moi dans cette désignation a été la surprise la plus totale qu'elle m'a causée. Jamais il ne me serait venu à l'esprit de briguer un siège à l'Académie. Je me suis toujours tenu à l'écart de l'intelligentsia littéraire. Quand on m'en a informé, j'ai d'abord pensé que c'était une blague. Il y a à l'Académie des gens très brillants. Je ne sais ce que certains m'ont trouvé, mais ils étaient en nombre suffisant pour m'adouber. J'en reste étonné".
La suite de cette interview se trouve dans "Plus Magazine"...
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mercredi 9 septembre 2020
"Mes drôles de vie" (Jacques Mercier)
Jacques Mercier est un auteur belge dont je vous ai déjà parlé : http://ecrivainsbelges.blogspot.com/search/label/Mercier%20Jacques
A l'occasion de la sortie de son autobiographie, il a répondu aux questions du journaliste Sam Christophe pour le groupe Sud Presse :
"Est-ce difficile d'écrire ses mémoires ?
- C'est surtout de les publier qui m'a fait hésiter. Je l'ai commencé il y a bien longtemps, en pensant à un livre, oui, mais sans savoir si je le publierais jamais. Ce qui m'a convaincu, c'est que je trouve dommage que les générations de mes parents et de mes grands-parents n'aient pas raconté grand-chose de ce qu'ils avaient vécu. Mais à l'époque, on ne disait rien. J'ai donc écrit en pensant encore plus à mes petits-enfants qu'à mes enfants.
- Quel a été votre sentiment en écrivant ?
- Ce qui me frappe, c'est qu'entre la guerre de 1940 et le virus, il y a eu une progression incroyable. J'ai vécu à une époque où on écoutait les 78t religieusement et où on saluait le drapeau belge avec déférence. Je ne me prends évidemment pas pour Châteaubriand, mais un éditeur m'a dit de m'en inspirer. Il raconte ses souvenirs à la lumière du moment où il les rédige. Bien sûr, je me suis aussi beaucoup posé la question de l'intérêt de ce que je raconte. J'ai fait confiance à Philippe Geluck qui est mon ami et qui, lui, ose me faire des remarques sur la pertinence de ce que je raconte. Adamo est aussi mon ami, mais lui n'oserait jamais. Ce que je comprends d'ailleurs fort bien. Si lui, il me demandait de juger une de ses chansons, qu'est-ce que je pourrais dire ?
- Avez-vous le sentiment d'être arrivé au bon moment ?
- C'est sûr que dans les années 50/60, c'était un autre monde qui se construisait. Il y avait le jazz et puis le rock, mais c'était une vraie révolution que les jeunes d'aujourd'hui vivent peut-être aussi à leur niveau avec leur vocabulaire et leur musique. Mais pour donner un exemple précis, lorsqu'on a eu le premier 33t de Brassens à la maison, ma mère a pris un clou pour griffer la plage du "Gorille", il était hors de question pour elle qu'on l'écoute !
- Comment expliquez-vous que la radio et la télé vous ont laissé une telle liberté ?
- Si je faisais de l'auto-dénigrement, je dirais que j'ai commencé la radio alors qu'elle avait la plus grosse audience mais que c'était la fin de son âge d'or. De même, à la télé, j'ai fait de grosses émissions de variétés mais c'étaient aussi les dernières. Et j'ai pu faire "Forts en tête", mais après, il n'y a plus eu rien de tel. Sans doute ai-je eu de la chance, mais en même temps je n'ai rien demandé!
- Il y avait aussi une relation personnelle avec les artistes qui est devenue impossible aujourd'hui, non?
- C'est sûr. Je n'ai pas le souvenir que Claude François ait fait le moindre selfie mais nous, journalistes, on était photographiés avec lui. Julien Clerc, 20 ans après, se souvenait encore du resto où on avait déconné avec des boulettes de pain! Jonasz, Sardou, Dave, Chamfort étaient, eux aussi, frappés par la liberté qu'on avait et ils venaient à Bruxelles comme si c'était une récréation. En même temps, j'avais leur âge, je n'étais pas le vieux journaliste bougon qui venait uniquement sur ordre de son rédac' chef, ce qui existait aussi".
mercredi 2 septembre 2020
Conférence sur la poésie belge à Namur
Qu'est-ce que la poésie ? Pour Norge, c'est "la langue en vie". Pour Chavée, ce n'est "pas une vache à lait". Pour Carême, c'est "montrer les fils". Trois conceptions de l'art poétique, trois auteurs belges. En publiant ces poètes et en les accompagnant d'outils pédagogiques, la collection Espace Nord entend encourager les professeurs de français à étudier la poésie belge dans toute sa diversité.
