mercredi 16 novembre 2011
9ème Foire du Livre Belge
La 9ème Foire du Livre Belge se tiendra ce vendredi 18, samedi 19 et dimanche 20 novembre 2011 au centre culturel d'Uccle. L'inauguration officielle aura lieu vendredi à 18h30 par le bourgmestre d'Uccle Armand De Decker et le ministre bruxellois Emir Kir, suivie d'une présentation des prix littéraires de l'année (André Goosse, Yvon Toussaint, Myriam Watthee, Vincent Engel, Thibaut Bertrand, Geneviève Damas, Mathieu Barthelemy et Corinne Hoex). Samedi et dimanche, la foire sera ouverte de 10h à 18h (entrée libre). De nombreuses interviews d'auteurs belges auront lieu, précédées ou suivies de séances de dédicaces (horaire complet : www.ccu.be). Il y aura aussi plusieurs débats, dont "De la BD au cinéma, un rêve prolongé?" avec notamment Jean Van Hamme et le fils de Peyo samedi à 15h, et un débat autour de Maurice Maeterlinck (Prix Nobel de littérature 1911) avec Jacques De Decker et Jacques Franck dimanche à 15h30.
jeudi 10 novembre 2011
Tournai La Page 2011
Le salon Tournai La Page 2011 aura lieu ces samedi 12 et dimanche 13 novembre 2011 à la Halle aux Draps sur la grand-place de Tournai. Le thème de cette année est le livre au féminin. Je n'ai pas trouvé d'horaire et de liste d'auteurs présents en séance de dédicace (ce qui est une erreur de communication, selon moi...). Plusieurs animations sont prévues : présentation d'un ouvrage d'Antoine Depage (samedi à 11h), séance de lecture autour de Marguerite Yourcenar (samedi à 15h30 et à 16h45), table ronde autour de Geneviève Bergé, Anina Danton, Julie Douard et Myriam Montoya (samedi à 17h15), table ronde autour de Françoise Houdart, Frédérique Maloy et Evelyne Wilwerth (dimanche à 10h), un café des poètes en hommage à Andrée Chedid (dimanche à 15h30), table ronde autour de Chantal Deltenre, Caroline De Mulder, Françoise Noiville et Michèle Vilet (dimanche à 16h30), remise des prix (dimanche à 18h).
mardi 1 novembre 2011
Le parcours littéraire de Geneviève Bergé
Dans le dernier numéro de la revue "Le Carnet et les Instants", Geneviève Bergé retrace son parcours littéraire. Après avoir été rédactrice en chef pendant plusieurs années de la revue "Indications", elle écrit son premier roman au début des années 90 :
"A Indications, nous étions attentifs à la diversité de ce qui se publiait ; on ne s'intéressait pas qu'aux maisons qui avaient pignon sur rue. De plus, à l'époque, je lisais beaucoup de poésie, ce qui m'a permis aussi d'apprendre à connaître des maisons d'édition plus confidentielles. J'étais suffisamment en contact avec les éditeurs pour savoir où orienter mes envois. J'avais choisi les grands éditeurs traditionnels parisiens et quelques éditeurs de province que j'aimais bien comme Verdier ou Champ Vallon. A priori, je trouvais que mon manuscrit correspondait plus à ce genre de maison. Sincèrement, je ne pensais pas être éditée. J'espérais simplement recevoir un avis".
Le manuscrit de son roman "Les Chignons" est accepté par les éditions du Cheyne et Gallimard. Geneviève choisira ces derniers qui le publieront en 1993 : "C'était magique. J'avais si souvent écrit leur adresse quand j'envoyais les articles qu'Indications publiait sur leurs livres. Quand je suis arrivée, j'ai été mise en contact avec Jacques Réda, qui travaillait dans la maison, tandis qu'Alain Bosquet, que je n'ai jamais rencontré, travaillait de l'extérieur. Jacques Réda faisait aussi partie des écrivains que j'appréciais car il écrivait des textes hors genres, inclassables, avec pas mal d'humour et de finesse dans les descriptions. De bonhomie aussi. Intuitivement, c'est ce que je cherchais à faire, même si je ne m'en rendais pas compte à ce moment-là : pouvoir exprimer des événements éventuellement banals sans m'en tenir à la trame d'un roman et mettre en route la machinerie qui leur permet d'exister. Ce qui m'a plu chez Gallimard et chez Jacques Réda, c'est notamment qu'ils publiaient des ouvrages qui ne correspondaient pas aux grands standards. Avant même qu'il ne soit paru, j'étais déjà invitée à droite et à gauche par des gens qui ne l'avaient pas lu, simplement parce que l'éditeur était Gallimard. J'étais propulsée dans le monde littéraire en recevant des invitations, comme je n'en ai jamais plus reçu après".
C'est ainsi qu'elle passe dans une émission de Michel Field sur Antenne 2. "Les Chignons" reçoit le Prix Franz de Wever de l'Académie de littérature et de langue françaises de Belgique, et le Prix France-Belgique de l'Association des Ecrivains de langue française.
Le contrat avec Gallimard oblige l'auteur à leur présenter ses cinq manuscrits suivants et, si les deux premiers sont refusés, le contrat est rompu : "J'ai fait la bêtise de leur envoyer deux manuscrits qui n'étaient pas très bons. Ils ont eu raison de les refuser, même s'ils hésitaient à chaque fois à travers des lettres circonstanciées. Alain Bosquet n'était plus lecteur chez eux et j'ai senti que je n'avais plus personne pour me soutenir, si ce n'est Jacques Réda. Ce qui a été dur, c'est qu'il me reprochait d'écrire quelque chose différent des "Chignons" alors que, pour mon deuxième texte, j'ai précisément eu envie d'écrire différemment, notamment à la suite de remarques de certains de mes lecteurs à propos du premier. Tout est allé trop vite, trop bien avec le premier. Je me demandais ce que j'allais écrire par après, si je n'allais pas être la femme d'un seul livre. Je n'ai pas tellement bien vécu cette première parution, d'être mise aussi rapidement sous les projecteurs, d'avoir des articles tellement élogieux et engageants. A la limite, j'aurais voulu que le livre paraisse et qu'il mène sa vie. Comme certains écrivains qui reçoivent le Goncourt, j'ai eu un peu de mal à retomber sur mes pattes et à trouver ma vraie voie par après. L'écriture et la publication des "Chignons" ont représenté une sorte d'euphorie, mais j'ai l'impression que le vrai travail a commencé après".
Geneviève Bergé retravaille son manuscrit "Au bord du noir" qui est refusé par plusieurs éditeurs. Le romancier Michel Lambert lui suggère de le soumettre aux éditions suisses de L'Age d'Homme. Son fondateur et directeur Vladimir Dimitrijevic a, en effet, constitué un catalogue impressionnant d'écrivains belges, à côté d'autres noms de la littérature mondiale. "Au bord du noir" est paru au début de l'année 1998 pour la Foire du Livre de Bruxelles.
