mercredi 14 septembre 2016

"L'homme qui voyait à travers les visages" (Eric-Emmanuel Schmitt)

                                        L'homme qui voyait à travers les visages
A l'occasion de la sortie de "L'homme qui voyait à travers les visages" (éditions Albin Michel), l'auteur belge Eric-Emmanuel Schmitt a répondu aux questions du groupe Vers l'Avenir :

"Votre histoire débute par un attentat à la sortie d'une église à Charleroi. C'était presque prémonitoire?
- Depuis des années, je m'interroge sur les liens entre la violence, le sacré, Dieu. Les événements de Paris en janvier et novembre 2015, puis de Bruxelles m'ont sidéré. Ce terrorisme m'a coupé la parole, figé émotionnellement. J'ai voulu sortir pour comprendre. J'ai écrit ce roman parce qu'il y a deux réponses contre lesquelles je m'insurge :  l'athéisme intégral ou le salafisme pour tous. Je voulais m'interroger sur la pertinence des religions dans nos sociétés.

- Violence et religion ont souvent été de pair?
- La religion la plus forte impose sa violence car elle se sent faible. Mais la religion elle-même produit-elle nécessairement de la violence? Il me semble que non. Pour moi, les religions parlent d'abord d'entraide, d'harmonie et veulent justement éviter la loi du plus fort par la compassion dans l'hindouisme, le respect dans le judaïsme ou encore l'amour chez les chrétiens. Les civilisations se sont développées avec les religions.

- Pour vous, Dieu n'est pas responsable?
- Dieu a fait l'homme libre. Mais il nous a donné trois livres pour susciter la réflexion. Des livres humanistes et non théologiques. L'homme est responsable de l'homme et de Dieu.

- Mais il continue de tuer au nom de Dieu?
- Je pense que çà n'a rien à voir avec la religion. La violence est une maladie de la pensée qui refuse l'incertitude. L'intégriste ne supporte pas de ne pas savoir. Il veut croire qu'il sait. Il refuse la condition humaine.

- Pourquoi un roman plutôt qu'un essai?
- Personne ne lirait un essai sur ce thème. Ici, par ce roman, je vais amener des tas de gens à réfléchir sur le sujet.

- Et pourquoi Charleroi?
- On parle mieux de ce qu'on connaît et de ce qu'on aime. Mais j'ai l'amour lucide. Charleroi n'est pas la plus belle ville du monde, et ce n'est pas la société la plus égalitaire de Belgique. Mais c'est une ville qui ressemble à tellement d'autres en Europe :  des endroits de vieille industrialisation qui essaient de s'en sortir. Ce que j'aime à Charleroi, ce sont les gens. La juge Poitrenot, une des héroïnes du roman, c'est un pur personnage de Charleroi, sans filtre!

- Depuis janvier, vous faites partie de l'Académie Goncourt?
- C'est passionnant de lire ses contemporains, c'est une fenêtre ouverte sur le monde littéraire. Tout comme j'apprécie vraiment de retrouver chaque mois les autres membres de l'Académie Goncourt pour parler littérature. L'écrivain est généralement centré sur son nombril. Et tout à coup, on me demande de me passionner pour les livres des autres. Ca fait du bien! Les éditeurs font naturellement un premier choix :  ils savent que tous leurs titres ne peuvent concourir. Puis, chacun va vers ce qui l'attire et on s'échange des mails tout l'été. Notre première sélection retient 16 romans. On y retrouve huit titres qui ont fait l'unanimité parce que nous les avions tous lus. Les huit autres, certains les avaient lus et d'autres pas, mais ceux qui l'avaient fait estimaient qu'ils devaient l'être par tous. La seconde sélection aura lieu le 4 octobre".

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