Espace Nord (dont je vous ai déjà parlé) développe depuis quelques années une offre d'outils facilitant l'apprentissage des auteurs belges en classe, qui est adaptée aux besoins actuels du secteur : des dossiers pédagogiques, des cours en kit, des formations professionnelles et des dépliants. Le jeudi 22 octobre, Valériane Wiot présentera à Namur les spécificités de Norge ("Remuer ciel et terre"), Achille Chavée ("Ecrit sur un drapeau qui brûle") et Maurice Carême ("Nonante-deux poèmes"), ainsi que les outils mis à la disposition de l'enseignant pour les évoquer en classe.
Prix : 5 euros mais réduction avec la Carte Prof. Réservation obligatoire. Cette soirée était initialement prévue en mars, mais avait dû être annulée en raison du coronavirus.
mercredi 12 août 2020
"Pavots et pavés" (Willem Dembosse)

A l'occasion de la sortie de son dernier roman "Pavots et pavés" , l'ancien professeur de français Willem Dembosse a répondu aux questions du journal "Le Courrier de l'Escaut" :
"En écrivant "Ironies du nord", saviez-vous que cet ouvrage serait le premier d'une saga de huit romans?
- Une suite, une série, oui! En cours de route, j'ai pensé m'en tenir à sept romans. Finalement, l'extension à un huitième, avec son bond de treize années dans le temps, m'est apparue comme plus réellement conclusive.
- Le roman policier, c'est votre choix d'écrivain, de meneur de jeu ?
- Dans mon choix de m'y consacrer, j'en ai apprécié le côté ludique qui n'empêche pas des aspects ardus. J'ai de l'admiration pour les défis oulipiens, je pense que le polar permet de s'adonner à ce vice : mettre d'emblée les personnages dans des situations arbitrairement imposées. Qui dit défi, dit solutions. Voilà qui rejoint pour moi les contraintes gratuites qui, notamment chez Calvino, engendrent ses oeuvres les plus réussies.
- Vos personnages vous passionnent. Vous les suivez dans leurs itinéraires, leurs recherches, leurs déceptions et questionnements. Vous les aimez?
- Je crois connaître l'essentiel sur mes personnages et j'ai de l'affection pour eux, sans trop de narcissisme ni de paternalisme. D'une manière générale, je m'efforce de ne pas les juger, même si j'ironise parfois à leur égard, comme j'ironise volontiers à mon propre sujet. J'ai établi sur eux des fiches où figurent même des détails qu'en fin de compte, je n'ai pas exploité dans les romans.
- Le commissaire Gilles Deboëf est avant tout un homme engagé?
- Il a des exigences éthiques conformes à ses engagements de franc-maçon. Il essaie avant tout de les observer lui-même, mais il est en même temps tolérant pour les faiblesses de ses semblables et capable de se moquer des siennes, par exemple quand il estime que ses propos deviennent un peu pompeux ou grandiloquents.
- Ce 8ème opus offre le même plaisir au lecteur, confronté à une nouvelle situation. Pour vous, le plaisir d'écrire est toujours le même ?
- Je n'ai pas mis fin à la série parce que le plaisir d'écrire aurait diminué. Je dirais même que, bien au contraire, j'ai peut-être pris plus de plaisir à écrire celui-ci. J'ai eu l'impression, toute subjective bien sûr, que mon commissaire gagnait en humanité, en épaisseur et en vraissemblance.
- Et que fera demain le commissaire aujourd'hui admis à la retraite ?
- Demain? Il réapparaîtra peut-être si j'entame mon projet d'une série "Commissaire Sophie Merzee", car celle-ci fera certainement appel à son "vieux mentor". Qui le sait ?".