Le troisième livre de Geneviève, "La ménagère et le hibou", est une approche poétique et philosophique de l'oeuvre de Rembrandt à travers le regard d'une femme d'aujourd'hui. Il est refusé par les éditions Gallimard et du Rocher, mais les éditions L'Age d'Homme lui renouvellent leur confiance :
"Vladimir Dimitrijevic avait une politique d'encouragement à ses auteurs. Il n'aurait pas pris n'importe quoi, mais il était disposé à publier des livres moins vendables, en ayant en tête que cet auteur pouvait avoir une trajectoire. Evidemment, en termes de presse, j'ai senti la différence par rapport à Gallimard. Je devais assurer moi-même la promotion en Belgique, ce qui n'est pas mon talent. Je ne suis pas assez entreprenante pour démarcher moi-même. Par contre, j'ai pu rencontrer plusieurs fois Vladimir Dimitrijevic en personne à la Foire du Livre de Bruxelles où il était présent chaque année. C'était toujours sympathique, y compris lorsque je n'ai plus publié chez lui. Il est resté convivial, positif, offrant tous les livres que je voulais sur son stand, prenant des nouvelles sur mes projets, m'invitant à lui présenter d'éventuels manuscrits, s'intéressant à mon travail". A noter que Vladimir Dimitrijevic est décédé le 28 juin 2011 dans un accident de voiture.
Pour son quatrième manuscrit, "Un peu de soleil sur les planchers", Geneviève décide de ne l'envoyer qu'à un seul éditeur, Luce Wilquin : "J'en ai eu assez de toutes ces démarches et ces lettres de refus, qui me déprimaient. J'avais eu l'occasion de rencontrer Luce Wilquin lors d'une soirée littéraire et elle avait l'air de connaître mon travail, au point de me proposer de venir un jour chez elle. De mon côté, j'avais envie d'être un peu moins seule autour de ces questions d'édition et j'avais déjà pu constater que Luce Wilquin était très fidèle à ses auteurs. Elle avait aussi constitué un catalogue intéressant et je lui ai donc proposé mon texte qu'elle a accepté tout de suite".
Geneviève a trouvé la maison d'édition qui lui convenait et qui a publié également son cinquième livre, "Le tableau de Giacomo", paru en 2010 : "J'ai trouvé auprès de Luce Wilquin une éditrice professionnelle, tout en étant accueillie personnellement. J'ai rencontré d'autres auteurs publiés chez elle. Ce que je trouve agréable et honnête, c'est que l'on sent que l'on est dans une relation gagnant-gagnant. Par exemple, quand j'ai été finaliste pour des prix en France, elle a trouvé cela intéressant aussi pour sa maison, qui pouvait de la sorte aller à la rencontre d'autres lecteurs et pénétrer d'autres marchés. On se sent dans un partenariat où chacun a un rôle et quelque chose à gagner. Chaque année, elle a son propre stand à la Foire du Livre de Bruxelles où l'on croise beaucoup de monde".
Plus d'infos sur les éditions Luce Wilquin (qui fêteront leurs 20 ans en 2012) : http://www.wilquin.com/
"A Indications, nous étions attentifs à la diversité de ce qui se publiait ; on ne s'intéressait pas qu'aux maisons qui avaient pignon sur rue. De plus, à l'époque, je lisais beaucoup de poésie, ce qui m'a permis aussi d'apprendre à connaître des maisons d'édition plus confidentielles. J'étais suffisamment en contact avec les éditeurs pour savoir où orienter mes envois. J'avais choisi les grands éditeurs traditionnels parisiens et quelques éditeurs de province que j'aimais bien comme Verdier ou Champ Vallon. A priori, je trouvais que mon manuscrit correspondait plus à ce genre de maison. Sincèrement, je ne pensais pas être éditée. J'espérais simplement recevoir un avis".
Le manuscrit de son roman "Les Chignons" est accepté par les éditions du Cheyne et Gallimard. Geneviève choisira ces derniers qui le publieront en 1993 : "C'était magique. J'avais si souvent écrit leur adresse quand j'envoyais les articles qu'Indications publiait sur leurs livres. Quand je suis arrivée, j'ai été mise en contact avec Jacques Réda, qui travaillait dans la maison, tandis qu'Alain Bosquet, que je n'ai jamais rencontré, travaillait de l'extérieur. Jacques Réda faisait aussi partie des écrivains que j'appréciais car il écrivait des textes hors genres, inclassables, avec pas mal d'humour et de finesse dans les descriptions. De bonhomie aussi. Intuitivement, c'est ce que je cherchais à faire, même si je ne m'en rendais pas compte à ce moment-là : pouvoir exprimer des événements éventuellement banals sans m'en tenir à la trame d'un roman et mettre en route la machinerie qui leur permet d'exister. Ce qui m'a plu chez Gallimard et chez Jacques Réda, c'est notamment qu'ils publiaient des ouvrages qui ne correspondaient pas aux grands standards. Avant même qu'il ne soit paru, j'étais déjà invitée à droite et à gauche par des gens qui ne l'avaient pas lu, simplement parce que l'éditeur était Gallimard. J'étais propulsée dans le monde littéraire en recevant des invitations, comme je n'en ai jamais plus reçu après".
C'est ainsi qu'elle passe dans une émission de Michel Field sur Antenne 2. "Les Chignons" reçoit le Prix Franz de Wever de l'Académie de littérature et de langue françaises de Belgique, et le Prix France-Belgique de l'Association des Ecrivains de langue française.
Le contrat avec Gallimard oblige l'auteur à leur présenter ses cinq manuscrits suivants et, si les deux premiers sont refusés, le contrat est rompu : "J'ai fait la bêtise de leur envoyer deux manuscrits qui n'étaient pas très bons. Ils ont eu raison de les refuser, même s'ils hésitaient à chaque fois à travers des lettres circonstanciées. Alain Bosquet n'était plus lecteur chez eux et j'ai senti que je n'avais plus personne pour me soutenir, si ce n'est Jacques Réda. Ce qui a été dur, c'est qu'il me reprochait d'écrire quelque chose différent des "Chignons" alors que, pour mon deuxième texte, j'ai précisément eu envie d'écrire différemment, notamment à la suite de remarques de certains de mes lecteurs à propos du premier. Tout est allé trop vite, trop bien avec le premier. Je me demandais ce que j'allais écrire par après, si je n'allais pas être la femme d'un seul livre. Je n'ai pas tellement bien vécu cette première parution, d'être mise aussi rapidement sous les projecteurs, d'avoir des articles tellement élogieux et engageants. A la limite, j'aurais voulu que le livre paraisse et qu'il mène sa vie. Comme certains écrivains qui reçoivent le Goncourt, j'ai eu un peu de mal à retomber sur mes pattes et à trouver ma vraie voie par après. L'écriture et la publication des "Chignons" ont représenté une sorte d'euphorie, mais j'ai l'impression que le vrai travail a commencé après".
Geneviève Bergé retravaille son manuscrit "Au bord du noir" qui est refusé par plusieurs éditeurs. Le romancier Michel Lambert lui suggère de le soumettre aux éditions suisses de L'Age d'Homme. Son fondateur et directeur Vladimir Dimitrijevic a, en effet, constitué un catalogue impressionnant d'écrivains belges, à côté d'autres noms de la littérature mondiale. "Au bord du noir" est paru au début de l'année 1998 pour la Foire du Livre de Bruxelles.
Le troisième livre de Geneviève, "La ménagère et le hibou", est une approche poétique et philosophique de l'oeuvre de Rembrandt à travers le regard d'une femme d'aujourd'hui. Il est refusé par les éditions Gallimard et du Rocher, mais les éditions L'Age d'Homme lui renouvellent leur confiance :
"Vladimir Dimitrijevic avait une politique d'encouragement à ses auteurs. Il n'aurait pas pris n'importe quoi, mais il était disposé à publier des livres moins vendables, en ayant en tête que cet auteur pouvait avoir une trajectoire. Evidemment, en termes de presse, j'ai senti la différence par rapport à Gallimard. Je devais assurer moi-même la promotion en Belgique, ce qui n'est pas mon talent. Je ne suis pas assez entreprenante pour démarcher moi-même. Par contre, j'ai pu rencontrer plusieurs fois Vladimir Dimitrijevic en personne à la Foire du Livre de Bruxelles où il était présent chaque année. C'était toujours sympathique, y compris lorsque je n'ai plus publié chez lui. Il est resté convivial, positif, offrant tous les livres que je voulais sur son stand, prenant des nouvelles sur mes projets, m'invitant à lui présenter d'éventuels manuscrits, s'intéressant à mon travail". A noter que Vladimir Dimitrijevic est décédé le 28 juin 2011 dans un accident de voiture.
Pour son quatrième manuscrit, "Un peu de soleil sur les planchers", Geneviève décide de ne l'envoyer qu'à un seul éditeur, Luce Wilquin : "J'en ai eu assez de toutes ces démarches et ces lettres de refus, qui me déprimaient. J'avais eu l'occasion de rencontrer Luce Wilquin lors d'une soirée littéraire et elle avait l'air de connaître mon travail, au point de me proposer de venir un jour chez elle. De mon côté, j'avais envie d'être un peu moins seule autour de ces questions d'édition et j'avais déjà pu constater que Luce Wilquin était très fidèle à ses auteurs. Elle avait aussi constitué un catalogue intéressant et je lui ai donc proposé mon texte qu'elle a accepté tout de suite".
Geneviève a trouvé la maison d'édition qui lui convenait et qui a publié également son cinquième livre, "Le tableau de Giacomo", paru en 2010 : "J'ai trouvé auprès de Luce Wilquin une éditrice professionnelle, tout en étant accueillie personnellement. J'ai rencontré d'autres auteurs publiés chez elle. Ce que je trouve agréable et honnête, c'est que l'on sent que l'on est dans une relation gagnant-gagnant. Par exemple, quand j'ai été finaliste pour des prix en France, elle a trouvé cela intéressant aussi pour sa maison, qui pouvait de la sorte aller à la rencontre d'autres lecteurs et pénétrer d'autres marchés. On se sent dans un partenariat où chacun a un rôle et quelque chose à gagner. Chaque année, elle a son propre stand à la Foire du Livre de Bruxelles où l'on croise beaucoup de monde".
Plus d'infos sur les éditions Luce Wilquin (qui fêteront leurs 20 ans en 2012) : http://www.wilquin.com/
Libellés :
Bergé Geneviève
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Editions Luce Wilquin
mercredi 26 octobre 2011
Nouveaux livres de Colette Nys-Mazure
Colette Nys-Mazure vient de sortir deux nouveaux livres (que je n'ai pas encore lus) :
1° "L'Envers et l'Endroit précédé de Tapisserie angevine" aux éditions Cénomane.
C'est un ensemble de textes inspirés par la rencontre avec des femmes et des hommes en situation d'apprendre ou de réapprendre à lire et à écrire : "J'ai perçu le poids du non-dit et de l'héritage familial, la place irremplaçable des grands-parents aussi bien que le sentiment d'avoir été oublié" dit Colette Nys-Mazure. Dans ce sillage, elle a écrit dix nouvelles qui explorent un passé parfois trouble et les questions qui taraudent encore le présent, tentant d'élucider ce qui se dissimule sous les apparences et les silences.
2° "L'Espace du pardon" aux éditions Invenit.
Ce livre de 39 pages s'intègre dans une collection des éditions Invenit qui met en lumière le lien entre la peinture et l'écriture, l'image et les mots, dans d'élégants petits livres qui nous proposent la méditation d'un écrivain sur un tableau des musées du Nord-Pas-de-Calais. Colette Nys-Mazure a choisi "Le Reniement de Saint-Pierre", un tableau du Musée de la Chartreuse à Douai. Il a été peint par un mystérieux peintre de l'école française du XVIIème siècle, actif à Rome, connu sous l'appellation du Pensionnaire de Saraceni, émule du Caravage.
Cliquez ci-dessous sur "Nys-Mazure Colette" pour retrouver mes comptes-rendus d'autres livres de Colette Nys-Mazure.
1° "L'Envers et l'Endroit précédé de Tapisserie angevine" aux éditions Cénomane.
C'est un ensemble de textes inspirés par la rencontre avec des femmes et des hommes en situation d'apprendre ou de réapprendre à lire et à écrire : "J'ai perçu le poids du non-dit et de l'héritage familial, la place irremplaçable des grands-parents aussi bien que le sentiment d'avoir été oublié" dit Colette Nys-Mazure. Dans ce sillage, elle a écrit dix nouvelles qui explorent un passé parfois trouble et les questions qui taraudent encore le présent, tentant d'élucider ce qui se dissimule sous les apparences et les silences.
2° "L'Espace du pardon" aux éditions Invenit.
Ce livre de 39 pages s'intègre dans une collection des éditions Invenit qui met en lumière le lien entre la peinture et l'écriture, l'image et les mots, dans d'élégants petits livres qui nous proposent la méditation d'un écrivain sur un tableau des musées du Nord-Pas-de-Calais. Colette Nys-Mazure a choisi "Le Reniement de Saint-Pierre", un tableau du Musée de la Chartreuse à Douai. Il a été peint par un mystérieux peintre de l'école française du XVIIème siècle, actif à Rome, connu sous l'appellation du Pensionnaire de Saraceni, émule du Caravage.
Cliquez ci-dessous sur "Nys-Mazure Colette" pour retrouver mes comptes-rendus d'autres livres de Colette Nys-Mazure.
mercredi 19 octobre 2011
L'avenir du Fonds Espace Nord
Le Fonds Espace Nord a été racheté par la Communauté française qui a chargé les Impressions Nouvelles de le gérer. Son responsable Taguy Habrand évoque l'avenir du Fonds Espace Nord dans la dernière revue "Le Carnet et les Instants" (publiée par le Service de Promotion des Lettres de Communauté française) :
"Les transferts successifs d'Espace Nord au cours des dernières années ont eu un effet préjudiciable sur l'identité de la collection. On a vu se succéder politiques éditoriales, maquettes, formats ou distributeurs, ce qui a donné lieu à un résultat insuffisamment cohérent. Le redéploiement de la collection consiste d'abord à dresser un état des lieux de la situation concrète du patrimoine, au niveau des stocks, des archives graphiques et des contrats. Puis, à rétablir la confiance des libraires et des lecteurs, confrontés à un ensemble bigarré qui fait tout sauf collection ou à des titres épuisés en dépit d'une demande régulière. Concrètement, cela suppose une harmonisation de l'esthétique des volumes, l'établissement d'un catalogue précis des titres disponibles en librairie et la remise à disposition de la collection Espace Nord dans son intégralité. Sur ce dernier point, la contribution de Cairn.info sera décisive.
Le rachat d'Espace Nord par les pouvoirs publics a été décidé en vue de protéger la collection, de ne pas rejouer les erreurs du passé, mais en aucun cas de cadenasser son dynamisme ou de la mettre sous respirateur artificiel. La Communauté française reste propriétaire de tout ce qui touche de près ou de loin à Espace Nord, ce qui revient à dire que certaines décisions lourdes, à l'instar d'opérations de déstockage ou de soldes, nous sont impossibles sans l'aval des pouvoirs publics. Mais d'un point de vue purement pratique, la mission de gestion confiée aux Impressions Nouvelles et à Cairn.info maintient la situation qui prévalait jusqu'ici : l'éditeur reste éditeur, assure la publication des nouveautés et veille à la pérennité du catalogue. Ces aspects seront quantifiés contractuellement, à raison de 8 nouveautés et 8 rééditions de titres épuisés par an. Concernant le choix des titres, il sera réalisé par un comité éditorial interprofessionnel que nous présenterons cet automne.
L'intérêt des Impressions Nouvelles ne date pas d'hier et nous nous étions déjà manifestés par le passé en vue de sauver ce qui pouvait l'être, sans succès. L'appel d'offres nous a permis de déposer un projet solide et argumenté, qui dépasse de loin ce qui était demandé. Le caractère audacieux d'Espace Nord, les risques qui lui sont associés, les interrogations quant au rôle et à la gestion d'une collection patrimoniale déjà forte de 300 titres font du projet une expérience typique, en résonance avec la culture des Impressions Nouvelles. Puis, il y a le goût pour le travail bien fait. Les pionniers qui ont érigé Espace Nord ont contribué à faire exister la littérature francophone de Belgique. Poursuivre cette action de longue haleine avec la même exigence est la meilleure façon de saluer les énergies déployées jusqu'ici. Et nous ferons en sorte d'en assurer la visibilité, tant en librairie que dans les bibliothèques ou les écoles, ainsi qu'à l'étranger où de nombreux centres de recherche s'intéressent précisément aux littératures francophones.
Ces dernières années, l'exploitation numérique d'Espace Nord a souvent fait l'objet de promesses non tenues, de slogans destinés à s'attirer la sympathie des pouvoirs publics ou l'attention de la presse. Par-delà les discours, on ne s'improvise pas éditeur numérique, en particulier pour une collection aussi vaste que Espace Nord, et nous ne souhaitons pas jouer les imposteurs ou les prophètes. La rencontre avec Cairn.info, spécialisé dans la numérisation et l'accès à des ressources en sciences humaines, nous a permis de proposer un programme sans esbroufe qui verra, dans les deux années qui viennent, la mise ou la remise à disposition d'une quarantaine de titres phares d'Espace Nord et d'une quinzaine de nouveautés en version papier et en version numérique, ainsi qu'un accès à tous les autres titres de la collection, sans exception, en impression à la demande. Au-delà, nous essaierons sans doute, même si cela ne fait pas à proprement parler partie de notre mission, de réfléchir ensemble au développement, à partir de la collection Espace Nord, d'une bibliothèque numérique de référence sur la littérature belge francophone, bibliothèque numérique qui se destinerait, en Belgique comme à l'étranger, aux établissements d'enseignement et aux institutions de recherche".
"Les transferts successifs d'Espace Nord au cours des dernières années ont eu un effet préjudiciable sur l'identité de la collection. On a vu se succéder politiques éditoriales, maquettes, formats ou distributeurs, ce qui a donné lieu à un résultat insuffisamment cohérent. Le redéploiement de la collection consiste d'abord à dresser un état des lieux de la situation concrète du patrimoine, au niveau des stocks, des archives graphiques et des contrats. Puis, à rétablir la confiance des libraires et des lecteurs, confrontés à un ensemble bigarré qui fait tout sauf collection ou à des titres épuisés en dépit d'une demande régulière. Concrètement, cela suppose une harmonisation de l'esthétique des volumes, l'établissement d'un catalogue précis des titres disponibles en librairie et la remise à disposition de la collection Espace Nord dans son intégralité. Sur ce dernier point, la contribution de Cairn.info sera décisive.
Le rachat d'Espace Nord par les pouvoirs publics a été décidé en vue de protéger la collection, de ne pas rejouer les erreurs du passé, mais en aucun cas de cadenasser son dynamisme ou de la mettre sous respirateur artificiel. La Communauté française reste propriétaire de tout ce qui touche de près ou de loin à Espace Nord, ce qui revient à dire que certaines décisions lourdes, à l'instar d'opérations de déstockage ou de soldes, nous sont impossibles sans l'aval des pouvoirs publics. Mais d'un point de vue purement pratique, la mission de gestion confiée aux Impressions Nouvelles et à Cairn.info maintient la situation qui prévalait jusqu'ici : l'éditeur reste éditeur, assure la publication des nouveautés et veille à la pérennité du catalogue. Ces aspects seront quantifiés contractuellement, à raison de 8 nouveautés et 8 rééditions de titres épuisés par an. Concernant le choix des titres, il sera réalisé par un comité éditorial interprofessionnel que nous présenterons cet automne.
L'intérêt des Impressions Nouvelles ne date pas d'hier et nous nous étions déjà manifestés par le passé en vue de sauver ce qui pouvait l'être, sans succès. L'appel d'offres nous a permis de déposer un projet solide et argumenté, qui dépasse de loin ce qui était demandé. Le caractère audacieux d'Espace Nord, les risques qui lui sont associés, les interrogations quant au rôle et à la gestion d'une collection patrimoniale déjà forte de 300 titres font du projet une expérience typique, en résonance avec la culture des Impressions Nouvelles. Puis, il y a le goût pour le travail bien fait. Les pionniers qui ont érigé Espace Nord ont contribué à faire exister la littérature francophone de Belgique. Poursuivre cette action de longue haleine avec la même exigence est la meilleure façon de saluer les énergies déployées jusqu'ici. Et nous ferons en sorte d'en assurer la visibilité, tant en librairie que dans les bibliothèques ou les écoles, ainsi qu'à l'étranger où de nombreux centres de recherche s'intéressent précisément aux littératures francophones.
Ces dernières années, l'exploitation numérique d'Espace Nord a souvent fait l'objet de promesses non tenues, de slogans destinés à s'attirer la sympathie des pouvoirs publics ou l'attention de la presse. Par-delà les discours, on ne s'improvise pas éditeur numérique, en particulier pour une collection aussi vaste que Espace Nord, et nous ne souhaitons pas jouer les imposteurs ou les prophètes. La rencontre avec Cairn.info, spécialisé dans la numérisation et l'accès à des ressources en sciences humaines, nous a permis de proposer un programme sans esbroufe qui verra, dans les deux années qui viennent, la mise ou la remise à disposition d'une quarantaine de titres phares d'Espace Nord et d'une quinzaine de nouveautés en version papier et en version numérique, ainsi qu'un accès à tous les autres titres de la collection, sans exception, en impression à la demande. Au-delà, nous essaierons sans doute, même si cela ne fait pas à proprement parler partie de notre mission, de réfléchir ensemble au développement, à partir de la collection Espace Nord, d'une bibliothèque numérique de référence sur la littérature belge francophone, bibliothèque numérique qui se destinerait, en Belgique comme à l'étranger, aux établissements d'enseignement et aux institutions de recherche".
jeudi 13 octobre 2011
Départ de Jean-Luc Outers du Service de Promotion des Lettres
A l'occasion de son départ du Service de Promotion des Lettres en communauté française qu'il a dirigé pendant 20 ans, l'écrivain Jean-Luc Outers a répondu à une interview pour la revue "Le Carnet et les Instants" :
"Comment fonctionnait ce Service de la Promotion des Lettres que vous avez découvert il y a vingt ans?
- On peut dire que le travail de mon prédécesseur était centré, pour résumer, sur ce qu'on pourrait appeler le "patrimoine littéraire" en développant les Archives et Musée de la Littérature et en créant la collection Espace Nord pour rendre enfin accessible un patrimoine constitué de livres qui pour beaucoup avaient disparu de la circulation sans être réédités et n'étaient donc plus accessibles pour le public. Il a lancé ce vaste chantier qui est toujours d'actualité puisque, comme vous le savez, la communauté française est désormais propriétaire de cette collection. Quant au Service des Lettres de l'époque, c'était une petite équipe qui s'occupait principalement de la gestion administrative. Parallèlement, ce qu'on appelait la Promotion des Lettres était géré par une asbl qui avait son siège au palais des Beaux-Arts, subsidiée par les pouvoirs publics, et s'occupait de la promotion de la littérature belge auprès des écoles, d'organiser des expositions, des rencontres littéraires, etc. Quand je suis arrivé au ministère, le ministre de l'époque a considéré que cette asbl jouait un rôle de service public et devait intégrer l'administration de la communauté française. Mon premier chantier a donc été d'intégrer le personnel et les missions de cette asbl au sein du Service des Lettres. On peut d'ailleurs dire qu'aujourd'hui encore, il reste des traces de cette ancienne organisation et une répartition du travail entre des tâches plus administratives et d'autres davantage liées à la promotion.
- Et cette double nature du Service de la Promotion des Lettres a-t-elle été un frein ou un moteur pour son développement?
- D'après moi, ce fut plutôt une chance car l'appel d'air introduit par cette intégration a permis de ne pas cantonner notre travail au seul volet administratif mais de le doter aussi d'un contenu qui lui donne du sens tout en multipliant les rencontres avec des gens passionnants : écrivains, éditeurs, etc. Cette ouverture vers l'extérieur me semble indispensable pour éviter à l'administration de se renfermer sur elle-même.
- Pour revenir un instant sur le travail de Marc Quaghebeur que vous évoquiez et qui a permis, avec d'autres, de circonscrire un véritable champ de la littérature belge francophone, souscrivez-vous avec cette "identité en creux" qui est devenue une sorte de lieu commun de nos lettres?
- Ma position est sensiblement différente. J'estime que la littérature commence par la langue, cette langue qui forge notre rapport au monde. Ecrire, c'est donc mettre un mot derrière l'autre et au travers de cette action se développe un sens. Pour cette raison, j'estime que la littérature belge francophone appartient au corpus de la littérature française. Mon premier roman a été publié dans la collection "Blanche" de Gallimard et non dans celle "Du monde entier" qui regroupe les écrivains étrangers. La question de la traduction et du caractère intraduisible de certains mots ou de certaines expressions souligne cette primauté de la langue. Certains titres de mes propres livres comme "La place du mort" ou "Corps de métier" sont souvent impossibles à traduire dans d'autres langues. Ceci dit, il y a quand même l'histoire de la Belgique qui est singulière. C'est un petit pays et je rappelle toujours, de mémoire, cette phrase de Milan Kundera à propos de la Tchécoslovaquie : "Les petits pays sont ceux qui vont disparaître et qui le savent". Il n'existe donc pas chez nous ce destin qui parfois s'apparente à l'éternité et que connaissent les grandes nations comme la Russie, l'Angleterre, l'Allemagne ou la France. Cette singularité se retrouve dans notre littérature marquée par la liberté et une forme de fragilité. Même notre langue est poreuse et traversée d'influences germaniques. Le symbolisme belge en est la parfaite illustration. Mais cette spécificité qu'on trouve chez Maeterlinck ou Verhaeren a aujourd'hui à peu près disparu. La jeune génération d'auteurs belges s'inscrit plutôt dans le courant d'une identité européenne. Pour revenir sur ce que je disais, un écrivain est avant tout confronté à un code, celui de la langue. Il doit essayer de faire sa propre langue dans la langue. Il doit aller jusqu'au bout de la langue, jusqu'à la rendre irrégulière. C'est ce qui distingue également l'écrivain du journaliste ou l'écrivain de l'écrivant, pour reprendre la distinction de Roland Barthes. On reconnaît donc un écrivain avant tout à sa langue.
- Et le complexe de l'écrivain belge vis-à-vis de la France s'est-il atténué?
- Je crois qu'il ne faut pas se tromper : la France est une chance pour l'écrivain belge francophone car nous évoluons, malgré tout, dans la même langue. En ce qui me concerne, comme auteur, je n'ai jamais caché mon identité belge et j'ai toujours été bien accueilli en France. La plupart des éditeurs parisiens ont également bien compris que ce qui peut les menacer avant tout, c'est justement le parisianisme. C'est par la périphérie que la langue et la littérature se régénèrent.
- Venons-en maintenant aux chantiers que vous avez vous-même initiés. Commençons par les bourses aux auteurs.
- J'ai toujours été très surpris de la différence qui existe entre le statut de l'écrivain et d'autres catégories d'artistes. On considère normal qu'un musicien soit payé pour un concert, qu'un comédien le soit également pour ses prestations mais pour l'écrivain, hormis des droits d'auteur faméliques qui souvent ne lui étaient même pas payés, il n'existait rien. Nous avons donc essayé d'instituer une réelle professionnalisation du métier d'écrivain en mettant en place une série de bourses. Ces bourses sont, à mes yeux, du même ordre que les aides octroyées par les pouvoirs publics à un théâtre, par exemple. Les demandes sont examinées par la Commission des Lettres qui est l'une des instances d'avis dont nous assurons le suivi.
- Concernant maintenant l'aide au monde de l'édition belge francophone, comment s'est opérée l'évolution?
- Quand je suis arrivé, il y avait peu d'éditeurs strictement littéraires et la plupart fonctionnaient de manière tout à fait artisanale. Ces structures, dans l'offre éditoriale en Belgique francophone dominée par la bande dessinée et les sciences humaines, représentaient un pourcentage extrêmement faible. Elles avaient donc un mal fou à trouver des auteurs et à se diffuser surtout en France. C'était un véritable problème. Les auteurs en souffraient eux aussi car leurs droits n'étaient souvent pas payés par manque de surface financière de ces éditeurs. Nous avons donc mis en place des contrats-programmes avec ces derniers pour leur permettre d'avoir une aide substantielle dans le développement de leur politique éditoriale. En échange, ils s'engagent à publier un certain nombre de titres par an, à rétribuer les auteurs, à investir dans la promotion et à avoir une véritable distribution en Belgique et en France.
- Et au-delà de nos frontières, quelle place occupe aujourd'hui la littérature belge francophone et quels sont les outils qui participent à son rayonnement?
- Les deux premières choses essentielles, ce sont les envois d'ouvrages sélectionnés par la Commission des Lettres à destination des universités à l'étranger (environ 20.000 par an dans une quarantaine de pays) et les lecteurs présents dans certaines d'entre elles qui y enseignent notre littérature. Ensuite, il y a le développement de la traduction par lequel nous nous donnons des aides qui connaissent un succès croissant, générant une vingtaine de traductions par an. Enfin, il y a le collège des traductions de Seneffe créé en 1996 et qui accueille en été des traducteurs venus des quatre coins du monde pour traduire des écrivains belges francophones. C'est un lieu très important qui joue un véritable rôle catalyseur. Mais le problème du rayonnement de nos lettres reste la France, surtout pour les auteurs publiés en Belgique. La frontière demeure. La création de la Librairie Wallonie-Bruxelles à Paris en 1994 était une tentative pour rendre cette production visible en France, physiquement présente. Albert Mockel, dans les années 1930, avait déjà eu cette idée.
- Un autre instrument de visibilité important pour notre littérature, c'est "Le Carnet et les Instants" qui au départ n'était qu'un agenda des lettres belges.
- C'est en 1992 que "Le Carnet et les Instants" a pris la forme d'une revue dont le rédacteur en chef était Carmelo Virone. On peut dire que c'est l'outil le plus complet sur la littérature belge et son actualité. Le tirage est aujourd'hui d'environ 6.000 exemplaires. La partie réservée à la critique, au regard de la place de plus en plus restreinte accordée à la littérature dans la presse générale, est très importante car elle rend compte de livres dont on ne parlerait parfois nulle part ailleurs. C'est également un bon baromètre de la vie de nos lettres. On constate par exemple depuis quelques années une diminution sensible du nombre de publications.
- Quels sont vos éventuels regrets ou chantiers que vous n'avez pas pu voir aboutir à l'heure où vous quittez votre poste?
- Je dirais simplement que certaines choses ont parfois pris beaucoup de temps pour se mettre en place. Il y a également la question du rendez-vous avec le public pour des choses que nous avons organisées ou soutenues, et pour lesquelles nous aurions espéré davantage d'audience même si l'arrivée d'un événement comme le Marathon des Mots est à ce titre plutôt réjouissant car il assure la présence d'une manifestation de dimension internationale dans notre paysage culturel. Cette question du public pose également celle d'un recul de la place de la littérature dans la vie des gens, et pas seulement chez nous. Face à la multiplication des médias et des loisirs, cette place est de plus en plus difficile à défendre. Passionner les jeunes pour la lecture aujourd'hui, c'est un grand défi. Le plus grand peut-être".
"Comment fonctionnait ce Service de la Promotion des Lettres que vous avez découvert il y a vingt ans?
- On peut dire que le travail de mon prédécesseur était centré, pour résumer, sur ce qu'on pourrait appeler le "patrimoine littéraire" en développant les Archives et Musée de la Littérature et en créant la collection Espace Nord pour rendre enfin accessible un patrimoine constitué de livres qui pour beaucoup avaient disparu de la circulation sans être réédités et n'étaient donc plus accessibles pour le public. Il a lancé ce vaste chantier qui est toujours d'actualité puisque, comme vous le savez, la communauté française est désormais propriétaire de cette collection. Quant au Service des Lettres de l'époque, c'était une petite équipe qui s'occupait principalement de la gestion administrative. Parallèlement, ce qu'on appelait la Promotion des Lettres était géré par une asbl qui avait son siège au palais des Beaux-Arts, subsidiée par les pouvoirs publics, et s'occupait de la promotion de la littérature belge auprès des écoles, d'organiser des expositions, des rencontres littéraires, etc. Quand je suis arrivé au ministère, le ministre de l'époque a considéré que cette asbl jouait un rôle de service public et devait intégrer l'administration de la communauté française. Mon premier chantier a donc été d'intégrer le personnel et les missions de cette asbl au sein du Service des Lettres. On peut d'ailleurs dire qu'aujourd'hui encore, il reste des traces de cette ancienne organisation et une répartition du travail entre des tâches plus administratives et d'autres davantage liées à la promotion.
- Et cette double nature du Service de la Promotion des Lettres a-t-elle été un frein ou un moteur pour son développement?
- D'après moi, ce fut plutôt une chance car l'appel d'air introduit par cette intégration a permis de ne pas cantonner notre travail au seul volet administratif mais de le doter aussi d'un contenu qui lui donne du sens tout en multipliant les rencontres avec des gens passionnants : écrivains, éditeurs, etc. Cette ouverture vers l'extérieur me semble indispensable pour éviter à l'administration de se renfermer sur elle-même.
- Pour revenir un instant sur le travail de Marc Quaghebeur que vous évoquiez et qui a permis, avec d'autres, de circonscrire un véritable champ de la littérature belge francophone, souscrivez-vous avec cette "identité en creux" qui est devenue une sorte de lieu commun de nos lettres?
- Ma position est sensiblement différente. J'estime que la littérature commence par la langue, cette langue qui forge notre rapport au monde. Ecrire, c'est donc mettre un mot derrière l'autre et au travers de cette action se développe un sens. Pour cette raison, j'estime que la littérature belge francophone appartient au corpus de la littérature française. Mon premier roman a été publié dans la collection "Blanche" de Gallimard et non dans celle "Du monde entier" qui regroupe les écrivains étrangers. La question de la traduction et du caractère intraduisible de certains mots ou de certaines expressions souligne cette primauté de la langue. Certains titres de mes propres livres comme "La place du mort" ou "Corps de métier" sont souvent impossibles à traduire dans d'autres langues. Ceci dit, il y a quand même l'histoire de la Belgique qui est singulière. C'est un petit pays et je rappelle toujours, de mémoire, cette phrase de Milan Kundera à propos de la Tchécoslovaquie : "Les petits pays sont ceux qui vont disparaître et qui le savent". Il n'existe donc pas chez nous ce destin qui parfois s'apparente à l'éternité et que connaissent les grandes nations comme la Russie, l'Angleterre, l'Allemagne ou la France. Cette singularité se retrouve dans notre littérature marquée par la liberté et une forme de fragilité. Même notre langue est poreuse et traversée d'influences germaniques. Le symbolisme belge en est la parfaite illustration. Mais cette spécificité qu'on trouve chez Maeterlinck ou Verhaeren a aujourd'hui à peu près disparu. La jeune génération d'auteurs belges s'inscrit plutôt dans le courant d'une identité européenne. Pour revenir sur ce que je disais, un écrivain est avant tout confronté à un code, celui de la langue. Il doit essayer de faire sa propre langue dans la langue. Il doit aller jusqu'au bout de la langue, jusqu'à la rendre irrégulière. C'est ce qui distingue également l'écrivain du journaliste ou l'écrivain de l'écrivant, pour reprendre la distinction de Roland Barthes. On reconnaît donc un écrivain avant tout à sa langue.
- Et le complexe de l'écrivain belge vis-à-vis de la France s'est-il atténué?
- Je crois qu'il ne faut pas se tromper : la France est une chance pour l'écrivain belge francophone car nous évoluons, malgré tout, dans la même langue. En ce qui me concerne, comme auteur, je n'ai jamais caché mon identité belge et j'ai toujours été bien accueilli en France. La plupart des éditeurs parisiens ont également bien compris que ce qui peut les menacer avant tout, c'est justement le parisianisme. C'est par la périphérie que la langue et la littérature se régénèrent.
- Venons-en maintenant aux chantiers que vous avez vous-même initiés. Commençons par les bourses aux auteurs.
- J'ai toujours été très surpris de la différence qui existe entre le statut de l'écrivain et d'autres catégories d'artistes. On considère normal qu'un musicien soit payé pour un concert, qu'un comédien le soit également pour ses prestations mais pour l'écrivain, hormis des droits d'auteur faméliques qui souvent ne lui étaient même pas payés, il n'existait rien. Nous avons donc essayé d'instituer une réelle professionnalisation du métier d'écrivain en mettant en place une série de bourses. Ces bourses sont, à mes yeux, du même ordre que les aides octroyées par les pouvoirs publics à un théâtre, par exemple. Les demandes sont examinées par la Commission des Lettres qui est l'une des instances d'avis dont nous assurons le suivi.
- Concernant maintenant l'aide au monde de l'édition belge francophone, comment s'est opérée l'évolution?
- Quand je suis arrivé, il y avait peu d'éditeurs strictement littéraires et la plupart fonctionnaient de manière tout à fait artisanale. Ces structures, dans l'offre éditoriale en Belgique francophone dominée par la bande dessinée et les sciences humaines, représentaient un pourcentage extrêmement faible. Elles avaient donc un mal fou à trouver des auteurs et à se diffuser surtout en France. C'était un véritable problème. Les auteurs en souffraient eux aussi car leurs droits n'étaient souvent pas payés par manque de surface financière de ces éditeurs. Nous avons donc mis en place des contrats-programmes avec ces derniers pour leur permettre d'avoir une aide substantielle dans le développement de leur politique éditoriale. En échange, ils s'engagent à publier un certain nombre de titres par an, à rétribuer les auteurs, à investir dans la promotion et à avoir une véritable distribution en Belgique et en France.
- Et au-delà de nos frontières, quelle place occupe aujourd'hui la littérature belge francophone et quels sont les outils qui participent à son rayonnement?
- Les deux premières choses essentielles, ce sont les envois d'ouvrages sélectionnés par la Commission des Lettres à destination des universités à l'étranger (environ 20.000 par an dans une quarantaine de pays) et les lecteurs présents dans certaines d'entre elles qui y enseignent notre littérature. Ensuite, il y a le développement de la traduction par lequel nous nous donnons des aides qui connaissent un succès croissant, générant une vingtaine de traductions par an. Enfin, il y a le collège des traductions de Seneffe créé en 1996 et qui accueille en été des traducteurs venus des quatre coins du monde pour traduire des écrivains belges francophones. C'est un lieu très important qui joue un véritable rôle catalyseur. Mais le problème du rayonnement de nos lettres reste la France, surtout pour les auteurs publiés en Belgique. La frontière demeure. La création de la Librairie Wallonie-Bruxelles à Paris en 1994 était une tentative pour rendre cette production visible en France, physiquement présente. Albert Mockel, dans les années 1930, avait déjà eu cette idée.
- Un autre instrument de visibilité important pour notre littérature, c'est "Le Carnet et les Instants" qui au départ n'était qu'un agenda des lettres belges.
- C'est en 1992 que "Le Carnet et les Instants" a pris la forme d'une revue dont le rédacteur en chef était Carmelo Virone. On peut dire que c'est l'outil le plus complet sur la littérature belge et son actualité. Le tirage est aujourd'hui d'environ 6.000 exemplaires. La partie réservée à la critique, au regard de la place de plus en plus restreinte accordée à la littérature dans la presse générale, est très importante car elle rend compte de livres dont on ne parlerait parfois nulle part ailleurs. C'est également un bon baromètre de la vie de nos lettres. On constate par exemple depuis quelques années une diminution sensible du nombre de publications.
- Quels sont vos éventuels regrets ou chantiers que vous n'avez pas pu voir aboutir à l'heure où vous quittez votre poste?
- Je dirais simplement que certaines choses ont parfois pris beaucoup de temps pour se mettre en place. Il y a également la question du rendez-vous avec le public pour des choses que nous avons organisées ou soutenues, et pour lesquelles nous aurions espéré davantage d'audience même si l'arrivée d'un événement comme le Marathon des Mots est à ce titre plutôt réjouissant car il assure la présence d'une manifestation de dimension internationale dans notre paysage culturel. Cette question du public pose également celle d'un recul de la place de la littérature dans la vie des gens, et pas seulement chez nous. Face à la multiplication des médias et des loisirs, cette place est de plus en plus difficile à défendre. Passionner les jeunes pour la lecture aujourd'hui, c'est un grand défi. Le plus grand peut-être".
jeudi 6 octobre 2011
Agenda littéraire
12 octobre à 11h : remise du Prix Littéraire des bibliothèques de Bruxelles à l'hôtel de ville.
Du 12 au 16 octobre : 20ème édition de la Fureur de Lire. Durant cinq jours, librairies, bibliothèques et lieux culturels proposent au public de tous âges plusieurs centaines d'animations : rencontre avec des auteurs et illustrateurs, lectures à voix haute, expositions, promenades contées, repas littéraires, etc. A travers la diversité des activités proposées émergent aussi des thématiques régionales, comme la gastronomie à Liège, l'amour et le développement durable dans le Brabant wallon, la poésie à Namur ou la gastronomie au Luxembourg. Programme complet : http://www.fureurdelire.be/
15 et 16 octobre (de 10h à 17h) : "Histoire de jalousie", atelier animé par Colette Nys-Mazure pour huit stagiaires ayant déjà une pratique de l'écriture à l'Espace Biergopack à Schaerbeek.
15 et 16 octobre : 4ème édition de la Foire du Livre politique à Liège. Programme complet : http://www.lafoiredulivre.net/
20 octobre (de 12h30 à 13h30) : Au palais des Beaux-Arts de Bruxelles, présentation de "Le frère du pendu" de Mariane Sluszny et "Cheyenn" de François Emmanuel. Ce sont deux romans épousant l'itinéraire d'un cinéaste à la recherche du réel.
20 octobre à 20h : A l'Association des Ecrivains Belges, rencontre-débat sur les belgicismes dans la poésie avec Jacques Mercier, suivie d'une présentation du poète Guillaume Duthoit.
10 novembre à 20h : A l'association des Ecrivains Belges, rencontre-débat sur "Simenon, poète?" avec Anne Richter, suivie d'une présentation du poète Tristan Sautier.
17 novembre à 20h : Présentation du roman "Papillon mortel" et de l'essai "22 astuces pour une vie plus magique" de Evelyne Wilwerth à la bibliothèque de Braine-le-Comte.
17 novembre à 20h : Rencontre à Eugies avec Jacques De Decker autour de son oeuvre dans le cadre des "Saisons de la Mémoire".
24 novembre à 18h : Dans le cadre de l'exposition "La Wallonie des grands écrivains" dont il est le parrain, la bibliothèque Chiroux à Liège accueille le poète, chanteur et plasticien Julos Beaucarne qui s'entretiendra avec Karel Logist de l'ensemble de son oeuvre.
28 novembre à 20h15 : A Passa Porta (Bruxelles), lecture croisée de "Spoutnik" de et avec Jean-Marie Piemme, ponctuée d'un échange avec un autre homme de théâtre et écrivain, Dimitri Verhulst.
Du 12 au 16 octobre : 20ème édition de la Fureur de Lire. Durant cinq jours, librairies, bibliothèques et lieux culturels proposent au public de tous âges plusieurs centaines d'animations : rencontre avec des auteurs et illustrateurs, lectures à voix haute, expositions, promenades contées, repas littéraires, etc. A travers la diversité des activités proposées émergent aussi des thématiques régionales, comme la gastronomie à Liège, l'amour et le développement durable dans le Brabant wallon, la poésie à Namur ou la gastronomie au Luxembourg. Programme complet : http://www.fureurdelire.be/
15 et 16 octobre (de 10h à 17h) : "Histoire de jalousie", atelier animé par Colette Nys-Mazure pour huit stagiaires ayant déjà une pratique de l'écriture à l'Espace Biergopack à Schaerbeek.
15 et 16 octobre : 4ème édition de la Foire du Livre politique à Liège. Programme complet : http://www.lafoiredulivre.net/
20 octobre (de 12h30 à 13h30) : Au palais des Beaux-Arts de Bruxelles, présentation de "Le frère du pendu" de Mariane Sluszny et "Cheyenn" de François Emmanuel. Ce sont deux romans épousant l'itinéraire d'un cinéaste à la recherche du réel.
20 octobre à 20h : A l'Association des Ecrivains Belges, rencontre-débat sur les belgicismes dans la poésie avec Jacques Mercier, suivie d'une présentation du poète Guillaume Duthoit.
10 novembre à 20h : A l'association des Ecrivains Belges, rencontre-débat sur "Simenon, poète?" avec Anne Richter, suivie d'une présentation du poète Tristan Sautier.
17 novembre à 20h : Présentation du roman "Papillon mortel" et de l'essai "22 astuces pour une vie plus magique" de Evelyne Wilwerth à la bibliothèque de Braine-le-Comte.
17 novembre à 20h : Rencontre à Eugies avec Jacques De Decker autour de son oeuvre dans le cadre des "Saisons de la Mémoire".
24 novembre à 18h : Dans le cadre de l'exposition "La Wallonie des grands écrivains" dont il est le parrain, la bibliothèque Chiroux à Liège accueille le poète, chanteur et plasticien Julos Beaucarne qui s'entretiendra avec Karel Logist de l'ensemble de son oeuvre.
28 novembre à 20h15 : A Passa Porta (Bruxelles), lecture croisée de "Spoutnik" de et avec Jean-Marie Piemme, ponctuée d'un échange avec un autre homme de théâtre et écrivain, Dimitri Verhulst.
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